‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 104 sur 722 · Etat naturel de la pepsine · texte numérisé non relu

Etat naturel de la pepsine

Cette substance neutre existe en abondance dans les cellules des glandes à suc gastrique (Frérichs, Briicke, Ileidenhain). Mais si l’on ne peut nier sa production dans 1 intérieur de ces glandes, on ne connaît pas encore le mécanisme intime de sa formation, les réactions chimiques qui lui donnent naissance. 11 est démontré que la pepsine peut être extraite plus facilement et en plus grande quantité, de la muqueuse stomacale, par de l’eau acidulée que par l’eau distillée (Briicke, Meissner), et que, par suite, la réaction naturellement acide du suc gastrique est éminemment favorable au passage du ferment, des cellules qui le fabriquent, dans le liquide d’excrétion glandulaire.

La pepsine est certainement élaborée dans les grosses cellules granuleuses qui remplissent les culs-de-sac des glandes, dont la réaction est alcaline au tournesol; tandis que la réaction acide, essentiellement et primitivement superficielle, comme nous le démontrerons, n’apparaît que vers le collet des glandes. La production de la pepsine ne paraît pas être continue, dans ces cellules, qui n’en sont pas toujours également chargées.

On a constaté que si l’on épuise, par l’eau et la glycérine neutres, une muqueuse stomacale, de façon à enlever la pepsine, puis qu’on la traite par l’acide chlorhydrique étendu ou le sel marin, on dissout de nouvelles proportions de pepsine. D autre part, Schiff a annoncé que la pepsine augmente, après la mort, dans une muqueuse placée dans l’eau acidulée, ce qu’il a attribué à la transformation d une substance génératrice, la propepsine.

Plus récemment, en se basant sur ce que les infusions fraîches de muqueuse stomacale digèrent moins énergiquement la fibrine que quand elles ont été maintenues, au préalable, pendant quelque temps, à 40-45 degrés; en second lieu, sur ce que le produit de la digestion, à 30 degrés, de la muqueuse avec du carbonate de sodium à 4 p. 100, acidulé ensuite, peptonifie très bien la fibrine, tandis que la pepsine est détruite rapidement, et déjà au bout de quinze minutes, au contact de la solution alcaline (Langley et Edkins, 1881), on a repris la théorie de Schiff et émis, pour la production de la pepsine dans les glandes à suc gas-

trique, l’hypothèse de l’existence primitive d’une matière pepsinigène, analogue au zymogène pancréatique de Heidenhain, qui donnerait ultérieurement naissance au ferment des albuminoïdes (Ebstein et Grützner, 1873; Witt, 1875; Langley, 1881).

D’autre part, Heidenhain et ses élèves ont établi que la production du pepsinigène est continue, mais que sa transformation en pepsine est intermittente.

Podwisotzxy fait intervenir l’oxygéne dans la formation de la propepsine et sa transformation en pepsine. La muqueuse de l’estomac, fraîche et lavée, contient dans le protoplasma des cellules à pepsine, des formes transitoires de propepsine • propepsine-a insoluble dans la glycérine et propepsine-p soluble, et quelques traces seulement de pepsine; après vingt-quatre heures d’abandon à l'air humide, ou mieux au contact de l’oxygène saturé de vapeur d’eau , on y trouve en abondance la pepsine et surtout la propepsine. Dans ses expériences, l’auteur empêche la putréfaction de s’établir en saupoudrant la muqueuse d’acide borique ou salicylique, ou encore de thymol (1886).

D’ailleurs, A. Gautier, partant de ce fait que le suc gastrique frais perd de son activité par la filtration, a extrait de ce liquide, par la filtration dans le vide sur une plaque de porcelaine dégourdie, des granulations qu’il considère comme une modification de la pepsine insoluble dans l’eau, granulations pepsinigènes, puisqu’elles se transforment en pepsine ordinaire et soluble, au contact de l’eau Ces granulations, qu’on peut extraire facilement de la muqueuse stomacale, ne sont peut-être que les granulations des cellules à pepsine, des culs-de-sac ; mais en tout cas, ce ne sont pas des organismes vivants, des microzymas comme le veut Béchamp.

On doit à Grützner et Heidenhain une curieuse observation sur le mode de sécrétion de la pepsine, dont la proportion varierait aux divers moments de la digestion; elle diminuerait tout d’abord, pour atteindre un minimum au bout de deux heures, puis augmenterait jusqu’à un maximum, entre la quatrième et la cinquième heure, et enfin décroîtrait peu à peu pour devenir presque nulle • de telle sorte qu’on pourrait, comme l’a fait Heidenhain, représenter l’intensité variable de la sécrétion par une courbe continue.

Langley et Edkins ont complété leurs recherches sur le pepsinigène en 1880ils ont vérifié à nouveau que la pepsine est dissoute et décomposée par le carbonate de soude à 5 p. 1000, tandis que le pepsinigène résiste beaucoup plus longtemps; ils en tirent cette conclusion que, si une muqueuse garde son pouvoir digestif après un contact avec la solution alcaline, cela tient évidemment à ce qu’elle ne renferme que peu de pepsine toute formée. La présence de matières albuminoïdes empêche l’action dissolvante de la pepsine par le carbonate de soude, dont l’action est moins rapide chez les batraciens que chez les mammifères. Les auteurs ont trouvé que l’acide carbonique détruit rapidement la matière pepsinigène de la grenouille, en solution aqueuse, surtout en présence du sulfate de magnésie ou du carbonate de soude au millième. Cette action destructive est retardée par la présence de peptones, d’albumine ou de globulines dans la proportion de 25 p. 1000. L’acide carbonique n’agit que beaucoup plus lentement sur la pepsine.

DIGESTION. — FORMATION DU SUC GASTRIQUE. 24

Page 1