XI. GAZ DE L’ESTOMAC
Si l’estomac n’était que le siège de la digestion des matières albuminoïdes sous l’influence du suc gastrique, on ne devrait y trouver que les gaz de l’air entraîné avec les aliments, après leur mastication dans la bouche; en effet, la fermentation pepsique, que nous avons vu consister en un phénomène d’hydratation, ne s’accompagne d’aucun dégagement gazeux.
Il s’effectue, dans l’estomac, une véritable respiration rudimentaire; l’oxygène introduit avec les aliments est résorbé en partie par la muqueuse de l’organe et remplacé par de l’acide carbonique qui provient du sang ; c’est déjà, là, une origine de ce dernier gaz, mais non la plus importante, comme on va le voir.
La réaction normalement acide du liquide sécrété, surtout au moment de la digestion, neutralise celle de la salive avalée, ce qui a pour résultat de diminuer et même d’arrêter complètement la saccharification de l’amidon sous l’influence de la ptyaline. Il en est de même de la fermentation lactique et de la fermentation putride qui, ne pouvant se manifester que dans un milieu neutre, ou légèrement alcalin ou très peu acide, se trouvent enrayées par un suc gastrique abondant.
Mais, quand l’acidité du suc vient à diminuer ou à disparaître, quand, par suite d’une affection de l’estomac, la sécrétion muqueuse prend le dessus et, avec l’aide d’une salive très abondante, communique sa réaction alcaline aux liquides de l’estomac, les fermentations anormales s’établissent rapidement, provoquées par les microbes qui étaient mélangés aux aliments.
Ces fermentations s’exercent surtout aux dépens des matières sucrées ou hydrocarbonées; la fermentation lactique ne s’accompagne d’aucune production gazeuse, mais la fermentation butyrique qui lui succède donne abondamment de l’acide carbonique et de l’hydrogène.
Les équations suivantes représentent ces réactions fermentatives :
C"H,!06 = 2 C*HeOs
2CsHeO* = C*1I80* + 2 CO* + 2 H*
Ac. lactique. Ac. butyrique. Ac. carbonique. Hydrogène.
La dernière formule montre la production des deux gaz en volumes égaux • or les analyses suivantes, faites par Ewald et Rupstein, des gaz provenant d’éructations, chez des personnes atteintes de catarrhes avec dilatation chronique de l’estomac, corroborent l’existence de cette proportionnalité pour l’hydrogène et l’acide carbonique, en même temps que leur origine ressort nettement de la présence de l’acide butyrique dans les matières de vomissements (Carius).
C’est Chevreul qui, le premier, a trouvé de l’hydrogène libre dans les gaz de l’estomac d’un supplicié.