PHOSPHORE
Le phosphore entre dans la constifution des êtres vivants à la fois à l'état de combinaisons organiques et minérales. Les unes et les autres ont une importance physiologique considérable. Les seuls composes organiques du phosphore que l'on rencontre dans les organismes sont la lécithine (avec l’acide glycérophosphoriquc) et les nucléines. Ce sont des principes constants d’un très grand nombre d’éléments cellulaires, etleur participation aux phénomènes de la vie, encore que très mystérieuse, est à coup sûr d’ordre très général et très intime! A l’état de phosphates (de potasse, de soude, de chaux et de magnésie), le phosphore joue également un rôle physiologique important. Presque tous les tissus des végétaux et des animaux renferment des traces de phosphates et principalement de phosphate de chaux. Chez les vertébrés, ce dernier sel entre comme élément prépondérant dans la constitution des os, tandis que chez les invertébrés, il est généralement remplacé dans les incrustations ou dépôts calcaires, par du carbonate de chaux.
Le phosphore n’est offert aux organismes par le monde minéral que sous la forme de phosphates, c’est à cet état qu'il est absorbé parles plantes et qu’il com mence son cycle rotatif. Bien qu'abondamment représenté dans l’écorce terrestre, les phosphates n'existent, en général, qu’en petites quantités dans la terr végétale (2), et l’influence bien connue qu'exercent sur la végétation les apports d’engrais phosphatés,' montrent suffisamment le rôle important que jouent ces substances dans la nutrition des végétaux. Ceux-ci possèdent même parfois visà-vis de l’acide phosphorique une sensibilité si extraordinaire qu’ils peuvent déceler par la manière dont ils évoluent la présence dans un sol de quantités de phosphore qui échapperaient à tous nos moyens d’analyse. La sensibilité d’orga nismes inférieurs, comme la levure de bière, végétant dans un liquide nutritif est encore bien plus grande (3). D’ailleurs les végétaux, après avoir emprunté
(1) Miquel, Bull. Soc. chim., 1879, t. XXXII, p. 127, et Duclaux, Chimie bioloqioue t T\ a l’ Encyclopédie, 1™ section, p. 717.
(2) La terre végétale et surtout le terreau contiennent en outre d’autres combinaisons phospho rccs, et en particulier des composés comparables aux phosphoglvcérates et qui proviennent évi~ déminent de végétatmns antérieures. Ces combinaisons sont de même ordre que celles qui ont été citées pour le soufre (Berthelot et André, Annales de chimie et physique (6), t. XV, p. i-w
(3) Ainsi G. Ville a montré que le froment s’étiole et meurt dans une terre artificielle ren fermant tous les éléments minéraux nécessaires à la plante, mais dont on a éliminé les phosphates” Si 1 on ajoute à cette terre un cent-millième de son poids de phosphate de calcium (c'est-à-dire quatre millionièmes d'acide phosphorique), la végétation suit son cours normal, et la récolte te présente jusqu’à 1.500 fois le poids de l’acide phosphorique ajouté. Le froment permet donc de découvrir dans la terre un cent-millième de phosphate de calcium. Avec la levure de bière on peut même reconnaître l'existence de Ôsr, 0003 de phosphate dilué dans un litre d’eau. Ce procédé qui n’est en définitive qu'une application des classiques recherches de liaulin sur VAspergiUu’s niger , peut être successivement appliqué à l’étude des quatre termes fondamentaux de la produe.
leur phosphore au sol, en général pendant la période cpii précède la floraison, administrent, avec une visible économie, la précieuse réserve qu'ils se sont ainsi créée. Presque tout le phosphore disponible dans les racines, les tiges et les feuilles, esL dirigé, au moment de la floraison, vers les inflorescences et les fleurs; c’est-à-dire qu’il quitte les organes dont le développement est achevé, ou ceux qui vont tomber comme les feuilles, pour affluer vers les tissus de nouvelle formation.
L analyse montre, du reste, que les matières organiques phosphorées abondent dans le pollen, dans les ovules et dans l’embryon (1), comme aussi nous les trouverons en grande quantité dans l’œuf et le sperme, chez l’animal.
Avec ces composés organiques phosphores (lécilhines, nucléines), le phosphore passe dans l’organisme des animaux (voy. auchap. V, ce qui est relatif à la digestion des lécithines et nucléines). Comme les animaux trouvent, en outre, dans leurs aliments des réserves considérables de phosphates, ils disposent en général d'un excès d’acide phosphorique. Aussi en éliminent-ils constamment de grandes quantités par les urines et les excréments. L’urine d’un homme adulte contient dans les vingt-quatre heures de 4 à S grammes d’acide phosphorique. Il se lait donc, à travers l’organisme animal, une active circulation d’acide phosphoriquo réparant sans cesse les perles qui accompagnent nécessairement le mouvement nutritif dans les tissus riches en phosphore, comme le tissu osseux par exemple (2).
Les animaux restituent donc incessamment au monde minéral, sous la forme d acide phosphorique, le phosphore qu’ils ont emprunté sous des formes diverses a leurs aliments. Quant aux matières organiques phosphorées complexes telles que les nucléines, que la mort des végétaux ou des animaux livre à la destruc- Lon bactérienne, leur mode de décomposition n’est encore qu’incomplètement étudié. 11 est probable que, là aussi, le phosphore est finalement éliminé à l’état il acide phosphorique, et non pas d’hydrogène phosphoré comme on l’a soutenu. I. acide phosphorique accumulé dans le squelette des vertébrés rentre beaucoup plus lentement dans la circulation ; il peut môme rester à cet état, soustrait à 1 activité des êtres vivants, pendant des centaines et même des milliers d’années, comme le montre la parfaite conservation des squelettes que les fouilles mettent parfois au jour. Pourtant, grâce à la solubilité du phosphate de calcium et de magnésium dans les eaux chargées d’acide carbonique, la désagrégation finit neanmoins par s’opérer. Mais s’il arrive que les eaux qui emportent ces sels traversent des terrains ferrugineux, il peut se former des dépôts de phosphate ferrique qui sont totalement insolubles dans l’eau chargée d’acide carbonique. Ces dépôts, qui, dans les terrains tourbeux, sont parfois considérables, maintiennent
tion végétale, azote, acide phosphorique, potasse et chaux, chacune de ces substances pouvant constituer la dominante, parmi les aliments nécessaires à telle ou telle, espèce végétale ( Comptes rendus, 1890, t. CXI, p. 158).
il) Bcrthelot et André, loc. cit., p. 133.
(2) Hoppe-Scyler (/oc. cit., p. 58) cite une détermination de Waldcyer qui trouva pour le poids d’un squelette de femme, h l’état sec, 2.981 grammes, pour celui d’un homme de taille moyenne, 4.317 grammes, donc de 3 à 4 kilogrammes; avec une teneur moyenne de 38,46 p. 100 de PO1, il vient de 1.154 h 1.538 grammes de P0‘ pour le squelette d’un adulte'.
immobilisé l'acide phosphorique qu’ils reoferment, à moins que des putréfactions énergiques ne viennent réduire, peu à peu le sel ferrique en phosphate ferreux qui peut être repris ensuite par l’acide carbonique des eaux et remis ainsi en circulation.