‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 167 sur 722 · ACTION DE LA BILE SUR LES ALIMENTS · texte numérisé non relu

ACTION DE LA BILE SUR LES ALIMENTS

a) Matières albuminoïdes.

Les matières albuminoïdes, telles que albumine crue ou cuite, caséine, fibrine, etc., n’éprouvent aucune transformation digestive sous l’influence de la bile.

Nous avons vu précédemment que le mélange alimentaire qui porte le nom de chyme, après son passage dans l'intestin grêle et son mélange avec la bile, donne, par suite de la mise en liberté des acides glycocholique et taurocholique, sous l’influence de l’acide chlorhydrique du suc gastrique, un précipité résultant de la combinaison de ces acides avec les diverses variétés de matières albuminoïdes que contient le chyme, sauf les peptones qui ne sont pas influencées. Ce précipité se redissout facilement dans les alcalis du suc pancréatique et même dans un excès de bile (Moleschott), et les matières protéiques qu’il renferme subissent ensuite l’action digestive de la diastase pancréatique.

b) Hydrocarbonés.

Il existe de grandes contradictions à propos de l’action de la bile sur les matières hydrocarbonées.

Wittich prétend avoir extrait, de la bile fraîche, un ferment soluble capable de transformer l’amidon en glucose, et dit avoir obtenu la saccharification de l’amidon avec de la bile provenant d’une fistule biliaire, chez une femme. Cette assertion a été corroborée par Gianuzzi et Bufalini; et ce dernier ajoute que la bile saccharifie également la matière glycogène, mais n’agit plus, une fois décolorée et privée de mucus. D’autres observateurs, Nasse en particulier, ont prétendu que la bile fraîche est complètement inerte à l’égard des matières amylacées.

c) Graisses.

La bile paraît intervenir surtout dans la digestion des graisses. Elle provoque la dissolution d’une certaine proportion d’acides gras et même de graisses neutres. Ce dernier fait est d’observation courante; car on se sert souvent de la bile pour enlever des taches de graisse.

La bile émulsionne également les graisses, et les savons qu’elle renferme mélangés à ceux qui résultent de la dissolution des acides gras, jouissent de cette propriété à un degré plus élevé que la bile seule; mais l’émulsion tient peu de temps, et tombe beaucoup plus vite que celle que forme le suc pancréatique

En somme, l’étude directe de l’action de la bile sur les aliments divers ne nous fournit guère de renseignements précis, et ne nous donne pas une idée nettqde ses fonctions.

On a prétendu que la bile joue un rôle important dans l’absorption des graisses émulsionnées ou non; car, d’une part, lorsqu’elle est rejetée au dehors par une fistule biliaire, on remarque une diminution très sensible de l’absorption des corps gras (Brodie, Tiedemann et Gmelin, Bidder et Schmidt). Les animaux dépé-

DIGESTION. - ROLE PHYSIOLOGIQUE DE LA BILE. o93

Tissent, deviennent paresseux; le poil se hérisse et tombe, et l’animal ne survit •que si on lui donne un excès d’aliments. Blondlot a observé que, pour qu’il conserve son poids, il doit recevoir une quantité de viande double de celle qu’on lui donnait avant l’établissement de la fistule.

D autre part, il résulte des expériences de Bidder et Schmidt, Wistinghausen, -que les huiles montent plus haut, dans un tube capillaire dont les parois sont lubréfiées avec de la bile, que dans le même tube simplement mouillé d’eau, et que les corps gras émulsionnés passent sans difficulté à travers une membrane animale imprégnée de bile, tandis qu’il faut une pression considérable pour les faire pénétrer à travers la membrane préalablement mouillée avec de 1 eau.

On peut donc conclure de ces faits que la bile qui humecte les parois de l’intestin favorise l’absorption des corps gras émulsionnés.

Les travaux récents de Dastre (1 888), viennent éclairer d’un jour nouveau •cette question, si diversement interprétée, du rôle de la bile dans la digestion ■des corps gras.

L auteur pratique, chez le chien, une fistule cholécysto-intestinale, opération qui consiste à détourner la bile de la voie naturelle et à la faire écouler au milieu de 1 intestin grêle, au lieu de la laisser déboucher à l'origine de ce canal, dans le duodénum. Il enlève le canal cholédoque sur une longueur de 0“,01S, afin d éviter qu’il puisse se rétablir ultérieurement, et abouche directement la vésicule biliaire dans l’intestin grêle à 0-50, 0“,60 et même 1 mètre de distance du duodénum. Les aliments ne seront donc soumis qu’à l’action du suc pancréatique, en amont de ces divers points. Les animaux nourris copieusement e viande, de graisse et de lait, pendant deux mois, ont été sacrifiés ensuite en pleine digestion.

t L’examen a montré que les chylifères étaient sensiblement transparents, entre 1 estomac et la fistule, c’est-à-dire que la graisse n’était pas notablement absorbée sur tout le parcours où le suc pancréatique avait agi isolément. Ils étaient, au contraire, tout blancs, opaques, laiteux à quelques centimètres au-dessous de la fistule, c’est-à-dire après l’intervention de la bile.

Il résulte donc de là que le mélange de la bile et du suc pancréatique est nécessaire pour émulsionner les graisses et favorise par conséquent leur absorption.

bchiflf prétend que la bile excitant la contraction des fibres musculaires des villos.tes, ne commence à agir que quand les graisses ont déjà pénétré dans les chylifères, et favorise ainsi l’absorption de nouvelles quantités de graisses. Elle excitera, t egalement, par action réflexe, les contractions de la tunique musculaire de 1 intestin.

Landivehr a donné récemment (1885) une théorie nouvelle de l’action de la bile, sur laquelle nous aurons à nous étendre ultérieurement; disons seulement, pour instant, que, d’apres lui, la mucine provenant de la salive, de la muqueusé gas nque et intestinale et celle des conduits biliaires donnent naissance, au contact de la bile, à une substance jouissant au plus haut degré de la propriété d’émulsionner les graisses; il désigne cette matière du nom de: gomme animale.

On a prétendu encore que la bile est un antifermentatif, et s’oppose à la putréfaction des matières albuminoïdes dans l’intestin , en se basant sur ce que

l’alimentation carnivore produit, chez les chiens à fistule biliaire, des fèces à odeur fétide, et donne lieu à un dégagement de gaz extrêmement abondant. Hoppe-Seyler et Emisch ont d’ailleurs constaté l’action anlifermentative de l’acide taurocholique. Il est vrai que ces divers résultats n’ont pu être vérifiés par Stolnikow.

Gley et Lambling viennent de montrer, par une série d’expériences (1889), que la bile joue un véritable rôle antiseptique dans les phénomènes digestifs : en effet, tant que le chyme contenu dans le duodénum et dans l’intestin grêle possède une réaction acide, l’action des micro-organismes y est annihilée mais quand, par suite de l’afflux incessant du suc pancréatique cette acidité s’est atténuée et tend à devenir insuffisante, la présence de la bile assure, pendant un certain temps encore, l’antisepsie de la masse.

Rappelons enfin, pour terminer la série des hypothèses émises sur le rôle de la bile, celle déjà ancienne de Küss: après chaque digestion, la bile provoquerait la chute de la couche superficielle de l’épithélium qui serait devenu impropre à une nouvelle digestion ; elle déterminerait un véritable balayage ou plutôt un ramonage du tube intestinal.

Page 1