POTASSIUM
On rencontre cet élément d’une manière constante dans toutes les cellules végétales ou animales depuis les organismes les plus simples jusqu’aux êtres les plus élevés dans la série. Les plantes vertes surtout en renferment des quantités considérables, à tel point qu’avant la découverte des grands gisements de Stassfurth, les cendres des végétaux représentaient la source à peu près unique des sels de potassium employés par l’industrie. On verra plus loin que cette richesse en potassium constitue l’une des particularités les plus intéressantes de l’alimentation végétale.
Le potassium pénètre dans les organismes sous la forme de sels. La terre végétale en contient d’une manière constante , mais souvent en proportion insuffisante, comme le démontrent les effets heureux de l’emploi des engraispotassiques en agriculture. Une petite portion de la potasse contenue dans le sol est soluble dans l’eau et immédiatement assimilable. Le reste est à l’état de composés insolubles, de nature minérale ou organique (I) qui constituent une sorte de réserve et qui ne deviennent que lentement disponibles pour la plante.
Même dans les milieux très pauvres en potassium, les plantes ont la remarquable propriété de soutirer cet élément au milieu et de l’accumuler en grandes quantités dans leurs tissus); ce fait est surtout saillant dans la nutrition dee plantes aquatiques qui sont toujours riches en potasse, bien que, dans les eaux douces ou dans celles de la mer, elles ne trouvent cette base qu’en petite quantité, à côté de beaucoup de soude, de chaux ou de magnésie. C’est là une preuvemanifeste du rôle important que joue cet élément dans la formation et la nutrition des tissus. Du reste, des essais de culture analogues à ceux qui ont été cités à propos de l'acide phosphorique(2) établissent nettement que les sels de potassium sont indispensables à la vie des plantes vertes ou des organismes inférieurs, comme la levure par exemple. Ajoutons que c’est surtout dans les tissus susceptibles de développement que la plante verte fait affluer constamment les réserves de potassium dont elle dispose (3). — Quant aux combinaisons spéciales dans lesquelles la potasse se trouve engagée dans les plantes, on ne peut citer ici que les résultats déjà fort intéressants obtenus par Berthelot et André dans leur étude de la mercuriale annuelle. D’après ces recherches, la potasse doit être distinguée sous trois formes : 1° L’une facilement soluble dans l’eau et transmissible par circulation, diffusion, etc...; 2° l’autre difficilement transmissible par l’eau pure, mais capable de devenir telle par l’action des acides; 3» l’autre enfin plus résistante, mieux fixée dans les tissus et bien plus difficilement déplaçable (4).
Avec les aliments d’origine végétale, les sels de potassium passent successivement dans l’organisme des herbivores, puis dans celui des carnivores qui tous-
il) Berthelot et André, Ann. de chimie et phys., 1888 (6), t. XV, p. 86.
(2) Voyez les expériences de G. Ville, eitées à la page 46.
(3) Sachs, Vorlesungen über Pflanzenphysiologie, 2' éd., Leipzig, 1887, p. 313.
(4) Berthelot et André, Ann. de chimie et de phys. (6), t. XV, p. 106.
deux les fixent principalement dans le tissu musculaire, le tissu nerveux et les g o u es rouges du sang, probablement à l’état de combinaisons lâches avec les matières albuminoïdes. Le potassium retourne finalement à l’état de sel au milieu minéral.
Les sels de sodium sont contenus dans les plantes en quantités beauconp plus laibles que ceux de potassium. Beaucoup de plantes terrestres n’en contiennent que des traces; seules certaines espèces vivant au bord de la mer, les genres Salsoia et Salicornia par exemple, dont les cendres fournissaient avant Leblanc tout le carbonate de sodium employé, font nettement exception à cet égard. Uuant aux végétaux inférieurs, il semble qu’on puisse les faire fructifier pour la plupart dans des milieux dépourvus de soude, au moins en quantité appréciable. Chez les animaux, la soude se rencontre surtout dans le plasma sanguin qui en renferme des quantités notables à la fois à l’état de chlorure ou de carbonate; ces deux sels paraissent être indispensables à la constitution du sang, au moins chez les vertébrés supérieurs.
Le sodium est extrêmement abondant à la surface de la terre; il ne peut qu exceptionnellement faire défaut aux organismes. Il pénètre dans le cycle vital et en ressort à l’état de sel.