Digestion imncrén tique «les matières albuminoïdes
Le suc pancréatique naturel ou artificiel dissout très rapidement les matières albuminoïdes solides ou coagulées (Cl. Bernard, Corvisarl), bien plus rapidement que le suc gastrique, et les transforme comme ce dernier en peptones ialysables. L analogie entre les deux réactions est complète en ce sens que, dans les deux cas, il se produit un terme intermédiaire; seulement la syntonine ou acidalbumine de la digestion pepsique est remplacée, dans le cas du suc pancréatique, par un albuminate alcalin insoluble dans l’eau pure, soluble dans l’eau legerement alealinisée, presque insoluble dans le chlorure de sodium concentré, soluble dans l’acide chlorhydrique dilué. Il se forme également une propeplone qui paraît identique à celle que donne le suc gastrique.
La digestion pancréatique s’effectue normalement dans un liquide alcalin. Elle continue cependant encore dans un milieu neutre ou très peu acide; ce dernier cas doit se présenter dans l’économie où l’intestin renferme, au moment de la digestion, le produit du mélange du chyme acide de l’estomac avec la bile et le suc pancréatique, mélange que l’on admet être finalement alcalin, mais qui cependant, dans certains cas, reste neutre ou même un peu acide. D’ailleurs la réaction du contenu de l’intestin grêle est habituellement acide chez les carnivores. D’autre part, Klug a démontré le peu d’importance de l’action de l’alcali dans la digestion pancréatique de l’albumine; en effet, tandis qu’une infusion e pancréas additionnée de 1 p. 100 de soude transforme 1 gramme de fibrine en 0,510 de peptone et 0,015 d’une autre matière albuminoïde précipitable par un acide, la même infusion, sans addition de soude, donne encore 0,490 de peptone.
a presence de la soude ne dissout donc que 0,02 de fibrine en plus que s’il n y avait pas d’alcali.
La digestion des matières albuminoïdes s’opère déjà à la température ordinale; 1 optimum de température est de 40 à 45 degrés; au delà de 65-70 degrés, elle se ralentit considérablement.
L action est abolie parla présence des acides minéraux libres, d’alcalis un peu concentrés et de sels métalliques; elle est favorisée au contraire par certains sels alcalins, carbonate de soude (0,9 à 1,2 p. 100), de potasse, d’ammonium, chlorure de sodium ou ammonique, sulfate de soude, nitrate de potassium, les sels biliaires, et par suite la bile (Cl. Bernard), ce qui est l’inverse de ce qui se passe pour la digestion stomacale.
Chittenden et Cummins, reprenant les expériences de Cl. Bernard, ont montré que la bile et les sels biliaires, glycocholate et taurocholate de soude, favorisent l’action de la trypsine, mais que l’addition d’acide taurocholique la diminue. Elle n’est pas entravée par l’accumulation des peptones.
L’acide salicylique à faible dose n’a pas d’effet nuisible (Ivühne); il en serait de môme de l’acide lactique étendu (Lindberger).
La fibrine et l’albumine coagulée ne se gonflent pas dans le suc pancréatique, mais se désagrègent immédiatement et finissent par disparaître, en laissant un léger résidu.
On peut classer les diverses variétés de matières albuminoïdes par ordre de solubilité décroissante; la fibrine fraîche est attaquée le plus vite, puis vient la fibrine cuite, le gluten, la caséine, et après seulement l’albumine coagulée.
La matière collagène n’est attaquée qu’après avoir été soumise au préalable à l’action des acides, ou chauffée au-dessus de 70 degrés; la gélatine est transformée en peptone qui ne se prend plus en gelée par le refroidissement - le chondrogène est dissout en laissant un résidu de noyaux des cellules ; les fibres élastiques, la capsule du cristallin, les membranes du tissu adipeux sont partiellement attaquées; la corne, la matière amyloïde, la nucléine, la chitine, la mucine résistent au contraire.
Klug a trouvé que, en deux heures, le suc pancréatique frais de l'homme, dans les mêmes conditions, digère 42 p. 100 de fibrine du sang et 35,4 p. loo de caséine; en trois heures, il digère 36,6 p. 100 de blanc d’œuf cuit.
L’action du suc pancréatique ne s’arrête pas à la production des peptones comme le fait le suc gastrique, alors même que l’on empêche le développement des bactéries par l’addition d’antiseptiques appropriés. Une partie de la peptone se dédouble, par une hydratation ultérieure, et donne des produits nouveaux • aussi a-t-on pu diviser cette action en trois phases successives.
1° Dans la première phase, phase de digestion vraie, la matière albuminoïde se transforme, par hydratation, en peptones qui paraissent identiques à celles de la digestion gastrique. Cl. Bernard admettait que l’action préalable du suc gastrique et de la bile sur l’albumine était indispensable à la digestion pancréatique; Corvisart a démontré, le premier, la fausseté de cette opinion, et prouvé que le suc pancréatique suffit à lui seul pour la peptonification.
2- Dans la seconde phase, apparaissent de grandes quantités de leucine et de tyrosine qui proviennent des peptones; car celles-ci diminuent à mesure que sè produisent les acides amidés. La leucine et la tyrosine se forment encore quand au contact du suc pancréatique, on place des peptones toutes formées au lieu de matières albuminoïdes.
A côté de la leucine et de la tyrosine, on trouve encore d’autres produitsl’acide aspartique, l’acide glutamique (surtout dans la digestion du gluten et de la fibrine), du glycocolle (dans la digestion de la gélatine).
Cette transformation partielle des peptones paraît aussi se produire dans la digestion pancréatique normale, chez le vivant, bien que divers auteurs aient soutenu l’inverse, et prétendu que la digestion s’arrête à la production des peptones.
En faisant réagir plus ou moins longtemps le suc pancréatique sur une même quantité de fibrine, Klug a obtenu les chiffres suivants de matière digérée :
Après 2 heures, il y a 55 p. 100 de fibrine pcptonifiée. 1
3 — 63 — f Odeur nulle.
— *■ — 66 — J Odeur putride.
Ces chiffres montrent nettement la séparation des deux premières phases de la digestion pancréatique des matières albuminoïdes. Dans la première l’absence d’odeur coïncide avec la peptonification pure et simple de la fibrine, tandis que dans la seconde phase, déjà odorante, la diminution de fibrine peptonifiée tient à la formation de leucine et de tyrosine, aux dépens de la peptone déjà formée.
D’après Kühne et Chittenden, la molécule albuminoïde se dédouble, avec hydratation, dans la digestion pancréatique, en deux parties égales, hémialbuminose et antialbuminose ; l’hémialbuminose se transforme à son tour en hèmipeptone qui ne résiste pas à l’action de la trypsine et se décompose en leucine, tyrosine, etc., tandis que l’antialbuminose donne de l’antipeptone qui résiste entièrement à l’action ultérieure du ferment, pourvu que l’on empêche la production et le développement des bactéries de la putréfaction.
3» Troisième phase. Dans cette dernière phase, on constate une diminution dans la proportion non seulement des peptones, mais encore de la leucine et de la tyrosine, et l’on voit apparaître un certain nombre d’autres produits dont 1 odeur pénétrante rappelle à la fois celle des produits de la putréfaction et des matières fécales. Parmi ces corps qui ne sont pas tous connus, on trouve du phénol, de l’acide benzoïque, les acides aspartique et glutamique, de l’acide phénylpropionique (E. et H. Salkowski], des acides gras volatils, de l’indol (Kühne et Nencki), du skatol, une substance qui précipite en filaments violets par l’eau de chlore. A côté de ces corps se forment des gaz odorants et souvent inflammables, constitués par un mélange d’azote, d’hydrogène, d'acide carbonique, d’hydrogène sulfuré et hydrocarbures divers.
Cette troisième phase arrive plus rapidement quand le milieu est alcalin, et se trouve retardée par une acidité même légère des liquides.
Lindol se produit surtout dans la digestion pancréatique naturelle ou artificielle de la fibrine, très peu dans celle de la gélatine (Nencki). Cetindol, résorbé en partie à travers la paroi de l’intestin, rentre dans le torrent circulatoire et apparaît dans les urines sous la forme d’indican ou acide indoxysulfurique dont il paraît constituer la source unique.
On verra, dans l’étude des urines, que Pisenti a cru trouver une relation directe entre la digestion pancréatique des matières albuminoïdes dans l’intestin et la quantité d’indican contenu dans l’urine. F. Muller, (1S87) qui s’est occupé aussi de la question, a découvert un rapport inverse dans les quantités d’indol et de phénol contenues dans l’intestin et celles des dérivés sulfoconjugués correspondants qui existent au même moment dans les urines; c’est pen-
dant la digestion, alors que l’intestin est le siège de la fermentation pancréatique qui donne naissance aux produits aromatiques, phénol, indol et skatol, que l’urine renferme le moins de sulfoconjugués; ceux-ci atteignent rapidement leur maximum dans la période de jeûne.
La troisième phase de la digestion des matières albuminoïdes par le suc pancréatique prête matière à discussion.
On avait émis l’opinion que la présence de l’oxygène de l’air était nécessaire à la peptonification de la fibrine par le ferment pancréatique. D’après Iliifner il n’en est rien; pour le démontrer il prend un appareil à houles contenant l'une, de la fibrine, l’autre du suc pancréatique artificiel, fait passer un courant d’hydrogène pour chasser exactement l’air, ferme l’appareil à la lamo d’émailleur, puis mélange les deux liquides. On voit alors la fibrine se dissoudre aussi rapidement qu’au contact de l’air.
Pour constater la rapidité avec laquelle s’accomplit l’hydrafation des matières albuminoïdes par le ferment pancréatique, rapidité telle que les produits de dédoublement, leucine et tyrosine, apparaissent presque instantanément Kühne fait digérer un pancréas de bœuf réduit en pulpe avec 2 litres d’eau et 4 grammes d’acide salicylique. Au bout de quelques heures la glande a disparu s’est dissoute, sauf un léger résidu et une bouillie incolore de tyrosine Dans toutes ces expériences, comme dans d’autres, relatives à la préparation de peptones pancréatiques, on a pris toutes les précautions nécessaires pour éviter 1 intervenhon des ferments figurés, soit en enlevant les germes de IV soit en ajoutant de l’acide salicylique. Dans ces conditions, il arrive de deux choses 1 une : ou bien les produits de décomposition de la troisième phase n’an paraissent pas, ou bien ils sont retardés considérablement. 11 est donc naturel d penser que, bien que ces derniers produits se forment d’une manière constante dans l’intestin et se retrouvent dans les matières fécales, ils ne sont que 1 termes ultimes de la décomposition putride provoquée par les bactéries insérées avec les aliments que l’on voit fourmiller dans les fèces. La digestion pancréa tique véritable qui a pour but final et exclusif la peptonification des matière* albuminoïdes, s’arrête donc à la deuxième période; la troisième n’est au’i.n épiphénomène dont l’action ne porte normalement que sur une très rninim partie des peptones produites dans la première, la plus’ grande partie étant resorbee au fur et à mesure qu’elles prennent naissance.
Cependant certains auteurs ont envisagé la digestion pancréatique de l’,ih„ mine comme une véritable putréfaction; et, dès l’origine des recherches T Cl. Bernard et de Corvisart sur le rôle de la pancréatine, l’on voit annar-Tt 6 cette théorie qui a été reprise par quelques auteurs contemporains C’est a que Jeanneret a soutenu que la digestion pancréatique était provoquée nar rt bactéries anaérobies qui préexisteraient dans le tissu pancréatique et se dével peraient dès qu’elles arriveraient dans l’intestin au contact des matières alh minoïdes. Du~
Béchamp avait déjà invoqué l’action des microzymas du pancréas dont il indiqué un procédé de préparation (4 881 ). a
A propos de l’action spécifique du suc pancréatique sur les matières pr téiques, on s’est demandé, comme on l’a fait pour le suc gastrique, comment °Ù
ne digéré pas les parois de l'intestin; la raison toute physiologique est probablement de même ordre, mais n’en a pas encore été démontrée.
La trypsine retarde la coagulation du sang. Injectée dans les vaisseaux, elle produit la dissolution des globules Lianes, par une véritable digestion, et fait baisser la quantité de fibrine du sang (Albertoni).
Peptones pancréatiques. -On a vu que la digestion pancréatique des matières albuminoïdes marche parallèlement à celle du suc gastrique, et donne des produits intermediaires et ultimes correspondants.
Les termes intermédiaires sont d’abord : un corps que l’on a voulu classer dans les globulines, et qui possède le pouvoir rotatoire de la paraglobuline:
[Md =—48", U (Otto).
Cependant en raison de son insolubilité dans l'eau pure et dans le chlorure de sodium étendu, de sa solubilité dans les alcalis étendus et l’acide chlorhydrique faible, de la précipitation de sa solution après saturation avec du sulfate de VienntT' ^ apparUent Plutôt à classe des albuminates alcalin.
nens.mrn T a P™peplone 1 ui «» confond avec celle de la digestion
rhimimiM ’ i "T ‘eU’ k peptone vraie> doilt les propriétés physiques et
n c“ "*”S ,ue cell's *> '» *• «IC eustriqL Ainsi, 1,
î. , ’ . de f'.brine possedc '«s mêmes caractères, qu'elle provienne d’une
, l0n PT)(Ir °U de laclion de la trypsine ; le pouvoir rotatoire surtout est exactement le même :
Md = — 65°, 5 (Otto).
On ne remarque de différence que dans la composition élémentaire, comme 11 reSulte des anaI>'ses de Otto avec la flbrine-peptone pancréatique.
Composition des peptones pepsique et pancréatique.
Maly jllenningerl Kossc
lo,83
Les chiffres obtenus par Otto se rapprochent en effet de ceux de Kossel, mais HenningeT^ 1 P‘ ^ enVir°n ’ P°Ur ^ Carb°ne et razote> à ceux de Mal>' et