Action du suc pancréatique sur les graisses
Le suc pancréatique agit de deux façons sur les graisses; il les émulsionne en totalité et les saponifie en partie.
1» Le suc pancréatique, agité avec des matières grasses liquides ou facilement fusibles, les émulsionne très facilement et d’une manière complète (Bouchardat Sandras). Les corps gras sont réduits à l’état de globules extrêmement fins, mais facilement reconnaissables au microscope, et qui, même au bout de quelques jpurs, ne se réunissent plus à la surface sous la forme d’une couche huileuse et
transparente (Eberlé, Cl. Bernard). Il faut environ 2 grammes de suc pancréatique pour émulsionner 1 gramme de graisse.
On a vu que cette émulsion était indépendante de l’alcalinité du liquide et ne se produisait plus quand on filtre le suc pancréatique sur de la magnésie calcinée; elle est encore manifeste, même à 0 degré.
D après Duclaux, l’émulsion pancréatique des graisses ne serait pas due à l’action dun ferment soluble dont la présence est difficile à expliquer, puisque 1 émulsion se produit instantanément par l’agitation des deux liquides, et non lentement et progressivement, comme cela devrait arriver avec un ferment soluble. Pour ce savant, la condition nécessaire et suffisante pour que deux iquides non miscibles, insolubles l’un dans l’autre, donnent une émulsion, est d ordre purement physique : il faut que les tensions superficielles des deux liquides soient égales ou voisines. C’est précisément le cas d’un mélange de graisses et de suc pancréatique, qui réalise cette condition, au même titre, il est vrai, qu’une solution de gomme arabique ou de tant d’autres substances analogues Nous aurons à revenir sur les recherches de Landwehr, à propos de l’absorption tles graisses; pour l’instant, nous nous contenterons de dire que, d’après cet auteur, le pouvoir émulsionnant du suc pancréatique serait dû à la présence un corps nouveau, dérivé de la mucine, qu’il appelle la gomme animale, et qu il a extraite du pancréas frais.
2° Le suc pancréatique décompose les graisses neutres en acides gras et glycérine, par un phénomène d’hydralation. Ainsi, quand on maintient de l’huile olive au contact du suc pancréatique alcalin, à 35 degrés,. en agilant de temps en temps, on remarque que l’alcalinité du mélange décroît jusqu’à ce que la reaclion devienne franchement acide; si le mélange était coloré primith ement par du tournesol bleu, la teinte s’atténue peu à peu et vire enfin au rouge. Les acides gras mis en liberté s'unissent à l’excès d’alcali pour former des savons t abord neutres, puis acides. La transformation s’effectue non seu'ement quand a l'queur est alcaline, mais aussi quand elle est neutre et même acide (Berlhelot.)
/ infusion de pancréas, le tissu pancréatique lui-même agissent de la même laçon.
le H::r"ifiCat7 deS graiSSCS a été at,ribu6e Primitiv™‘ à la présence, dans ... e SUC du Pancreas> d’un ferment, le. même que celui qui émulsionnela.t les corps gras. S. ce ferment existe, et cela n’est rien moins que démontré, on verra, ,1 est en tous cas fort instable. L’alcool le détruit aussitôt; la glycérine ne parvient pas à l’extraire; et somme toute, le procédé de préparation qui a ete rapporte d’après Defresne, ne donne guère de résultats brillants.
tien d",, 1 oqUH Sap°nificati0n des produisait plus après l’ébulli-
t.on du l.qmde pancréatique, ce qui, joint à ces deux faits: 1- qu’elle exme une dose enorme de suc pancréatique (quelques décigrammes seulement de mo°nobu-
TrZlT "a.24 heUreS Par 20 grammeS de s,,c frais> dans l’expérience de i • ’ ,SUC r'° e pn bactéries et qui, dans les conditions de l’opération,
devient le siégé d’une fermentation putride 1res active; 2» qu'on ne trouve que de la graisse neutre dans 1 intestin du fœtus qui ne contient aucun des microbes e la putréfaction, autorise l’opinion émise par Duclaux et d’autres auteurs, que cette saponification n’est que le résultat de l’action vitale des ferments figurés
qui se développent si rapidement dans le suc pancréatique, et n’a qu’une importance très secondaire pour la digestion des graisses.
Cependant l’extirpation du pancréas, ou sa destruction par Finjeclion d’un corps gras, est suivie d’un trouble dans la digestion des graisses qui augmentent dans les excréments ; mais cette absorption n’est pas complètement entravée et peut s’effectuer dans une certaine mesure (Bérard, Schiff).
Parallèlement à la saponification des corps gras, et par un phénomène d'hydratation analogue, le suc pancréatique peut dédoubler les éthers, l’éther acétique par exemple, en alcool et acide acétique (Iléritsch), et la lécithine en acide phosphoglycérique, neurine et acides gras (Bokay).
Les corps gras les plus digestibles sont l’huile d’olive, puis le beurre, la graisse d’oie, et enfin celle de porc ; la digestion pancréatique des deux premières s’effectue facilement entre 30 et 40 degrés, tandis que celle de la graisse de porc pour se faire dans le même temps, exige une température de 40 à S0 degrés
111. VARIATIONS DE COMPOSITION DD SUC PANCRÉATIQUE DANS L’ESPÈCE HUMAINE ET DANS LA SÉRIE ANIMALE
Jusqu’à présent, les recherches concernant les variations de composition du suc pancréatique, avec les espèces animales et les conditions physiologiques diverses auxquelles peut se trouver soumis l’individu ou l’animal observé, sont bien peu nombreuses. On a vu précédemment les différences profondes qui distinguent le suc des fistules temporaires de celui des fistules permanentes, ainsi que l’influence de la durée de la sécrétion. 4
On a essayé de déterminer l’action de quelques alcaloïdes sur la sécrétion des fistules pancréatiques; l’atropine la diminue ou l’arrête, excepté chez le lapin la physostigmine de la fève de Calabar l’accélère; la pilocarpine reste sans effetla nicotine se comporterait de même, si Lindau n’avait observé une augmentation’ our le curare, il y a discussion : Bernstein admet une augmentation, alors que’ Heidenhain dit avoir constaté un ralentissement. 4
Dès le troisième tiers de la vie fœtale, le pancréas possède déjà le pouvoir de d,gerer 1 albumine (Albertoni, Langendorff). Zweifel avait d’ailleurs constaté que le ferment peptonique et celui des matières grasses existent quelquefois dé à chez les nouveau-nés. H 8 aeJa
Le ferment saccharifiant paraît manquer chez le nouveau-né (homme) et n» se formerait que dans le deuxième mois qui suit la naissance, pour atteindre son maximum d action à la fin de la première année (Korowin et Zweifel) Il serait de même chez le lapin, tandis qu’il existerait de bonne heure dans la v fœtale, chez le porc, le rat et le veau (Langendorff).
Chez beaucoup de poissons, le suc pancréatique, ou plûtot la sécrétion intesli nale, est acide et ne renferme pas de ferment saccharifiant; chez les vers 1~ ferment des albuminoïdes se distingue de la trypsine en ce qu’il ne donne’ *• leucine ni tyrosine ( isotrypsine ). Enfin il existe, chez un certain nombre d’inver-