MICROBES DU TUBE DIGESTIF DE L’HOMME
A l’heure actuelle, on doit considérer comme normale la présence des microbes dans le tube digestif, surtout dans la partie où les sécrétions physiologiques alcalines donnent au milieu ambiant une réaction éminemment favorable au développement de la plupart des espèces.
C’est dans l’estomac qu’on en trouve le moins, ce qui tient à l’acidité du suc gastrique qui s’oppose à leur multiplication, et même, suivant certains auteurs, à leurs manifestations vitales ordinaires. Nous ne voyons pas, cependant, dans cette action antiseptique, une raison suffisante pour prétendre ramener toute la fonction physiologique du suc gastrique à cette seule action, comme le voudraient certains auteurs allemands.
Nature des microbes trouvés dans le tube digestif.
La nature des microbes que l’on a trouvés dans les diverses fractions du tube digestif parait varier d’une partie à l’autre, comme on va le voir dans rémunération des especes reconnues. Ces microbes y sont introduits avec les ingesta ou proviennent de l’air extérieur qui les dépose sur les premières voies, d’où ils sont entraînes par la déglutition. Certaines espèces cependant n’ont jamais été trouvées ailleurs, dans la nature, et paraissent propres au tube digestif.
1° Bactéries de la salive.
La bouche offre un milieu très favorable aux espèces aérobies qui, outre des aliments abondants et constamment renouvelés, y trouvent une sécrétion alcaline; aussi se développent-elles, très nombreuses, surtout dans les interstices dentaires et les cavités pathologiques des dents où elles sont soustraites à toutes les actions mécaniques qui peuvent les entraîner; c’est évidemment à l’action des microbes de la bouche qu’on doit rapporter en grande partie le développement incessant des caries dentaires (Miller), qui constituent un véritable « nid où le ferment pullule en liberté, sans être dérangé par aucune action extérieure » (Duclaux), et la gingivite arthro-dentaire infectieuse (Galippe).
Les microbes de la salive ont été étudiés par Robin, Pasteur, Vulpian, Rupin, Miller, Rasmussen et surtout par Vignal (1886), qui a isolé de la salive, du tartre dentaire et de l’enduit lingual, dix-neuf espèces différentes, dont les principales sont les suivantes : leptothrix- buccalis, bacillus terme, bacülus subtilis (du foin) ) bacillus mesentericus vulgatus (de la pomme de terre), bacülus ulna, spirillum rugula, rmcrococcus pyogenes aureus (des furoncles), micrococcus pyogenes albus, micrococcus Pasteuri (de la pneumonie fibrineuse), bacillus 8alivarius seplicus, bacillus amæba buccalis , etc.
Les bactéries filamenteuses de la bouche, comprises habituellement, comme le fait remarquer Duclaux, sous la dénomination générique de leptolhrix, paraissen jouer un rôle important dans le développement des tartres dentaires; leurs ou es, croissant à labri du rebord de la gencive, détermine autour du collet, peut-être par un dégagement d’acide carbonique, la précipitation des sels de
chaux de la salive qui se concrètent en une niasse jaune brunâtre assez dure et quelquefois très épaisse, qui se détache des dents en fragments souvent assez étendus.
2° Bactéries de l'estomac.
On trouve naturellement, dans l’estomac, les bactéries de la bouche entraînées par les aliments et celles de l’intestin qui sont obligées de le traverser au moins primitivement; mais la réaction du milieu leur est en général nuisible, et beaucoup succombent même, au contact des acides libres du suc gastrique.
D’après Miller, pour que l’acide chlorhydrique du suc gastrique empêche les fermentations bactériennes dans l’estomac, il doit être dans la proportion minimum de 1,6 p. 1000. Aussi ces fermentations sont-elles fréquentes chez les nouveaux-nés, où cette proportion n’atteint que 0,6 ou 0,8 p. 1000 (van Puteren, 1888\ en l’absence de soins hygiéniques de la bouche; mais dès qu’on nettoie sérieusement cette cavité, les liquides retirés de l’estomac au moyen du cathéter de Nélaton sont presque dépourvus de germes, bien que la digestion s’effectue normalement. Et Vinay, qui rapporte ces résultats, d’après van Puteren, ajoute, avec raison, qu’ils sont la preuve indiscutable que la présence des bactéries dans l’estomac n’est nullement nécessaire à la digestion.
Il est certains états pathologiques dont il a été parlé, dans lesquels la réaction du contenu ventriculaire devient neutre et même alcaline, condition favorable au premier chef au développement des bactéries qui deviennent dès lors extrêmement abondantes; c’est le cas de la sa reine de l’estomac, dont on trouve de grandes quantités dans le catarrhe stomacal chronique avec dilatation permanente de l’organe.
3° Bactéries de l'intestin.
C’est sans contredit dans l’intestin que les bactéries sont les plus nombreuses; elles y pullulent grâce au milieu dont l’alcalinité leur est éminemment favorable, et apparaissent dans les matières fécales où l’on a pu les étudier le plus facilement.
Cependant l’examen du mucus intestinal a permis à Babès de reconnaître cinq espèces de bactéries. Nous avons vu que Bienstock (1883) a isolé, des excréments, cinq espèces de bacilles, dont un surtout, le bacillus albuminis, est un agent des plus énergiques de la décomposition des matières albuminoïdes. On y a trouvé encore le bacillus cavicida, cause de la fermentation propionique des sucres (Brieger), le bacillus coli commune et le bacillus lactis œrogenes, fréquents surtout dans les selles des enfants (et des adultes) nourris avec du lait (Escherich, 1885), enfin le bacillus amylobacter.
Vignal a repris la question en 1887, et a isolé, des fèces, dix espèces dont deux seulement bien déterminées, bacillus coli commune et bacillus mesentericus vulgatus. L’auteur évalue le nombre de ces microorganismes à plus de 20 millions par décigramme de matières fécales.
llôlc des bactéries dans la digestion.
Étant admis que les microbes, de même que les êtres supérieurs, sécrètent des diastases digestives, il serait intéressant d’établir quelle est, dans la digestion