DIGESTION. - MICROBES DU TUBE DIGESTIF DE L'HOMME
normale, chez l’homme, la part qui doit être attribuée à l’action spéciale de ces •microbes ou plutôt de leurs diastases; question bien difficile à résoudre actuellement, faute d’expériences suffisamment précises dont on conçoit d’ailleurs 1 extrême difficulté, sauf en ce qui concerne la digeslion de la cellulose par le bacille amylobacter.
On a vu que Jeannerot attribuait la digestion pancréatique à des bactéries anaérobies qui préexisteraient, suivant lui, dans le tissu pancréatique absolument frais, tandis que Béchamp fait intervenir les microzymas de la glande.
Il faut arriver à Duclaux (1882) pour voir les premières tentatives de démonstration de l’action digestive des bactéries. L’auteur ensemençait un bol alimentaire stérilisé avec quelques gouttes de suc intestinal et l’abandonnait à luimême en vase clos, pendant trois jours, durée habituelle du séjour des aliments •dans l’intestin, suivant lui. Malgré l’absence des diastases des sucs digestifs et 1 impossibilité de la résorption par osmose des premiers produits, Duclaux a •observé que la quantité totale de matière dissoute, àl’étuve, dépassait toujours la moitié de celle qui se dissolvait dans la digestion normale; il en a conclu que l’action des ferments figurés, dans l’intestin, est au moins comparable en puissance à celle des sucs digestifs normaux.
Miller (1886) a démontré indirectement l’intervention réelle des bactéries, dans la digestion, par la production abondante de gaz qu’elles provoquent au contact -des hydrates de carbone, alors que l’alimentation de viande, œufs, poissons, fromage, laitue, épinards, n’en donne presque pas.
Enfin, en dernier lieu, Vidal a étudié (1887) l’action spéciale des microorganismes de la bouche et des matières fécales sur les diverses substances alimentaires; il a trouvé que 7 dissolvent l’albumine; 5 la gonflent ou la rendent transparente; 8 dissolvent le gluten; 4 transforment l’amidon et s’en nourrissent; 9 coagulent le lait; 6 dissolvent la caséine; 24 transforment la lactose en -acide lactique; 11 intervertissent le sucre et 10 font fermenter la glucose alcooli- •qnement. L’auteur conclut, de ses recherches, que les bactéries du tube digestif contribuent certainement, mais dans une mesure absolument indéterminée, à la •transformation des matières alimentaires.
Ajoutons encore, pour terminer, que l’absence des fermentations intestinales •pendant la vie fœtale et leur peu d’intensité dans les premiers jours qui suivent la naissance, démontrent, une fois de plus, l’action des microorganismes intro- ■duits avec l’alimentation.
Ainsi donc, pour résumer Ri question, si l’on ne peut nier l’intervention des bactéries dans la digestion, il est encore impossible, dans l’état actuel de la science, de se rendre compte, même approximativement, de l’importance de •cette intervention, sauf en ce qui concerne la digestion de la cellulose par le bacille de Trécul.
Ils nous semblent donc aller un peu vite en besogne, ceux qui, se confinant dans un exclusivisme non justifié, veulent, sinon nier l’action des sécrétions normales du tube digestif, ce qu’ils n’osent encore, du moins attribuer le rôle principal aux microbes étrangers introduits et entraînés par nos aliments.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GAlîNIEIl ET SCHLAGDENHAUFFEN.