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C. Lieux et modes de digestion des corps sucrés

Les principes sucrés immédiatement solubles sont, tout d’abord, dissous par les divers liquides qu’ils rencontrent dans le tube digestif, salive, suc gastrique, etc. Quelques-uns restent sous leur forme primitive et sont absorbés en nature : tels sont la glucose, la galactose, la lévulose; tandis que les autres, et en particulier les saccharoses, paraissent être modifiés au préalable, mais

toujours dans le sens de l'hydratation qui constitue l’action chimique fondamentale des diverses Irarisformations digestives de nos aliments.

Ainsi, la saccharose vraie ou sucre de canne est intervertie et dédoublée en glucose et lévulose, non seulement par le ferment inversifde l’intestin (Cl. Bernard), mais déjà dans l’estomac, au contact des acides qu’elle y rencontre (Duclaux).

Les modifications qu’éprouve le sucre de lait ou lactose ne sont pas encore déterminées nettement. On admet généralement qu’elle se transforme en glucose; et il est fort vraisemblable qu’elle se dédouble encore, par une hydratation analogue à celle du sucre de canne, en glucose et galactqse.

On ne sait rien de précis sur le mode d’absorption de la maltose, saccharose spéciale produite par la saccharification diastasique des matières amylacées. Il résulterait des expériences de Brown et Héron, que la maltose serait transformée en glucose au contact de l’extrait aqueux de la muqueuse de l’intestin; les auteurs attribuent cette action hydratante aux plaques de Peyer, et non pas aux glandes de Lieberkiihn.

Les expériences faites au laboratoire de Voit, à Munich, ont montré que les matières gommeuses et mucilagineuses sont également transformées en partie sous l’influence des diastases, en matières sucrées.

Dans la digestion des hydrocarbonés, il se produit une phase secondaire analogue à celle que nous avons vu suivre la peptonification pancréatique de l’albumine dans l’intestin; une partie des matières sucrées non absorbées subit, sous l’influence des ferments introduits de l’extérieur, les fermentations lactique et butyrique, celle-ci accompagnée d’un dégagement de gaz carbonique et hydrogène.

Quelques auteurs admettent même que, dans certains cas, la glucose peut éprouver, dans le tube digestif, une fermentation alcoolique qui expliquerait l’ivresse des individus qui boivent du moût de raisin à peine fermenté. Il nous semble que cette action doit plutôt être attribuée à l’acide carbonique dont le moût se trouve sursaturé à ce moment; en tout cas, le fait mériterait d’être vérifié et expliqué.

Lieux et moites tle digestion des corps grns.

Les corps gras constituent, avec les hydrocarbonés, les aliments calorifiques de l’organisme animal. Mélangés dans la bouche avec les autres principes alimentaires, pendant la mastication, ils traversent l’estomac sans y éprouver autre chose qu’une fusion due à la température du ventricule.

Cependant Klemperer et Schemlen ont voulu attribuer une certaine action saponifiante au suc gastrique, en se basant sur des expériences desquelles il résulterait que, dans l’estomac du chien, l’oléïne donne de t,2 à 3 p. ioo d'acide oléique libre, tandis que les bactéries du contenu stomacal n’en donnent au maximum que 0,5 p. 100.

C’est l’intestin qui paraît être le siège exclusif de la digestion des corps gras Cette digestion est sous l’influence directe de la bile et de suc pancréatique.

DIGESTION. - TRANSFORMATION CHIMIQUE DES ALIMENTS

1° Digestion biliaire des graisses.

L action de la bile est démontrée par l’expérience suivante; tandis que les chylifères du chat sont gorgés, au moment de la digestion, d’un suc laiteux ans lequel le microscope révèle la présence de nombreuses gouttelettes de graisses émulsionnées, il renferme un liquide incolore quand on a lié au préalable le canal cholédoque, de façon à empêcher l’afflux de la bile dans l’intestin (Bidder et Schmidt).

Cette expérience a été confirmée par les observations de Blondlot sur le résultat de la fistule biliaire chez le chien, puis par Tiedemann et Gmelin, par Lenz qui a trouvé qu’à la suite d’une fistule biliaire, une proportion de 47 à 63 p. 100 de la graisse ingérée se retrouve dans les excréments, puis par Rœlimann, et enfin par Voit qui a observé qu’alors que les fèces ne contenaient que 1 p. 100 de la graisse ingérée sans exagération de proportion, dans les conditions physiologiques, elles en renferment 60 p. 100 à la suite d’une fistule biliaire.

2° Digestion pancréatique des corps gras.

Le rôle du suc pancréatique dans la digestion des graisses est aussi facilement démontré. Rappelons le fait d’observation, dô à CL Bernard, que les chylifères sont gorgés de graisses au moment de la digestion, mais seulement au-dessous de 1 orifice du canal de Wirsung, c’est-à-dire près du pylore chez le chien, et a 35 centimètres seulement en dessous chez les lapins. D’ailleurs la destruction du pancréas, par l’injection d’un corps gras huileux dans le tissu de la glande, est suivie du passage presque intégral des corps gras dans les excréments.

Ces exemples et bien d’autres expériences plus récentes qui ont été rapportées en temps et lieu, démontrent nettement le rôle prépondérant de la bile et du suc pancréatique dans la digestion des corps gras.

Bien plus, les résultats de la fistule cholécysto-intestinale de Dastre montrent que les chylifères restent sensiblement transparents entre l’estomac et le nouveau débouché de la bile créé artificiellement à 0m,50, 01", 60 et même 1 mètre au-dessous de 1 orifice primitif oblitéré du canal cholédoque, c’est-à-dire que les graisses ne sont pas absorbées en quantité sensible sur tout le parcours où le suc pancréatique agit seul. Iis sont au contraire gorgés d'un suc laiteux à quelques centimètres au-dessous de la fistule, ce qui semble démontrer la nécessité du mélangé préalable de la bile et du suc pancréatique pour produire l’émulsion des graisses et leur absorption ultérieure.

3° Mécanisme de la digestion intestinale des corps gras.

Il est difficile de se rendre compte du mécanisme de digestion des corps gras e e connaître la nature intime du phénomène qui constitue cette transformation préalable nécessaire à leur absorption.

■ ^m! >r intervenir> Pour la bile, une action d’imbibition spéciale des cellules «pi e laies de 1 intestin qui favoriserait l’absorption des graisses, en se basant sur 1 endosmose plus rapide d’une émulsion graisseuse à travers une membrane imprégnée de bile qu’au travers de la même membrane simplement mouillée avec de l’eau. On a invoqué encore une augmentation de l'affinité capillaire des

encyclop. et

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — C.ARNIEtt ET SCHLAGDENHAUFFEN.

chylifères pour les graisses qui peut se démontrer au laboratoire, à l’aide de tubes de verre très fins mouillés avec de l’eau ou avec de la bile. Tout cela ne dit rien de l’action réelle de la bile sur les graisses; nous savons seulement qu’un mélange de bile et d’un corps gras liquide donne une émulsion momentanée, sans saponification sensible, par suite de l’alcalinité du liquide.

Quant au suc pancréatique qui est fortement alcalin et paraît contenir de la soude libre, on a invoqué franchement une dissolution des graisses par saponification. Cette idée a d’abord été émise par Cl. Bernard qui a attribué cette saponification à une hydratation analogue à celle qui fait la base de la saccharification de l’amidon, produite par conséquent par une diastase spéciale. On a vu que cette diastase saponifiante, malgré les recherches de Defresne, Paschutin, etc., n’est rien moins que démontrée, quant à son existence dans le pancréas.

Quoiqu'il en soit, on invoque, à l’appui de cette théorie, les expériences de Cl. Bernard et de Berthelot : un mélange de graisse neutre ou alcaline et de suc pancréatique devient peu à peu acide et colore alors le tournesol en rouge (CI. Bernard) ; d’autre part, le mélange de quelques décigrammes de monobutyrine avec 20 grammes de suc pancréatique, abandonné à 40 degrés, pendant vingtquatre heures, donne naissance, après ce temps, à un peu d’acide butyrique et de glycérine qui se sont séparés (Berthelot).

Malheureusement pour elle, les objections sont nombreuses et non moins probantes à l’encontre de la théorie de la saponification.

Tout d’abord cette saponification, que l’on ne peut nier, est extrêmement faible; pour quelques décigrammes de graisse, il faut faire intervenir une dose relativement énorme de suc pancréatique, riche en bactéries; ce suc devient le siège d’une fermentation putride extrêmement rapide qui compte, parmi ses produits, dps composés acides, et en particulier de l’acide butyrique formé aux dépens des éléments protéiques (Duclaux).

En second lieu, on ne trouve que des graisses neutres dans l’intestin du fœtus qui ne contient pas encore les microbes de la putréfaction (lloppe-Seyler).

Enfin l’examen microscopique des chylifères au moment de la digestion y révèle de nombreux granules cie graisse émulsionnée, tandis que la recherche chimique des acides gras et de la glycérine libres ne donne que des résultats négatifs (Cl. Bernard). Il convient d’ajouter immédiatement, ce qui détruit d’ailleurs le dernier argument, que l’on ne trouve que des graisses neutres dans les chylifères, même après l'introduction exclusive, dans l’intestin, d'un mélange de savon et de glycérine (Perewoznikoff).

Ainsi donc, en ré<umé, l’action digestive des liquides de l’intestin, et en particulier du suc pancréatique, à l’égard des graisses, ne paraît pas consister en un phénomène de dédoublement avec production de savon et de glycérine solubles • et l’on ne doit considérer la petite quantité de ces éléments que l’on peut extraire' du contenu de l’intestin que comme le résultat d’un phénomème accessoire et complètement étranger à la digestion des graisses. S’il n’y a pas là saponification il y a émulsion des graisses, ainsi que l’avait montré le premier Cl. Bernard, mais en attribuant celte action émulsive à un ferment particulier resté inconnu.

Pour expliquer l’émulsion de liquides non miscibles ni solubles l’un dans

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l’autre, Duclaux fait remarquer qu’il faut et qu’il suffît que « les tensions superficielles des deux liquides soient égales ou voisines. »» C’est le cas du suc pancréatique et des graisses; il est donc inutile d’invoquer l’existence d’un ferment pour expliquer l’émulsion des liquides. D’ailleurs cette émulsion se produit instantanément, tandis que 1 action des ferments et des diastases est toujours lente; elle se produit même à la température à laquelle la plupart des diastases ont leur activité paralysée, sinon détruite.

4° Théorie de la gomme animale de Landwehr.

Landwehr a donné, en 1885, une théorie nouvelle de l’émulsion des corps gras dans l’intestin.

Partant de ce point que, par l’ébullition prolongée avec les acides étendus, la mucine fournit une matière réductrice de la liqueur de Fehling et se rapprochant des corps sucrés, l'auteur a recherché et réussi à extraire, de la mucine des glandes sous-maxillaires, un hydrate de carbone, dont la solution n’est pas opalescente, ce qui le distingue du glycogène, ne prend pas de coloration partiticulière au contact de l’iode, et donne, par l’ébullition avec les acides dilués, un sucre fermentescible. Il donne à cet hydrate de carbone, dont la composition répondrait, après dessication à 120 degrés, à la formule C6.H10O5, le nom de gomme animale.

La gomme animale existerait également dans le mucus de l’estomac, dans le suc pancréatique, c est-à-dire dans les liquides jouissant de propriétés émulsionnantes, mais aussi dans les liquides en état d’émulsion, tels que le lait et les liquides chyleux.

Toujours d’après Landwehr, la mucine de la bile, traitée par les acides, ne donne pas de matière réductrice, bien que la mucine que l’on trouve dans les glandes mucipares des canalicules biliaires soit la mucine ordinaire, identique à celle de toutes les glandes connues. L’auteur prétend que la mucine ordinaire perd ses propriétés dès qu’elle subit le contact de la bile; les acides biliaires lui font éprouver une décomposition de laquelle résulte, d’une part, la mise en liberté de la gomme animale qui se porte sur les corps gras à émulsionner, et, d’autre part, un résidu moléculaire de nature protéique, dont la combinaison avec ces acides biliaires constitue la mucine spéciale de la bile qui ne donne plus de matière réductrice, parce qu’elle a perdu son élément hydrocarboné.

La conclusion naturelle de cette théorie est que l’émulsion des graisses dans la digestion intestinale est due aussi bien au suc pancréatique qu’a la bile; tous deux interviennent par la gomme animale qu’ils renferment, et à laquelle vient ajouter son action celle qui provient de la mucine de la salive, des glandes à mucus de l’estomac, de la muqueuse intestinale, mucine qui est décomposée primitivement par le contact delà bile dans l’intestin grêle.

Sans s’élever en adversaire contre la théorie de Landwehr, Munk fait cependant observer qu’elle est trop absolue dans ses conclusions et a le tort de rapporter tout à elle.

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