Classification des matières albuminoïdes
Cette extension donnée au sens du mot albuminoïde rendrait plus utile encore qu autrefois une bonne classification de ces substances. Mais les travaux que nous venons de rappeler brièvement ne sauraient fournir encore les éléments d une classification rationnelle, c’est-à-dire uniquement fondée sur la nature des produits de dédoublement, et par conséquent sur la connaissance de la constitution des matières albuminoïdes. C’est à peine si la considération de ces produits de décomposition fournit matière à une séparation en quelques grandes familles nettement différenciées. Drechsel (2) avait attaché une grande impor-
(1) Voyez dans le fascicule consacré aux Amidés (p. 1465), la relation d’essais du même genre faits par Grimaux et les observations de A. Gautier. — Dans cette discussion de l’équation générale de décomposition des albuminoïdes, Schtltzenberger s’est préoccupé surtout de la forme générale de la molécule et n’a pas fait entrer en ligne de compte des produits accessoires par leur masse comme la tyrosine, si intéressante cependant à cause du noyau aromatique qu’elle contient. C’est ce noyau benzénique des albuminoïdes qui est, au moins en partie, l’origine des corps cyliques, phénol, indol, skatol, etc..., qui apparaissent dans l’organisme aux cours des mutations de matière. Gautier insiste avec raison sur la' présence dans la molécule des albuminoïdes d’un noyau appartenant b une série cyclique hexagonale (voy. Amidés , t. II, p. 1466).
(2) Drechsel," Ladenburg’s HandwOrterbuch der Chemie. Brcslau, 1883, t. III, p. 549.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
tance à la présence ou à l’absence parmi ces produits d’un acide amidé aromatique, la tyrosine, ou plus généralement d’un corps aromatique (tyrosine, indol, phénol, etc.) et, en partant de ce caractère, il avait institué pour les matières protéiques animales deux grands groupes :
I. Substances dont la décomposition fournit des produits aromatiques : 1° albumines; 2» globulines; 3° flbrines; 4" matières albuminoïdes coagulées ; 5° substances amyloïdes; 6° aeidalbumines; 7° alcali-albumines; 8° albumoses oi* propeptones; 9" peptones; 10° protéides; 11° albumoïdes.
II. Substances dont la décomposition ne fournit pas de produits aromatiques : 1" gélatine et substances analogues; 2° spongine et substances analogues.
Mais depuis les récents travaux de Maly (1) sur l’albumine et la gélatine, unesemblable distinction ne peut plus être maintenue. D’une part, si la gélatine ne fournit pas, à la vérité, de tyrosine parmi ses produits de décomposition, elle donne par contre de l’acide benzoïque; d’autre part, l’acide oxyprotéine-sulfurique de Maly, bien qu’il soit encore une albumine complète, enrichie simplement par l’action du permanganate du potassium de quelques centièmes d’oxygène, mais aucunement dédoublée, se comporte comme la gélatine, puisque, décomposé par la baryte, il ne cède son groupe aromatique que sous la forme d’acide benzoïque et non pas à l’état de tyrosine. La division établie par Drechsel n’est donc plus justifiée aujourd’hui, et finalement on en est toujours réduit à classer les matières protéiques d’après des caractères surtout extérieurs, tels que la solubilité dans l’eau ou les dissolutions salines, la coagulation par la chaleur etc Seuls, quelques groupes de matières albuminoïdes, comme les protéides, par exemple, sont marqués par un caractère chimique d’ordre plus intime.
En tenant compte de ces caractères, on est conduit à diviser les matières protéiques d’origine animale en douze ou treize groupes que voici :
1° Albumines. — Substances solubles dans l’eau sans le concours d’une base d’un sel neutre ou alcalin, et coagulables par la chaleur :
Albumine de l'œuf.
Sérum-albumine.
2° Globulines. — Substances insolubles dans l’eau, mais solubles dans les dissolutions des sels neutres (chlorure de sodium, chlorure de potassium, chlorure d’ammonium, sulfate de magnésium); coagulables par la chaleur :
Vitelline.
Myosine.
Sérum-globuline (para-globuline, sérum-caséine, substance fîbrinoplastique).
Substance fibrinogène.
3° Fibrines. — Insolubles dans l’eau; gonflées par les dissolutions des sels neutres et surtout par les acides étendus; coagulées par l’eau bouillante :
Fibrines du sang des diverses espèces animales.
4° Matières albuminoïdes coagulées. — Insolubles dans l’eau et dans les dissolutions salines; médiocrement gonflées par ces dernières ou par les acides étendus; non colorées par l’iode.
(1) Maly, Mon. f. Chem. t. X, p. 26; Bull. Soc. chim , (3), t. III, p. 234.
LES ALIMENTS
5° Substances amyloïdes. — Insolubles dans l’eau, dans les dissolutions salines, dans les acides et les alcalis étendus ; colorables par l’iode en rouge brun ou en violet.
6° Acidalbumines. — Insolubles dans l’eau, dans les dissolutions salines étendues, dans l’alcool froid ou chaud. Fraîchement précipitées, elles sont facilement dissoutes par les acides ou les alcalis étendus; mélangées avec du carbonate de calcium délayé dans de l’eau, elles restent insolubles.
7° Alcali-albumines. — Très peu solubles dans l’eau ou les dissolutions salines, un peu solubles dans l’alcool chaud. Délayées dans de l’eau avec du carbonate de calcium, elles se dissolvent en chassant l’acide carbonique.
8° Albumoses ou propeptones. — Elles ressemblent en général aux acidalbumines. Elles sont solubles dans les dissolutions étendues de sel marin; l’acide nitrique les précipite à froid, mais le précipité se redissout à chaud.
9° Peptones. — Très solubles dans l’eau, non coagulables par la chaleur. L’acide acétique et le cyanure jaune, le sel marin en excès en présence d’un acide, l’acide nitrique, l’ébullition avec l’acétate ferrique ne les précipitent pas.
10° Protéides. — Substances pouvant être dédoublées en une matière albuminoïde et en d’autres substances de nature non protéique (matière colorante, hydrate de carbone, etc.) :
Hémoglobines, Oxyhémoglobines, méthémoglobines, etc.
Nuclèoalbumines (caséine).
Nucléines.
Mucines (mucines vraies et mucinoïdes).
11“ Albumoïdes. — Matières insolubles en général, non dissoutes parles sucs digestifs; se rencontrent surtout dans les téguments, dans les organes de protection et de soutien :
Kératine.
Elastine.
Fibroïne.
Séricine.
12° Substances gélatineuses. — Elles sont solubles dans l’eau chaude sans subir de modifications :
Gélatine.
13° Substances analogues à la spongine. — L’eau bouillante ne les dissout qu’après modification :
Spongine.
Conchioline.
Byssus.
Cornéine.
Spirographine, etc.
De l’albumine de l’œuf à la spongine et à la conchioline, la distance peut sembler considérable. Pourtant toutes les substances que nous avons insérées entre ces deux extrêmes se succèdent les unes aux autres avec des variations de caractères le plus souvent peu considérables. Toutefois, si dans ces variations du type albuminoïde primitif, on voulait marquer, pour ainsi dire, quelques
grandes étapes, la subdivision la moins factice serait celle de Hammarsten (1) que nous reproduisons ici avec quelques légères modifications :
MATIÈRES PROTÉIQUES (2).