GUANINE
CBH5AzsO.
La guanine est un produit excrémentitiel que l’on trouve en proportion notable dans le guano du Pérou ; elle existe également dans le foie, le pancréas le poumon, mais non dans l’urine. Barreswill l’a trouvée dans les écailles d’ablettes. Les analyses de kossel en mentionnent la présence dans le tissu musculaire du bœuf. Elle se rattache à la xanthine, qu’elle accompagne dans la plupart des organes glandulaires et dans les eaux de conservation de la levure de bière, et en laquelle les agents oxydants la transforment facilement.
La guanine paraît encore avoir son origine dans la nucléine (Kossel) (2), et se former aux dépens des noyaux des diverses cellules. Comme la xanthine, elle se rencontrerait partout où les cellules végétales ou animales sont en voie d’active prolifération ; aussi l’a-t-on trouvée, mêlée à l’allantoïne et à la sarcine, dans les jeunes pousses de platane, de vigne, etc.
ADÉNINE.
C5HBAzB; 3 11*0.
Origine. — L’adénine, découverte par Kossel (1885) (3), se rattache étroitement aux bases précédentes par sa présence dans tous les tissus animaux ou végétaux qui contiennent de la nucléine et sont aptes à proliférer.
Elle n’existe dans les muscles, à côté de la xanthine, de la sarcine et de la guanine, qu’en proportion si faible que leur ensemble représente à peine un demi-millième de la viande; on ne l’a pas trouvée dans l’extrait de viande.
On la trouve dans les feuilles de thé, la levure de bière, la rate, le foie, les diverses glandes et particulièrement le pancréas.
(1) Schiitzenberger, loc. cit.
(2) Kossel, Zeitsch. f. phys. Chem., t. VII, p. 16, 1882, et t. VIII, p. 404, 1884.
(3) Kossel, Ber. d. d. chem. Gesellsch., t. XVIII, p. 79 et 1928, 1885; Zeitsch f «*>,„• .
Ch., t. X, p. 248, 1886, et t. XII, p. 241, 1888. * ol-
ÉLÉMENTS DE L'EXTRAIT AQUEUX DE LA VIANDE. - ADÉNINE. 49l
La nucléine des cellules à noyau, bien que purifiée par son procédé de préparation, en fournit environ 0,5 p. 100 par l’ébullition avec les acides; Kossel a observé que la nucléine du lait, aussi bien que celle de l’œuf qui n’a pas été couvé, ne donnent ni xanthine ni adénine, ou à peine des traces.
L’adénine se trouve dans l’organisme animal et végétal sous la forme de combinaisons instables avec l’albumine et l'acide phosphorique, combinaisons qui se dissocient au contact des acides étendus et chauds et même spontanément apres la mort.
Préparation. — Kossel extrait l’adénine du pancréas de la manière suivante : on broyé 75 livres de pancréas avec 200 litres d’eau acidulée par 0,5 volume p. 100 d’acide sulfurique, puis on fait bouillir 3 ou 4 heures. Le liquide décanté et séparé par expression, est saturé par la baryte, filtré, puis évaporé à basse température dans le vide. Le liquide réduit au dixième de son volume est alcalinisé par 1 ammoniaque, puis précipité par le nitrate d'argent ammonique et abandonné au repos dans l’obscurité. Le précipité argentique décanté, lavé et desséché sur des plaques poreuses, est redissout dans l’acide nitrique de densité 1,10 additionné d’un peu d’urée pour détruire les dérivés nitreux ; on filtre, puis on laisse cristalliser. Le dépôt d’adénine argentique, mêlé d’un peu d’hypoxanthine et de guanine, est lavé, puis décomposé par l’hydrogène sulfuré sous pression ; le liquide filtré, concentré et traité par l’ammoniaque sans excès, abandonné dans un vase ouvert, laisse déposer l’adénine et la guanine par évaporation de 1 ammoniaque. On redissout le précipité dans l’acide chlorhydrique chaud et on laisse refroidir; le chlorhydrate de guanine moins soluble se dépose le premier ; le sel d’adénine reste dans Je liquide filtré tiède et cristallise en dernier. On le décompose par saturation exacte au moyen de l’ammoniaque, et l’on purifie l’adénine par cristallisation à l’état de sulfate. La base est finalement précipitée par l’ammoniaque.
Bruhns (1) retire l’adénine de l’extrait résiduaire de la préparation de la caféine (du thé), qui renferme un mélange d’adénine et d’hypoxanthine; la solution chlorhydrique de cet extrait, traitée par le picrate de soude, donne un précipité cristallisé en aiguilles jaune clair de picrate d’adénineC5H5Az5, C6 H2 (AzO2)3 OU, aq.
La filtration retient l'hypoxanthine qu’on en extrait facilement en saturant le liquide par l’ammoniaque, traitant par le nitrate d’argent et lavant à l’eau chaude, jusqu’à décoloration, le précipité faiblement coloré qui prend naissance et qui, après dessiccation à 120», représente l’hypoxanthine argentique 2 C5H2Ag2Az*0, 11*0.
Propriétés. L’adénine cristallise en paillettes nacrées ou plus souvent en longues aiguilles transparentes, qui perdent les 3 molécules d’eau de cristallisation à 110°. A 220°, elle se sublime sans décomposition en aiguilles microscopiques groupées en plumeau qui se décomposent partiellement à 250° en donnant de l’acide cyanhydrique, et complètement à 278°.
L’adénine est peu soluble dans l’eau froide (1 p. 1086), très soluble dans l’eau bouillante, insoluble dans l’éther et le chloroforme, un peu soluble dans l'alcool chaud, plus soluble dans l’acide acétique cristallisable.
(1) Bruhns, Zeitsch. f. phys. Chem., t. XIV, p. 533-575, 1890.
C’est une base faible, dont la solution aqueuse est neutre au tournesol ; elle se dissout facilement dans les acides minéraux avec lesquels elle forme des sels bien cristallisés, également neutres au papier réactif et stables en présence de l’eau (CBH8Az6, HCl, 1/2 aq. etC3H8Az8, Az03II, 1/2 aq.), les bases alcalines forment des adéninates solubles, d’où la base est reprécipitée par les acides faibles employés sans excès.
La solution alcoolique d’adénine forme, avec le chlorure de zinc, un précipité soluble dans un excès d’ammoniaque et que l’on peut obtenir cristallisé ; c’est une combinaison d’adénine et de ZnCls analogue à celle que forme la créatinine. Le chlorure de calcium donne aussi un précipité soluble à chaud.
Le nitrate d’argent forme, avec la solution ammoniacale d’adénine, deux combinaisons argentiques; l’une, produite à chaud, répond à la formule C8II*Az8Ag; l’autre, à froid, a pour constitution C8II8Az8, Ag!0.
L’adénine ne donne pas de dérivés nitrés ; l’acide azoteux la transforme en hypoxanthine (rendement 72 p. 100) :
2 C8 II6 Az8 + Az503 = 2C8H*Az*0 + 2Azs + H*0.
Adénine. Hypoxnnlhlne.
Le permanganate de potasse décompose complètement l’adénine.
La potasse fondante la transforme, à 200°, en cyanure de potassium.
Les réducteurs, zinc et acide chlorhydrique par exemple, donnent des produits dont la solution neutre ou alcaline se transforme rapidement, au contact de l’oxygène de l’air, en un corps jaune, puis brun qui se dissout dans les acides concentrés en vert et en brun chatoyant, et ne serait peut-être, d’après Kossel, que l’acide azulmique, polymère de l’acide cyanhydrique. Remarquons à ce propos que la formule de l’adénine C5HsAz8 en fait un polymère de ce même acide, ce qui peut expliquer jusqu’à un certain point les réactions précédentes.
Les solutions acides ou alcalines de l’adénine, stables au-dessous de 100°, sont complètement décomposées au-dessus de cette température, avec production d’ammoniaque et d’acide carbonique.
Les sels d’adénine, sulfate, chlorhydrate, nitrate, oxalate, sont bien cristallisés, surtout le premier, et assez solubles dans l’eau. Le chloroplatinate jaune, cristallin, répond à la formule (CsH8AzB. HCl)5, PtCl*, et se transforme, par une ébullition prolongée en solution aqueuse concentrée, en une poudre jaune C8H6Az8, HCl, Pt Cl*.
Le picrate d’adénine est très peu soluble (3.500 p. d’eau froide), surtout en présence d’un excès de picrate de soude en, solution saturée; cette propriété a été utilisée par Bruhns pour le dosage de l’adénine.
L’adénine forme, avec l’hypoxanthine, une combinaison qui se sépare de sa solution aqueuse en petites masses nacrées, constituées par des aiguilles microscopiques, que l’on a dû souvent confondre et peser, dans les analyses, avec l’hypoxanthine; c’est d’ailleurs au cours d’une préparation de xanthine et de sarcine que Kossel a découvert cette base, dans le tissu pancréatique.
Les formules suivantes font ressortir les relations de l’adénine avec les bases de groupe de l’hypoxantine :