FERMENTS MUSCULAIRES
Piotrowsky a retiré des muscles du chien et du lapin, en appliquant le procédé de Connheim pour l’extraction de la ptyaline de la salive, une diaslase sacc/iarifiante tout à fait analogue à la ptyaline, sans action sur les matières albuminoïdes, mais transformant l’amidon en sucre. C’est à cette diastase, retrouvée par Nasse (2), puis par Halliburton (3), extrêmement répandue dans toute l’économie (4), qu’on doit attribuer la transformation de la matière glycogène, dans le tissu musculaire comme dans celui du foie. Son action est assez lente, même à 40° (Halliburton).
Seegen (5) s’est basé sur des expériences qui d’ailleurs n’ont rien de bien démonstratif, pour nier l’existence, dans le muscle, d’un ferment diastasique, et rapporter la saccharification du glycogène à une action propre au tissu musculaire.
Brücke a obtenu, en partant de l’extrait de viande, par son procédé de préparation de la pepsine du suc gastrique, une petite quantité d’un ferment qui
(1) Beaunis, Physiologie, 3» édition, t. I, p. 96.
(2) Nasse, Maly’s Jahresb., t. XII, p. 315, 1882.
(3) Halliburton, Maly’s Jahresb., t. XVIII, p. 228, 1888.
(4) Voir A ce sujet : Ellonberger et Hofmeister, qui ont trouvé un ferment saccharifiant dans divers organes du cheval, Maly’s Jahresb., t. XII, p. 501, 1882.
(5) Seegen, Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1887, n°* 20 et 21.
parait voisin de cette pepsine, puisque, comme elle, elle transforme les albuminoïdes en peplone au contact de l’acide chlorhydrique. Ce résultat est contesté par Gorup-Besanez.
D'après Halliburton (I), le plasma musculaire renferme un ferment coagulant de la myosine analogue au ferment de la fibrine de Schmidt, et que l’on peut obtenir en partant du muscle rigide conservé un mois sous l'alcool, desséché par l’acide sulfurique, pulvérisé et épuisé par l'eau froide ou mieux à 45°. Le ferment de la myosine résiste à une température de 80° qui détruit le ferment de la fibrine, niais est détruit à 100°. Ces deux ferments ne peuvent pas se substituer l’un à l’autre.
Enfin il semble que la production d’acide lactique post morlem, dans le muscle doive encore être rattachée aune action fermentative; l’expérience montre en effet que, pour empêcher cette acidification cadavérique de la viande de se produire, il suffit de la porter rapidement à 75°, mais l'existence du ferment qui produit la réaction n’a pas encore été démontrée.
X. VARIATION DE COMPOSITION DU TISSU MUSCULAIRE DANS L’ESPÈCE HUMAINE ET DANS LA SÉRIE ANIMALE.
Influences physiologiques.
On doit diviser les influences qui peuvent modifier la composition du tissu musculaire en influences physiologiques et influences pathologiques.
Au nombre des circonstances physiologiques qui peuvent agir sur la composition chimique de la chair musculaire, on trouve : l’espèce, le sexe, l’âge, le régime alimentaire, enfin l’état de repos ou de mouvement, l’activité du muscle
1° Influence de l’espèce animale. — La composition du tissu musculaire varie avec l’espèce; celui des mammifères et des oiseaux contient moins d’eau que la chair des poissons et des amphibies pour lesquels l’influence du milieu est manifeste, et que la chair de tous les invertébrés.
On ne peut rien établir de net pour les variations de proportion des corps gras, par suite des variations nombreuses qu'on observe non seulement avec les diverses espèces, mais, dans la même espèce, pour les individus différents.
On sait que la chair de certains poissons, gardons, harengs, etc., renferme exclusivement un corps particulier à fonction acide, découvert parLimpricht qui lui a donné le nom d’acide protique.
Fremy et Valenciennes (2), dans leurs recherches sur la constitution des graisses animales, ont admis l’existence, à côté du mélange des trois principes gras, oléine, palmitine et stéarine, de proportions très variables, suivant les espèces, d’acide oléophosphorique. Cet acide n’est certainement qu’un produit de dédoublement d’une lécithine oléique; quoi qu’il en soit, la quantité de cet acide et, par suite, de la lécithine génératrice, varie, dans les espèces de poissons
(1) Halliburton, loc. cit., p. 227.
(2) Joum. de Pharm. et de Chim. [3], t. XXVII, p. 401.
VARIATION DE COMPOSITION DU TISSU MUSCULAIRE DANS L'ESPÈCE HUMAINE, sn
avec 1 aspect physique de leur chair. Ceux-là en renferment le plus dont la chair est plus ferme, plus dense, comme le brochet, la truite, le saumon, le maquereau, tandis qu’on n’en trouve qu’une très petite quantité chez les poissons à chair molle, comme la barbue, l’alose et la sole.
Certaines variétés de poissons, l’anguille par exemple, aussi bien celle de mer que celle de rivière, sont exceptionnellement riches en matières grasses (23 p. 100); Almen a trouvé, dans certains cas, jusqu’à 30 p. 100 de graisses.
La chair du crocodile contient de l’acide urique à côté de l’urée, de la xanthine, de la leucine et de la créatine; la présence de l’acide urique, déjà indiquée au laboratoire d’anatomie de Giessen, a été confirmée par les recherches de Pagenstecher et Carius qui ont trouvé des dépôts blancs, demi-solides, d’acide urique et d urates, dans les muscles et dans certaines articulations du crocodile.
La chair, colorée en jaune un peu orange, de certains poissons de la famille des salmonidés (saumon, truite saumonée) doit sa coloration à un principe rosé, soluble dans 1 éther, qui a été étudié encore par Fremy et Valenciennes qui le croient constitué par une graisse, ou plutôt un acide gras particulier, l’a eide salmonique, qui serait dissout dans une graisse neutre.
2° Influence du sexe. — On ne sait presque rien de l’influence du sexe sur la composition des muscles d’une même espèce ; la seule chose qui paraisse établie est la plus grande proportion d’eau dans la chair des animaux femelles que dans celle des mâles correspondants.
3“ Influence de l’âge. — Il en est de môme de l’âge dont on n’a guère étudié 1 influence qu’au point de vue de la proportion d’eau contenue dans les muscles, laquelle est plus grande chez les individus jeunes que chez les animaux âgés; ainsi chez l’homme, l’eau diminue dans le muscle depuis le jeune âge jusqu’à l’âge mûr, et augmente de nouveau pendant la vieillesse.
On a vu que la matière glycogène varie assez sensiblement dans les muscles, des diverses espèces. Pour un même animal, on observe que la proportion de glycogène est plus considérable dans les muscles du fœtus; cette proportion baisse vers la lin de la vie fœlale, mais c’est cependant dans le tissu musculaire qu’elle persiste le plus, après la naissance, ce qui est en rapport avec la fonction glycogénique du muscle.
D après Valenciennes et Fremy, l’acide oléophosphorique augmente avec l’âge dans le tissu musculaire.
> 4° Influence du régime alimentaire. - De tous les tissus, c’est le tissu musculaire qui est le plus sensible aux variations de la proportion d’eau contenue dans les aliments; c’est lui qui subit la perle de poids en eau la plus forte, dès que 1 on vient à supprimer les liquides de l’alimentation (Falk et Scheffer).
Dans les cas d’alimentation irrégulière, l’eau augmente dans le muscle.
Les modifications du muscle sous l’influence de l’inanition ont été étudiées par Schullzen, sur le cadavre d’une jeune tille morte d’inanition à la suite de 1 oblitération complète de l’intestin. Le tissu musculaire, complètement desséché, gardait une coloration brun rougeâtre, mais ne présentait plus trace de stries; la réaction était alcaline; on y a trouvé beaucoup de créatinine au lieu de créatine (?), de la leucine et un peu d’acide urique.
o° Influence de l’activité musculaire. — L’etude des modifications imprimées
à ]a composition chimique du muscle, parle travail, est beaucoup mieux connue aujourd’hui ; vu son importance, elle fera l’objet spécial du chapitre suivant.
Influences pathologiques.
Si nous savons peu de choses sur les modifications qui surviennent dans la constitution du muscle sous les influences physiologiques diverses, sauf l'activité musculaire, il en est de même des influences pathologiques. A part l’apparition de l’urée dans les muscles des cholériques et la dégénérescence graisseuse des fibres musculaires dans certains cas particuliers, ce côté de la chimie, du muscle reste encore à établir en son entier.
t° Apparition de l’urée dans les muscles des cholériques. — Il est certain qu’à l’état normal l’urée, produit de déchet des matières albuminoïdes, prend naissance dans le muscle même, et si l’on ne l’y trouve qu’à l’état de traces, dans les conditions physiologiques, cela lient à ce qu’elle passe immédiatement dans le sang veineux, grâce à sa grande solubilité, pour de là gagner l’émonctoire rénal. Liebig a fait intervenir le chlorure de sodium du sérum sanguin pour expliquer l’élimination si rapide de l’urée du muscle vivant.
Dans le choléra, les exsudations intenses vers l’intestin amènent un appauvrissement général de l’organisme en éléments aqueux; le sang devient épais perd sa fluidité et communique une couleur sombre au tissu musculaire qui acquiert une sécheresse remarquable, et dans lequel l’urée reste accumulée puisqu’elle ne trouve plus de véhicule liquide pour l’entraîner. On trouve que ce sont les muscles qui ont été le siège de ces crampes douloureuses, caractéristiques du choléra, qui renferment la plus forte proportion d’urée, 0,3 p. ioo de muscle sec, d’après Bibra.
Cette observation démontre une fois de plus que c’est bien à l’activité musculaire que doit être attribuée la cause principale de la formation de Durée.
2* Dégénérescence graisseuse des muscles. — La transformation graisseuse des muscles est constituée le plus souvent, au début, par une infiltration interfibrillaire de globules gras, avec ou sans atrophie de la fibre striée; mais à un état plus avancé, la graisse pénètre dans la fibre elle-mêtne et se substitue peu à peu à ses éléments spéciaux.
La métamorphose graisseuse des muscles se produit sous diverses influences mais surtout par le repos complet, et s’observe principalement à la suite de paralysies. Witsch a vu celte modification s’effectuer chez les grenouilles ° hibernation, alors que, pendant l’été, les muscles reprennent leur état nor
Voici la marche de cette transformation : la substance du muscle devient"^ ' à peu jaunâtre, molle, flasque, et perd sa contractilité; les faisceaux, moins ” tincts et plus faciles à dilacérer qu’à l’état normal, sont ramollis et' rempli d~ granulations graisseuses qui ont pris la place des éléments normaux de lu fi h musculaire, dans laquelle disparait toute striation.
Cette dégénérescence a été signalée par Broca et Adams, dans les muscles d jambe, mais seulement dans des cas très rares de varus congénital- ell * * être consécutive à la myosite (Friedberg). ’ e pe,,t
Liebig rapporte un cas où l’analyse des muscles de la partie supérieure de la
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cuisse lui a donné jusqu’à 49 p. 100 de graisse difficilement solidifiabie et paraissant formée en majeure partie d’oléine.
Tandis que les corps gras des muscles sains y sont contenus sous la forme de gouttelettes jaunâtres, claires, et par suite très riches en oléine, la graisse des muscles paralysés serait plus foncée, comme figée, presque solide, et semblable à de l’axonge (Beaunis).
Boltcher a fait des analyses de coeurs gras, comparativement au cœur normal; il a trouvé :
Dans le cœur normal (muscle sec). . . 7,24 à 12,91 p. 100 do graisses,
et dans le cœur dégénéré . 10,00 à 11,38 —
Ce n est que dans les cas de dégénérescence du cœur très avancée qu'on trouve jusqu à 16,73 p. 100 de corps gras, preuve qu’il n’y a pas, dans cette affection, un apport si extraordinaire de principes gras, malgré la gravité de la maladie.
3” Dégénérescences diverses du tissu musculaire. — On a encore observé, dans les muscles :
a) Une infiltration dite albumineuse, trouble, due à de fines granulations pâles, solubles dans l’acide acétique et dans la potasse, insolubles dans l’éther et le chloroforme, ce qui montre leur nature non graisseuse, colorées en rouge violet par le mélange de saccharose et d’acide sulfurique.
b) Une dégénérescence granuleuse, vitreuse ou cireuse, caractérisée par la transformation de la substance striée, à l’intérieur du sarcolemme, en une matière homogène, dans laquelle se tassent de plus en plus de fines granulations qui rendent la fibre opaque et lui donnent l’aspect de blocs ou de cylindres vitreux et fendillés; cette altération paraît voisine de la dégénérescence colloïde.
c) Une dégénérescence à la fois graisseuse et colloïde , et quelquefois une infiltration pigmentaire et calcaire.
f 4° Influences pathologiques diverses. — Dans l'atrophie musculaire qui s observe, par exemple, dans le saturnisme chronique, à la suite de l’intoxication arsenicale et dans l’alcoolisme chronique (ici elle est précédée de dégénérescence graisseuse), les faisceaux musculaires sont amincis et rétractés; les stries transversales et les noyaux du sarcolemme ont disparu; les fibres primitives sont réduites a des filaments transparents, blanchâtres et d’aspect tendineux (Falck), ou a leurs gaines plus ou moins remplies d’un contenu granuleux de nature non graisseuse.
Dans la fièvre typhoïde, on observe très souvent une dégénérescence granuleuse (albumineuse ou graisseuse), plus rarement cireuse; dans ce dernier cas, la substance musculaire est brillante, transparente comme du verre, légèrement opalescente et Irès cassante (Hoffmann).
Dans le rhumatisme musculaire intense, le tissu musculaire est ou bien infiltré dune manière diffuse (Nasse), ou remplacé par places par des nodosités circonscrites (Froriep, Virchow), le tout dù à une exsudation fibrineuse coagulable.
Le tissu musculaire donne encore lieu à des phénomènes de localisation, dans
les intoxications métalliques; dans l’empoisonnement saturnin, ce sont les muscles qui renferment le moins de plomb de tous les tissus ou organes (Ileubel); ils n’en contiennent que des traces, malgré les altéra Lions de structure très prononcées qu’ils peuvent présenter.
Dans l’intoxication mercurielle, dans les empoisonnements par l’arsenic l’analyse permet de déceler encore des traces du toxique dans le tissu musculaire.
Krauss (I) a étudié expérimentalement et montré l’influence à peu près nulle de la ténotomie et de la neurotomie du muscle sur les mutations de matière particulières au glycogène du tissu musculaire.