RÉACTION CHIMIQUE QUI PRODUIT LA FORCE MUSCULAIRE
On admet generalement que la réaction chimique qui produit la force musculaire aux dépens des aliments hydrocarbonés consiste dans une oxydation- on a prétendu cependant que cette force provient uniquement de dédoublements et non pas d’oxydations, celles-ci produisant exclusivement la chaleur du corps.
L expérimentation directe permet de constater et de mesurer l’élévation de tempéralure qui accompagne un grand nombre de dédoublements, par exemple celui de la glucose en alcool et acide carbonique, celui du même corps en acide butyrique, acide carbonique et hydrogène; en outre, la diminution dans la chaleur de combustion des produits de dédoublements, comparée à celle de la substance mere, est la preuve qu’il s’est produit un dégagement de chaleur dans le phenomene du dédoublement.
On peut opposeï à celte théorie la consommation manifestement plus grande e l oxygéné pendant le travail que par le repos ; mais Hermann (1) a montré qu un muscle isolé qui ne contient pas d’oxygène libre pouvant être retiré a ai e u vi e e la pompe à mercure, se contracte longtemps encore dans un mi ieu gazeux exempt d’oxygène, tout en dégageant de l’acide carbonique.
y a lieu de considérer, dans les deux procédés de dédoublement et de cornus ion, eux étapes possibles et successives de la transformation utilisatrice es aliments : la première donnerait la force musculaire, tandis que la seconde servirait a produire la chaleur; ainsi, d’après cette manière de voir, le travail u muscle serait le résultat du dédoublement initial des hydrocarbonés, et l’oxydation complète consécutive des produits dédoublés donnerait de la chaleur liberee. Il suffirait que la première seule des deux étapes se passât dans le protoplasma musculaire, les produits dédoublés pouvant subir l’oxydation dans d’aulres parties des tissus.
Dans ces conditions, l’absorption d’oxygène servirait avant tout à la produc- • tion de la chaleur; or, l’expérience démontre que l’intensité de la respiration varie suivant les espèces animales, et que le besoin d’oxygène se montre en proindiWdu 3 lté aSS°Z 1& quantité de chaleur produite chez chaque
On remarque, en outre, que les animaux qui vivent dans des conditions telles q lis n ont pas besoin de produire eux-mêmes de chaleur, peuvent exister à l abr, de tout contact avec l’oxygène; il en est ainsi des vers intestinaux parasi es des animaux a sang chaud, lesquels vivent et pullulent dans un milieu a température élevée et constante, dans lequel se produisent des phénomènes intenses de réduction qui ne laissent certainement à leur disposition qu’une quantité d’oxygène insignifiante.
Bunge (2) a observé que l’ascaride du chat vit parfaitement, pendant quatre ou cinq jours de suite, dans un milieu absolument privé d’oxygène, sans cesser
(1) Hermann, Untersuch. über cl. Slo/fwechsel der Muskeln, ausqehend v dcrselben , Berlin, 1867.
(2) Bunge, Zeitsch. f. physiol. Chem:, t. VIII, p. 48, 1883.
a Gaswechsel
un instant de se mouvoir avec rapidité; et si Pflüger (t) et Aubert (2) ont pu faire vivre des grenouilles pendant plusieurs jours sans oxygène, cela n’a pu être réalisé qu’à la condition expresse de les maintenir, pendant ce temps, à une température suffisamment basse pour réduire au minimum les phénomènes de nutrition; à la température ordinaire, la privation d’oxygène se traduisait par une perte presque complète du mouvement déjà après quelques heures.
11 résulte d’ailleurs des recherches de Voit (3) et de Rubner (4) que, chez les animaux à sang froid, l’intensité de la nutrition et de l’absorption de l’oxygène augmente avec la température, tandis que l'inverse se produit chez les animaux à sang chaud.
Mais, chez les animaux supérieurs, la force musculaire ne paraît pas résulter du seul dédoublement des produits alimentaires. La quantité d’énergie libérée par cette première étape, si l’on ne veut pas recourir à celle qui résulte de l’oxydation complète des produits de dédoublement, est manifestement insuffisante, on va le voir, pour produire le travail musculaire réellement effectué.
Pour le démontrer, Bunge (5) détermine l’énergie totale mise en liberté par le simple dédoublement des hydrates de carbone; il considère, pour cela, la fermentation alcoolique et la fermentation butyrique, dans lesquelles la force vive produite a été exactement mesurée ; il fait remarquer qu’il n’existe pas de mode de dédoublement du sucre donnant une plus forte quantité de chaleur que la fermentation butyrique dont un seul des trois produits, l'acide butyrique, est encore susceptible d’un nouveau dédoublement, analogue à celui de l’acide acétique en hydrure de méthyle et acide carbonique dans lequel il n’est presque plus possible de démontrer une élévation de température.
Bunge a calculé les quantités de chaleur dégagées par la combustion et les fermentations alcoolique et butyrique de la glucose, l’énergie correspondante et comparé ces résultats au travail fourni par Wislicenus dans l’ascension du Faulhorn. Voici ses chiffres :