MATIÈRES ALBUMINOÏDES ET DÉRIVÉS
Les matières albuminoïdes du cerveau sont au nombre de trois, ainsi qu’on l’a dit précédemment.
La première entre dans la composilion du cylindre-axe aussi bien que de la cellule nerveuse ; on l’obtient en faisant macérer la pulpe cérébrale dilacérée dans une solution aqueuse de chlorure de sodium au dixième. La solution présente la plupart des caractères de la myosine.
La seconde se trouve dans la solution aqueuse obtenue par macération du cerveau dans de l’eau distillée ; celte solution, chauffée à 74°, donne un coagulum floconneux constitué par la sérine .
Enfin, la troisième reste dans les eaux mères de coagulation de la sérine par la chaleur, et ne devient insoluble, à son tour, qu’après addition d’acide acétique ; ces caractères «ont ceux d’un albuminate alcalin.
La névroglie c • 'Stituée par du tissu conjonctif est de nature gèlatinigène ; il; n’y a rien à en dire de particulier.
NÉVROKÉHATINK.
Cette matière, découverte par Ewald et Kühne (1877) (1), constitue un squelette pa; ticulier au tissu nerveux ; elle est formée de lames cornées fixées sur la gaine de Schwann ou néveilenime, mais paraît exister aussi dans la cellule nerveuse; aussi la.tf quve-.tron non seulement dans les fibres nerveuses, mais aussi dans, la substance grise du cerveau. Elle existerait également dans la rétine.
Elle forme le résidu du tissu nerveux épuisé successivement par tous les dissolvants neutres, alcmd, éther, eau, puis soumis à l’action des sucs digestifs, gastrique et pancréatique, et finalement traité par la soude à 2 p. 1000. Il faut arriver, en effet, à éliminer l'albumine, le collagène, l’élastineetlanucléine, les graisses et enfin les éléments propres au tissu nerveux, c’est-à-dire le protagon, la lécithine, la cérébrine et la cholestérine.
Kühne et Chittenden (2), qui ont repris l’étude de la névrokératine dans un long travail tout récent, proposent deux méthodes pour la préparer ; elles diffèrent 1 une de 1 autre par 1 ordre dans lequel on élimine les principes spéciaux de la substance nerveuse et les matières protéiques digestibles.
a) Préparation par digestion artificielle après élimination des principes spéciaux .
La pulpe provenant de cerveaux humains broyés est épuisée successivement par l’alcool froid puis bouillant, par l’éther, soumise à l’action d’un suc gas-
(1) Ewald et Kühne, Jahresb. f. Thierch., t. VII, p. 302, 1877.
(2) Kühne et Chittenden, Zeitsch. f. Biol., t. XXVI, p. 291-323, 1890.
trique très actif, puis d’une digestion trypsique, mise en macération dans une solution de soude à 0,5 p. iOOO pour dissoudre la nucléine, bouillie de nouveau avec de l’alcool, traitée une fois encore par la soude, et enfin épuisée par l’alco 1 et l’éther.
b) Préparation par digestion avant élimination des principes spéciaux
Les cerveaux broyés sont mis immédiatement en digestion dans une solution chlorhydrique de pepsine, broyés de nouveau, remis encore au contact du liquide digestif, agités à plusieurs reprises dans un appareil à séparation avec de l'acide chlorhydrique étendu, puis de l’éther. La bouillie est ensuite épuisée à chaud, successivement par l’alcool, la benzine, le chloroforme et enfin par là lessive alcaline.
Les auteurs ont fait l’analyse de cinq échantillons de névrokératine préparés Da leurs procédés et ont obtenu : p Par
Composition centésimale de la névrokératine (Kühne et Chittenden).
Propriétés. — La névrokératine est une substance d’aspect corné, mais d’ tincte de la kératine ordinaire, comme en témoignent les chiffres de la der -'1S~ colonne du tableau précédent, qui sont relatifs à la kératine des poils de 1 préparée comme la névrokératine, d’après le deuxième procédé. apm
Elle renferme de 1,63 à 2,24 de soufre ; sous l’influence de la chaleur fond, répand l’odeur de corne brûlée, brûle avec flamme éclairante et Ui ’ j 0,94 à 2,38 p. 100 de cendres. SSe de
Insoluble dans tous les dissolvants neutres, dans les acides et les 1 étendus, réfractaire à l’action des sucs digestifs, elle n’est attaquée et di^*118 que par l’acide sulfurique concentré ou par la potasse concentrée et ch^H16 moins facilement cependant que la corne de bœuf. ude»
La solution potassique, neutralisée par l’acide acétique, donne un n 4 * plus abondant que la corne. Précipité
L’ébullition avec l’acide sulfurique très étendu en dissout les 4/5. et d moins de tyrosine et plus de leucine que la kératine du tissu corné et ’ -h106 mique qui, par contre, est presque complètement dissoute. eP!der^
La névrokératine est à peine attaquée par l’acide acétique cristallisable
Kübne et Chittenden ont fait quelques essais de dosage de la névrokératine et ont trouvé :
NÉVHOKÈRATINE P. 100
Plexus brachial (femme de 72 ans) . ' 0,316
Couche superficielle du cervelet (jeune homme de 21 ans) . . . 0,321
Substance blanche cérébrale . 2 240
Substance grise . 0,327
Un calcul approximatif donne les proportions suivantes de névrokéraline contenue dans :
La substance des nerfs, desséchée et privée de myéline (1) . 1,91 p. 100
La substance grise, Id. Id. 3,22 —
La substance blanche, Id. Id. 33,77
Les auteurs ont encore étudié les réactions microchimiques de la névrokératine dans les filets nerveux.
NUCLÉINE.
Présence dans l’organisme. — La nucléine a été découverte par Miescher (2) dans les globules de pus; puis, plus tard, le savant allemand l’a trouvée dans le jaune d’œuf et dans le sperme de certains animaux (saumon, carpe, taureau) ; Plosz (3) l’a rencontrée ensuite dans les cellules du foie et dans les globules elliptiques à noyau du sang des oiseaux et des serpents ; il insiste sur le fait de son absence dans les globules discoïdes et sans noyau des mammifères.
La nucléine existe également dans le cerveau (Iloppe-Seyler) (4), (von Jaksch), dans la caséine de lait (Lubavin) (5), dans les globules de levure de bière (Iloppe- Scyler) (6), dans les crachats de la phtisie (0,1-0,33 par jour) et surtout de la pneumonie (Rossel) (7).
On a retiré d’un grand nombre de graines oléagineuses (arachides, colza, cotonnier, pavot, etc.) (Klinkenberg) (8), des moisissures (Stutzer) (9), et de beaucoup de noyaux de cellules végétales (Zacharias) (10), une substance azotée et phosphorée insoluble dans les divers dissolvants neutres, acides ou basiques étendus, réfractaire à l’action du suc gastrique, et qui paraît analogue à la nucléine.
Enfin, chez l’homme, Iloppe-Seyler a trouvé de la nucléine dans une tumeur papillomateuse, et Landwehr a réussi à l’extraire du mucus des liquides de synoviale.
(1) Sous le nom de myéline, les auteurs comprennent l'ensemble des principes immédiats propres h la substance nerveuse, protagon, léeithine, cérébrine, cholestérine, etc.
(2) Miescher, Medic. chetn. Untersuch., von Hoppc-Seyler, p. 411, 502; — Jahrcsber. Thierchem., t. IV, p. 337, 1874.
(3) Plosz, Medic. chem. Untersuch., p. 461.
(4) Hoppe-Scylcr, Medic. chem. Untersuch., p. 489.
(5) Lubavin, Medic. chem. Untersuch., p. 463.
(6) Hoppe-Seyler, Medic. chem. Untersuch., p. 500.
(7) Kossel, Zeitsch. f. Klin. Medic., t. XIII, p. 149-162, 1887.
(8) Klinkenberg, Zeitschr. f. Phys. Chem., t. VI, p. 155 et 566.
(9) Stutzer, Zeitschr. f. Phys. Chem., t. VI, p. 572; — Jahresber. f . Thierch., 1880, p. 317.
(10) Zacharias, Jahresber. f. Tierchem., t. XI, p. 99, 1881.
ENCVCLOP. CIJ IM. 36
Kossel (1), qui s’est livré à une étude toute spéciale de la nucléine, la considère comme un des éléments caractéristiques des noyaux cellulaires en général; son opinion est corroborée par les résultats mentionnés précédemment, que Plosz a obtenus avec les globules du sang; elle existe aussi bien dans le règne végétal que chez les animaux; remarquons qu’elle existerait cependant dans le lait et dans la levure de bière qui sont dépourvus de noyaux cellulaires.
La nucléine de Miescher est une substance azotée et phosphorée, insoluble dans les acides étendus et dans le suc gastrique, à fonction acide; mais il semble que les diverses variétés de ce corps, isolées par les auteurs dans les produits si différents qui ont été énumérés, ne sont pas identiques et qu’il existe plusieurs sortes de nucléines; de fait, les matières obtenues sous ce nom et considérées comme pures par les divers chimistes, présentent des différence’ notables dans leur composition élémentaire.
Les quantités de phosphore qu'elles contiennent varient de 2,1 (cerveau) à 9 r (laitance) p. 100; quelques nucléines sont exemptes de soufre (sperme lait laitance); puis le degré de solubilité dans les alcalis n’est pas identique- et’enfi ’ l’ébullition avec les acides, parmi les produits de décomposition, ne donne d” xanthine et d’adénine qu’avec les nucléines qui proviennent des noyaux de! cellules végétales ou animales (Kossel).
D’ailleurs ces corps sont très altérables; et, malgré leur grande richesse e phosphore, les analyses d’échantillons provenant d’une même origine donne t des résultats différents dans les dosages de cet élément, ce qui tient certain" ment à la facilité extrême avec laquelle la nucléine perd son phosphore à l'M d’acide phosphorique. Worm-Müller a été jusqu’à dire que les nucléines^' * sont que des mélanges. ne
Dans l’état actuel de la science, on peut admettre que la nucléine n’est une, mais qu’il existe un groupe de substances voisines qui constituent hT nucléines, disséminées dans le règne animal et dans le règne végétal pro S surtout, mais non spéciales, aux éléments cellulaires pourvus d’un noyau - c nucléines, riches en phosphore, sont toutes insolubles dans les acides étend68 et dans le suc gastrique, et doivent à leur fonction acide d’exister, dans l"S noyaux cellulaires, sous la forme d’une combinaison avec deux corps à fon r ** alcaline, la protamine ou l’adénine. C 10n
Il est donc utile, étant donné les divergences qui existent dans leurs propriér entre les diverses nucléines, et précisément pour mieux faire ressortir ces d' gences, d’étudier les variétés principales de ces corps. Cette étude trou logiquement sa place dans les chapitres relatifs aux divers tissus ou liquide6^1renferment ces composés; mais il en résulterait une dispersion qui rend*1"1 impossible la comparaison de leurs propriétés; c’est la raison qui justifi V* réunion, dans ce paragraphe, des diverses nucléines connues. 16
Nous passerons successivement en revue la nucléine du pus, celle du • d’œuf, du sperme, du cerveau, du lait et enfin de la levure de bière. JaUne
(1) Kossel, Zeitschr. f. p/tys. Chem., t. III, p. 281; t. IV, p. 291t. YI, p. 422; t. VII, p. 7; t. VIII, p. 395 et 404.
V> P- 152 et 267;
1° Nucléine du pus.
Préparation (1). — Le pus est dilué dans une solution de sulfate de soude renfermant 1 de solution saline saturée pour 9 d’eau ; ce mélange, abandonné au repos, laisse déposer les globules blancs qu’on débarrasse complètement du sérum par deux nouveaux lavages avec la même solution. A défaut de pus, on peut partir de linges à pansement dont on détache les produits purulents avec la solution de sulfate de soude.
Les globules lavés sont épuisés ensuite par l’alcool chaud, puis par l’éther, pour enlever la lécithine et les corps gras, puis soumis pendant 18 heures, à 100°, à l’action d’un bon suc gastrique artificiel obtenu en faisant macérer la muqueuse délacérée d’un estomac de porc dans de l'acide chlorhydrique au 1/100'; le résidu grisâtre formé des noyaux des leucocytes, lavé à l’eau, puis à l’alcool, est broyé avec une solution faible de carbonate de soude qui le dissout en partie ; la solution, traitée par les acides, donne un précipité que Miescher nomme nucléine soluble, et qui renferme 13,47 p. 100 d’azote.
La partie insoluble dans le carbonate de soude faible constitue la véritable nucléine que dissolvent rapidement les alcalis concentrés; cette solution, neutralisée par les acides, donne un précipité qui se redissout, facilement cette fois, dans le carbonate de soude étendu. La partie insoluble dans le carbonate de soude faible se dissout aussi dans l’acide chlorhydrique concentré, mais plus lentement que dans les alcalis; la solution acide récente est précipitée par un grand excès d’eau. Le précipité obtenu dans l’un ou l’autre cas est lavé à l’eau, à l’alcool et à l’éther.
Cette préparation, assez compliquée, doit être menée aussi rapidement que possible, et les lavages effectués a basse température (Miescher).
Kossel, puis Hoppe-Seyler ont supprimé, dans le procédé de Miescher, le traitement par le suc gastrique; mais les produits qu’ils ont obtenu ne semblent pas exempts de matières albuminoïdes, comme paraît le démontrer leur analyse centésimale que nous mettons en parallèle avec celle de la nucléine de Miescher.
Composition élémentaire de la nucléine du pus.