II
Carbone . 50,5 50,6
Hydrogène . 7,8 7,4
Azote . 13,15 13,21
Phosphore . 2,1 1,71
Cette variété de nucléine, exempte de soufre, donnait faiblement la réaction du biuret par le sulfate de cuivre et la potasse, mais aucune coloration par le
(1) Miescher, Jahresb., f. Thicrch., t. IV, p. 344, 1874.
(2) Miescher, Jahresb., f. Thierch., t. IV, p. 337, 1874.
(3) Von Jaksch, Arch. f. Physiol., t. XIII, p. 469.
jGi ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER.
réactif de Millon. Le chiffre de phosphore paraît trop faible; et la perte tient sans doute au séjour trop prolongé de la substance dans le suc gastrique.
5” Nucléine du lait.
(1) 3 extrait la nucleme du lait par un procédé semblable à celui qu avait employé von Jaksch pour le cerveau, et que nous venons de résumer
Le fromage blanc récemment coagule est privé de ses corps gras par ]’éth« pu, soumis pendant 48 heures à une digestion pepsique; le résidu insollbt qui constitue la dyspeptone de Meissner, lavé à l’eau froide, puis chaude ■ ,
traite par le carbonate de soude à I p. JOO; la solution tiltrée, neutralisée Zi un léger exces d acide chlorhydrique, donne un précipité de nucléine qu’on W a 1 eau, à 1 alcool, puis à l’éther, et enfin qu’on dessèche.
La caséine donne ainsi 0,17 p. 100 de nucléine qui contient :
Carbone .
Hydrogène . .
Azote . 7>*
Phosphore. . . .
Elle est exempte de soufre. Chauffée à HO- après avoir été desséchée * ,
Au contact de l’eau bouillante, la nucléine du lait perd également •
de son phosphore à l'état d’acide pkosphoriçue, et donn TZZZZVT* substances, l’une soluble et de nature albuminoïde, l’autre insoluble- dans T* produits de décomposition, on ne trouverait pas d’hypoxanthine (Lœw)
Lubavin a été conduit à admettre, par de nouvelles recherches (ai an. , nucleme qu’il a retirée du lait est un mélange d’au moins deux substances 1 une est phosphoree; l’autre, exempte de phosphore et qui correspond peut!,! ' a- la substance soluble, de nature albuminoïde, qui résulte de l’action de IV bouillante sur la nucléine, se précipite la première lorsqu’on neutralise trè \ tement par les acides dilués la solution de nucléine dans le carbonate H au l /100-. carnonate de soude
6° Nucléine de la levure.
Découverte par Hoppe-Seyler(3), puis niée par Lœw et Nœgeli (4) ia nré de la nucleine dans la levure a été ensuite reconnue réelle par Lœw (S étudié les produits de décomposition sous l’action de l’eau bouillante ^ a Pour la préparer, on délaye la levure dans l’eau ; après quelques heures, on
(1) Lubavin, Med. chem. Untersuch., fasc. IV, p. 463 1871- , ,
Gesellsch., 1877, t. X, p. 2237. P ’ ’ BeK der d™tsch. chem
(2) Lubavin, Bull. soc. chirn., t. XXXIV, p. 44.
(3) Hoppc-Scylcr, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. II, p. 427
décante et on lave de nouveau à deux ou trois reprises, par décantation ; la levure essorée est délayée dans de la soude très étendue; on filtre aussitôt en laissant tomber le liquide dans de l’acide chlorhydrique faible. Il se forme nn précipité qui tombe au fond du vase et qu’on lave à l’acide très dilué, d'abord par décantation, puis sur un filtre; on lave ensuite à l’alcool froid, puis on épuise le produit par de l’alcool bouillant et on le sèche (Kossel) (I).
La nucléine de la levure renferme :
HOPPE-SEYLER KOSSEL
Carbone . 43,0 40,8
Hydrogène . 6,1
Azote . 15,3 16,0
Phosphore . 2,6 6,2
Soufre . f » °>38
La nucléine de la levure a été longuement étudiée par Kossel (2). Desséchée dans le vide, elle perd 3,54 p. 100 de son poids à 120” et 7,38 à 140°; elle commence à s’altérer vers 140° et brunit à 160°.
Elle présente une réaction acide et ne donne qu’une faible coloration violette avec la potasse et le sulfate de cuivre. Elle n’est attaquée et dissoute par le suc gastrique artificiel qu’au bout de douze heures.
Traitée par l’eau bouillante, la nucléine récemment précipitée se dissout entièrement et se décompose en donnant de l’a eide phosphorique et une matière albuminoïde qui possède les réactions de la syntonine; mais si la nucléine a été lavée à l’alcool, elle laisse, dans les mêmes conditions, une partie insoluble dans l’eau qui ne se dissout pas davantage dans l’acide chlorhydrique concentré, même à chaud, mais seulement dans la soude caustique à 100°; ce résidu insoluble possède à peu près la composition des matières albuminoïdes, avec une proportion de carbone un peu plus grande; cependant elle ne parait pas attaquée par le suc gastrique (Nœgeli et Lœw).
A côté de l’acide phosphorique, la solution aqueuse de la nucléine de levure renferme des peptones, de la xanthine et surtout de l’hypoxanthine dans la proportion de 1 à 2 p. 100 du poids de nucléine, proportion qui, d’après Lœw, peut atteindre 5,6 p. 100.
Elle contient encore de l’adénine dans la proportion de 0,5 p. 100 du poids de nucléine.
Schülzenberger a trouvé, dans les produits de la levure abandonnée à ellemême, de la xanthine, de l’hypoxanthine et de la guanine; il est naturel de supposer que ces produits, que l’on rencontre aussi dans les organes glandulaires et les tissus de l’homme et des animaux, proviennent de la nucléine au même titre que l’hypoxanthine et la xanthine qui résultent de sa décomposition sous l’influence de l’eau bouillante.
Propriétés de la nucléine.
La nucléine fraîchement précipitée est une substance blanche, amorphe, légère-
(1) Kossel, Zeitsch. f. physiol. Chem,., t. III, p. 284.
(2) Kossel, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. III, p. 284 ; t. IV, p. 290; t. V, p. 452 et 267; l. VI, p. 422; t. VII, p. 7; 1879-1882.
ment soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool môme étendu et dans les acides dilués. La solution aqueuse, faiblement dyalisable, est troublée par les acides.
Sous l’influence de la chaleur, elle se colore en brun un peu au delà de 100° se décompose et laisse un résidu charbonneux, difficile à incinérer, qui cède à l’eau de l’acide métaphosphorique.
Elle se dissout avec la plus grande facilité dans les alcalis, l’ammoniaque, la soude, le carbonate de soude et môme le phosphate de soude. Grâce à sa réaction (elle rougit le tournesol humide) et à son caractère franchement acide, elle décompose les carbonates alcalins (Lubavin) (1) et sature parfaitement les bases alcalines; la solution neutralisée reprend une réaction acide par l’addition d’un excès de nucléine.
La solution dans les alcalis est précipitée par les acides, sans décomposition de la nucléine.
La nucléine est également dissoute par les acides chlorhydrique et nitrique concentrés. La solution nitrique ne se colore pas en jaune, comme celle des matières albuminoïdes; d’ailleurs la nucléine no donne rien avec le réactif de Millon, sauf les variétés qui, dans leurs produits de dédoublement, contiennent des matières albuminoïdes et qui sont colorées plus ou moins facilement en rouge; la solution chlorhydrique, immédiatement précipitable par l’eau en excès” ne l’est plus après quelques minutes de contact.
La nucléine résiste aussi bien à la digestion pancréatique qu’à la digestion gastrique (Bokay) (2), d’où l’on peut induire que son rôle alimentaire est nul.
La nucléine est gonflée par le chlorure de sodium, et donne avec lui „ gelée. e
Au contact de l'eau, elle s’altère très rapidement, et perd la majeure partie de son phosphore qui se dissout à l’état d’acide phosphorique; celte décomposition est activée par la chaleur. A côté de l’acide phosphorique, le liquide renferme des substances protéiques, de la xanthine, de l’hypoxanthine et de l’adénine du moins pour les nucléines qui proviennent des noyaux cellulaires; Kossèl démontré, en effet, que les nucléines du lait et des œufs non couvés ne donnen* ni hypoxanthine, ni adénine.
. Classification des nucléines. — On peut d'ailleurs répartir les variétés div de nucléines, d’après la nature de leurs produits de décomposition parmi lésa ^ se trouve toujours l’acide phosphorique, en trois classes bien distinctes : S
1° Les nucléines qui se décomposent en acide phosphorique et en albu • Nucléines du jaune d'œuf, de la caséine.
2° Celles qui se dédoublent en acide phosphorique et en hypoxanthine • Nucléines de la laitance et du sperme.
3° Les nucléines qui, outre l'acide phosphorique, donnent à la fois de I’-ik mine et de l’hypoxanthine : albu~
Nucléines dès globules de pus et des globules de sana à nouan „ ,
de la levure. y ' nucleine
Les solutions neutres de nucléine (dans les alcalis), additionnées de 40 p lQo
(1) Lubavin, Deutsch. chem. Gesellsch ., t. X, p. 2237.
(2) Bokay, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. I, p. 157, 1877.
d’alcool, donnent, avec les chlorures de baryum, de calcium, de magnésium, de zinc, le sulfate de cuivre, l’azotate d’argent, des précipités de nucléinates terreux et métalliques.
La solution neutre de nucléine dans l’ammoniaque, versée dans la solution d’un sel de protamine, y détermine la production d’un précipité pulvérulent, dense, insoluble dans l’eau et l’ammoniaque, soluble dans les alcalis caustiques, qui apparaît au microscope sous la forme de petites masses sphériques, fortement réfringentes et ressemblant beaucoup, d’après Miescher, aux noyaux cellulaires. La combinaisdn de nucléine et de protamine, insoluble dans l’ammoniaque mais soluble dans les alcalis fixes , se gonfle dans le sel marin et forme une gelée mucilagineuse; elle se rapproche beaucoup de la matière qui constitue l’enveloppe des têtes des spermatozoïdes.
Acides nuclèiniques. — Sous le nom d’a cides nucléiniques, R. Altmann (1), désigne des combinaisons phosphorées organiques qu’on peut extraire des diverses variétés de nucléines et qui présentent, par rapport à ces dernières, une teneur beaucoup plus forte en phosphore. Ces acides sont solubles dans les alcalis et dans l’acide acétique en excès; cette dernière solution forme, avec les matières albuminoïdes, une combinaison insoluble qui constitue une nucléine. Ces acides nucléiniques ne contiennent du soufre qu'à l’état d’impureté protéique; ils se présentent sous l’aspect d’une poudre blanche qui contient jusqu’à 9,5 p. 100 de phosphore.
L’auteur indique les précautions à suivre pour préparer ces corps à l’état de parfaite pureté, et décrit les procédés qui permettent de les extraire de la levure, du thymus, du jaune d’œuf, de la laitance de saumon ; en général la substance primitive est d’abord traitée par les alcalis étendus ; la solution alcaline est précipitée par un excès d’acide acétique, et le liquide filtré additionné d’acide chlorhydrique et d’alcool, laisse enfin l’acide nucléinique se séparer à l’état insoluble.
Altmann pense que Liebermann (2), qui a envisagé la nucléine comme une combinaison d’albumine avec l’acide métaphosphorique, a eu vraisemblablement entre les mains des solutions d’acide nucléinique qui lui ont permis d’effectuer ses synthèses de la nucléine. Voici, en effet, comment Liebermann opère : on épuise, par exemple, des jaunes d'œuf par l’alcool et l’éther, dessèche le résidu, et l'arrose sur un filtre avec de l’acide chlorhydrique dilué; le filtratum renferme de l’acide métaphosphorique, dit l’auteur, et donne, avec une solution d’albumine, un précipité abondant qui présente toutes les réactions de la nucléine (3).
A la suite d’expériences variées ayant pour but d’introduire, dans le précipité
(1) Altmann, Du Dois Raymond’s Archiv., phys. Abtheil., 1889, p. 524-536.
(2) Liebermann, Ber. d. d. chem. Gesellsch., t. XXI, p. 598-600, 1888, et Pflüger’s Archiv., t. XLV1I, p. 155-160, 1890 (démonstration de la présence de l’acide métaphosphorique dans la nucléine de la levure).
(3) Liebermann a montré que la nucléine artificielle, mise en contact des réactifs de coloration usités en micrographie, bleu de méthyle, hématoxyline, safranine, picrocarmin, etc., prend les mêmes teintes que les noyaux cellulaires qui renferment des nucléines naturelles ( Thierarztl . Jahresb., t. II, p. 53, 1889). Pohl a suivi les indications de Liebermann pour préparer les variétés suivantes de nucléines artificielles : la serumalbuminnucléine et l’hémialbuminosenucléinc, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. XIII, p. 292-297, 1888).
précédent, de la xanthinc, de la guanine et de l’hypoxanthine, Liebermann (n observé que les nucléines artificielles ainsi préparées cédaient facilement à de** dissolvants appropriés, la xanthinc et la guanine, comme le fait la nucléine d levure; en revanche, il n’a pu introduire l’hypoxanthine dans la molécule de se! nucléines synthétiques, et il en conclut que l’hypoxanthine que Kossel envisage comme un produit de dédoublement normal des nucléines naturelles provient de corps étrangers qui leur sont mélangés.
Rôle physiologique île la nucléine; son origine. — La nucléine paraît trouver à l’état naturel, grâce à sa fonction acide, non pas libre, mais en cofT binaison soit avec la protamine comme dans la laitance et le liquide sper' matique(Miescher), soit avec l’adénine dans les noyaux cellulaires ordinaire' (Kossel), soit enfin avec les matières albuminoïdes dans les nucléo-albumin S dont la caséine est le type (Hammarsten) (2). Elle est donc très répandue dan! l’organisme, bien que sa quantité absolue soit faible, et se rencontre presou partout accompagnée d’une autre matière phosphorée, la lécithine. q 6
On ne sait rien encore de certain sur son mode de formation ; car si l’on dp faire dériver la plupart de ses éléments des matières albuminoïdes il n’en p”! plus de même de la grande proportion de phosphore qu’elle renferme’. Elle paraît en tout cas, un élément fondamental des noyaux des cellules les plus diverses’ aussi bien dans le règne végétal que dans le règne animal, et sa présence expliauê le rôle si important des phosphates dans la nutrition cellulaire. 4
Miescher(3) s’est appuyé sur l’augmentation notable des ovaires du saumo pendant la longue abstinence qu’il observe pendant toute la durée de sa mier0’ tion dans le Rhin, coïncidant avec la disparition d’une partie équivalente deséT~ nients de la musculature de l’animal, pour conclure que la nucléine et la léci thine, si abondantes dans les œufs des poissons, prennent naissance aux dé des matières albuminoïdes, des graisses et des phosphates des muscles. Cette conclusion est d’accord avec l’existence de la nucléine dans le lait qui est & produit de sécrétion formé aux dépens des éléments des tissus de la nourrice La nucléine est-elle ou non assimilable? il semble que la seconde hypoth* soit la seule exacte, par suite de la résistance extrême que paraît opposer ce co * 6 aux sucs digestifs; mais Bunge (4) fait remarquer, à ce propos, qu’une affirmât' ^ quelconque est impossible d’une manière absolue, en l'absence de dosages c 100 paratifs de la nucléine dans les aliments et dans les fèces; rien ne prouv lors, qu’elle soit complètement inassimilable.
La nucléine donne, comme produits de décomposition, des corps azotés lesquels on trouve la xanthinc, l’hypoxanthine, la guanine et l’adénine-^*111* donc avec raison que Kossel dit que les composés azotés crislallisables a ’ CieSt trouve dans les diverses glandes et dans le tissu musculaire peuvent ms-- °n certain point, être considérés comme dérivant de la nucléine, et non’ ni,,?*1 a ,Un ment des matières albuminoïdes. p seule-
On ignore complètement le rôle physiologique des nucléines.
(1) Lieborinann, Centra/61, f. d. med. Wissensch., 1889, ,, 210 et 223
(2) Hammarsten, Zeitsch. f. physiol. Chem., 1883, t. VII, p 227
(3) Miescher, Arch., f. Anat. u. physiol., Anal. Abtheil. 188l" n km
(4) Bungo, Ch. biol., trad. franç., 1891, p. 84. ’ ’
Eléments constituants du tissu nerveux. — lécithine.
Présence dans Vorganisme, — La lécithine a été découverte, en 1846, dans le jaune d’œuf, par Gobley qui en signala également la présence dans les œufs et la laitance de la carpe, dans le cerveau , le sang veineux et la chair de certains mollusques. Elle a été trouvée dans la bile par Strecker.
La lécithine est très répandue dans l’organisme; elle existe dans la rétine, les nerfs, les muscles, la graisse, le cristallin, les globules de sang et de pus, les spermatozoïdes, dans certains néoplasmes à évolution rapide, et dans la plupart des liquides animaux, sang, lymphe, chyle, bile, lait, etc.
On peut dire qu’elle existe partout où l’on trouve des corps gras phosphatiques.
Voici d’ailleurs les proportions de lécithine p. 100, contenues dans les divers tissus, organes et liquides de l’organisme :
Richesse en lécithine des tissus, organes et liquides animaux.
DE LÉCITHINE
Globules rouges .
Jaune d’œuf . .
8’ veine hépatique
Chyle .
Bile humaine .
Pus . .
La lécithine fait également partie des tissus et organes végétaux (1). On en a constaté la présence dans les graines, les bourgeons, les levures, les champignons, les spores. Heckel et Schlagdenhautfen (2) l’ont trouvée dans la moutarde blanche et noire, dans les huiles de Jéquirity et de Fedegosa, dans diverses feuilles et racines.
En résumé, la lécithine est très répandue dans tous les éléments cellulaires à vitalité énergique et en voie de développement; elle est le plus souvent accompagnée par la cholestérine, sans qu’on puisse trouver une raison à ce fait.
Préparation. — C’est généralement le jaune d’œuf que l’on emploie de préférence, pour l’extraction de la lécithine; les procédés utilisés dans ce but sont assez nombreux; Gobley, Strecker, Iloppe-Seyler, Diakonow se sont occupés ^•«cessivement de la question :
(1) Voir, pour son extraction : Schultze et Libiernik, Deutsch. chem. Gesellsch., t. XXIV, p. 74, 1891.
(2) Heckel et Schlagdenhauffen, Compt. rend., t. CIII, p. 388.
1” Procédé de Strecker (I). — On épuise les jaunes d’œufs par l’alcool éthéré chaud, on filtre, puis on évapore les solutions pour chasser l’éther, et l’on ajoute au résidu de l’alcool fort jusqu’il ce qu'il ne se précipite plus de corps huileux La solution alcoolique jaune, filtrée, additionnée de chlorure de platine en solu' tion acidulée par l’acide chlorhydrique, donne un précipité floconneux jaune de chloroplatinate, qu’on recueille sur filtre et lave à l’alcool. Le sel double dissous dans l’éther, est traité par l’hydrogène sulfuré qui le décompose avec mise en liberté de chlorhydrate do lécithine. Ce dernier, après filtration et évaporation du véhicule, se présente sons l’aspect d’une masse cireuse; sa solu tion, traitée par l’hydrate d’oxyde d’argent, donne un précipité de chlorure d’argent, et met la lécithine en liberté.
Le produit ainsi préparé est, d’après Strecker, la lécithine oléomargarique qu’il a plus particulièrement étudiée.
On peut substituer le chlorure de cadmium au sel de platine.
L’extrait alcoolico-éthéré des jaunes d’œufs, privé de l’éther par distillation est traité par une solution alcoolique de chlorure de cadmium qui y forme' un abondant précipité jaunâtre, combinaison de chlorhydrate de lécithine et de chlorure de cadmium. Le précipité recueilli, épuisé par l’alcool éthéré, est délav^ dans l’alcool et traité par le courant de gaz sulfhydrique. La solution alcoolique séparée du sulfure de cadmium, renferme le chlorhydrate de lécithine ; celle-ci se précipite par l’addition d’un excès d'eau ; on la recueille sur filtre, l’exprime et la dessèche dans le vide sur l’anhydride phosphorique.
2° Procédé de Hoppe-Seyler et Diakonow (2). — Les jaunes d’œufs sont épuisés par l’éther froid, tout le temps que celui-ci se colore en jaune. La partie insoluble dans l’éther est traitée par un grand excès d’eau qui y fait naître précipité. Ce dernier, lavé rapidement, exprimé, mis en digestion à 50° environ dans de l’alcool à 85° centésimaux, donne une solulion qu’on évapore rapidement dans le vide à 60° au maximum; le résidu sirupeux est redissout dans le moins possible d’alcool absolu, puis abandonne pendant douze à vingt-quatre heures à une température de —5° à — 20°. La lécithine se dépose en grains arrondis, rarement en lamelles cristallines ; on la recueille sur filtre, Exprime rapidement et dessèche dans le vide.
D’après l’auteur, et cela se conçoit facilement quand on compare les procédé on obtient ainsi une lécithine pure, tandis que le procédé de Gobley donne * produit toujours altéré en partie par le contact des réactifs acides dont on a usage. ait
Ce procédé donne lieu à des pertes notables, par suite de la solubilité d lécithine dans l’élher. Pour retirer cette lécithine de la solution éthérée on è ** pore à sec le liquide; on reprend l’extrait par l’éther de pétrole, et l’on ae t ~ solulion filtrée avec de l’alcool marquant 75° qui s’empare de la lécithi * ^ corps gras restant ^ans le véhicule pétrolifère. L’alcool décanté, chauffé p6.8 ment pour éliminer l’éther de pétrole, puis exposé au froid pendant pk e?ere~ jours, donne un dépôt principalement formé de cholestérine; le liquide IupUl'S
(1) Strecker, Ann. (1. Chem. u. Pharm., t. CXX1II, p. 356, et t. CXlVIII n 77
(2) Hoppe-Seyler, Ilandbuch d. physiol. und pathol. chem. Analyse, p. U2.
géant, décoloré au noir animal, est évaporé à sirop à 50“-60°; le résidu repris par l’éther lui cède la lécithine qu’on obtient par distillation de l’éther. Par une cristallisation dans le moins possible d’alcool absolu, on parvient à éliminer les dernières traces de cholestérine (Gilson) (t).
3» Procédé de Diakonow (2). — Diakonow a imaginé un procédé d’extraction des lécithines du jaune d’œuf qui lui a permis d’en séparer et d’en distinguer les diverses variétés.
On traite par l’alcool fort le jaune d’œuf préalablement épuisé par l’éther et, par un refroidissement jusqu’à — 10°, on sépare de la solution alcoolique une lécithine dioléique cristallisée. Le liquide alcoolique, évaporé dans le vide, laisse déposer une lécithine distéarique; enfin l’éther enlève au jaune d’œuf une lécithine dipalmitique manifestée par la présence de l’acide palmitique dans ses produits de dédoublement.
Les procédés de Strecker et de Iloppe-Seyler sont applicables également à la matière cérébrale débarrassée de ses enveloppes.
Propriétés de la lécithine.
La lécithine est une substance blanche, friable, sans aspect cristallin nettement caractérisé.
Chauffée, elle se ramollit, devient transparente, brunit à 53°, fond à 90-100“ en un liquide très foncé, puis brûle avec flamme fuligineuse, et laisse un charbon dont la solution est acide et contient de l’acide pyrophosphorique.
La lécithine est insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’éther, très soluble . dans 1 alcool, surtout à chaud, dont elle peut cristalliser par le refroidissement en aiguilles minces (Hoffmann) ; elle se dissout encore dans le chloroforme, le sulfure de carbone, la benzine, les huiles grasses et l’acide acétique chaud; elle est maintenue en dissolution dans -la bile par les sels biliaires.
Les solutions de lécithine se décomposent lentement à froid, plus rapidement à chaud, surtout en présence d’une petite quantité d'acide ou d’alcali.
La lécithine se gonfle au contact de l’eau froide et donne une sorte d’empois dans lequel le microscope révèle léVformes dites myéliques (filaments mucilagineux et gouttelettes). Chauffé à 70», cet empois, de même que la solution alco°olique, se colore en brun en se décomposant; il s’altère également peu à peu, à la température ordinaire, en devenant acide.
ilécithine est une base faible dont la molécule fixe directement à peu près — molécule d’acide carbonique (2-, 77 de CO1 2 3 fixé par 0«°,092 de lécithine) Elle .'unit aux bases pour donner des sels cristullisables et aux acides dilués, particulièrement a 1 acide chlorhydrique, pour former un chlorhydrate très instable qui se combine avec le chlorure de cadmium ou de platine, et donne un sel double cristallin, peu soluble dans l’alcool (Strecker) (3).
Le chloroplatinale se précipite sous la forme de flocons jaunes qu’on peut
(1) Gilson, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. XII, p. 588.
(2) Diakonow, Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1868, n« 1, 7, 28, et Untersuch., fasc. II, p. 221*, et fasc. III, p. 405.
(3) Strecker, Ann. d. Chem. u. Pharm., t. CXLVIII, p. 77.
iledic. Chim.
sécher dans le vide, à la température ordinaire, sans les altérer; très peusolubl> dans l’alcool, il est dissout par l’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone I benzine; très altérable, il fond à 100° en noircissant; sa solution éthérée lais/ déposer peu à peu du chloroplatinatc de neurine.
La calcination de la lécithine avec un mélange de carbonate de potassium et de nitre donne un résidu qui renferme tout le phosphore à l’état de phosphate
Dédoublement de la lécithine.
La lécithine, traitée par l’acide sulfurique dilué en présence de l’éther s dédouble lentement en neurine et acide dipalmitoglycérophosphorique qu’i ° dissout dans l’éther, d’après la formule : " Se
CwHMAzPhO* + IPO = C*H*'AzO* + PhO(OH/’. 0.C3H8(0.C1«H310)*
Lécithine palmitique. Eau. Neuriue. Ac. dipalmitoglycérophosphorique.
Par l'ébullition avec l’eau de baryte, la lécithine subit une décomposition rapide et complète; il se forme du phosphoglycérate de baryum qui surnage e partie, et un mélange de sels barytiques insolubles qu’on sépare par le filtre " Le liquide, débarrassé par un courant d’acide carbonique de l’excès de barvl et évaporé à sec, laisse un résidu qu’on reprend par l’alcool fort et bouillant • à cette solution on ajoute du chlorure de platine qui en précipite des flocons il» nâtres qu’on lave à l’alcool, et qui, par cristallisation dans l’eau, donnent d beaux prismes rouge orangé de chloroplatinatc de neurine.
La partie insoluble dans l’alcool chaud, dissoute dans l’eau, est décomposée ex tement par l’acide sulfurique qui précipite le baryum, puis saturé de carbonaT de chaux ; après filtration pour éliminer l’excès de sel calcaire insoluble et r/-6 cipitation complète des sulfates par le chlorure de baryum, on filtre de nouvea" à chaud, et l’on obtient, par le refroidissement, des cristaux aiguillés de phos ho glycérate de chaux qu’on lave à l’alcool.
Le mélange des sels barytiques insolubles renferme de l’acide phosphorique des acides gras. Par l’ébullition avec l’acide chlorhydrique en présence de l’eau il donne une couche d’acides gras qui se solidifie par le refroidissement, r tt ’ couche, lavée à l’eau chaude, est dissoute dans l’ammoniaque, et traitée 6 l’acétate de plomb qui donne un précipité de savons plombiques auxquels path^ enlève l’oléate; la solution éthérée, additionnée d’acide chlorhvdrinn ^ l’acide oléique en liberté. que» J ML
Le savon plombique insoluble dans l’éther, traité également par l’acide ruBl hydrique, abandonne un mélange d’acide palmitique et stéarique. 1<5T=^
Les acides gras qui résultent du dédoublement de la lécithine sont d nature diverse. s aone do
Strecker, le premier, a mentionné, à côté d’un peu d’acide stéarioue i,n r proportion d’acides palmitique et oléique. Plus tard, Liebreich a Iran f °rte mélange des acides gras en sels de soude qu’il a séparés par précinitat T"? le tionnée à l’aide du chlorure de baryum, et, d’après leur poL de fus/" ^ conclu à la présence de l’acide stéarique mélangé d’autres acides ffPB» ’ Ü a paraissent être ni de l’acide oléique, ni de l’acide palmitique qiU ne
En résumé, sous l’action de la baryte, la lécithine se décompose en donnant du glycérophosphate de baryum, des oléates, palmitate et stéarate de baryum, et enfin de la névrine.
Une décomposition semblable se produit également sous l'influence de la digestion pancréatique artificielle (Bokay) (1).
Si nous prenons comme exemple la lécithine palmitique, ce dédoublement peut s’écrire :
C49H82AzPh09 + 3Ha0 = C3H9Ph06 + 2C16H3202 + C3II13Az02
Lécithine palmitique. Eau. Ac. pboçphogly- Ac. palmitique. Névrine.
Et comme on rencontre, dans les produits de décomposition, les divers acides gras qui existent dans les graisses de l’économie, on en conclut, avec Diakonow, qu il existe plusieurs lécithines qui se rapportent aux trois types de principes gras que 1 on trouve dans l’organisme : la palmitine,la stéarine et l’oléine; celte opinion est corroborée par l’extraction des trois variétés correspondantes de lécithines du jaune d’œuf, par Diakonow.
Il existe donc autant de lécithines que l’on trouve d’acides gras différents dans leurs produits de décomposition, et il est naturel d’admettre qu’on peut rencontrer, dans le cerveau des mammifères, autant de variétés de lécithines qu’il existe de principes gras de nature différente dans le tissu de l’animal considéré. En outre, on conçoit facilement que ces lécithines , en se combinan t entre elles , peuvent donner naissance à des lécithines mixtes, telles que la lécithine oléomarganqueque Strecker dit avoir extraite du jaune d’œuf, et à laquelle il assigne la formule :
C42H84AzPh09.
La lécithine n’est donc pas une, et les propriétés chimiques mentionnées cidessus se rapportent aux lécithines en général.
Constitution des lécithines.
La formule qui traduit le dédoublement de la lécithine palmitique que nous avons donnée précédemment, développée de façon à exprimer la constitution moléculaire des produits de décomposition, devient :
C*°H82AzPh O9 +
(OII
3 H2 O = PhoW
(°-C3H5jop
Ean. Ac. phosphoglycérique.
+ 2 C16 II31 0. Oïl + HO.Az’CIF lCli3
(c«H‘.OH.
Ac. polmitlrjue. Neurino.
L acide phosphoglycérique renferme encore deux oxhydriles alcooliques de la glycérine dont les II peuvent être remplacés par deux radicaux d’acides gras ; si l’on substitue le radical palmityle (C,6H3I0)' de l’acide palmitique CI6H3!0!, on obtient 1 acide dipalmiloglycérophosphorique
(OH PhO OH (O.C’II3
f O.C,6H3lO |0.C16H310
(1) Bokay, Zeitsch. f. phys. Chem., t. I, p. 157, 1877.
qui se forme dans la décomposition de la lécithine correspondante par l’acide sulfurique en présence de l’éther, et dont on a réalisé la synthèse en partant de ses éléments.
11 reste, dans ce nouveau composé, deux oxhydriles acides appartenant à l’acide phospliorique ; l’un d’eux perd son hydrogène que vient remplacer le radical monoatomique complexe trimèthylhydroxèthylène-ammonium
[Az(CH*)*.C*H\OH]'
contenu dans la choline, et l’on obtient, en fin de compte, la formule de cons¬
titution
SO.Az OH
Cil3 |CII3 |C1I3 CM!4. OU