‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 396 sur 722 · MODIFICATIONS DK LA SUBSTANCE NERVEUSE AU REPOS OU EN ACTIVITÉ. S · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DK LA SUBSTANCE NERVEUSE AU REPOS OU EN ACTIVITÉ. S

Les alternatives régulières d’activité et de repos paraissent le plus favorables au maintien de l’excitabilité physiologique des nerfs; un repos prolongé finit par 1 abolir en déterminant l’atrophie et la dégénérescence de la fibre nerveuse. On a vu précédemment 1 influence nocive de l'arrêt de la circulation qui s’exerce aussi bien sur les nerfs moteurs que sur les nerfs sensitifs.

Dans 1 anémie, 1 excitabilité d’abord un peu augmentée diminue ensuite.

Pendant 1 activité du tissu nerveux.il se produit un échauffement qui a donnélien à des discussions. Valentin et Oehl ont constaté, le premier sur la grenouille et les animaux hibernants, le second sur les animaux à sang chaud, une élévation de température des nerfs au moment de leur excitation ; puis Helmholtz et Heidenhain ont nié lo fait; mais Schiff (l) est parvenu à démontrer, d'une façon péremptoire, l’élévation de température des nerfs tétanisés par des courants induits; il avait d ailleurs, depuis longtemps, soutenu cette thèse en s'appuyant sur les variations do température qu'éprouve la substance cérébrale du poulet à chaque changement de couleur, quand on fait passer devant ses yeux une bande de papier teintée de différentes couleurs.

En même temps que se produit celle élévation de température qui peut s’étendre au corps tout entier, sous l'influence d'une excitation nerveuse prolongée, on observe une augmentation dans l’exhalation de l'acide carbonique (Davy)(2)et dans les matières extractives qui constituent les produits de déchets de la substance nerveuse. Ces matières extractives sont encore incomplètement connues.

Elles contiennent de l’acide lactique qui communique sa réaction au tissu.

D après les recherches de Byasson (3) et de l.iebreich, le tissu nerveux paraît surtout consommer, pendant l’état de travail, des matières albuminoïdes, d'où une augmentation de l’urée dans les urines.

Voici d ailleurs les résultats obtenus par Byasson en se soumettant lui-même, successivement, pendant trois périodes de temps de trois jours chacune, au repos absolu, puis à un travail musculaire violent et enfin à un travail cérébral très appliquant :

Urée sécrétée en 24 heures.

Repos absolu . ao1 2 3* 46

Travail musculaire . 22 90

Travail cérébral . 23 88

Malheureusement, ces conclusions perdent beaucoup à remarquer que les variations dans l’excrétion de l’urée, sous l’influence des changements de régime ou de travail, ne montrent leur maximun que 36 et môme 48 heures après que la modification a eu lieu.

Speck a d’ailleurs constaté expérimentalement l’influence absolument nulle du travail intellectuel sur la production de l’urée.

(1) Schiff, Recherches sur V échauffement des nerfs, Arch. de physiologie, 1869.

(2) Davy, Arch. gén. de mèdec., 1846, supplément.

(3) Byasson, Relations qui existent entre l'activité cérébrale et la composition des urines, thèses de Paris, 1868.

Flint considère la cholestérine comme un produit de déchet de la substance cérébrale ; mais nous avons vu que ses analyses du sang de la carotide et de la jugulaire soulèvent des objections qui enlèvent toute valeur à ses conclusions.

Byasson admet que l’acide phosphorique excrété par les urines augmente encore après le travail cérébral ; cetle opinion, déjà soutenue par Hammond et Mosler, paraît coroboréepar l'augmentation très sensible de l’acide phosphorique total contenu dans les urines, à la suite des excitations du coït (Rilter).

Hodges-Wood(t) a prétendu que dans l’état de réflexion du cerveau, la quantité totale d’acide phosphorique éliminée par les urines reste constante, mais qu’il se produit une rupture d’équilibre cnlre les phosphates alcalins et les phosphates terreux, les premiers augmentant, tandis que les seconds diminuent.

11 règne donc une certaine obscurité, ou au moins un doute, sur cette question des variations de l’acide phosphorique et de l’urée sous l’influence du fonctionnement du système nerveux.

Les nerfs sont, comme les muscles, impressionnés par les produits de désassimilation qui augmentent pendant leur activité et par le fait même de cette activité; il en résulte également une fatigue spéciale du nerf, qui se produit cependant beaucoup moins vite que dans le muscle (Bernstein).

Ranke a appliqué aux nerfs sa théorie de l’influence des acides sur l’apparition de la fatigue dans les muscles ; suivant lui, produisent la fatigue des nerfs tous les acides et en particulier l’acide lactique que l’on trouve dans le muscle aussi bien que dans le nerf fatigués, mais aussi toutes les substances qui résul tent de la désassimilation de la matière nerveuse.

Comme le fait remarquer Gautier (t) dans une des belles pages de son Traité de chimie biologique, tous ces caractères physiques ou chimiques du travail cérébral, chaleur produite, mutation de matière, fatigue nerveuse, etc., sont les preuves irréfutables de la matérialité des phénomènes cérébraux qui amènent l’impression, précèdent ou suivent la sensation. Mais tous ces phénomènes maté riels s’arrêtent à cette impression qui précède la conscience, la pensée, la déter mination d’agir ou volonté, de telle sorte que l’acte intime qui suit l'impression toute matérielle de la sensation nerveuse et qui comprend la conscience et la comparaison des perceptions, le raisonnement sur les causes et les effets la détermination d’agir, n’est plus un acte physico-chimique et n’a pas d’équiVaient mécanique ou chimique.

(1) Hodges-Wood, Bull. Soc. chim., t. XIV, ]>. 88.

(2) A. Gautier, Chim. biolog., 1891, p. 346; consulter aussi il ce sujet : Hirn, La Th dynamique et l'étude du travail chez les êtres vivants, 1887.

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