‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 486 sur 722 · FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE · texte numérisé non relu

FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE

mentation riche en viande, en gélatine, et surtout en sucre ou en amylacés, détermine une augmentation notable des produits sucrés dans le foie; il annonçait, en outre, que les amylacés et les sucres donnent au foie la propriété de fournir une décoction aqueuse d’apparence laiteuse, complètement différente de l’aspect du décoeté obtenu avec le foie d’animaux inanitiés.

En 1835 (1), Bernard démontra la formation de la glucose dans le foie aux dépens de l’un quelconque de ses éléments constituants; un foie frais est lavé par un courant d’eau sous pression, entrant par la veine porte et sortant par les veines sus-hépatiques ; l’injection est continuée jusqu’à ce que l’eau sorte incolore et complètement exempte de matières albuminoïdes et de glucose, puis le foie est abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures. On injecte alors de nouveau, dans le parenchyme, un peu d’eau qui sort par les veines sus-hépatiques fortement chargée de glucose.

Un peu plus tard, Ilensen (2) (1856) montrait que le tissu du foie bien débarrassé de principe sucré par des lavages prolongés à l’eau, régénère de nouvelles quantités de glucose quand on le met au contact des diastases de la salive ou du

pancréas.

Enfin, en 1857, Cl. Bernard (3), en France, et peu après Hensen(4), en Allemagne, découvraient presque simultanément, et indépendamment l’un de l’autre, la matière glycogène dans le foie.

L’expérience citée plus haut, de Cl. Bernard, démontre que la glucose prend naissance dans le foie sans intervention des matériaux amenés à la glande par la veine porte, et probablement aux dépens de la matière glycogène du foie; celle de Hensen fournit la preuve que cette transformation doit s’effectuer sous t’influence d’une diastase probablement spéciale au tissu hépatique et dont l’existence a, en effet, été démontrée ultérieurement.

Enfin, les recherches nombreuses faites sur les conditions de la production du glycogène, sous l’influence des aliments divers, montre qu'il constitue une réserve alimentaire qui prend naissance dans le foie au moment de l’absorption des produits de la digestion par la veine porte qui les amène et les distribue dans la glande où ils se trouvent soumis à l’élaboration spéciale des éléments cellulaires dans lesquels le glycogène s’accumule sur le terrain même de sa génèse.

Le sang de la veine porte étant pauvre en oxygène, on a émis l’hypothèse que l’activité fonctionnelle des cellules de foie peut être comparée à la vie sans air des cellules de certains ferments anaérobies.

On peut résumer la doctrine de Cl. Bernard relative au rôle physiologique de la matière glycogène qui se trouve en si grande abondance dans le foie et dans les muscles, de la manière suivante :

Le glycogène, loin d’être un principe constituant essentiel au foie, constitue une substance de passage qui s’accumule dans les tissus, au même titre, par

fl) Cl. Bernard, Compt. rend., t. LXI, p. 464.

(2) Hensen, Arch. f. pathol. Anat., t. IX, p. 214; t. XI, p. 393; et Verhandl. d. Würzb. med. phys. Gesellsch., t. VU, p. 219.

(3) Cl. Bernard, Gaz. méd., Paris, 13 juillet 1857; Compt. rend., t. XL1V, p. 578.

(4) Hensen, Arch. f. path. Anat., t. XI, p. 395.

exemple, que les corps gras, pour y former une réserve qui sera dispensée et détruite ultérieurement, suivantles besoins de l’économie, après sa transformation en glucose. Cette hypothèse, admise généralement par la plupart des physiologistes, paraît mise hors de doute par les dernières expériences de Chauveau et Kauffmann (1) sur le rôle de la glucose dans l’économie comme agent de la calorification et de la force.

Le glycogène peut donc être comparé à l’amidon des végétaux qui constitue pour ces derniers, une réserve alimentaire qui s’accumule dans les graines ou les tubercules ; la seule différence, c'est que, tandis que le végétal n’utilise ses réserves amylacées qu’à certains moments de son existence (germination, par exemple), la transformation en glucose du glycogène du foie (et des muscles) est continue, et assure au sang de la circulation générale une richesse sensiblement constante en éléments sucrés, quelle que soit l’intensité des combustions dans l’organisme normal. C'est pour cela que, quelle que soit la quantité de glucose que renferme le sang de la veine porte, quantité nulle ou du moins très faible en dehors de la digestion, maximum au moment où l’absorption alimentaire atteint son minimum d’activité, l’on trouve, dans le sang des veines sus-hépatiques, une proportion de glucose sensiblement constante ; c’est pour la même raison que, à la suite d’une inanition prolongée, la matière glycogène tend à disparaître du foie (et des muscles), dont les réserves finissent par s'épuiser.

Le foie perd plus vite son glycogène que les muscles (Aldehoff) (2); il semble que les organes inactifs cèdent leur provision d’amidon aux organes en activité et bien que, sous l’action des ferments, le glycogène se dédouble en dextrine et maltose, il paraît se décomposer plus profondément dans l’organisme, et se dédoubler complètement en deux molécules de glucose, au moment de son passade des tissus dans le sang, comme sous l’action de l’acide sulfurique étendu • ce serait donc sous la forme de glucose qu’il serait transporté d’un organe à l’autre et en particulier du foie vers les muscles (Bunge) (3).

Influence de l’irrigation sanguine sur la fonction glycogénique du foie — On a vu précédemment que la ligature de la veine porte, chez les animaux diminue, mais n’empêche pas absolument la formation du glycogène dans lé foie (Cl. Bernard), et que l’injection du sucre clans les veines ne retentit favorablement sur cette formation qu’à la condition qu’elle soit faite dans une branche de la veine porte, de façon à passer forcément à travers la glande hépatique Ces deux faits, que nous rappelons parmi beaucoup d’autres, nous donnent la preuve que le sang qui renferme les produits d’absorption de la digestion intestinal^ joue un rôle essentiel dans la glycogénie du foie.

Slosse (4) a renouvelé, mais d’une façon détournée, l'expérience de Cl Ber nard, en ligaturant toutes les artères qui intéressent les organes abdominaux le tronc cœliaque et les deux artères mésaraïques; il a opéré sur deux séri >• pareilles de lapins nourris de la même façon (pain et avoine), -et dosé le g] co gène du foie aussitôt après la mort, par la méthode de Külz. Voici les résultat-

(I) Chauveau et Kauffmann, Compt. rend., t. CIII, 1886.

’ (2) Aldeholf, Zeilsch. f. Biol., t. XXV, p. 162, 1888.

(3) Bunge, Chim. biol., trad. franç., p. 339, 1891.

(1) Slosse, Dû Bois Baymond's Archiv., 1890, suppl. bd., p. 162-163.

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