XII. FERMENT SACCHAR1FIANT DU FOIE
La transformation continue, quoique insensible, de la matière glycogène du foie en glucose a lieu sous l’influence d’une diastase spéciale, que Cl. Bernard a retirée du tissu hépatique et à laquelle il a donné le non d 'invertine. Les résultats de Cl. Bernard ont été confirmés par Hensen et Wittich, puis par Ebstein et Muller, mais sont contestés par Seegen et Kratschmer (2).
Tout récemment, Kauffmann (3) a démontré que la production du sucre dans le foie est bien due à un ferment soluble; il a constaté l’action saccharifîante de la bile du cliat, du porc, de la brebis, du bœuf, mais non plus du chien. Cette action de la bile est indépendante des micro-organismes, et se produit aussi bien a^ecle liquide extrait de la vésicule biliaire par un procédé antiseptique qu’avec la bile filtrée dans la bougie de Chamberland.
Voici le procédé employé dès l’origine, par Bernard, pour préparer l’inverline du foie : On injecte de l’eau à travers le tissu du foie pour enlever tous les éléments solubles; le foie décoloré est broyé, et la pulpe délayée dans quatre ou cinq fois son poids de glycérine pure. On filtre après trois jours de macération ; le
(1) Dastre et Arthus, Compt. rend. Soc. biol., t. XU, p. 251, 1890.
(2) Seegen et Kratschmer, Beitr. zür Kentniss der saccharificir. Fermenlen, Pflüger's Arch., t. XIV, 1877.
(3) Kauffmann, Compt. rend., Soc. biol., t. XLI, p. 600-603, 1890.
liquide glycériquc renferme en dissolution le ferment qui reprend toute son activité dès qu’on ajoute de l’eau à la glycérine, et transforme l’empois d’amidon et le glycogène en dextrine et en sucre.
Si l’on veut isoler le ferment, on précipite la solution glycérique par l’alcoolle précipité est purifié par dissolution dans l’eau et reprécipitation par l’alcool. '
Cl. Bernard a constaté l’identité d’action du ferment du foie et de la diastase de l’orge germé. D’après Musculus et v. Mering (1), le sucre qui résulte de l’action de l’invertine de foie est de la maltose qu’accompagne un peu de dextrine ; ce n’est que plus tard, et par un dédoublement de la maltose, que l’on trouve de la glucose et de la dextrine qui sont les seuls corps observés dans le foie, après la mort, par Seegen etKratschmer (2), puis parBoehm et Hoffmann (3).
Panormow (4) a étudié la combinaison que forme le sucre du foie avec la phénylhydrazine, combinaison très peu soluble dans l’eau bouillante comme l’est celle de la glucose, tandis que la combinaison analogue donnée par la maltose est très soluble ; l’auteur en conclut que le sucre qui prend naissance dans le foie, aux dépens du glycogène, est, non de la maltose, mais exclusivement de la glucose.
D’après Tiegel, l’invertine du foie prendrait naissance par la dissolution des globules rouges du sang.
Dans une suite de considérations sur les mutations de matière par procédés fermentatifs, dans l’organisme animal, Nasse (5) estime que la saccharification du glycogène dans le foie doit être attribuée, non pas seulement à une diastase, mais aussi au protoplasma des cellules, comme le voulait exclusivement Panormow; mais il est encore impossible, actuellement, de faire exactement la part des deux actions et de les isoler l’une de l’autre.
Cette intervention du protoplasma des cellules du foie paraît démontrée par l’action de l’antipyrine qui ralentit la saccharification du glycogène, aussi bien par son contact direct avec le foie frais qu’à la suite de son administration à l’intérieur. Cet effet de l’antipyrine appartient, sans doute, à tous les antithermiques qui diminuent les combustions internes et les décompositions des principes azotés de l’organisme (Lépine et Porteret) (6).
(1) Musculus et v. Mering, Zeitsch. f. physiol. Chem.., t. II, p. 403; t. IV, p. 93
(2) Seegen et Kratschmer, Pflüger's Archiv., t. XXII, p. 206-214; t. XXIV, p. 467
(3) Bœhm et Hoffmann, Pflüger's Archiv., t. XXIII, p. 205.
(4) Panormow, Klin. Wochenbl., 1887, n” 27 (russe), et ilaly's Jahresb t XVII „ on.
(5) Nasse, Maly’s Jahresb., t. XIX, p. 291, 1889.
(6) Lépine et Porteret, Compt. rend., t. CVI, p. 1023, 1888.