‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 537 sur 722 · GUANINE · texte numérisé non relu

GUANINE

C5H5Az50

La guanine a été découverte par Unger dans le guano du Pérou. Elle a été trouvée, depuis, dans les excréments de l’araignée des jardins (Gorup Besanez et Will) et du héron (Herter), les écailles d’ablettes (Barreswill), la vessie natatoire des poissons (Voit), les concrétions articulaires des porcs arthritiques (Virchov), les cellules pigmentaires de la peau des reptiles (Ewald et Krukenberg); elle existe dans toutes les glandes, poumons, foie, pancréas (Scherer), et dans les produits de la putréfaction de la levure de bière. Elle existe également dans le règne végétal, jeunes pousses de la vigne, du platane, etc., et provient, comme les autres bases xanlhiques, du dédoublement de la nucleine qui existe dans les noyaux des cellules aussi bien animales que végétales.

Extraction de la guanine du guano. — On épuise le guano, par ébullition avec un lait de chaux clair, jusqu’à ce que les eaux de décantation, d'abord brun foncé, passent incolores. Le résidu, ainsi débarrassé d’ammoniaque, d’acides volatils et de pigment, est épuisé à plusieurs reprises par une solution bouillante de carbonate de soude qui dissout acide urique et guanine. Les liqueurs réunies, additionnées d’acétate de soude, sont ensuite sursaturées par l’acide chlorhydrique qui précipite les deux corps qu’on lave à l’eau acidulée et traite enfin par l’acide chlorhydrique bouillant. Ce dernier laisse l’acide urique en majeure partie insoluble et donne, après filtration et refroidissement, des cristaux de chlorhydrate de guanine, encore mélangés d’un peu d’acide urique. Les cristaux sont dissous dans l’eau, et la solution est traitée par l’ammoniaque ; le précipité obtenu est redissous dans l’acide azotique bouillant qui détruit l’acide urique. Par le refroidissement, l'azotate de guanine cristallise ; le sel essoré, redissous dans l’eau et traité par l’ammoniaque, abandonne la guanine.

Propriétés de la guanine. — Poudre blanche, amorphe, insoluble dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther, très soluble dans les acides et les alcalis, insoluble dans l’ammoniaque. Comme les corps précédents, elle s’unit aux acides et aux bases, et même aux sels.

Avec les acides, elle forme des combinaisons cristallines dans lesquelles elle fonctionne comme élément mono- et bibasique ; on connaît le chlorhydrate C5H5Azs0.HC1.2H20, cristallisé en fines aiguilles incolores, le chloroplatinate, jaune orangé, C5H5Az30.HCl.PtCP, l’azotate C3H5Az*0.Az03H. 1 Va H20, le sulfate

CsHsAz*0.S04H1 2.H20, en longues aiguilles; ces sels sont solubles dans l’eau, mais assez peu stables.

Le bichromate de potassium concentré donne, avec la solution de chlorhydrate de guanine, un précipité rouge orangé de cristaux prismatiques. L’acide picrique saturé à froid donne un précipité jaune orangé, encore net dans la solution de 1 milligramme de guanine pour 20 centimètres cubes d’eau. Le cyanure jaune produit un précipité cristallin jaune brun, très difficilement soluble, comme le précédent (Capranica) (1).

La guanine est insoluble dans les acides formique et acétique (Neubauer et Kerner).

La solution de guanine dans la soude, additionnée d’un excès d’alcool abandonne une combinaison cristalline de guanine sodique CTR\a2Az:iO ; la baryte donne, dans les mêmes conditions, une guanine bary tique C:iH3BaAz50, cristallisée en fines aiguilles.

Traitée par l’azotate d’argent, la solution nitrique de guanine donne un précipité amorphe qui contient CSH5Az»0.Az03Ag. Le chlorhydrate de guanine, additionné de sublimé, laisse déposer des prismes microscopiques qui répondent à la constitution CflHsAzsO.HgCla. 24/2H20.

L’acide azoteux transforme la guanine en xanthine :

CsHsAz*0 + Az02H = A/.2 + H20 + C3H4Az402.

Xanthine.

Traitée par l’acide chlorhydrique et le chlorate de potassium, la guanine s’oxyde et se décompose en guanidine, acide parabanique et acide carbonique, avec un peu d’acide oxalurique, de xanthine et d’urée comme produits accessoires •

C3HsAz50 + H20 -f O2 = CHsAz3 -f C3H2Az203 + CO2

Guanine. Guanidine. Ac. paraba-

dp /AzH2

Si l’on remarque que la guanine AzlI : (Y représente l’urée dont l’O fi-,* xAzH2

sur C est remplacé par le radical diatomique (AzH)", on voit que cette décomn sition est parallèle à celle que subit, dans les mêmes conditions, l’acide urioi en urée, acide parabanique et acide carbonique (p. 758).

11 existe donc, entre la guanine, la xanthine et l’acide urique, des relations intimes ; Fischer (2) envisage la guanine comme de la xanthine dans laquelle reste urée est remplacé par un reste guanidine; les formules suivantes mettent en évidence ces relations :

HAz — CO

IlAz — CH

AzH

>CO

Az

Xanthine.

HAz — CH

— AzH

>C : AzH = Az

(1) Capranica, Zeitsch. f. phgsiol. Ch., t. IV, p. 233, 1880.

(2) Fischer, Liebig's Ann. d. Chem., t. CCXV, p. 253, 1882.

BASES XANTHIQUES

Réactions caractéristiques. — I» Les solutions acides de guanine donnent, avec le bichromate de potassium, le cyanure jaune et l’acide picrique, des précipités insolubles (car. distinct, de la xanthine et de l’hypoxanthine, Gapranica); — 2° évaporée dans une capsule avec un peu d’acide azotique, elle donne un résidu jaune qui se colore en rouge à froid, et en pourpre à chaud, après addition de potasse.

ÉPISARCINE

C4H6Az30(?)

Lépisarcine est une nouvelle base xanthique que Balke(t) a réussi à isoler en appliquant le procédé de préparation des bases xanthiques indiqué par Salomon posé ^ 1-600 1UreS d'm'ine qui lui ont donné 0*r,40 de cecom-

°n l’extrait de la combinaison d’hypoxanthine + azotate d’argent qu’on purifie par cnstalhsation pour éliminer complètement la xanthine argentée et quÏÏ “or16 hyPoxanthine argentique an moyen de l’ammoniaque. Le m faiblement ammoniacal laisse cristalliser de fines aiguilles d’épisarcme RU1 peuvent atteindre 1 centimètre de longueur.

Pour la débarrasser de toute trace d’hypoxanthine, on la redissout dans l’ammoniaque etendue et on la précipite par uu courant d’acide carbonique. Sa composition répond à la formule probable C‘H6Az30.

Salomon (2) a pu extraire également l’épisarcine de l’urine du porc, du bœuf

et de celles de deux leucémiques ; ces dernières lui ont fourni, en outre un compose azoté ressemblant beaucoup à Iacarnine.

L ^S™De cristallise en fines aiguilles incolores, difficilement solubles dans i eau (13.000 p.), plus solubles dans l’eau ammoniacale. Avec l’acide chlorhydrique, elle forme un chlorhydrate soluble etcristallisable en aiguilles; sa solution aqueuse donne, avec le nitrate d’argent, un précipité insoluble dans l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque. Elle ne forme pas de combinaison sodique, et n est pas précipitée par l’acide picrique.

Réactions caractéristiques. - 1» Réaction de Weidel négative ; - 2° évaporée avec que ques gouttes d acide nitrique, l’épisarcine laisse un résidu jaune qui pâ itau contact d’une goutte dépotasse; — 3“ la solution dans l’acide chlorhyrique concentré, additionnée d’un peu de chlorate de potassium et évaporée, aisseun résidu blanc qui se colore en violet dans une atmosphère d’ammoniaque. 1

(1) Balte, J. f. prakt. Ch., t. XLVII, p. 537, 1893.

(2) Salomon’ teitsch. f. phijsiol. Ch., t. XVIII, p. 207, 1894.

encyclop. ch IM.

Relations des bases xanthiques entre elles

Ces bases constituent, par leur ensemble, une famille naturelle. L’hétéroxanthine et la paraxanlhine peuvent être considérées comme des dérivés méthylés de laxanthine; la guanine est transformée en xantliine sous l’influence de l’acide azotique (Fischer) (1); l’adénine donne de l’hypoxanthine dans les mêmes conditions (Kossel) (2).

On a vu précédemment que Fischer considère la guanine comme de la xanthine dans laquelle un carboxyle uréique : CO serait remplacé par un radical

guanidique =C = AzII.

Les formules suivantes font ressortir et expliquent ces tranformations diverses :

l CTHAz'O.O

Bases xanthiques j c^q.AzH

GWAzLO 1

ShTzLAzH baS6S sarc*ni<ïues.

et montrent qu’il y a, entre la xantliine et la guanine, la même relation qu’entre l’hypoxanthine et l’adénine.

La xanlhine et l'hypoxanthine ne diffèrent, en outre, de l’acide urique que par 1 puis 2 atomes d’O, et paraissent, en être des dérivés moins oxygénés :

Acide urique. . . C1 2 3 4H,Az{03

Xantliine . CWAz'O*

Hypoxanthine . . CTFAz'O

Et, de fait, Strecker et Rheineck ont pu réduire l’acide urique, sous l’influence de l’hydrogène naissant, en xantliine, puis en hypoxanthine, tandis que les agents d’oxydation transforment la guanine et l’hypoxanthine enxanthine, niais ne permettent cependant pas de passer de celle-ci à l’acide urique. Ces réactions chimiques ont bien été contestées ultérieurement par Fischer et Kossel ; mais Mach (3) a constaté, chez des oiseaux, une notable augmentation de l’acide urique après ingestion d’hypoxanthine (60 à 70 °/0 de transformée), et Baginsky (4) a observé, chez les chiens, l’augmentation de la xantliine urinaire avec absorption d’hypoxanthine.

Nous allons passer succinctement en revue certaines propriétés qui sont communes tantôt à toutes les bases xanthiques, d’autrefois à quelques-unes seulement.

(1) Fischer, Liebig's Ann. d. Chem., t. CCX\ , p. 309, 1882.

(2) Kossel, Zeitsch. f.phys. Ch., t. X, p. 238, 1880.

(3) V. Mach, Arch. f. exper. Pathol., t. XXIII, p. 148, 1887, et t. XXIV, p. 389, 1888.

(4) Baginsky, Zeitsch f. physiol. Ch., t. VIII, p. 397.

BASES XANTHIQDES

Propriétés générales des hases xanthiques

Ces bases sont décomposées par la calcination, avec dégagement d’acide cyanhydrique et d’isonitfile.

Elles sont insolubles ou très peu solubles dans l’eau : la guanine est insoluble, la xanthine aussi peu soluble que l’acide urique ; puis la solubilité, toujours très faible, croit dans l’ordre suivant pour les autres bases : carnine, homologues de la xanthine, adénine et enfin hypoxanthine.

Elles forment des combinaisons avec les acides, les bases minérales et les sels.

Les combinaisons avec les alcalis sont, en général, solubles dans l’eau, tandis que celles qui renferment des métaux proprement dits sont très peu solubles ou mso ubles.L ammoniaque dissout à peine une trace de guanine, difficilement a carnine (Huppert), plus facilement l’adénine, et encore plus facilement 1 hypoxanthine et les autres.

Toutes se dissolvent facilement dans les bases alcalines étendues et forment des combinaisons cristallisables dont elles sont déplacées plus ou moins complètement par 1 acide acétique en excès ou par neutralisation exacte à l’aide des acides minéraux.

Les combinaisons barytiques cristallisables, de la forme générale X.Ba(OHP, sont insolubles (adénine-) ou solubles seulement dans l’eau bouillante (guanine, xanthine, hypoxanthine).

Le sous-acétate de plomb ne précipite directement que la carnine; la xanthine et ses homologues, l’hypoxanthine, ne sont précipités qu’après addition d ammoniaque. L’acétate de cuivre précipite les bases xanthiques solubles dans eau, à froid pour l’hétérbxanthine, à chaud pour les autres, excepté pour l’adénine sur laquelle on ne connaît pas l’effet du réactif. Les précipités cupriques sont vert clair ou brunâtres.

Les bases xanthiques se dissolvent toutes facilement dans les acides minéraux et forment des sels cristallisables qui sont décomposés par l’action seule e eau, excepté poui 1 adénine et la carnine. Ces solutions sont toutes précipitées complètement par l’acide phosphotungstique (Hirschler, Salomon) ; l’inso- U" c®mP ete piécipité dans les acides permet d’utiliser cette réaction pour ex i action des bases xanthiques. L’acide phospliomolybdique agit de la môme façon.

L acide melaphosphorique précipite la solution chlorhydrique de guanine (le précipité est soluble dans les alcalis), mais non celles de xanthine, hypoxanthine, adénine (Kossel).

L acide picrique précipite la guanine, l’hypoxanthine (Capranica) et la paraxanthine (Salomon) de leurs solutions acides ; le précipité jaunâtre est cristallin.

L iodure de potassium iodé donne, avec les solutions acides de guanine, xanthine et hypoxanthine, un précipité brun rouge sensible pour une dilution

de i^ô (Kerner)-

Le chlorure mercurique donne, avec toutes les bases xanthiques, un précipitéformé par une combinaison cristalline de la base et du sel mercuriel. Toutessont également précipitées, comme l’acide urique, par la solution ammoniacale de nitrate d’argent, à l’exception de la carnine dont on ignore encore l’action du réactif sur elle ; les précipités gélatineux ou iloconneux, peu solubles dans l’eau, insolubles dans l'ammoniaque, répondent à la formule X.Ag1 20(?)(l).

Le précipité argentique se dissout à chaud dans l’acide azotique dilué, et donne une combinaison avec le nitrate d’argent, de la forme X.Az03Ag, d’aspect cristallin et de solubilité dans l’acide azotique étendu variables pour chaque base. L’acide azotique de 1) = t.10, à chaud, dissout à peine un peu du nitrate de guanine, d’adénine et d’hypoxanthine argentiques, plus facilement celui des autres bases. Ces combinaisons régénèrent le composé X.Ag20, par digestion dans l’azotate d’argent ammoniacal ou par la saturation au moyen d’un excès d’ammoniaque de leur solution nitrique.

La majeure partie des corps xanthiques, en particulier la xanthine, l’hypoxanthine et la guanine, forment, avec une solution d’un sel cuivreux (liqueur cupropotassique en voie de réduction par la glucose à. chaud ou l’hydroxylamine à froid), de même que l’acide urique, des combinaisons floconneuses, blanches et insolubles, qui ne s’oxydent que lentement à l’air, et se rapprochent beaucoupdes combinaisons xantho-argentiques précédentes (Drechsel) (2) ; elles ont été étudiées ensuite par Balke (3), qui a basé sur leur production un procédé de séparation et une méthode de dosage des bases xanthiques. Comme réactif cuivreux, on peut employer le mélange de sulfate de cuivre et d’hyposulfîte de soude préconisé par Arlhaud et Butte pour le dosage de l’acide ui-ique ; ilpi-écipite à froid la diméthylhypoxantliine, la guanine et la mélliyladénine, à chaud l’adénine et l’hypoxanthine (Krüger) (4).

Quelques bases xanthiques possèdent des réactions de coloration spéciales.

Réaction de Weidel (S). — Un peu de substance est dissoute, à chaud, dans de l’eau chlorée récente ou de l’eau additionnée d’une trace d’acide azotique; la solution évaporée à sec au bain-marie donne un résidu blanc ou jaunâtre qu’on expose, sous une cloche de verre, à l’action d’une atmosphère de gaz ammoniac. La xanthine et ses deux homologues se colorent en x'ouge rosé ou pourpre; le résidu chauffé, traité par une goutte de soude ou de potasse se colore én violet bleu (Salomon) ; la carnine donne les mêmes coloi-ations à condition de n’avoir employé qu’une petite quantité d’eau chlorée (Huppert). 1 a guanine, l’hypoxanthine et l’adénine ne donnent pas cette réaction, qui appailient également à l’acide urique (réaction de la murexide).

(1) 11 est à remarquer que, vu la très minime quantité des bases xanthiques contenues dans les urines, même à l’état pathologique (voir plus loin p. 705), le précipité argentique que produit dans l’urine l’azotate d’argent ammoniacal peut être envisagé commeformée presque exclusivement par la combinaison argentique de l’acide urique.

(2) Drechsel, Deutsch. ch. Gesellsch., t. XXV, p. 2454, 1892.

BASES XANTHIQUES

Réaction de l’acide azotique. — On dissout un peu de matière dans l’acide -azotique chaud et évapore à feu nu, ou mieux au bain-marie, jusqu'à dessiccation.

La xanlhine et la guanine donnent un résidu jaune citron de nitroxanthine (Strecker) (1) qui devient jaune orangé au contact d’une goulle de potasse ou de soude. La solution évaporée se colore en violet rouge, et laisse un résidu pourpre foncé (Strecker) qu’une dessiccation complète fait virer au bleu indigo pur, pour repasser au violet à l’air humide (Brticke) (2). Une goulte de chlorure ammonique, déposée sur le résidu, donne une solution jaune. Les homologues de la xanthine, pas plus que l'hypoxanthine, ne donnent cette réaction.

Sous l’influence de la putréfaction pancréatique, la guanine, la xanthine, et, un peu moins facilement, l’hypoxanthine sont décomposées (Baginsky) (3); d’après Schindler (4), la guanine est d’abord transformée en xanthine et l’adénine en hypoxanthine.

Extraction et préparation des bases xanthiques.— Pourobtenir un rendement appréciable, on doit mettre en œuvre un volume considérable d'urine, par suite de la présence de ces bases en proportion très minime; on opère sur au moins 100 litres d’urines. L’opération se compose nécessairement de deux parties : précipitation ou extraction des bases, puis séparation de ces bases les unes des autres. On utilise, pour la précipitation, les diverses réactions mentionnées précédemment, c’est-à-dire l’action : 1° du nitrate d’argent en solution ammoniacale (procédé de Salomon (5), basé sur le principe trouvé par Salkowski)(6); 2° ou bien de l’acide phosphotungstique avec transformation ultérieure du précipité en combinaison argentique insoluble (procédé Hofnreister (7) ; 3° enfin, de l’acétate de cuivre à chaud (procédé de G. Pouchet) (8).

Puis on consacre les précipités argentique et cuivrique à la séparation des diverses bases qu’ils renferment. Nous renverrons, pour la description des méthodes employées, très longues et très minutieuses, aux travaux originaux de leurs auteurs et au résumé aussi complet que succinct qu’en a donné Huppert (9) dans sa dernière édition de l’œuvre primitive de Neubauer et Vogel.

Réactions caractéristiques et différentielles des bases xanthiques. —Les procédés d’extraction et de séparation indiqués présentent des points d’arrêt assez nets pour reconnaître, à chacun d’eux, la substance à laquelle on a affaire. •On peut cependant recourir encore aux caractères suivants, indiqués par Huppert (loc. cit.).

(1) Strecker, Ann. d. Ch. u. Pharm., t. CVIII, p. 137, 1858.

(2) Brücke, Monatshef.f. Chem ., t. VII, p. 617, 1886.

(3) Baginsky, Zeitsch. f. physiol. Ch ., t. VIII, p. 396.

(4) Schindler, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XIII, p. 439, 1889.

(а) Salomon, Ber. d. ch. Ges., t. XVI, p. 195, 1883, cl Zeitsch. f. klin. Med., t. VII, supp. p. 6a, 1884.

(б) Salkowski, Virchov's Archiv , t. L, p. 193.

(7) Ilofmeister, Zeitsch. f. phys. Ch., t. V, p. 67, 1881.

(8) G. Pouchet, Contribution à la connaissance des matières extractives de l'urine, Ihèse, Paris, 1880, p. 16.

(9) Huppert, Analyse des Harns, 1890, p. 213 à 218, Wicsbaden.

Toutes les bases xanthiques sont précipitées, comme l’acide urique, par l’azotate d’argent ammoniacal ; mais l’acide urique se distingue par son insolubilité dans l’acide chlorhydrique. La précipitation par ce réactif peut donc être utilisée avec la restriction relative à l’acide urique, pour reconnaître si on a affaire à une hase xanthique. La combinaison argenlique de l’épisarcine est la seule qui se dissolve dans l’ammoniaque.

La carnine seule est précipitée par l’acétate basique de plomb, les autres bases exigent, en outre, l’addition d’ammoniaque. L’hétéroxanthine est précipitée à froid par l’acétate de cuivre; la combinaison de paraxanthine-chlorure mercurique est soluble dans l’eau, surtout à chaud.

La paraxanthine est caractérisée au microscope par ses cristaux tabulaires hexagonaux; les cristaux aiguillés de l’adénine se ternissent à 53°.

La guanine est insoluble dans l’eau et dans l’ammoniaque faible. Les homo logues de la xanlhine se distinguent de toutes les autres bases par l’insolubilité" presque complète de leurs combinaisons sodique ou potassique dans les lessivée alcalines. Yes

Le chlorhydrate de paraxanthine est très soluble dans l’eau; ceux de guanine et d’hétéroxanthine cristallisent en longues aiguilles visibles à l’œil nu, celui de xanlhine en octaèdres quadratiques, celui de l’hypoxanthine en aiguilles et tables

celui de l’épisarcine en aiguilles, celui de radéir'"" - - : - -

brillants, avec face terminale unie, enfin celui de cari en rosaces. Les sels d’épisarcine, d’adénine et de c

i prismes courts, épais et.

aiguilles groupées

3 carnine sont les seuls qui peuvent cristalliser de leur solution aqueuse sans être décomposés en lei ~ éléments par le dissolvant. urs

( Les combinaisons argentiques delà guanine, de l’adénine, de la carnine de l’hypoxanthine et de l’épisarcine sont insolubles ou presque insolubles da & l’acide azotique dilué.

La guanine etla xanlhine donnent, avec l’acide picrique, un précipité iau cristallin. J ne

La xanthine, ses homologues, et la carnine donnent la réaction de Weidel (murexide) ; la xanthine et la guanine donnent la réaction de l’acide nitr ° chaud. 1<ïue

Sous l’influence de l’hydrogène naissant(zinc+ HCl), l’hypoxanthine et l’adén’

donnent un produit de réduction dont la solution, neutre ou alcaline se c 1 ^ à l’air, en rouge plus ou moins brunâtre. ° °re>

Présence des bases xanthiques dans l’urine en particulier

La xanthine a été découverte par Marcet (1819) dans une concrétion urinaire * Liebig et Wœhler l’ont rencontrée dans un autre calcul, et Bence-Jones dans > dépôt urinaire (1862). Strecker et Scherer ont démontré, dès 1858, qu’elle fait partie de l’urine normale dont elle est un élément constant. Neubauer en retiré 1 gramme de 500 litres d’urine. Elle a été trouvée dans l’urine du &

(Pécile, Salomon) et du chien (Salomon).

BASES XANTHIQUES

La xanthine ne se trouve qu’en très petite quantité dans l’urine de l’homme avec régime mixte, 0«r,02o à 0,032 pour les 24 heures, d'après Stadthagen (1). Elle augmente dans l’inanition, après usage de pommades ou de bains sulfureux (Durret Stromeyer), dans la fièvre et dans les affections du système nerveux (Pouchet) (2) ; dans une pachyméningite, Pouchet a trouvé 0sr,15 de xanthine et, dans un cas de tabes dorsalis, 0gr,08 dans l’urine des 24 heures. Elle augmente encore notablement dans la leucémie (0sr,003 à 0,159, moyenne 0,07 de 7 déterminations), en môme temps que l’hypoxanthine, l’adénine (Stadthagen). (3) et l’hétéroxanthine (Salomon) (4). Baginsky (3) en a trouvé de 0»r,0028 à 0,0038 pour 100 centimètres cubes d’urine dans trois cas de néphrite infantile. Rohmann, dans un cas d’atrophie aigüe du foie, a obtenu le chiffre de 0ïr, 00406, toujours pour 100 centimètres cubes.

L’urine d’un chien contenait O»1- 2 3 4 5 6 7 8 9 10, 014 de xanthine à côté de 57 grammes d'urée (Stadthagen); chez un autre animal, après un repas de 1 kilogramme de viande de cheval, l’urine ne contenait que des traces de xanthine, mais, par contre, l’hypoxanthine avait augmenté. Pécile a retiré, du litre d’urine d’un porc rhumatisant nourri avec du son, 0»r,0034 de xanthine.

L’hétéroxanthine a été découverte par Salomon (6) dans l’urine de l’homme, puis dans celle du chien ; elle est plus abondante dans la leucémie. L'auteur a dû opérer sur 1.000 litres d’urine pour obtenir 1 gramme de son produit; il put le caractériser dans 27 litres 1/2 d'urine de chien; et 6 lit. 3 d’urine de leucémique lui donnèrent 15 miligrammes d’hétéroxanthine.

La paraxanthine a été trouvée presqu’en même temps, dans l’urine humaine, par Thudichum et par Salomon. Le premier l’avait dénommée Urothéobromine. Elle n’existe qu’en quantité infinitésimale dans l’urine dont Salomon a dû mettre en œuvre 1.000 litres pour la caractériser; son urine leucémique ne lui en donna pas la moindre trace.

La guanine est un élément normal de l'urine humaine, ainsi que l’a reconnu Pouchet (7) ; elle augmente dans les maladies fébriles et les affections nerveuses. Pécile (8) l’a trouvée également dans l’urine du porc, et, en opérant sur 20 litres, il a obtenu 0*r,0068 de guanine par litre.

Baginsky (9) a extrait, de l’urine d’un enfant atteint de néphrite diphtéritique, une base xanthique qu’il n’a pu caractériser avec précision, mais qui se rapprochait beaucoup de la guanine.

C’est à Salomon(lO) que l’on doit la démonstration de la présence constante de I’hypoxanthine dans l’urine normale de l’homme, ainsi que dans celle du chien; elle était, d'ailleurs, vraisemblable depuis que Salkowski l’avait trouvée dans l’urine

(1) Stadthagen, Virchov's Archiv, t. CLX, p. 414, 416, 418,(1887.

(2) Pouchet, loc. cit. ( thèse inaugur.), p. 28 et 36.

(3) Stadthagen, loc. cit., t. CIX, p. 396-402, p. 406.

(4) Salomon, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XI, p. 415, 1887.

(5) Baginsky, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. VIH, p. 397.

(6) Salomon, Ber. d. chem. Ges., t. XVJII, p. 3407, 1885.

(7) Pouchet, loc. cit.

(8) Pécile, Ann. d. Chem., t. CLXXXI1I, p. 141, 1876.

(9) Baginsky, loc. cit.

(10) Salomon, Zeitsch. f. phys. Ch., t. XI, p. 410, 411, 1887.

leucémique où elle eét sensiblement accrue. Pouchet a confirmé le fait et a observé une augmentation dans les cas de fièvre et de maladies des nerfs. Thudichum l’a extraite d’urines de maladies du foie et des reins. Mosler a voulu faire de la présence de l’hypoxantbine, dans l'urine, un signe caractéristique de la leucémie liénale.

Pour caractériser l’hypoxanthine, Salomon a dû opérer sur 500 litres d’urine normale humaine; dans la leucémie, Stadlhagen (1) a trouvé 0«r,07 de xantliine et de 0 à 0,027 (en moyenne 0,009) d’hypoxanthine; enfin Baginsky (2) en a retiré 0er,0085 par litre, de l’urine d'un chien nourri avec de la viande.

Après son ingestion, l’hypoxanthine disparaît pour la plus grande partie dans l’économie, une minime partie seulement passant dans les urines. Mach (3) a observé sa transformation, dans l’organisme des oiseaux, en acide urique qui ne proviendrait donc pas exclusivement d'une synthèse à l’aide de l’ammoniaque.

L’épisarcine, découverte par Balke dans l’urine humaine, existe également dans l’urine du porc et du bœuf (Salomon), mais à l’état de trace infinitésimale.

L’adénine a pu être extraite et caractérisée par Stadlhagen (4) en opérant sur 10 litres d’urine leucémique, alors que le même volume d'urine normale ne donnait qu’un résultat négatif, ce que Kossel a confirmé.

Enfin la carnine fait également partie des urines normales, mais toujours à l’état de traces, et augmente dans les fièvres et les affections du système nerveux (Pouchet) (5).

Gautier (6) admet que les urines normales doivent aussi contenir la pseudo-xantliine C'*H5Az!iO, que l’on a pu souvent confond' e avec la xanthine.

Au point de vue de l’influence du régime alimentaire sur l’excrétion des bases xanthiques, Camerer (7) a constaté que l’azote urinaire de ces bases, ainsi que celui de l’acide urique, augmente sensiblement après l’ingestion des végétaux particulièrement de légumes verts et de fruits.

Origine, rôle physiologique des bases xanthiques

Depuis les remarquables travaux de Miescher et Kossel, sur les nucleines, et la démonstration de la présence constante, dans leurs produits de décomposition aussi bien que dans ceux des organes ou des éléments cellulaires qui les contiennent en abondance (foie, rate, pancréas, glandes diverses, globules de pus levure de bière, etc.), de la xanthine, de l’hypoxanthine, de la guanine et de l’adénine, il est incontestable que la vieille théorie qui faisait dériver les premiers de ces corps des matières albuminoïdes, comme, d’ailleurs, l’acide urique, auquel

(t) Stadthagen, Virchov's Arch., t. CIX, p. 406.

(2) Baginsky, Zeitsch. f. phys. Ch., t. VIII, p. 398.

(3) Mach, Arch. f. exper. Pathol., t. XX/II.

(4) Stadthagen, Virchov's Archiv, 109, p. 415.

(5) Pouchet, loc. cit. (thèse), p. 19 et 28.

(6) Gautier, Chimie biologique, 1890, p. 619.

(7) Camerer, Zeitsch. f. Biol., t. XXV11I, p. 72, 1891.

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ils sont si intimement liés par leur constitution moléculaire et leurs produits de décomposition, a fait son temps et ne doit plus être admise, d’autant plus que jamais on n’a pu préparer ces bases leucomaïques en partant d’une matière albuminoïde autre que la nucleine (von Noorden). On doit donc envisager aujourd’hui les bases xanthiques comme les produits de desassimilation parvenus à leur forme définitive, de la nucleine des noyaux cellulaires. Leur augmentation dans la leucémie, concomitante de celle de l’acide urique, ainsi que dans les affections des reins, du foie, des nerfs, et dans la fièvre, vient, d’ailleurs, à l’appui de cette opinion (1). De là, la dénomination de bases nucleiniques qui tend aujourd’hui à se substituer à la dénomination primitive de bases xanthiques.

ALLANTOINE

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