CHAPITRE IY
ACIDES AMIDÉS
Les acides amidés contenus dans t'urine sont au nombre de trois: la leucine, la tyrosine, et la cystine. L’étude des deux premiers composés est difficilement séparable.
LEUCINE
C6H,3Az02 = C'iH9.CH(AzH2).COOH.
On admet généralement que l’urine normale ne contient ni leucine, ni tyrosine (Thomas) ; seul, Pouchet (1) dit en avoir constaté la présence, mais en quantité extrêmement faible. L’excrétion des deux corps est manifeste, et, par suite, plus considérable, dans l’atrophie jaune aiguë du foie, l’empoisonnement par le phosphore, le typhus et la variole graves. D’une façon générale, l’augmentation de l’excrétion est notable dans les affections qui intéressent le foie et les canaux biliaires, ainsi que dans quelques maladies de l’intestin.
On a constaté la présence de la leucine dans l’urine albumineuse ; mais s'y trouvait-elle au moment de l’émission, ou provenait-elle déjà d’un dédoublement de l’albumine sous l’influence des microbes de la putréfaction?
Recherche dans l’urine. — La leucine n’existe presque jamais dans l’urine qu’en solution ; ce n’est qu’exceptionnellement qu’on la trouve cristallisée en petites aiguilles dans les sédiments. Onia recherche en partant de l’urine fraîche, en même temps que la tyrosine, par le procédé suivant :
(1) Pouchet, Contribution à l'étude des matières extractives de l'urine, thèse inaug. Paris, 1880, p. 10 et 38.
L’urine acidulée est épuisée parl’éther alcoolique qui enlève à la fois les acides oxygénés aromatiques et beaucoup d’urée (Schotten), débarrassée des véhicules volatils entrés en solution, et précipitée par le sous-acétate de plomb ; le filtralum, débarrassé de l’excès de plomb par l’acide sulfhydrique, est concentré par évaporation, et l’extrait épuisé par de petites quantités d’alcool à 93» pOUr enlever l’urée ; le résidu insoluble est dissous à chaud dans l’alcool dilué ammoniacal, et la solution filtrée, concentrée par évaporation, est abandonnée à la cristallisation. Le dépôt cristallin, examiné au microscope, montre des étoiles formées de fines aiguilles brillantes groupées en houppes et constituées par la tyrosine, mélangées à une proportion des plus variables de sphères striées concentriquement de leucine. On sépare les deux corps au moyen de l’alcool qui dissout plus facilement la leucine que la tyrosine, et on les purifie tous deux par cristallisation dans l’alcool ammoniacal.
Réactions caractéristiques de la leucine : - l<> forme cristalline en lamelles
larges et minces superposées, quelquefois en fines aiguilles groupées en masses radiées (leucine impure); - 2“ elle se volatilise sans fondre à 170» et se condense dans les parties froides du tube en une masse blanche, floconneuse en même temps qu’il se dégage une odeur caractéristique d’amylamine- — 3» humectée d’acide azotique et évaporée sur une lame de platine, la leucine laisse un résidu incolore presque invisible qui, additionné de quelques gouttes de soude caustique, puis chauffé à nouveau, se colore en jaune plus ou moins brun et se rassemble en une gouttelette huileuse qui roule sur le platine en présentant le phénomène de Boutigny; cette réaction caractéristique réussit bien, même avec la leucine impure (Scherer).
TYROSINE
G9H1,Az03 = C6H,OH.CH2.GH(AzH2).COOH.
La tyrosine accompagnerait la leucine dans l’urine normale, d'après G pou chet, mais ne s’y trouverait qu’en très minime proportion. Sa présence a été nettement constatée dans l’atrophie jaune aiguë du foie, dans l’intoxication phosphorée aiguë, dans le typhus grave et la variole. Elle augmente notablement dans les maladies du foie, des voies biliaires, et dans certaines affections intestinales (Pouchet). fllendermann a pu retirer 1^,7 de tyrosine de 1.120 centimètres cubes d’urine, dans un cas d’atrophie aiguë du foie.
Extraction de l’urine. — La tyrosine doit à sa solubilité très faible (i.900 4 2.000 p. d’eau, à 20») de se trouver dans l’urine pour la plus grande partie à l’état sédimentaire ; il y a donc lieu de la caractériser sous ses deux états pos sibles, cristallisée ou en dissolution.
Si l’on constate la présence, dans le sédiment urinaire, de houppes soyeuses
TYROSINE
et incolores résultant de l’agglomération des fines aiguilles de la tyrosine, caractère à lui seul insuffisant, on recueille ce dépôt, le lave à l’eau froide et le traite par l’ammoniaque un peu carbonatée ; la solution ammoniacale, filtrée, laisse cristalliser la tyrosine par évaporation.
La partie tenue en dissolution par le liquide urinaire en est extraite, par le procédé précédemment décrit à propos de la leucine.
Réactions caractéristiques de la tyrosine. — Outre sa forme cristalline, la tyrosine possède, comme caractères analytiques spéciaux, les réactions de Hoffmann et de Piria.
1" La solution aqueuse chaude de tyrosine, additionnée d’azotate mercurique neutre et d’un peu de nitrite de potassium, se colore en rouge foncé et donne un abondant précipité rouge (Hoffmann) ;
2° Chauffée avec quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, la tyrosine donne une solution un peu rosée d 'acide tyrosin-sulfurique qu’on sature par le carbonate de baryte ; le liquide neutre filtré est incolore et contient le sel barytique de l’acide sulfoconjugué de la tyrosine, lequel donne, à froid, au contact d’un sel de fer, une coloration violette que l’on pourrait confondre avec celle du salicylate ferrique (Piria).
Présence de la leucine et de la tyrosine dans l’organisme
A l’état normal, ces deux corps font partie des produits de désassimilation des organes glandulaires.
La leucine a été trouvée dans la rate, le foie, les glandes lymphatiques, le pancréas (Radziejewsky), le thymus (Gorup Besanez), les glandes à mucus (Stcedeler) , les glandes salivaires, les reins, les capsules surrénales, le corps thyroïde, le cerveau, le produit sébacé qui s’accumule sous les ongles des pieds. Absente du sang normal et du suc musculaire normal, elle apparaît à l’état pathologique dans le sang des leucémiques, le sang, la salive et l’urine des aflections du foie (cirrhose, atrophie aiguë), du typhus et de la variole, dans les déjections alvines des typhiques, dans le pus (Bcedelcer), dans les muscles des chiens urémiques (Oppler), dans les squames de l'ichtyose; on l’a rencontrée aussi dans le règne végétal, dans le suc frais des germes de vesces (Cossa et Gorup Besanez).
La tyrosinè se trouve dans la rate, le foie, le pancréas ; c'est un produit constant de la digestion pancréatique des matières protéiques, qui en' donne de grandes pi'oportions dans les premières heures, tandis quelle disparaît après 24 heures. A l’état pathologique, on trouve la tyrosine, toujours accompagnée de leucine (l’inverse n’est pas vrai), dans le sang, la bile et 1 urine des affections du foie (cirrhose, atrophie aiguë), du typhus, dans les produits d’expectoration du croup (Friedreich), dans ceux de desquamation de la pellagre (Schmetzer), dans les divers tissus et organes des leucémiques.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQL’E. - GARNIER
Origine, mode de formation, rôle physiologique
La leucine et la tyrosine dérivent toutes deux des matières albuminoïdes dont elles sont des produits de décomposition, aussi bien dans l’organisme animal ou végétal que dans les réactions du laboratoire (ébullition prolongée avec l’acide sulfurique ou fusion potassique) ou que dans les décompositions putrides (vieux fromage pourri, aposépédine du gras de cadavre).
La leucine ne doit plus être envisagée, ainsi que le prétendaient Virchov et Lehmann, comme résultant de la décomposition des matières albuminoïdes sous l’influence des réactifs chimiques mis en œuvre par les procédés de l’analvse immédiate, mais comme un produit de l’activité cellulaire. Comment expliquer en effet, qu’on ne la rencontre pas dans le sang et le suc musculaire normaux’ tandis que la glande salivaire du même individu peut donner jusqu’à 7 37 de leucine p. 100 de matière première desséchée (Sclierer) ? Pourquoi ’anm raîtrait-elle dans l’urine pathologique dans les circonstances précédemment indiquées? • *
La formation de la leucine dans l’intimité des organes glandulaires (pancréas absolument frais) résulte de l’activité cellulaire si intense dans les diverses glandes, mais par un processus encore indéterminé dans son essence analoeue cependant aux fermentations qui lui donnent naissance dans la diges’tion pan créatique et dans la fermentation putride des matières albuminoïdes. *
La leucme Paraîl devoir être considérée comme un terme intermédiaire entre les substances protéiques et l’urée, dont le siège de production principal est le foie (Schrœder). En effet, l’intensité de la formation de la leucine dans le foie est démontrée par son apparition en proportion notable dans l’urine des affections qui atteignent la cellule hépatique et lui enlèvent son activité physiologique à l’égard de cette leucine ; d’autre part, dans ces maladies graves du foie * même temps que la leucine passe dans les urines consécutivement à la profond” perturbation apportée à la fonction spéciale de la glande hépatique on observ” une diminution notable de l’urée pouvant aller jusqu’à sa disparition com plète ; enfin les expériences de Schultzen et de Nencki (1) viennent parler faveur de cette théorie, en montrant que, à la suite de l’ingestion du clvcor iT et de la leucine, il se produit une augmentation à peu près correspondante d!
1 excrétion de l’urée, les corps ingérés ne se retrouvant pas dans les ex a ments. De tout cela il résulte que l’on doit considérer la leucine, produitd dédoublement des albuminoïdes, comme un terme intermédiaire vers l’uré , siège principal de sa tranformation ultime étant le foie. On doit observer ce6’ ^ dant que l’on n’a pu encore obtenir de l’urée, au laboratoire, en partant leucine. Qe Ia
La tyrosine est également un produit certain de la décomposition d matières protéiques, lequel prend naissance peut-être dans des conditions partT
(l) Schultzen et Nencki, Zeitsch. f. Biol., t. VIII, p. 124, 1872.
TYROSINE
culières encore mal définies, et paraît arrivé à un degré relatif de stabilité dans l’organisme ; car, à la différence du glycocolle et de la leucine, elle passe en nature dans les urines après son ingestion et ne paraît en rien contribuer à la formation de l’urée dont elle ne fait pas monter l’excrétion (Küssner) (1). Brieger (2) a vu, cependant, l’ingestion de tyrosine suivie d’une augmentation notable du phénol et des sulfoconjugués dans l’urine, d’où il conclut qu’elle est brûlée en grande partie dans l’organisme. En opérant sur lui-même, Baas (3) a constaté que l’ingestion de 3 à 13 grammes de tyrosine n’avait pas d'influence sur l’excrétion de l’acide hippurique, du soufre et des oxyacides, et il n’observa pas toujours dans l’intestin la fermentation putride qui a comme conséquence une augmentation des phénols, du crésol et des oxyacides dans les urines.
Ajoutons encore que l’injection de la leucine, de la tyrosine (de la xanthine et de l’hypoxanthine, ainsi que de la créatine et de la créatinine) chez les cobayes, détermine la mort en quelques jours; à l’autopsie, on trouve la substance des reins, surtout l’épithélium des tubes contournés, atteinte des lésions de la néphrite parenchymateuse, preuve de son irritation par ces produits de décomposition des matières albuminoïdes, quand ils se trouvent en quantité exagérée dans le sang (Gaucher) (4).
Apparition dans les urines, signification pathologique
On peut admettre que, à l’état normal, l’urine est exempte de leucine et de tyrosine en quantité appréciable ; on a d’abord rattaché leur apparition à des phénomènes de putréfaction du liquide urinaire, jusqu’à ce que Frericlis (1854) soit venu observer, dans un cas d’atrophie jaune aiguë du foie, une forte proportion de leucine coïncidant avec une disparition complète de l’urée, observation confirmée ultérieurement par O. Wyss (1864) qui, dans un nouveau cas, trouva beaucoup de tyrosine et pas d’urée. Ces deux corps augmentent dans les affections du foie, notamment la cirrhose et l’atrophie aiguë, dans l’intoxication par le phosphore, dans diverses maladies infectieuses, particulièrement la variole et le typhus, et surtout dans la période adynamique des fièvres typhoïdes graves.
Dans les cas d'affection hépatique, l’augmentation de la leucine et de la tyrosine est accompagnée d’ordinaire d’une diminution et même d’une disparition complète del’uréedont nous avons donné la raison physiologique. Cependant on a vu l’urée persister en quantité normale, et Frœnkel (o) a pu doser 22^,30 d’urée dans l'urine du dernier jour avant la mort d’un individu intoxiqué par le phosphore et atteint d’une atrophie aiguë du foie ; dans ces conditions, il semblerait que la leucine, au lieu de donner de l’urée, servirait à une synthèse des matières albuminoïdes, hypothèse bien hasardée et qui vient compliquer singulièrement les conséquences possibles de l’affection hépatique (Thomas).
(1) Küssner, Zur Lehre von denVorstufen des Harnstoffs, Dissert, hcenif/sberg, 1874.
(2) Brieger, Zeitsch. f. plv/siol. Ch., t II. p. 236, 1878-79.
(3) Baas, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XI, p. 485, 1888.
(4) Gaucher, Revue de médecine, Nov. 1888.
(5) Frœnkel, Berl. klin. Wochenscli., 1878, p. 263.
On a voulu voir, dans la présence de ces deux corps dans l’urine, un signe caractéristique de l'atrophie aiguë du foie et de l’intoxication phosphorée ; mais l’une ou l’autre peut faire défaut ; ainsi, tandis que lliess (i) constatait l'absence de la tyrosine dans 29 cas d’empoisonnement par le phosphore sur 36 Ivsai (2) trouva beaucoup de tyrosine et pas de leucine dans un autre cas d’em- . poisonnement aigu avec urine ictérique et albumineuse.
D’après Ossikowsky (3), l’apparition de la leucine et de la tyrosine dans les urines de l’atrophie aiguë du foie n’est pas due à l’atrophie même de la glande • car elles se montrent dans le stade préliminaire d’hypertrophie; c’est d’ordinaire au 6° jour que leur proportion atteint son maximum, etl’excrétion persiste trois jours ; puis, au 9e jour, la leucine disparaît, et il ne reste plus que la tyrosine presque insoluble qui disparaît h son tour au 14e ou au 15° jour.
Voici le résumé des recherches faites sur les deux corps, dans les urines de diverses autres affections, avec les résultats correspondants obtenus : — leucine et tyrosine dans une dégénérescence adénoïde du foie (Griesinger) ; — leucine chez, un épileptique atteint d’une fracture du crâne avec commotion cérébrale (Valentineij ; — leucine très abondante, et cristallisée en partie, dans un cas de leucémie intense avec augmentation considérable du volume des glandes lym phatiques desquelles elle provient ; car l’auteur n’a pas trouvé de leucine ni de
tyrosine dans des cas graves de leucémie purement splénique (Prus) (4) •
leucine et tyrosine dans le typhus gravé et la variole (Frerichs et Stœdeler Lehmann, Griesinger, Touchet, Wassiljew), ce que contestent, d’ailleurs, Hoppè et Folwarczny ; - leucine et margarine dans un cas de rage humaine {Robin) (S). — Enlin Anderson (6) a trouvé la leucine et la tyrosine dans l’urine des maladies les plus différentes, telles que cirrhose, ictère, rhumatisme aigu avec pneumonie, affections cardiaques, plitysie, hémiplégie, etc. ; aussi incline-t-il à les considérer comme apparaissant d’une façon presque constante, mais en très faible quantité, dans les états pathologiques divers, d’où une nouvelle raison contre la valeur de leur signification diagnostique dans les affections du foie.
CYSTINE
( \2 /H2Az\ /CH3 y
(csH6AzS0a) =(sXcJ
La formule de constitution de la cystine, acide a-amidolliiolactique, proposée
(1) Riess, Realencyclop., t. II, Aufl.
(2) lrsad, Maly's Jahresb. t. XIV, p. 4SI, 1884.
(3) Ossikowski, Wien. med. Wochensch., 1881, p. 33, 34.
(4) Prus, Maly's Jahresber., t. XVII, p. 435, 1887.
(5) Robin. Gaz. des hôpit., 1878, n" 76.
(6) Anderson, Br il. med. Journ., 4 sept. 1880.
CYSTINE
d abord par Thaulow (1), n’a été établie définitivement qu’en 1884, par E. Külz (2). Ce composé n’existe qu’àl’étatde traces dans l’urine normale (Osr,l au litre), et s en sépare avec la plus grande facilité, quand sa proportion augmente, sous la forme de cristaux tabulaires incolores; on la retrouve dans certains calculs et sédiments urinaires, dans lesquels Wollaston l’a d’ailleurs découverte, en 1810, et son élimination en proportion anormale constitue la cystinuric. L’urine de 1 homme et du chien peut encore renfermer un corps très voisin de la cystine et dont 1 existence a été signalée par Goldmann et Baumann (3).
Propriétés de la cystine. — Elle cristallise en lamelles ou fables hexagonales incolores et inodores dont deux côtés parallèles sont quelquefois plus longs ou plus courts que les quatre autres, insolubles dans l’eau, l’alcool et l’éther, l’acide acétique et l’acide tartrique, solubles dans les acides minéraux et l'acide oxalique, ainsi que dans les alcalis, l’ammoniaque et les carbonates alcalins, mais non dans le bicarbonate ammonique. Elle forme, avec les acides, des sels cristallisables en aiguilles.
Les solutions de cystine devient fortement la lumière polarisée à gauche, un peu moins pour la solution ammoniacale que pour la solution chlorhydrique
— — 1420 Pour la solution ammoniacale à 1 p. 100 (Külz), a(D) I = — 205°’9 Pour la sol. chlorhydriq. forte à 2,1 p. 100 (Mauthner), i = ~ 2140 P°ur la sol. clilorliydr. faible à 2,1 p. 100 (Baumann).
Sous l’influence de la chaleur sèche, elle ne fond pas, mais brûle avec une flamme vert bleuâtre et dégagement d’une odeur fétide, un peu cyanée.
Chauffée avec de l’eau sous pression, elle se décomposé, à 140°, en hydrogène sulfuré, acide carbonique, ammoniaque, un acide sulfuré et un corps à odeur de mercaptan.
Les alcalis, à chaud, la décomposent encore en sulfure alcalin, ammoniaque et en un gaz combustible avec flamme bleue et dégagement d’acide sulfureux.
Le mélange de zinc et d’acide chlorhydrique en dégage, à froid, de l'acide sulfhydrique en faible quantité, et transforme la cystine en cystéi.ne qui n’en diffère que par fixation de H1 2 3 4 et dédoublement consécutif de la molécule primitive (Baumann) (4) :
rzxCH3 y+H2=2rvcHS y
\— S/ \COOH/ \ HS / \cOOH/
Cystine. Cystéine.
La cystéine est un mercaptan à fonction fortement basique qui se trouve dans le liquide précédent sous la forme de chlorhydrate ; pour l'isoler, on neutralise
(1) Thaulow, Ann. d. Ch. u. Phann., t. XXVII, p. 197.
(2) E. Külz, Zeitsch. f. Biol., t. XX, p. 1, 1884.
(3) Goldmann et Baumann, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XII, p. 254, 1888.
(4) Baumann, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. VIII, p. 299, 1884.
par l’ammoniaque la solution alcoolique de ce chlorhydrate ; elle se précipite en cristaux granuleux très fins.
Chauffée avec de l’acide azotique, la cystine se dissout en se décomposant et laisse, par évaporation, un résidu rouge brun qui ne donne pas la réaction de la murexide avec l’ammoniaque.
Le mélange d’une solution sodique de cystine et de chlorure de benzoyle détermine la formation de benzoylcystink C°H40Az1 2S2CH(C5HsO)2, combinaison analogue à l’acide hippurique ou benzoylglycocolle, dont le sel sodique se sépare sous l’aspect d’un volumineux précipité formé de lamelles nacrées ; en effet il est très soluble dans l’eau, mais insoluble dans les lessives alcalines (Goldma'nn et Baumann) (1).
De même, la cystine s’unit à l’acide isocyanique COAzH pour former un acide AzH2.CO.AzIK ,CH3
uramique S-^ \COOH ^ ^'6aU ^®coml)ose facilement et trans¬
forme dans l’hydantoïne correspondante (Brenzinger) (2).
H2Az\ /CH3
Cystéine. — La cystéine C3H7AzS02 = )C( doit, au radical HS
IIS/ \COOH
qu’elle renferme, les propriétés d’un mercaptan ; c’est, en outre, une base forte cristallisable en grains fins, soluble dans l’eau, l’ammoniaque, l’acide acétique et les acides minéraux, insoluble dans l’alcool. Elle n’est stable qu’à l’état sec on en solution acide; au contact de l’air, elle s’oxyde et repasse à l’état de cystine, lentement en solution aqueuse, rapidement en solution alcaline ; il en est de même en solution acide, après l’addition d’un agent d’oxydation faible.
La solution chlorhydrique de cystéine, traitée par le chlorure mercurique donne un précipité difficilement cristallisable et répondant à la composition C6HuAz20-iS2.Hg3Cl,i, dont on peut mettre à profit la formation pour doser la cystine dans les calculs urinaires, les matières étrangères, telles que phosphates terreux, restant en solution dans le liquide acide. Pour éviter l’excès nuisible du sublimé, on l’ajoute peu à peu jusqu’à trouble persistant, et, pour arriver à précipitation complète, on ajoute encore la moitié du volume du liquide mercuriel déjà introduit; le précipité est rapidement exprimé et desséché à l’air sec (Brenzinger).
L’iodure d’éthyle forme, avec la cystéine, l’éthylcystéine CH3.C^ -COOH
que la soude ou la liqueur de Fehling décomposent à chaud, comme la phénylcystéine de formule analogue, en mercaptan C2H3.SH, ammoniaque et acide pyro tartrique qui, lui-même, est décomposé complètement et disparaît (Brenzinger)
Les solutions de cystéine donnent, avec le perchlorure de fer, une coloration bleu indigo persistante, qui est entravée dans sa production par un excès d’acide
(1) Goldmann et Baumann, Zeilsch. f. physiol. Ch., t. XII, p. 254, 1888
(2) Brenzinger, Zeilsch. f. physiol. Ch., t. XVI, p. 552, 1892.
CYSTINE
chlorhydrique, mais non par les oxydants. La solution de chlorhydrate de cystéine, additionnée de quelques gouttes d’une solution étendue de chlorure ferrique, puis d’ammoniaque, se colore en rouge violet qui devient foncé par l’agitation à l’air (Andreaseh).
Acide chlorophénylmercapturique. — Après ingestion de benzol chloré ou bromé C6H’C1 et C6H">Br, dontune portion seulement, à la différence de la benzine, est oxydée, et transformée en phénol chloré ou bromé (Steinauer) éliminé à l’état d’acide chlorophénolsulfurique, on trouve dans l’urine du chien et du cobaye en expérience de 1’ acide chloro (ou bromo) phénylmercapturique C’H,2CIAzS03 (Baumann) (1), qui dérive directement de la cystéine par substitution du radical (C8H'.C1)' à l’H mercaptique, et du résidu (CH3.CO)' à un H de Azll2 :
CH3.CO.HAz\ .CH3 G«H’C1S / \C00I1
Cet acide se trouve dans l’urine sous forme d’une combinaison glycuronique conjuguée (voir p. 868), laquelle dévie la lumière polarisée à gauche, jouit d’une action réductrice et ne précipite pas l’acétate de plomb ; les acides et les alcalis étendus, ainsi que l’action prolongée de la chaleur, la décomposent avec mise en liberté d’acide glycuronique qui se détruit, et d’acide chlorophénylmercapturique. Ce dernier est dédoublé par les acides minéraux, à chaud, en acide acétique et bromophénylcystéine :
CH3.CO.HAzs y CH3 H*Az\ /CH3
>C( + H20 = CH3.COOH +
C°H*C1.S / \COOH C«H<C1.S/ \cOOH
laquelle se décompose, à son tour, sous l’influence des lessives alcalines chaudes, en ammoniaque, acide pyrotartrique et parabromophénylmercaptan :
H2Azs .CH3
C*H.C1.S/C\C00H + H'° = A*H‘ + CH,C0C00H + Cl.MRSB.
Bromophénylcystéine. Ac. pyrotartrique. Bromophénylmcrcaptan.
t ^ benzine chlorée (ou bromée) se combine donc, dans l’économie, avec l’acide acétique, l’acide glycuronique et l’acide amidé que constitue la cystine, cette synthèse se faisant avec élimination d’eau.
Extraction de l’urine. — Par suite de sa très faible solubilité, la cystine se trouve le plus souvent, dans l’urine, à l’état sédimentaire ; il est donc encore
(1) Baumann, Ber. d. çhem. Gesellsch., t. XV, p. 1731, 1882 et t. XVIII, p. 25S, 1885. — Pour leur extraction de l’urine, consulter le même auteur, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. VIH, p. 194.
EKCVCI.OP. CHIM. 53
nécessaire, comme pour la tyrosine, de pouvoir la caractériser sous ses deux états, à l’état solide et en solution.
La présence de la cystine dans les sédiments urinaires est probable quand on y remarque, au microscope, des cristaux tabulaires incolores à six pans; pour éviter toute confusion avec l’acide urique qui peut présenter la même forme cristalline, mais n’est cependant incolore qu’à l’état de pureté, on fait digérer le sédiment dans l’ammoniaque diluée, filtre et acidulé le liquide par l’acide acétique ; la cystine se sépare bientôt, cristallisée en tables hexagonales.
Pour extraire la cystine dissoute, on élimine d’abord la mucine par addition à l’urine d’un léger excès d’acétate de plomb ; le filtratum est ensuite acidulé fortement par l’acide acétique (Lœbiscli) qui détermine la précipitation de la plus grande partie, sinon de la totalité, de la cystine ; on la sépare encore de l’acide urique qui lui est mélangé au moyen de l’ammoniaque. Suivant Sheridan Delépine (1), il serait préférable d’abandonner l’urine à la fermentation acide spontanée, à 40», qui déterminerait une précipitation plus rapide de la cystine que' l’addition de l’acide acétique; c’est en se basant sur cette observation que l’au teur croit que la cystine se trouve contenue dans l’urine sous la forme d'une combinaison décomposable par un ferment qui peut être retenu par le filtre sans doute une torula.
On peut encore déceler la présence de la cystine dans burine en passant na son dérivé benzoylé et sodique, suivant le procédé imaginé par Goldmann et Baumann (2) qui permet de caractériser 0^,01 du corps dans 100 centimètre' cubes d'urine. En tout cas, les résultats obtenus n’ont pas une valeur mnmt; tative absolue. 1Ul'
L’existence d’un fort pouvoir rotatoire gauche, diminuant un peu par l’alcalini sation du liquide dans une urine dépourvue d’action réductrice bien nette est *" indice de la présence de la cystine et s'observe dans la cyslinurie (Stadthagen) (3”
Réactions caractéristiques. — 1» Examen microscopique des cristaux- — 2° leur solubilité dans l’ammoniaque; — 3° formation de sulfure de plomb noir par l’ébullition avec une solution potassique d’oxyde de plomb (commune ave'c les albuminoïdes); — 4» ne donne pas la réaction de lamurexide (distinction de l’acide urique).
Présence de la cystine dans l’organisme
Baumann (4) a démontré la présence, dans l’urine normale, d'une quantité très minime de cystine (0&r,01 au litre), ou du moins d’un corps qui s’en rapproche étrangement. L’apparition constante de la combinaison glycuro nique conjuguée de l’acide bromophénylmercapturique dans les urines, après
(t) Scheridan Delépine, Proc. roy. Soc., t. XLVII, p. 198, 1890.
(2) Voir Anal, des Harns de Neubauer et Vogel, 1890, 1" partie, p. 170.
(3) Stadthagen, Virchovs Archiv, t. C, p. 418, 1885.
(4) Baumann et Goldmann, Zeitsch. f.physiol. Ch., t. XII, p. 257 1888
CYSTINE
l’ingeslion du bromobenzol, exige, d’ailleurs, que ce dernier puisse toujours rencontrer, dans l’organisme, la cystine qui est indispensable à la production synthétique du conjugué glycuronique. Dans certains cas pathologiques, la proportion atteint et dépasse même 0sr,5 dans les 24 heures (0»r,42 à 0sr,59 dans un cas cité par Neumann) ; dès lors, la cystine peu soluble se sépare à l’état sédimentaire et peut donner naissance à des calculs vésicaux. Baumann et Udransky (1) ont suivi pourtant toute une année un malade atteint de cystinurie et en même temps de diaminurie (voir p. 843), après que Goldmann et Baumann (2) avaient trouvé une petite quantité de substance analogue à la cystine dans l'urine absolument normale et exempte de diamine de l'homme et du chien, une plus forte proportion dans l’urine du chien intoxiqué par le phosphore.
La cystine a été trouvée dans les reins du bœuf et dans le foie d’un alcoolique mort du typhus ; elle existerait aussi dans la sueur, d’après Dewar et Gamgee (3).
En somme, la cystine doit être considérée comme un élément normal de l’urine qui n’en contient d’ordinaire que des traces ; dès que son excrétion augmente, manifestée surtout par la formation de sédiments de cystine, elle est l’indice d’un état pathologique spécial, la cystinurie.
Origine, rôle physiologique
On en est réduit à des hypothèses sur l’origine et le rôle physiologique de la cystine. La présence, dans sa molécule, de l’azote et d’une forte proportion de soufre (23,3 p. 100, d’après Muller) doit la faire envisager comme un produit de désassimilation des matières albuminoïdes; à ce point de vue, elle se rapproche de la taurine, et cette considération, jointe à la présence de la cystine constatée parScherer dans le foie d’un buveur, semble faire croire que le foie joue un rôle dans sa production. Cependant, E. et R. Ivülz (4) ont constaté son apparition en très petite quantité dans les produits de la digestion pancréatique des matières albuminoïdes. En tout cas, sa présence dans divers organes (Beneke) ne permet guère de l’envisager comme formée dans les reins ou dans la vessie, bien que Marowsky (3) ait cru pouvoir expliquer la présence de la cystine en quantité anormale, dans l’urine d’un malade atteint d’acholie chronique presque complète, par l’activité substitutive et compensatrice des reins qui auraient transformé la taurine de la bile en cystine; cette théorie est peu vraisemblable (Xiemann). D’ailleurs, Stadthagen n’a pu découvrir, par ses expériences et ses recherches cliniques, à quel corps riche en soufre et à élimination physiologique viendrait se substituer la cystine dans les cas de cystinurie, et il en conclut que, à l’état normal, cette cystine est presque complètement comburée dans l’organisme, de telle
(1) Baumann et Udransky, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XIII, p. 583, 587, 592, 594, 1889.
(2) Goldmann et Baumann, loc. cit., p. 254.
(3) Dewar et Gamgee, Journ. of Anat. a. Physiol., t. V, p. 142.
(4) S. Külz, Jahresb. f. Tierch., t. XX, p. 265, 1890.
(5) Marowsky, D. Arch. f. Klin. Méd., t. IV, p. 449.
sorte que son soufre passe dans les urines sous forme d’acide sulfurique et qu’elle-même n’y apparaît qu’à l’état de traces. Cette opinion est d'accord avec les expériences de Goldmann (1), qui a montré qu’après son ingestion par le chien, la plus grande partie de la cystine (environ 2/3) disparaît, tranformée en acide sulfurique qui passe dans l’urine.
Apparition dans les urines; cystinurie
La cystinurie est caractérisée, d’après ce qui précède, par l’apparition, dans l’urine, d’une quantité anormale de cystine, que celle-ci soit produite en surabondance dans l’organisme, ou qu’elle n’y soit pas oxydée comme à 1 état normal.
Essentiellement chronique et tenace, elle peut se prolonger pendant dix ans et plus, avec des intermittences telles que l’on peut ne plus constater la présence de la cystine dans le liquide urinaire, au milieu duquel se trouvent cependant des calculs de cystine. Au point de vue du pronostic, on peut dire qu’elle n’affecte que peu ou point la santé générale, et n’a qu’une importance réduite à son action locale sur la vessie, par suite de la formation des calculs auxquels elle donne lieu.
L’urine à cystine peut présenter les caractères physiques (couleur, odeur réaction, densité) de l’urine normale. Mais souvent la coloration est plus faible' jaune verdâtre, et coïncide avec un teint singulièrement pâle, presque bronzé clair, des malades atteints de calculs de cystine; au moment de l’émission*3 elle a souvent une odeur particulière qui fait place, dans la putréfaction du liquide, à une odeur manifeste d’hydrogène sulfuré. La densité est, d’ordinaire au-dessus de la normale. Limpide, elle est généralement acide; mais, par suite du catarrhe vésical provoqué par les calculs, elle est le plus souvent trouble laisse déposer un sédiment muqueux ou purulent, et la réaction est, en ce cas' alcaline. Elle peut même contenir les éléments du sang, par suite d’une hémor' rhagie locale de la muqueuse profondément lésée par un calcul. Le altéré peut laisser passer l’albumine, et l’urine contenir presque toujours les éléments organisés caractéristiques de la néphrite. On a dit précédemment que la présence de la cystine déterminait la rotation gauche du liquide qui, cepem dant, ne réduit pas sensiblement la liqueur cupro-potassique (Stadthagen) ? °
L’excrétion de l’urée ne paraît pas modifiée. Il n’en est pas de même de Y acid urique, qui peut disparaître complètement (Stromeyer, Prout, Venables Willis Bealde). On a cru voir là une preuve de relations directes entre la cystine et l’acide urique, avec intervention forcée des combinaisons soufrées de l’urine rela tions corroborées par l’observation deNiemann (2) qui a constaté, dans un cas d~ cystinurie, la diminution simultanée de l’acide urique et de l’acide sulfuri * urinaire, mais contredites par celles de Bartels, Lœbisch, Ebstein, Stadthagen^)
(î) Consulter Goldmann, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. IX, p. 260.
(2) Niemann, D. Arch. f. klin. Med., 1876, et Dissert. Gœttingen, 1876.
(3) Stadthagen, Virchovs Archio, t. C, p. 416.
CYSTIKL'RIE
et Léo (1) qui n’ont pas trouvé de diminution de l'acide urique, de Piecliini et Gonti qui en ont même constaté une augmentation sous forme de sables urinaires, et par l’observation que les mutations de matières manifestées dans l'organisme par l’excrétion de l’urée et de l’acide urique se produisent, chez le eystinurique, de la même façon que chez l’homme sain, sous l’influence soit du travail exagéré, soit de l’alimentation azotée (Léo).
Dans la cystinurie, le soufre incomplètement oxydé augmente considérablement et a pu atteindre, dans le cas de Mesfer, jusqu’à 45 p. 100 du soufre total, alors que le chiffre est seulement de 15 p. 100 environ dans l’urine normale; l’augmentation est due, au moins pour la plus grande partie, à la cystine qui renferme 25,3 p. 100 de soufre dans sa molécule. Quant à l’acide sulfurique des combinaisons phénoliques et sulfoconjuguées, il est diminué, bien que son rapport à l’acide des sulfates minéraux reste normal et sensiblement égal à 1 p. 100, ce qui indique une diminution générale de l'acide sulfurique sous toutes ses formes, ainsi que l’ont observé Xiemann, Ebstein et Stadlhagen, et comme l’ont expérimentalement démontré Baumann et Preusse (2), ainsi que Goldmann (3).
La quantité de cystine contenue dans les urines est assez variable: sans parler des premières recherches dont les résultats méritent peu de confiance, nous citerons le cas observé par Toel avec une sécrétion journalière de lgr,30 à lBr,30, celui de Niemann, d’environ un gramme, chez un jeune homme de 18 ans, ceux de Lœbisch et de Mester, avec les chiffres bien moindres de 0Br,50 et de 0®r, 1 , enfin celui de Picchini et Conti (4), relatif à une jeune femme de 29 ans qui, pendant huit mois consécutifs, élimina de 0sr,19 à 0«r,2b de cystine par 24 heures. Dans cette observation, l'excrétion était notablement plus forte pendant le jour (0gr,07 à 0^,24) que pendant la nuit (0*r,02 à0sr,04) ; elle augmentait avec la diète lactée ; la diète carnée, l’eau de Vichy, le carbonate de litliine se montrèrent sans influence.
La cystinurie augmente après l’ingestion des légumineuses, des choux, du poisson, des huîtres, et diminue sous l’influence des acides et des sels organiques (Pletzer). Ebstein a observé une augmentation après un repas de lentilles, et Lœbisch sous l’influence d’un régime végétal, tandis que Bartels et Mester contestent l’action de l’alimentation sur la sécrétion de la cystine. Mester prétend que le régime agit de la même façon sur le eystinurique et sur l’homme sain, c’est-à-dire qne la diète carnée produit une augmentation absolue de la quantité de soufre excrété sous ses deux formes, soufre incomplètement oxydé et acide sulfurique, tandis que la nourriture végétale provoque une diminution du soufre urinaire, par suite de l’utilisation incomplète des aliments dans le tube digestif.
On a observé que les malades sont jeunes ou d'dge viril, et que, au-delà de 50 ou 60 ans, la cystinurie devient rare; cependant, Thompson cite un cas de calcul de cystine chez un vieillard de 81 ans. Les hommes y sont plus sujets que les femmes; mais, peut-être, chez celles-ci, les signes pathognomoniques de 1 affec-
(1) Léo, Berl. kl. Wochensch., t. XXX, p. 682, 1889.
(2) Baumann et Preusse, Zeilsch. f. physiol. Ch., t. V.
(3) Goldmann, Zeitsch. f. phi/siol. Ch., t. IX.
(4) Picchini et Conti, Jahr. f. Tierch., t. XXII, p. 332, 1892.
tion, c’est-à-dire les calculs échappent-ils à l’observation à cause de leur élimination plus facile par suite de la structure anatomique spéciale de l’urèthre féminin- D’ailleurs, on a dit que l’affection pouvait être discontinue dans sa chronicité. Il est curieux de noter que la cystinurie et les calculs de cystine frappent en même temps, le plus souvent, divers membres d’une même famille, frères et sœurs de préférence; rien ne démontre encore la transmissibilité héréditaire.
L’attention des cliniciens a été appelée sur les rapports de la cystinurie avec les affections rhumatismales ; citons, à ce propos, Ebstein qui vit survenir une cystinurie aiguë dans un cas de rhumatisme articulaire compliqué d’albuminurie deux semaines après la disparition de tous les accidents ; on a observé également la cystinurie, mais tout à fait accidentelle, dans les affections scrofuleuses anémiques, chlorotiques et névralgiques.
Les cas de cystinurie plus récemment étudiés par Udransky et Baumann, par Stadthagen et Brieger, ont mis en évidence l’association constante et continue de la cystine et des bases toxiques diaminées, cadavérine et putrescine, dans, l’urine des malades en observation (voir p. 843). Ces bases prenant naissance dans les processus de la putréfaction bactérienne (Brieger), il semble logique d’admettre que la cystinurie concomitante n’est également que la conséquence d’une infection spécifique de l’intestin; et en effet, E. et R. Külz(l) ont constaté la présence de la cystine dans la digestion pancréatique des matières albuminoïdes bien que la diminution des combinaisons phénoliques et indoxylées dans l’urine à cystine semble indiquer une atténuation de l’action des organismes qui provoquent la putréfaction intestinale. Stadthagen et Brieger (2) ont émis l’hypothèse que les bases diaminées forment dans l’économie, au contact d’un acide indéterminé (qui n’est peut-être que la cystine elle-même), une combinaison qui, arrivée au rein et mise au contact du liquide urinaire acide, serait décomposée en donnant naissance à la cystine insoluble. Quoi qu’il en soit, la cystinurie est constamment associée avec le passage, dans les urines, de diamines produites dans l’organisme malade sous une influence pathologique encore inconnue • la même cause paraît provoquer la formation simultanée de la cystine et des diamines spécifiques, d’où cette conclusion que la diaminurie est un symptôme constant de la cystinurie (Thomas) (3).
Udransky et Baumann (4) ont voulu voir si la cystinurie était la conséquence de la présence, d'ans l’organisme, des diamines concomitantes de la cystine dans l’urine ; ils ont fait ingérer à des animaux diverses bases, éthylènediamine tétraméthylènediamine, pentaméthilènediamine que le chien supporte sans accidents et n’ont jamais obtenu de cystinurie. D’autre part, en entravant la formation de là putrescine et de la cadavérine par les bactéries putrides de l’intestin, au moyen de l’antisepsie intestinale, ils n’ont pu constater de diminution de la cystine, pas plus que des diamines. Les diamines urinaires n’ont donc aucune influence sur l’excrétion de la cystine, et entre l’élimination des deux espèces chimiques.
(1) E. Külz, Jahresb.f. Thierch., t. XX, p. 265, 1890.
(2) Stadthagen et Brieger, Berl. klin. Wochensch., 1889, p. 16.
(3) Thomas, Anal. d. Harns, de Neubauer et Vogel, 1890, 2’ partie, p. 87.
(4) Udransky et Baumann, Zeitsch. f.physiol. Ch., t. XV, p. 77-92, 1890.
CYSTINURIE
il n’y a aucun rapport de cause à effet, mais simple coïncidence, ce qui n’enlève, d'ailleurs, aucune valeur à la conclusion précédente de Thomas.
Picchini et Gonti voient, dans la cystinurie, une anomalie de la nutrition, une perturbation dans les actes d’assimilation des tissus et surtout de désassimilation des tissus, qu’ils mettent en parallèle avec l’oxalurie.