‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 544 sur 722 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Le nom d eptomaïnes a été donné, par Selmi, aux substances alcaloïdiques qui se produisent pendant la putréfaction des matières animales, sous l'influence de l’activité cellulaire normale des microorganismes ; ces composés sont relativement peu toxiques, bien moins actifs en tout cas que ne le sont les toxines de Brieger extraites des cultures des microbes pathogènes, et les leucomaïnes de Gautier, produits de rétrogradation de l’albumine dans les tissus de l’animal vivant; cellesquise trouvent dans les urines pathologiques constituent les Pathoamines de Selmi, et ont encore reçu le nom d 'urotoxines.

Pendant bien longtemps, on a considéré l’urine comme inoffensive, et ce n'est que de 1881 que datent les premières recherches sur son action toxique.

Les travaux sont aujourd’hui très nombreux des physiologistes qui ont démontré la toxicité de l’urine injectée dans les canaux sanguins. La toxicité de l’urine humaine est très variable, et se manifeste de façon très différente sur les diverses espèces animales ; ainsi, tandis qu’il suffit, pour tuer un cobaye, de lui injecter en une fois une moyenne de 45 centimètres cubes d’urine normale par kilogramme de poids du corps (Bouchard) (1), il faut, pour le chien, 60 centimètres cubesd’après Lépine et Aubert (2), 66 centimètres cubes d’après Feltz et Ritler (3).

Coefficient urotoxique, urotoxie. — La puissance toxique plus ou moins grande d’une urine, coefficient urotoxique de Bouchard, est représentée par le poids, en kilogramme, de cobaye ou mieux de lapin qui est tué par l’injection (4) de la quantité prélevée sur l’émission moyenne des 24 heures de l’individu eu observation, et correspondant elle-même à 1 kilogramme du poids de son corpsce coefficient est, en moyenne, de 0,46b pour l’homme sain adulte, et oscille dè 0,1 à 2 à l’état pathologique.

(1) Bouchard, C. R. Acad. d. Sc., t. Cil, p. 669, 1886.

(2) Lépine et Aubert, C.B. Acad. d. Sc., t. CI, p. 90, 1885.

(3) Feltz et Ritter, C. R. Acad. d. Sc., t. Cil, p. 880.

(4) Le procédé opératoire consiste à injecter dans la veine marginale de l’oreill H l’animal l’urine fraîche, neutralisée et filtrée, puis, portée à 38*, au moven d* * seringue graduée et munie d’un robinet â 3 voies communiquant, d une part l’aiguille par un tube souple assez long, de l’autre, avec le réservoir qui contient l’urine ; on doit avoir soin de n’injecter que 1 centimètre cube par 5 ou 10 secondes

L’unité toxique, urotoxic, est la quantité de liquide capable de tuer 1 kilogramme d’animal, de telle sorte que le coefficient urotoxique d’un individu est encore représenté par le nombre d’urotoxies fabriquées en 24 heures par 1 kilogramme de cet individu.

Variations physiologiques

Il résulte des multiples recherches de Bouchard (1) que la toxicité de l’urine normale est indépendante de sa densité et que, malgré son poids spécifique plus élevé, l’urine de la nuit est moins dangereuse que celle de la journée. En divisant la journée en trois périodes égales de 8 heures, la 2e finissant à midi, la toxicité correspondante à l’urine émise dans chaque période est traduite par les chiffres 3 (nuit) : 7 (matin) : 5 (après-midi), et le rapport n’est pas sensiblement influencé (3: 7,3: 5,3) par l’ingestion, dans chaque période, d'une quantité égale des mêmes aliments; c’est au moment du coucher que la toxicité est moindre, et, de là, elle augmente constamment jusqu’à la fin de là 2e période. L’urine émise après un travail musculaire violent (2) ou la respiration dans l’air comprimé, est plus toxique. L’auteur a montré que, tandis que l'urine de la nuit est convulsivante, celle du jour est narcotique, et que, en outre, les plomaïnes qu’elles contiennent sont antagonistes en ce sens que, par le mélange des deux urines, on obtient un liquide dont la toxicité est d’un tiers environ moindre que celle de chaque partie distincte; il a calculé que l’homme adulte et en bon état de santé rejette en 52 heures, par ses urines, une quantité de poison suffisante pour s’intoxiquer lui même. Enfin, il a reconnu l’existence de cinq alcaloïdes excrétés normalement et nettement différenciés par leur action physiologique, stupéfiante, convulsivante, paralysante, mydriatique, enfin sialagogue. 11 y a parallélisme entre la toxicité du contenu de l’intestin et celle des urines ; aussi, est-il admis aujourd’hui que l’antisepsie intestinale, réalisée par les antiseptiques insolubles, naphtol, calomel, etc., par la diète lactée et les grands lavements, par les purgatifs au premier ran g desquels se place le calomel grâce à ses propriétés microbicides, fait disparaître plus ou moins complètement la toxicité des urines.

L’alcool sépare les alcaloïdes urinaires en deux groupes, le premier, soluble dans le véhicule, provoquant la somnolence, le coma, la salivation; le second, insoluble dans l’alcool et déterminant les convulsions tétaniques, l’abaissement de température et le myosis. Suivant Mme Eliaclieff,les matières insolubles dans l’alcool se séparent en substances dialysables et non dialysables, ces dernières étant les plus toxiques et produisant le tétanos.

Charrin et Roger (3) ont observé une augmentation du coefficient urotoxique, aussi bien dans la diète lactée que dans le jeûne. Il diminue notablement (de moitié environ) dans les derniers mois de la grossesse (Surmont) (4).

(1) Bouchard, C. R. Acad. d. Sc., t. Cil, p. 727 et U27. 1886.

(2) Résultat confirmé par Aducco, qui a extrait de l'urine une quantité d’alcaloide plus considérable après le travail du muscle. Archiv. de Biol, ilal., t. IX, p. 203, 1887.

(3) Charrin et Roger, C. R. Soc. de Biol., 1887, p 145.

(4) Surmont, C. R. Soc. de Biol., 1892, p. 23.

Variations pathologiques

L urine des malades est, en général, plus toxique que celle de l’homme sain de une fois et demie à deux fois plus, par exemple dans le typhus, la variole la pneumonie, la tuberculose, le rhumatisme articulaire aigu (Feltz et Elirmann) m Son activité est encore indépendante de la densité, une urine de D — 1007 pou vaut être plus toxique qu’une autre de D = 1024. De même, la densité n’influence pas la toxicité, plus forte qu’à l’état normal, de l’urine ictérique des affections du foie, de l’urine albumineuse des néphrites graves, de l’urine de la cachexie cancéreuse et de l’anémie pernicieuse. Enfin l’urine diabétique, malgré son poids spécifique élevé, n’est pas plus toxique que l'urine normale. ’

On aprétendu d’abord que l’action toxique des urines pathologiques se manifeste, non pas par d’autres symptômes que ceux que provoque l’urine normale mais seulement par une intensité plus grande de ces symptômes (Feltz') ; cepen!

t, 1 ui me fébrile, plus active que le liquide normal, provoque des convulsions cloniques (Lépine et Aubert) (2), et, de recherches récentes, il semble résulter que les poisons excrétés dans les diverses affections aiguës sont différents mai! constants pour chaque maladie (v. Jaksch. Griffiths).

Il y a lieu, dans l’étude des variations pathologiques de la toxicité urinaire de considérer si le rein est ou non perméable.

1° Si le rein est intact, l’augmentation du coefficient urotoxique est due à 1W port, jusqu’au filtre rénal, de substances toxiques fabriquées dans l’organisme mais dont l’origine est diverse ; elles peuvent représenter les toxines sécrétée! par les microbes pathogènes spécifiques des diverses maladies infectieuses (choléra, diphtérie, fièvre typhoïde, fièvres éruptives diverses, etc.), et augmentent dès lors, d’ordinaire, pendant la crise, surtout dans les affections à défervescence terminale (pneumonie brusque) ; ou bien elles proviennent du tube digestif où elles ont pris naissance dans les fermentations accessoires des digestions gastrique et intestinale, et leur proportion est manifestement influencée par la pra" tique de l’antisepsie intestinale. Deux cas sont, dès lors, à envisager, tou! deu! relatifs à l’action destructive spéciale de la cellule hépatique à l’égard des voi sons ou, en général, des matières nuisibles qui lui sont amenées par le systèm' porte. Les toxines sont produites en quantité exagérée dans l’estomac et l’intestin et ne sont détruites qu’en partie dans le foie dont l’activité normale est insuffisant! pour en assurer la combustion complète, et l’excès arrive jusque dans la circu lation générale; il en est de même quand un obstacle, s’opposantau cours normal des résidus de la digestion, en détermine lastagnation dans l’intestin (constipatio

étranglement interne, etc.). Dans le second cas, des lésions du tissu hépatiqu ’ provoquent une perturbation dans l’activité fonctionnelle de ces cellules q *• deviennent, dès lors, incapables d’arrêter les toxines que leur amène la veh^ porte; telle est la conséquence de la cirrhose atrophique ou hypertrophique 'de

(1) Feltz et Ehrmann, C. R. Acad. d. Sc., t. Cil, p. 880, 1886, et t. CIV n 1817 „00,

(2) Lepine et Aubert, loc. cit . ’ 1 2 ■» *087.

la tuberculose du foie, du cancer, de l’ictère chronique. Le trouble fonctionnel du tissu du foie se manifeste, en outre, par l’inaptitude à fixer le sucre alimentaire qui passe immédiatement dans les urines ; Roger a montré que la glucosurie alimentaire était alors, en général, proportionnelle àl hypertoxie urinaire.

2° Quand la fonction excrétante du rein est troublée (néphrite aiguë ou chronique, maladies infectieuses graves, etc.), les toxines sont éliminées incomplètement, quelle qu’en soit l’origine, qu’elles soient normalement fabriquées dans l’organisme, que leur proportion augmente pathologiquement, ouqu à ces toxines normales viennent s’ajouter les poisons sécrétés par les microbes spécifiques. Dès lors, la toxicité urinaire diminue, mais des symptômes graves, tels que le accidents de l’urémie et certains phénomènes des maladies infectieuses, suiviennent, qui sont la manifestation de l’auto-intoxication de 1 organisme.

Dans les maladies du foie, Surmont (1) a constaté une augmentation de la toxicité de l’urine dans la cirrhose atrophique alcoolique, la tuberculose et le carcinome du foie, certains ictères chroniques ; elle reste normale ou subnormale dans la cirrhose hypertrophique alcoolique, l’ictère infectieux, etc.

Dans tous les troubles nerveux , excepté l’imbécillité sénile, la toxicité de 1 urine est augmentée et proportionnellement à l’intensité du trouble, particulièrement dans la lypémanie et la manie agitante. Dans les névroses pures, il y a simple augmentation de la toxicité normale, tandis que, dans la manie agitante, la stupeur lypémaniaque, la lypémanie causées par des altérations profondes de la nutrition cellulaire, l’injection d’urine provoque, chez les animaux, une symptomatologie nerveuse semblable à celle de la maladie occasionnelle (Mairet et Bosc) (2).

Obreja (3) a étudié les variations de la toxicité urinaire dans les psychoses; il a trouvé que les accès, chez les épileptiques, les périodes d'agitation, chez les mélancoliques et les périodiques, sont précédés d'une diminution constante de la toxicité urinaire qui augmente notablement immédiatement après 1 accès, d où un diagnostic chimique différentiel de l’épilepsie simulée.

Causes de la toxicité urinaire

Les sels minéraux de l’urine concourent certainement, pour une part, à lui donner ses propriétés toxiques. Parmi eux, l’action des sels potassiques est connue depuis longtemps (Feltz et Ritter, Astachewsky), bien qu’on ne puisse les leur attribuer en entier ; car la toxicité du liquide est plus considérable, plus du double chez l’homme, que celle de la solution des cendres de l’urine ; et 1 urine privée de sels potassiques conserve encore une activité très nette (Schiffer, Charrin et Roger) (4). D’après Lépine, 83 p. 100 de l’activité du liquide urinaire devrait être

(d) Surinont, C. R. Soc. de Biol., 1892, p. 23.

(2) Mairet et Bosc, Arch. de physiol., t. XXIV, p. 12, 1893.

(3) Obreja, Pr. med. Bonn ., 7 juillet 1895.

(4) Charrin et Roger, C. R. Soc. de Biol., 1886, p. 607.

attribué aux sels minéraux et 1S p. 100 seulement mis au compte des combinaisons organiques.

L urine ne donnant à l’analyse que des traces insignifiantes des produits de régression physiologique jouissant de propriétés manifestement toxiques, tels que peptotoxine, guanidine, méthylguanidine, choline, neurine, etc., il en résulte que 1 on doit rattacher son activité, d'une part aux sels potassiques, de l’autre à des corps bien peu actifs pur eux-mêmes, tels que ammoniaque, urée, créatinine, bases xanthiques, etc. (I), mais aussi à des matières alcaloïdiques au sujet de l’existence desquelles les discussions se poursuivent encore. Cependant, la présence des leucomaïnes dans les urines normales résulte des recherches de Pouchet, A. Gautier, Bouchard, Lépine et Guérin, Villiers, etc. A l’état pathologique, ces alcaloïdes augmentent notablement dans l’excrétion urinaire surtout pendant les maladies infectieuses (Bouchard, Griffiths). Ils paraissent provenir de 1 intimité des organes où ils prendraient naissance ; car on a pu extraire du foie de la rate fraîche, des eaux de l’amnios, des substances alcaloïdiques souvent cristallisables. Nous allons, d’ailleurs, passer’ succinctement en revue les recherches faites à ce sujet.

Dès 1880, G. Pouchet (2), dans ses travaux sur les matières extractives de 1 urine, arrivait à extraire de l'urine normale un alcaloïde crislallisable dont A. Gautier (3) reconnut la toxicité.

Plus tard, Bouchard (1882) (4) trouvait dans l’urine normale deux substances alcaloïdiques, l’une soluble dans l’éther, l’autre insoluble dans l’éther mais soluble dans le chloroforme.

Lépine et Guérin (3) obtinrent des alcaloïdes dont ils constatèrent la plus grande toxicité pour celle qui provenait d’urines pathologiques que pour l’extrait de l’urine normale ; le principe actif extrait de l’urine typhique leur donna des réactions physiologiques tout autres que celui de l’urine de pneumonie.

En examinant ses propres urines, Villiers (6) n’y trouva un alcaloïde que deux fois sur huit; celles de personnes paraissant bien portantes ne lui en donnèrent que deux fois sur neuf; en revanche, il en constata constamment la présence dans les urines de pneumonie, phtisie, de rougeole, d’abcès de la tête, etc.

Selmi (S) a extrait également, des urines pathologiques (pneumonie interstitielle, ileotyplius, tétanos rhumatismal), un certain nombre de corps basiques

(1) Par suite de la solubilité de ces composés organiques et de leur facile élimïn ti°n à l’état normal, ce n’est guère qu’à l’état pathologique, quand le rein ne fonctionné plus ou fonctionne mal, qu’ils interviennent pour une part dans les accidents de ra„i intoxication urémique. L’urine contient encore, à l’état normal, des traces de hét»ï (Liebreich) et de Iriméthylamine (Stadthagen). La quantité d’ammoniaque excrétéTi l’otat salin, par l’homme sain, serait de 0»",39 à <p-,87, d’après Coranda ; il en ré,, D que, dans 60 grammes d'urine, dose toxique moyenne par kilogramme d’animal on trouverait que Os-, 02 à 0«%04 d’ammoniaque, quantité dont l’action propre e ne

t însignie, Paris, 1880, p. 19.

flan te.

(2) G. Pouchet, Contribut. à la conn. des mat. extract, de l'ur

(3) A. Gautier, J. de l'anat. et de la physiol., 1881, p. 330.

(4) Bouchard, Revue de Médec., t. Il, p. 82K, 1882.

(5) Lépine et Guérin, Revue de Médec., t. IV, p. 767, 1884, et Lyon média IRRi „

(6) Selmi, Ann. di chim. e di farmacol ., t. VIII, p. 3, 1888. ’ 884, P’ 42‘

qu’il a étudiés avec soin. Mais c’est àPouchet (4) que l’on doit les premières tentatives de détermination de la composition centésimale des alcaloïdes urinaires ; et, en 1883, il parvenait, par l'analyse des chloroplatinates cristallisables, à établir les formules de deux bases extraites des urines normales, C1 2 3H5AzOJ et C7H,2Az!02 ou CTHMAz‘,Oa; ces bases, très toxiques pour les grenouilles, produisent la paralysie, la suppression des reflexes, et l’arrêt du cœur en systole.

Plus récemment, Udranszky et Baumann (2) ont extrait, de l’uriné d’un malade al teint de cystinurie avec catarrhe vésical, deux bases bien déterminées : la pentaméthylénediamine C8IU‘Az2 = H2Az.(CH2)5.AzH2 identique à la cadavérine, et la tétramèthylènediamine C’'H12Az2 = H2Az.(CH2)'.AzH2 identique àla putrescine, tandis que, dans deux autres cas de la même affection, Stadthagen et Brieger .(3) ne trouvaient que de la cadavérine.

Ces deux diamines sont des liquides à odeur spermatique, fumant à l’air, volatils au-dessus de ISO0, solubles dans l’eau, optiquement inactifs et à fonction bibasique; leur extraction de l’urine s’effectue à l’état de combinaisons dibenzoylées bien cristallisées (CH2p.(AzII — CO.C6H3)2 et (CH2)'(AzH — CO.CGH3)2.

La proportion de ces bases trouvées par Udranszky et Baumann dans les urines des vingt-quatre heures, ne dépassait pas 0sr,2 à O"'1', 4 dont 1/3 à 1/4 de putrescine ; elles passaient en même temps dans les fèces qui en contenaient jusqu’à 0gr,5 dont 10 à 18 p. 100 seulement de cadavérine, pour une journée ; il y avait donc rapport inverse des proportions des deux diamines, dans les urines et les excréments.

Les auteurs cités n’ont pu déceler les diamines dans les urines et les fèces de l’homme sain, non plus que dans le catarrhe vésical simple; la goutte (S. et B.), les suppurations étendues, diverses maladies infectieuses, enfin dans l’urine et le sang du chien (U. et B.).

La nature chimique des bases découvertes et déterminées par Udranszky et Baumann vient à l’appui de l’opinion de v. Jaksch (4) qui, partant de ce fait que les bases retirées des urines sont dépourvues de noyau pyridique, les considère toutes comme des diamines.

En 1889 et 1890, Mmo Eliaclieff (3) a retiré des urines normales, par la dialyse, un alcaloïde amorphe et toxique répondant à la formule brute C,3H24Az202 ; l’urine des tuberculeux lui a donné un nouveau produit C,-'H2r,Az303 également toxique, dont 0&l',l tue un lapin de 2kv>00 en 48 minutes, avec les symptômes suivants: myosis et troubles de sensibilité au début, puis abolition de motililé, mydriase et mort avec le cœur en diastole ; à l’autopsie, congestion pulmonaire, ecchymoses.

Roos (6) a constaté la présence de la putrescine et de la cadavérine dans l'urine d’un dysentérique, et celle d’une diamine encore indéterminée, contenant 1 1 ,04 p. 100 d’azote et volatile à 1 76-177°, dans quatre cas de choléra asiatique.

(1) Poucliet, C. R. Ac. d. Sc., t. XCVII, p. 1560, 1883.

(2) Udranszky et Baumann, Ber. d. ch. Ges., t. XXI, p. 2744, 2938, 1888, et Zeilsch. f. physiol. Ch., t. XIII, p. 562, 1889.

(3) Stadthagen et Brieger, Virchov's Archiv, t. CXV, p. 490, 1889.

(4) V. Jaksch, Klin. Diagn., 2* édit., p. 338.

(5) M- Eliachetf, Soc. de Biologie , 16 mai 1891.

(6) Roos, Berl. klin. W’ochensch., 1893, n° 15.

Enfin, depuis 1891, Griffiths s’est consacré entièrementàl’extraction etàl’analyse des leucomaïnes des maladies infectieuses ; son procédé (1) est celui de Bouchard légèrement modifié pour éviter l’action de la chaleur. L’urine, alcalinisée par le’ carbonate de soude, est agitée avec la moitié de son volume d’éther; ce dernier séparé et filtré, est agité à son tour avec une solution aqueuse d’acide tartriquè qui s’empare des bases enlevées par l’éther à l’urine et les concentre sous un petit volume; la solution tartriquè, débarrassée de l’éther par évaporation à l’air est alcalinisée à nouveaupar le carbonate de soude et épuisée par un demi volume d’éther. Cette dernière solution élhérée, filtrée et abandonnée à l’évaporation spontanée à l’air, laisse comme résidu les ptomaïnes en général bien cristallisées L’auteur met en œuvre des volumes considérables d’urines pathologiques, dé telle sorte qu’il obtient une quantité de produit suffisante pour en faire l’analyse élémentaire et l’étude chimique.

C’est ainsi qu’il a déterminé les alcaloïdes suivants :

1» Ptomaïne de la scarlatine (2), C1 2 3H'2AzCH ; - 2» de la diphtérie, C<tH'7Az20« extraite aussi des cultures pures du bacille de la diphtérie; — 3“ des oreillons’ C6H l3Az302, très vénéneuse, produisant sur le chat une excitation nerveuse, la suppression de la salive, le coma et la mort; — 4° de la rougeole (3), C3H»Az30 très vénéneuse, provoquant chez le chat une fièvre de 40°, etlamort en 36heure’s- — b° de la coqueluche, C3H,9Az02, également retirée des cultures du bacille des crachats de la coqueluche ; — 6» de la morve (4), C^H^Az^O11, très vénéneuse ; d~ la pneumonie, C2«H29Az203 ; — 8“ de l’épilepsie (5), C'2H'«Az307, vénéneuse’ produisant des tremblements, des évacuations intestinales et urinaires, la dilatation delà pupille, des convulsions et la mort; — 9» des cultures dumicrococcus tetragenus des crachats desphlisiques (6) , C3Hf'Az02, très vénéneuse; — 10° de l’érysipèle (7) CHH13Az03, très toxique, provoquant une forte fièvre et la mort en 18 heures- — 11° de la fièvre puerpérale C22H,9AzOa, également très toxique; 12° de l'ec¬

zéma (8), C7H<sAzO ; — 13» de la grippe (9), C9H9AzO«; — 14» du cancer (io) C8H5Az03 ; — 15» de l’angine de poitrine (11), C(»H9AzO<, ces dernières encore très vénéneuses.

Mairet et Bosc (4) ont repris la question de la toxicité de l’urine normale à un autre point de vue ; en comparant les résultats de l’injection d’une même urine entière ou décolorée par le noir animal avec ceux de l’injection d’eau distillée, ils ont reconnu à l’urine décolorée une action myotique et diurétique un peu moindre qu’à l’urine entière, et à celle-ci une activité toxique spéciale

(1) Griffiths, C. fl. Acad. d. Sc., t. CX1II, p. 656, 1891.

(2) Griffiths, C. R. Acacl. des Sc., t. CX1II, p. 656, 1891.

(3) Griffiths, C. R. Acad, des Sc. t. CXIV, p. 496, 1892.

(4) Griffiths, C. R. Acad, des Sc., t. CXIV, p. 1382, 1892.

(5) Griffiths, C. R. Acad, des Sc., t. CXY, p. 185, 1892.

(6) Griffiths, C. R. Acad, des Sc., t. CXV, p. 418, 1892.

(7) Griffiths, C. fl. Acad, des Sc.. t. CXV, p. 667, 1892.

(8) Griffiths, C. fl. Acad, des Sc., t. CXVI, 23 mai 1893.

(9) Griffiths et Ladell, C. fl. Acad, des Sc., t. CXVII, 27 nov. 1893.

(10) Griffiths, loc. cit., t. CXVIII, p. 1350, 1894.

(11) Griffiths et Massey, t. CIX, p. , 1885.

(12) Mairet et Bosc, C. fl. Soc. de Biol., t. XL1II, p. 29 et 94, 1891.

qu'ils attribuent aux pigments normaux. Ils ont préparé ce pigment à l’état de pureté parfaite, et trouvé que l'ingestion du produit fourni par 150 centimètres cubes d’urine normale suffit pour tuer un cobaye avec les mêmes symptômes que provoque l’urine entière, mais avec abaissement plus notable de la température. La matière colorante de l’urine normale possède donc une action manifestement toxique.

Suivant Marino Zucco et Dutto (1), la maladie d’Addison serait constituée par une auto-intoxication provoquée par la neurine dont on constate la présence dans les urines et qui proviendrait des capsules surrénales dont elle constitue le principe toxique (Marino Zucco).

Auto-intoxication, ammoniémie, urémie

De tout ce qui précède, il résulte que l’urine doit ses propriétés toxiques à deux groupes distincts de principes : les uns, comme l’acide urique, les corps xanthiques, la créatinine, les guanidines, contenus en minime proportion dans l’urine et presque dépourvus d’action toxique, ne deviennent dangereux et nuisibles que lorsque, sous une influence pathologique, leur proportion augmente, mieux encore quand leur excrétion est ralentie ou supprimée (2) ; les autres, à activité toute spéciale, constituent les leucomaïnes urinaires qui apparaissent surtout dans des conditions pathologiques déterminées, bien que, jusqu’à présent, prises isolément, elles n’aient encore aucune valeurdiagnostique.il semble que les phénomènes de putréfaction qui se passent dans l’intestin contribuent, pour une part considérable, à la production des alcaloïdes que l’on retrouve dans l’urine; car l’antisepsie intestinale obtenue par l’application simultanée du régime lacté, des purgatifs, du lavage de l’estomac et des antiseptiques, a pour conséquence immédiate une diminution notable de la toxicité urinaire, ainsi que l'ont constaté Bouchard et ses élèves, et des sulfoconjugués, et produit un excellent effet chez les urémiques.

Von Jaksch (3) admet que certaines affections aiguës s'accompagnent de l’excrétion de matières toxiques dont l’action est une et constante pour chaque maladie; c’est, d’ailleurs, ce qui semble résulter des recherches de Griffiths. Dans ces conditions, il est nécessaire de distinguer Y intoxication par rétention de produits physiologiques, de la noso-intoxication causée par les bases formées sous l’influence de l'état pathologique ; ces poisons basiques peuvent avoir leur siège de production localisé en certaines places de l’organisme et, par leur

(t) Marino Zucco et Dutto, Molescholt's Unt. s. Naturlehre , t. XIV, p. 617, 1892.

(2) A ce sujet, nous devons rappeler le rôle oxydant de la spermine physiologique ou introduite artificiellement dans le sang, à l’égard des leucomaïnes urinaires et des toxines, lesquelles, dans des conditions de milieu convenables (alcalinité), disparaissent en presque totalité, remplacées par le terme ultime de l’oxydation physiologique des matériaux azotés de l’organisme, c'est-à-dire par l’urée, en même temps que les signes extérieurs de leur accumulation ou de leur surproduction s'amendent et disparaissent (Poehl, voir Urée, p. 748).

(3) Von Jaksch, Klin. Diagn., 2" édit., p. 338.

action, provoquent l’ auto-intoxication (collections purulentes, matières cancéreuses, exanthèmes divers); ou bien, au contraire, ils prennent naissance un peu partout, sous l’influence de l’excitation morbide qui perturbe insidieusement l’organisme entier. Enfin, les intoxications exogènes sont provoquées d’après l'auteur, par des bases toxiques d’origine extérieure, telles que les poisons des saucisses, du fromage, des glaces, etc.

Les accidents de l'urémie (excitation cérébrale et paralysie) ont été attribués par Feltz et Rilter, puis par. Astaschewsky, à la rétention des sels potassiques dans l’économie. V. Jaksch (1) les considère comme la manifestation de la présence d’une toxine contenue normalement dans l’urine, mais accumulée eu quantité considérable dans le sang, par suite du non-fonctionnement du filtre rénal. De même, l 'ammoniémie serait causée primitivement, non pas par la résorption du carbonate ammonique peu toxique produit dans la vessie aux dépens de l’urée pendant la fermentation de l’urine concomitante de la cystite, mais par des matières alcaloïdiques facilement résorbées à travers la paroi de la vessie privée de son épithélium, d’où la fièvre, les sueurs froides, etc.

On comprend dès lors que la recherche de la toxicité urinaire puisse être utilisée dans certains cas douteux d’urémie, d’affections du foie, pour confirmer le diagnostic', et que, dans les affections aiguës, surtout à la période de déclin elle contribue à établir un pronostic.

(1) V. Jaksch, Deutsch. med. Wochensch., 1888, p. 41.

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