‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 555 sur 722 · PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE C6H1 2 3 4.OH · texte numérisé non relu

PHÉNOL, ACIDE PHÉNIQUE C6H1 2 3 4.OH

Extrait tout d’abord de l’urine de vache par Stœdeler (6), le phénol existe constamment dans l’urine des herbivores, non pas libre (Hoppe-Seyler) mais surtout sous la forme d’ACiDE phénylsulfurique C6H5 6.0.S02.0H, improprement

(1) Baumann, Pflüger's Archiv, t. XIII, p. 229, 1876.

(2) Schmiedeberg, Arch. f. exper. Pathol., t. XIV, p. 30G, 1881.

(3) Reale, Münch. med. Wochensch., 1890, n" 4, p. 70.

(4) Lesink, Arch. f. exper. Pathol., t. XXIV, p. 167, 1887.

(5) Baumann, Pflilger's Archiv, t. XIII, p. 285, 1876.

(6) Stœdeler, Ann.d. Ch. u. Pharm., t. LXXVII, p. 17, 1885.

appelé encore acide phénolsulfurique. Le phénol a été trouvé aussi dans l’urine de l’homme, du cheval, du chien, du lapin, mais non dans celle des poulets et des grenouilles (Cliristiani).

L’urine normale de l’homme soumis à un régime mixte n’en contient que des traces, 0?r,003 à O»' , 028 (moyenne O^, 01 5) pour les 24 heures (Brieger) (1); la proportion, plus faible encore avec un régime exclusivement animalisé, 0B,',0005 par litre (Munk), augmente avec le régime végétal ; aussi en trouve-t-on beaucoup plus dans l’urine des herbivores (0«r,913 par litre d’urine de cheval) (Munk) (2). L’excrétion est également accrue après l’absorption du phénol en nature, de la benzine qui est oxydée et transformée d’abord en phénol, de l’acide paraoxybenzoïque qui se décompose, dans l'économie aussi bien que par la putréfaction en phénol et acide carbonique.

Après l’ingestion du phénol, il n’en est excrété par les urines que 2 ou 3 p too chez l’homme (Munk), de 42 à 70 p. 100 chez le chien (Auerbach), et41 à 34 p. 100 chez le cheval (Munk).

A l’état pathologique, le phénol augmente jusqu’à 0*-, 44 au litre, à la suite de la stagnation du contenu intestinal surtout dans les dernières parties du petit et du gros intestin, dans la péritonite, l’étranglement interne, le choléra (Hoppe- Seyler), dans les suppurations principalement avec pus fétide, la pioémie (Salkowski, Brieger), et dans l’intoxication phospliorée (Blendermann) (3) ou par l’acide sulfurique (Litlen) (4). L’ingestion de tyrosine agit dans le même sens (Brieger, Blendermann).

La proportion de- phénol contenue dans les urines diminue, au contraire, dons l’anémie pernicieuse ou post partem, le scorbut, la chlorose, la scrofulôse la cirrhose da foie et l’ascite, l’ulcère de l’estomac, etc. (Brieger).

On a observé que les urines riches en indican l’étaient en même temps en phénol ; mais l’inverse n’est pas exact, et une urine riche en phénol peut être pauvre en indican.

Baumann (S) a réussi à extraire l’acide phénylsulfurique de l’urine du cheval et de l’urine humaine; mais, dans la pratique, on se contente de le caractériser par les réactions du phénol qu’on extrait au moyen de la distillation de l’urine acidulée par un acide minéral (Voir Chimie analytique des tissus et organes).

Coloration des urines phénoliques. — Les urines très riches en phénol (absorption par voie interne ou par la peau, pansements chirurgicaux) possèdent une coloration particulière qu’elles acquièrent surtout au contact de l’air (Maly) • après leur émission, elles se foncent et passent par le vert olive, pour devenir brun foncé et même noires. La coloration se propage, d’ailleurs, dans le liquide du haut en bas, et se produit aussi après l’ingestion de l’hydroquinone, de la résorcine, de la pyrocatéchine, de l'aniline, de l’acide salicylique et du salol du paramidophénol, du pyrogallol, de la kairine, de l’acétylphénylhydrazine, etc I a

(1) Brieger, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. Il, P- 243, 1878-79.

(2) Munk, Pfliiger's Archiv, t. XII, p. 14.3, 1876.

(3) Blendermann, Zeitsch. f. phys. Ch., t. VI, p. 240, 1882.

(4) Litten, Berl. klin. Wochensch., t. XLIV, p. 643, 1881 .

(5) Baumann, L'eber Sulfosaüsen im Harn, Ber. cl. cl. ch. Gesell., t. IX, p. 54 4876

CRÉSOL

matière colorante ainsi développée a été attribuée, par Baumanu et Preusse (1), à la présence de plusieurs produits d'oxydation de l’hydroquinone, mais le produit final paraît de nature humique ; car Hoppe-Seyler (2) l’a obtenu, hors de l’organisme en partant des acides protocatéchique et pyrogallique, et Udranszky (3) a extrait des substances humiques de l’urine du chien.

Baumann et Preusse admettent que le phénol s’oxyde en grande partie dans l’économie, ce qui explique la proportion relativement faible qui passe dans l’urine humaine, et se transforme surtout en hydroquinone. Celle-ci apparaît dans les urines, pour la majeure partie, sous la forme de sulfoconjugué incolore ; mais une autre partie serait transformée en produits d’oxydation brunâtres; une partie du phénol passerait, en outre, à l’état de pyrocatéchine (Brieger).

Extraction de l’acide phénylsulfurique. — On évapore 8 à 10 litres d’urine de chien soumis à une ingestion journalière de plusieurs grammes de phénol, traite le résidu sirupeux par l’alcool à 95° centésimaux, et filtre la solution refroidie qu’on précipite ensuite par une solution alcoolique d’acide oxalique. Le filtratum nouveau est alcalinisé très légèrement par la potasse, jeté de nouveau sur filtre et enfin distillé pour chasser l’alcool. L’extrait sirupeux, abandonné au froid, mieux encore au contact d’un mélange réfrigérant, laisse déposer des cristaux lamellaires de phénylsulfate de potassium qu’on essore pour enlever l’eau-mère d’imprégnation et purifie par cristallisation dans l’alcool (Baumann) (4).

CRÉSOL

C7HT.0H = CHS.C’HLOH

Le crésol, ou méthylphénol, accompagne le phénol dans l’urine de l’homme et des herbivores; c’est le paracrésol(l,4) qui prédomine, accompagné d'orthocrésol (4,2) dans l’urine humaine, et de métacrésol (4,3) dans celle du cheval. La présence dù crésol dans l’urine a été découverte, chez la vache, par Stœdeler qui le désigna par le nom d’acide taurylique.

Chez l’homme aussi bien que chez les herbivores, le crésol constitue la majeure partie des dérivés phénoliques qui passent dans les urines (Baumann et Brieger) (5) ; et, comme phénol et crésol sont tous deux volatils et possèdent en commun un certain nombre de réactions de coloration, on ne peut caractériser le crésol par la simple distillation de l’urine fortement acidulée ; il faut séparer les deux

(î) Baumann et Preusse, Du Bois -Raymond' s Archiv, 1879, p. 245.

(2) Hoppe-Seyler, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XIII, p. 99.

(3) Udranszky, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. Xll, p. 60.

(4) Baumann, Pflüger's Archiv, t. XIII, p. 294.

(5) Baumann et Brieger, Ber. d. d. Chem. Ges., t. XII, p. 804.

corps à l’état de dérivés sulfoconjugués, en formant leurs sels barytiques, celui de l’acide paracrésolsulfurique étant insoluble dans l’eau (Baumann), où bien encore transformer les phénols volatils extraits de l’urine, par la fusi’on potassique, en dérivés acides de la série benzoïque, ce qui exige une proportion assez forte de ces composés.

h'acicle crésolsulfuriquc peut être extrait en nature et sous forme de sel potassique, de l’urine du cheval, par le procédé appliqué par Baumann au dérivé correspondant du phénol.

PYROCATÉCHINE

C6Hi 2

OH

La pyrocatéchine, orlhodioxybenzol, existe également dans l’urine humaine en plus grande quantité que dans celle du cheval, et disparaît aussi bien chez les carnivores que chez les herbivores sous l’influence du régime carné exclusifelle est egalement sous la forme de dérivé sulfoconjugué et provient de l’acide protocatéchique ou pyrocatécliin-carbonique (OHp.CW.COOH, très répandu dans le règne végétal (Preusse,) (1). La proportion de pyrocatéchine contenue dans l’urine augmente notablement après l’ingestion de phénol ou d’acide phénylsulfurique (Baumann et Preusse, Brieger), ou de benzine (Nencki et Giacoma Schmiedeberg). Moscatelli (2) a constaté la présence de la pyrocatéchine en certaine proportion dans l’urine du chien enragé.

L’alcaptone de Bœdeker (3), observée dans certains cas d’urine se colorant en brun au contact de l’air et réduisant la liqueur cupro-potassique, est différenciée complètement aujourd’hui de la pyrocatéchine avec laquelle on l’ù longtemps confondue; elle est constituée par un mélange, en proportion variable, d’acide uroleucinique et d’acide homogentisinique (voir p. 895)

Extraction de la pyrocatéchine. — Les urines à pyrocatéchine, alcalinisées se colorent rarement en brun au contact de l’air ; il en est de même pendant leur fermentation ammoniacale. Pour en retirer la pyrocatéchine, on distille l’urine acidulée fortement par l’acide chlorhydrique jusqu’à séparation complète des phénols volatils, et épuise le résidu fixe, successivement, par l’éther et l’éther acétique. Les solutions éthérées évaporées laissent un extrait qu’on redissout dans l’eau et sature par le carbonate de baryum ; le filtratum est de nouveau

(1) Preusse, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. Il, p. 329.

(2) Moscatelli, Virchov's Archiv, t. CXXVI1I, p. 181, 1892.

. SL®*deker’ Zeilscfl- f ■ rat. Med. (3) t. Vil, p. 130, 1859, et Ann. d. Chem „ P>,„ t. GXV1I, p. 08, 1861. ’ 1 na>>n

HYDROQLINONE

épuisé par l’éther qui laisse cristalliser par évaporation la pyrocatéchine (Schmiedeberg) (1 ).

Mais, comme cette pyrocatéchine peut être mélangée d’hydroquinone, on lave les cristaux désséchés avec de la benzine froide qui dissout la pyrocatéchine et laisse l’hydroquinone insoluble.

Réactions caractéristiques. — La pyrocatéchine cristallise en prismes incolores de ses solutions aqueuses ou alcooliques, en larges tables de la solution benzinique.

On la caractérise par la réaction de coloration qu’elle donne avec le chlorure ferrique, et que l’on applique de la manière suivante : La solution aqueuse de pyrocatéchine est traitée par le chlorure ferrique très dilué qui produit une coloration vert foncé. Le liquide, additionné d'acide tartrique, puis neutralisé par 1 ammoniaque sans excès, devient violet et passe au rouge cerise au contact d un excès d alcali; la coloration rouge est beaucoup plus intense que la verte (Hlasnvetz et Barth, Ebstein etMüller) (2), en laquelle elle se transforme de nouveau sous l’influence de l’acide acétique.

HYDROQUINONE

OH

OH

L’hydroquinone, ou paradioxybenzol ( 1 ,4), existe encore dans l’urine à l’état de dérivé stilfoconjugué, acide hydroquinonc-sulf urique, mais ne semble y apparaître qu’après son ingestion ou celle du phénol ou du benzol (Baumann et Preusse, Kencki, Brieger). Elle lui communique aussi la propriété de se foncer, au contact de l’air, après alcalinisation.

On l’extrait de l’urine par le procédé de Schmiedeberg décrit à propos de la pyrocatéchine, et la caractérise par les réactions suivantes : — elle cristallise en aiguilles ou en lamelles incolores ; — chauffée avec précaution dans un tube d’essai, elle fond vers 169°, et donne des vapeurs violettes qui se condensent en cristaux bleu indigo sur les parties froides du tube (Baumann et Preusse) (3 ; — chauffée avec le chlorure ferrique ou tout autre oxydant, elle donne l’odeur caractéristique de la quinone.

(t) Schmiedeberg, Arch. f. exper. Pathol ., t. XIV, p. 305.

(2) Ebstein et Millier, Virchov's Archiv, t. LXV, p. 394, 1875.

(3) Baumann et Preusse, Zeitsch. f. physiol. Ch., 1. 111, p. 157.

ENCYCI.OP. CMM.

Origine et rôle physiologique des phénols mono- et diatomiques

L’acide phénique est un produit de la putréfaction intestinale des matières albuminoïdes, et paraît se rattacher à la tyrosine ou hydroxyphénylènalanine qui est un terme constant de leur dédoublement par hydratation, et dont l'ingestion en nature est suivie d’une augmentation notable des sulfoconjugués urinaires (Brieger) (1). La proportion de phénol formée dans l’intestin est difficile à déterminer; mais on peut admettre que 1 00 grammes de matière protéique ne donnent que ts^g au maximum de phénol, quantité suffisante pour expliquer celle des phénolsulfates contenus dans l’urine de l’homme et des carnivores. Pour les herbivores, qui ne consomment qu’une très minime quantité d’albuminoïdes, on est forcé de rattacher la quantité relativement considérable de phénol excrétée aux substances aromatiques contenues dans l’alimentation végétale, lesquelles sont transformées dans l’économie comme le sont la benzine, les acidès oxygénés de la série benzoïque à fonction mixte (acide paraoxybenzoïque, par exemple), après leur ingestion.

L’origine albuminoïde du phénol urinaire est démontrée par sa présence dans l’urine des enfants nouveau-nés, par sa persistance avec le régime exclusivement animal, enfin par l’apparition de l’acide carbolique après l’alimentation carnée dans l’urine de poulets qui n’en contient point à l’état normal (Senator) (2). On le voit augmenter notablement dans toutes les circonstances qui déterminent la stagnation du contenu intestinal (obstruction intestinale, constipation, ligature de l’intestin, etc.) ou accélèrent et augmentent les phénomènes de putréfaction dans le tube digestif, en particulier la suspension de l’arrivée de la bile dans l’intestin, dans l’ictère catarrhal (Biernacki) (3). Inversement, les antiseptiques qui diminuent ou arrêtent cette putréfaction peuvent déterminer la disparition des phénolsulfates dans l’urine.

Le phénol ainsi produit dans le tube digestif pénètre dans le sang au fur et à mesure de sa formation, de sorte qu’on n’en trouve plus que des traces dans les fèces. Mais où et comment s’effectue sa transformation en sulfoconjugués? C’est ce que l’on ignore encore ; car il ne parait pas que ces derniers existent dans le sang normal, et ils ne se forment pas dans les reins (Christiani et Baumann). Serait-ce dans l’intimité des tissus qu’aurait lieu l’éthérification ? Le seulfail qui parle en faveur de cette hypothèse est la production d’acide phénolsulfurique dans l’ébullition d’un mélange de phénol et de sulfate de soude au contact de la pulpe du muscle ou du foie, ou encore de sang défibriné, observée par W. Kochs.

Quant au crésol qui accompagne toujours le phénol dans l'urine de l’homme et des herbivores, il paraît avoir la même origine physiologique que le premier e dériver également des matières albuminoïdes dans la putréfaction desquelles il prend naissance en notable quantité (Baumann et Brieger). Suivant Baumann (4), le crésol serait un terme intermédiaire entre la tyrosine produite dans la décomposition des substances protéiques et le phénol, et dériverait de l’acide paraoxy-

(1) Brieger, Zeilsch. f. physiol. Ch., t. II, p. 241.

(2) Senator, Zeltsch. f. physiol. Ch., t. IV, p. I.

(3) Biernacki, D. Arch. f. klin. Med., t. XLIX, p. 87, 1891.

(4) Baumann, Ber. d. d.Gesellsch., t. 22, 1879, et Zeilsch. f. physiol. Ch., t. IV, 1880.

HYDROQUINOîiE

phénylacétique que l’on trouve également dans l’urine humaine et qui se rattache lui-même à la tyrosine avec formation intermédiaire d’acide paraoxyhenzoïque, ainsi que le montrent les formules suivantes :

CH.AzH2 + O2

COOH

Tyrosine.

COOH

Ac. paraoxyphénylacét.

CH3.C-HAOH + O3

Paracrésol.

OH.CTl'.COOH

Ac. paraoxybenzoïque.

CH2.C°HlOH

COOH

Page 1