‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 573 sur 722 · II. — Laïose · texte numérisé non relu

II. — Laïose

La laïose est le nom donné par Huppert à une matière sucrée que Léo (2) a trou trois fois sur vingt et une urines diabétiques qu’il a examinées; comme pourvu lévulose, la laïose se révèle par l’excès de matière sucrée dans le dosage volu * trique (1,2 à 1,8 p. 100) par rapport au chiffre donné par le saccharimètre iT'' des urines de Léo était optiquement inactive et donnait cependant le.- 8 * ** de sucre par la liqueur de Fehling. ’

La laïose se distingue des autres glucoses par l’absence de saveur sucré non fermentescibilité, un pouvoir rotatoire spécial (a[D] — 2o° 07) et ■ y ^

lyse des Hams de Neubaueret Vogel, 1890, p. 67 et 69. (.2) Hans Léo, Virchov's Archiu, t. CV1I, p. 108, 1887.

PEKTOSES

action réductrice un peu plus faible que celle de la glucose (1 moléc. laïose réduit 2 mol., 01 2 CuO).

Extraction de l'urine. — L’urine est précipitée par l’acétale de plomb, puis le filtratum par l’ammoniaque ; ce dernier précipité, qui contient glucose et laïose, est lavé à l’eau, puis décomposé par l’hydrogène sulfuré. Le liquide filtré est concentré par distillation dans le vide, le mieux au voisinage de l’acide sulfurique. Le résidu sirupeux, repris par l’alcool méthylique, donne une solution qui est additionnée d’une solution méthylique de baryte jusqu’à réaction alcaline franche. On filtre rapidement et abandonne le filtratum sous une cloche à acide sulfurique jusqu’à dégagement de toute l’ammoniaque, en môme temps qùe le carbonate de baryum et que la petite quantité de sucrate de baryum encore présente se précipitent. On salure le liquide d’acide carbonique, chasse, sans filtrer au préalable, l’alcool méthylique par la distillation dans le vide, reprend le résidu par l’eau et précipite par l’acide sulfurique la baryte restée en solution. Enfin on élimine le chlore qui reste par une quantité équivalente de sulfate d’argent. L'évaporation de la solution laisse un résidu sirupeux jaunâtre, incrislallisable, qui renferme la laïose.

PENTOSES

C3lP°03

De même qu’à la mannite C6HI s06, alcool hexatomique, correspondent des aldéhydes de formule générale CcH1206 qui sont les glucoses, et des anhydrides de ces dernières C6H»°Os, lesquels à l’état naturel constituent les matières amylacées végétales ou animales, de même, des alcools pentatomiques saturés C5HiaO* ou pentites (arabite, xylite et adonite) dérivent des aldéhydes C5H,0O5 ou pcntoses qui correspondent aux glucoses, et des anhydrides de celles-ci, les pentosanes C3H80'‘ (arabane, xylane), contenues à l’état naturel dans divers végétaux, et que l’on doit mettre en regard des matières amylacées. Le tableau suivant montre nettement les analogies des deux groupes de composés :

C°Hu06

<’,°Ht206

Glucose.

r«H'°os

Des pentosanes, la plus répandue, la xylane, existe sous diverses formes dans le bois de hêtre (Winterstein); comme les matières amylacées, ces pentosanes s’hydratent par l’ébullition avec les acides étendus et se transforment en pentoses ; parla distillation avec l’acide chlorhydrique, elles donnent (ainsi que les pentoses) environ la moitié de leur poids de furfurol.

C3H<0Os

CsH804

Pentosane.

Cette dernière réaction permet, en dosant le furfurol produit, à l’état d’hydrazone et multipliant le résultat par 2, de calculer la quantité de pentosane et de pcntose contenues dans les aliments fourrages. C’est ainsi que Tollens (d) a trouvé que les fibres crues de la paille d’avoine peuvent donner 13 p. 100 de pentaglucose, et que la paille des céréales contient souvent, à l’état de pentose, plus de la moitié du poids de l’extrait exempt d’azote qu’elle fournit ; de Chalmot (o) a extrait la faible proportion de 0,05 à 0,4 p. 100 de pentose soluble des feuilles fraîches et d’écorces d’arbres, bien inférieure à celle des hexoses (glucose) qu’elles renferment.

Ces pentoses sont solubles dans l’eau, possèdent un pouvoir réducteur comparable il celui des glucoses, ne fermentent pas alcooliquement, n’ont pas toujours une action sur la lumière polarisée, et donnent toutes, ainsi que les substances mères, la réaction de Tollens.

Réaction de Tollens. — Cette réaction, basée sur la coloration rouge que donne le furfurol en solution acide au contact de la pliloroglucine, doit être conduite de la manière suivante : La solution aqueuse de la substance, additionnée de son volume d’acide chlorhydrique concentré, est chauffée avec précaution avec une solution chlorhydrique de pliloroglucine (mélange de volumes égaux d’eau et d’acide chlorhydrique concentré, saturé à froid de phloroglucine) ; il se développe rapidement une belle coloration rouge, et le liquide coloré montre, au spectroscope, une bande d’absorption épaisse, à droite de la raie du sodium.

Pentaglucosurie. — Ebstein (3) a observé, le premier, que beaucoup d’urines (14 sur 22 examinées) donnent la réaction de Tollens, mais en prenant la précaution de les décolorer au préalable par un traitement à l’acétate de plomb ou au moyen du charbon de sang calciné, avec filtration sur la laine de verre pour éviter d’entraîner la pentosane du papier à filtre.

Salkowski et Jastrowilz (4) ont étudié l’urine d’un morphinomane, laquelle réduisait fortement la liqueur de Fehling, mais n’avait presque pas d’action sur la lumière polarisée et ne fermentait pas alcooliquement. Le principe réducteur bien différencié des glucoses par ces derniers caractères négatifs, a été extrait à l’état de dérivé phénylhydrazinique cristallisé en forme d’aiguilles d’un jaune citron et fusibles à 159° ; en outre, cette ozazone ne cristallise pas dans l’eau bouillante, ce qui la distingue de la phénylglycosazone ; cette propriété et le point de fusion indiquent que l’urine devait ses propriétés réductrices à une matière sucrée identique à la xylose ou à l’arabinose, qu’elle contenait dans la proportion d’environ 0,8 p. 100. Plus tard, éclairé par les résultats obtenus par Ebstein, Salkowski (5) a reconnu que la substance qu’il avait extraite de l’urine était une pentose, et très probablement la xylose, parce que l’arabinose agit for

(1) Tollens, Jahresb. f. Thierch., t. XXII, p. 43, 1892.

(2) De Chalmot, Amer. chim. Jour., t. XV, p. 21.

(3) Ebstein, Virchov' Archiv, t. CXXIX, p. 401 et Jahr. (. Thierch., t. XXII, p. si 1892

(4) Salkowski et Jastrowitz, Centralbl. f. d. med. Wiss., 1892, n" 19. ’

(5) Salkowski, Centralbl. f. d. med. Wiss., 1892, n” 32.

PENTOSES

tement sur la lumière polarisée, tandis que l’urine en question ne montrait qu’une très minime rotation dextrogyre.

La pentosurie persista longtemps après que le malade eut été sevré de morphine ; elle n’avait doue aucun rapport direct avec le morphinisme.

Origine delapentose urinaire. — La présence de la pentose dans les urines serait assez fréquente, si l’on admet que la réaction positive de Tollens, obtenue par Ebstein avec beaucoup d’urines, soit exclusivement attribuable à un tel genre de corps. Dans ces conditions, il paraît naturel de lui attribuer, jusqu’à nouvel ordre, du moins dans les conditions biologiques normales, une origine alimentaire végétale; d’ailleurs, les urines donnent nettement la réaction de Tollens après l’ingestion de cerises et de prunes sèches, ce qui est dû sans doute à la richesse de ces fruits en pectine dont Tollens a démontré les étroites relations avec l’arabinose (Ebstein).

Assimilation des pentoses dans l’économie humaine. — L’apparition d'une pentose dans 1 urine de l’homme soulève immédiatement la question de l’assimilation de ces matières sucrées pentatomiques ; sont-elles utilisables par l’organisme ?

Ebstein a observé que, après l'ingestion d’une dose minime de ()«r,0S de xylose, celle-ci était facilement reconnaissable dans l’urine, et que l’excrétion durait assez longtemps après absorption d’une dose de 25 grammes. Il a expérimenté ensuite sur un diabétique et trouvé que, tandis qu’une dose de 100 grammes de lévulose dans les vingt-quatre heures est parfaitement assimilée, après l’ingestion de 25 grammes de xylose, on obtient avec les urines la réaction de Tollens très prononcée et persistant encore après dix jours ; l’arabinose donne des résultats analogues.

M. Cremer(l) a étudié comparativement l’absorption des pentoses etdeshexoses, et démontré que, à la différence des dernières, les pentoses ne sont pas retenues dans le sang par le rein et passent dans l’urine aussi bien chez l’homme que chez les herbivores; cependant une partie de ces matières sucrées paraît assimilée, du moins chez les lapins. C’est là, d’ailleurs, le résultat auquel est arrivé Salkowski (2) en administrant de l’arabinose à des lapins inaniliés depuis cinq ou six jours ; l’animal est tué au bout de dix-neuf heures. Dans ce laps de temps, 1/5 seulement de l’arabinose a passé dans les urines; on en trouve dans le sang et les muscles, et l’on constate que la proportion -de glycogène contenue dans le foie est normale (0sr,59 à 2«r,06) malgré l'inanition prolongée, ce qui ne peut s’expliquer que par la transformation de la pentose ; l’auteur en conclut que, chez le lapin et chez les herbivores en général, les pentoses sont assimilées et utilisées. En résumé, les résultats d’Ebstein paraissent démontrer que les pentoses n’ont aucune valeur alimentaire pour l’homme dans l’urine duquel elles passent en totalité, tandis que, d’après Cremer et Salkowski, elles sont assimilées, au moins en partie, par les animaux et spécialement les herbivores.

(1) M. Cremer, Zeitsch. f. Biol., t. XXIX, p. 481.

(2) Salkowski, Centmlbl. f. d. med. Wissensch., 1893, n” 11.

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