CHAPITRE X
MATIÈRES ALBUMINOÏDES
Généralités
L’urine normale ne contient, comme matière protéique, qu’une très minime quantité de nucléoalbumine, mucine dssanciens. En revanche, sous l’influence d’états pathologiques très divers, elle peut renfermer de l’albumine dont on a longtemps attribué la présence à un vice de composition du sang; mais, outre que'cette vieille théorie, qui disait que l'albuminurie était la suite d’une décomposition des matières albuminoïdes du sang dont les produits allaient à l’urine, n’avait pu fournir aucune preuve de la réalité de cette décomposition ni établir une différence quelconque entre l’albumine de l’urine et celle du sang, les vingt-cinq dernières années ont vu considérablement s’étendre et se perfectionner nos connaissances sur l’albumine urinaire.' Nous savons aujourd'hui que, dans l’albuminurie, l'urine contient, soit mélangées en nombre variable, soit séparément, les variétés suivantes : nucléoalbumine, sérine ou sérumalbuminc, sèrumglobuline, fibrine et probablement fibrinogène, albumose ou propeptone, pcptone, hémoglobine et méthémoglobine, et quelquefois d’autres matières albuminoïdes d’une moindre importance.
NUCLÉOALBUMINE
La nucléoalbumine constitue ce qu’autrefois on appelait la mucine de l’urine ; elle est très voisine de celle que contient la bile et qui est l’élément fondamental du mucus biliaire ; la présence du phosphore dans sa constitution la fait rentrer dans la catégorie des composés dont l’ensemble constitue l’acide phospliorique organique de l’urine.
La nucléoalbumine se trouve en quantité plus ou moins faible dans l’urine
physiologique, de 0*'-,06 (Noorden) à 0^,10 (Reissner) p. 100. Elle provient du mucus sécrété par les glandes mucipares des canaux urinaires et n’a, par suite dans les conditions habituelles, aucune signification pathologique. La nucléo’ albumine est plus abondante dans l’urine de la femme, parce qu’elle provient en grande partie du mucus vaginal enlevé aux parties les plus extérieures de l'organe par le liquide urinaire.
La nucléoalbumine augmente notablement dans certaines circonstances patho logiques, particulièrement dans les affections catarrhales primitives ou secondaires des voies urinaires (catarrhe vésical), les fièvres, la leucémie, la néphrite, etc.
Par suite de la réaction acide de l'urine, une partie tout au moins de là nucléoalbumine se coagule et se sépare en flocons légers qui s’accumulent au fond du vase en entraînant avec eux, sous la forme d’un nuage, des éléments cellulaires, corpuscules de mucus et cellules épithéliales visibles au microscope Dans les cas pathologiques, le nuage muqueux devient très épais, riche en cellules, et. prédispose l’urine à la fermentation ammoniacale.
Caractères de la nucléoalbumine. — L’urine assez riche en nucléoalbumine donne, par l’acide acétique, un précipité peu soluble dans un excès de réactif facilement soluble dans l’acide glacial, dans l’acide formique et dans les acides minéraux en excès; la précipitation est entravée et rendue incomplète par les sels neutres. Le précipité acétique est redissous par la potasse, et la solution reprécipitée par l’acide acétique.
Traitée avec précaution par un acide minéral, l’ürine à nucléoalbumine donne encore un précipité, mais qui se dissout dans le moindre excès d’acide.
La nucléoalbumine est précipitée de l’urine par l’alcool, sous la forme d’une masse d’abord gélatineuse, puis floconneuse, plus ou moins complètement soluM* dans l’eau.
La solution aqueuse du précipité alcoolique précédent, chauffée à 74-76» donn un trouble qui se résout en un précipité floconneux par addition d’un peu d’acide acétique. L’urine à nucléoalbumine ne précipite, pas par la chaleur seule mais après addition d’acide acétique.
L’urine nucléoalbumineuse, saturée à 30° par le sulfate de magnésie solide puis neutralisée parle phosphate disodique, donne un précipité qui, après lavage ar une solution concentrée de sulfate de magnésium, se redissout presque inté ^ lement dans l’eau. La solution jaunâtre donne, par l’acide acétique, un précité floconneux presque insoluble dans un excès d’acide, très soluble dans le carbon t de soude et reprécipité par la chaleur. Le précipité magnésique, mis en dial * *
se redissout d’abord, puis le liquide se trouble, et la nucléoalbumine est pres^’
complètement précipitée par cette élimination du sel magnésien (Müller) S<^Ue
ha nucléoalbumine extraite de l’urine, en solution acétique (Reissne é chlorhydrique (Müller) est précipitée complètement par le cyanure jau * °U cependant l’addition du sel à l’urine, traitée d’abord par l’acide acélic,!16’ ** l’acide chlorhydrique, ne donne lieu à aucun précipité (Reissner). 1U6 °U
Elle donne toutes les réactions de coloration des matières albuminoïdes
solution neutre est précipitée par des sels d’aluminium cuivre N et Sa
mercure, etc ’ 8 nt’ Plo«ib,
MATIÈRES ALBUMINOÏDES
Enfin, de même que la nucléoalbumine de la bile, celle de l’urine ne donne naissance à aucune matière réductrice par l’ébullition avec l’acide sulfurique à 2 p. 100 (Millier, Schreiber).
Recherche de la nucléoalbumine dans l’urine. — 1° L’urine diluée au quart est versée dans deux tubes d'essais donll’unserlde témoin ; l’autre, acidulé fortement par l’acide acétique, doit donner un précipité, s’il contient de la nucléoalbumine. Le précipité recueilli sur un petit filtre est redissous par l’eau alcalinisée et se reforme par saturation avec le sulfate de magnésium solide. Chauffé au bainmarie pendant huit heures, avec de l’acide sulfurique à 5 p. 100, le précipité ne doit pas réduire la liqueur de Fehling en l’absence de toute trace de mucine (Obermayer) (1) ; — 2° par la coction et l’addition d’un peu d’acide acétique, il se produit un faible trouble ; — 3° par la réaction de Heller, l’urine à nucléoalbumine ne donne d’abord rien, puis, après quelque temps, un léger trouble à la surface de séparation des deux liquides, et enfin une deuxième couche trouble audessus de la première ; — 4° l’urine, étendue de 2 à 3 volumes d’eau pour atténuer 1 action dissolvante des sels urinaires sur la nucléoalbumine coagulée, est encore soumise à la reaction de Heller qui donne alors immédiatement un coagulum à la surface de séparation (Môrner) (2).
Mais l’acide acétique et l’acide nitrique peuvent ne pas produire de coagulation dans 1 urine. En ce cas, on traite au moins S00 centimètres cubes de liquide, soit par trois volumes d’alcool, soit par une solution concentrée de tannin (qui, comme le réactif de Tanret, précipite aussi bien la nucléoalbumine que l’albumine) ; il se forme un précipité qu’on soumet aux réactions de coloration des matières albuminoïdes et dont la solution dans l’acide acétique glacial est précipitée par le cyanure jaune, l’acide picrique, le tannin, etc. On parvient ainsi à caractériser la prétendue albumine physiologique de Posner (3).
La nucléoalbumine peut être reconnue avec une certaine certitude en présence de l’albumine, après avoir éliminé celle-ci par la coction dans le liquide naturellement acide ; le lillratum est troublé par l’acide acétique. Elle se distingue de l’albumine en ce qu’elle n’est coagulée par la chaleur dans l’urine qu’en présence de l’acide acétique et par la solubilité de son coagulum alcoolique, — de la sérumglobuline et du fibrinogène, parce que la solution, dans l’eau, de son précipité par le sulfate de magnésium donne, par l’acide acétique, un précipité qui ne se dissout que dans un très grand excès de réactif, tandis que la solution alcaline de sérumglobuline donne un précipité soluble dans le moindre excès d’acide.
Nucléoalbumine urinaire dans les affections pathologiques. — On sait, depuis longtemps, que ce qu’on nommait autrefois mucine augmente notablement dans les catarrhes des voies urinaires et la plupart des maladies aiguës, consécutivement à un surcroît de sécrétion de la muqueuse des conduits urinaires. La nucléoalbumine accompagne d’ordinaire l’albumine qui apparaît dans l’urine dans les cas de compression du thorax (Schreiber).
(1) Obermayer, Centvabl. f. klin. Med., t. XIII, p. 1, 1892.
(2) Mürner, Jahresb. f. Thierch., t. XXII, p. 241, 1892.
(3) Posner, Virchov's Arch., t. CIV, p. S02, 5Ü9.
Obermayer (1) a signalé l'existence d'une véritable nucléoalbuminurie dans l'urine de la leucémie, de l’ictère, de la diphtérie, etc.; il a constaté la présence d’une proportion assez notable de nucléoalbumine dans 6 cas de leucémie et 32 cas d’ictère ; dans cette dernière affection, il a toujours observé la simultanéité de la disparition de la nucléoalbumine et de la maladie. La nucléoalbumine se présente aussi dans les cas de lésion secondaire du rein, ainsi dans la diphtérie et la scarlatine, la varicelle (Garriier), ou en suite de l’ingestion de principes irritants pour le rein, tels que pyrogallol, naplilol, sublimé, arsenic, goudron, etc.
L’auteur admet une nucléoalbuminurie vésicale , distincte de la nucléoalbuminurie rénale, celle-ci résultant d’une altération de l’épithélium des pyramides en particulier ; il y a peut-être encore une troisième forme, la nucléoalbuminurie hématorjène.
La nucléoalbuminurie serait très fréquente, suivant Flensburg (2), et se ren contrerait dans 84 p. 100 des cas d’albuminurie ; dans beaucoup de cas elle' constituerait l’albuminurie transitoire.
OU (3) a constaté la présence de la nucléoalbumine dans 500 échantillons d’urines, particulièrement dans l’ictère, la pneumonie, le typhus, la scarla tine, etc.; elle précède et dépasse même de beaucoup l’albumine proprement dite dans les cas d’albuminurie survenant au cours d’affections fébriles. Elle a été trouvée également dans l’urine d’un enfant idiot atteint d’une atrophie du corps thyroïde et d’une albuminurie due à la présence de la nucléoalbumine (Haushalter et Guérin) (4). De
SERUMALBUMINE, SÉRINE
On a cru trouver, dans certaines urines normales, ou, peut-être plus exactement, comme le dit A. Gautier, presque normales, des traces d’albumine en l’absence de toute lésion rénale, mais probablement à la suite d’un trouble momentané de l’état de santé habituel.
Leuhe (5), examinant soigneusement l’urine de 119 jeunes soldats soumis à une marche forcée, en trouva b avec traces d’albumine avant la marche, tandis qu’ils étaient 19 légèrement albuminuriques après; cette matière albuminoïde dont la proportion maxima était de 1 p. 100, avait disparu après quelques heures de repos; elle était précipitée par l’acide acétique et colorée parle réactif de Millon. Fürbringer, cité par Gautier (6), a trouvé onze fois les urines albumineuses sur 61 enfants. Posner (7) a examiné, dans 70 cas, l’urine de personnes bien por-
(1) Obermayer, Centralbl. f. klin. Méd., t. XIII, p. 11, 1892, et Jahr f Th t ni,
(2) Flensburg, Jahr. f. Thierch ., 1892, p. 524.
(3) Ott, Congé . f. inn. Méd., Munich, 5 avril 1895.
(4) Haushalter et Guérin, C. B. Soc. de Biol., 30 nov. 1895.
(5) Leube, Maly’s Jahresb.. t. VIII, p. 187, 1878.
(6) A. Gautier, Ch. Biolog., 1892, p. G20.
(7) Posner, Berl. klin. \Yochensch., 1883, p. 41.
SÉRUMALBUMINE, SÉRINE
tantes et, par diverses méthodes, dit avoir trouvé constamment de l’albumine; Vogel et Ultzmann ont obtenu des résultats analogues.
Peterssen (1) a examiné, par la réaction de Heller, l’urine de plus de t.000 soldats, et trouvé de l’albumine dans les proportions suivantes : 3,79 fois sur 100 dans l’urine du matin, 15,11 foisp. 100 avant midi, et 9,02 fois p. 100 après midi. L’albumine se montra le plus souvent à l’âge de vingt à vingt-cinq ans, et quelquefois aussi à celui de quarante et un à cinquante ans dans l’urine de l’homme sain ; elle est plus fréquente chez l’écolier que chez l’adulte.
On ne sait encore rien de la cause de ces albuminuries passagères qu’on a observées aussi à la suite de refroidissements et de bains froids, si tant est qu’elles soient réelles ; car il est vraisemblable, comme le dit Huppert (2) après Malfatti (3), que le composé ainsi envisagé comme identique à l’albumine du sérum, et que Posner a dénommé albumine urinaire physiologique, n’est constitué que par une substance analogue, sinon identique à la nucléoalbumine.
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons donc admettre que la présence manifeste de l’albumine dans l’urine est toujours d’origine pathologique ; il s’agit ici de la sérumalbumine.
Conditions d’apparition de la sérumalbumine dans l’urine, signification pathologique (4)
De toutes les variétés d’albumine que l’on peut rencontrer dans l’urine, la sérumalbumine est la plus fréquente et aussi la plus importante.
L’albumine contenue dans l’urine à la sortie des voies urinaires peut avoir diverses origines. Elle peut provenir du sérum sanguin transsudé dans l’intérieur même du glomérule, et constitue l 'albuminurie rénale pure ; mais elle peut aussi résulter du mélange, avec l’urine normale et non albumineuse, d’un liquide albumineux tel que le sang, le pus, le cliyle, la lymphe, le sperme, etc. ; c’est alors Y albuminurie accidentelle qui peut être d'origine intra-rénale, ou provenir d’un segment sous-jacent des organes urinaires ; enfin, il peut y avoir des formes mixtes.
Dans l’albuminurie accidentelle, la proportion d’albumine contenue dans l’urine est toujours très faible, parce que l’urine, en dehors du cas d’une hémorrhagie d’ailleurs très rare, n’est jamais mélangée qu’à une quantité de liquide albumineux étranger trop faible pour y introduire beaucoup d'albumine. Dans l’albuminurie rénale et, par suite, dans la forme mixte, l’albumine peut ne se rencontrer qu’en très minime quantité, mais peut être assez abondante pour que l’urine se transforme parla coction en un magma gélatineux.
L’albuminurie rénale pure est la plus importante et la plus fréquente des diverses formes d’albuminurie. Le mécanisme exact de sa production est encore inconnu; si, t l’état normal, le revêtement épithélial des tubes de Malpighi
(1) Peterssen, Jahrb. f. Thierch., t. XXI, p. 408 et 409, 1891.
(2) Huppert, Anal, des Harns, de Neubauer et Vogel, 1890, p. 260.
(3) Malfatti, Zulzer's lntern. Centralbl., t. I, p. 66.
(4) Lire tout particulièrement, sur ce sujet, le beau chapitre de Thomas, sur la signification médicale de l’albumine urinaire, en général, pour le médecin, dans Neubauer et Vogel, Anal, des Harns, 1890, t. II, p. 1» à 41.
s’oppose au passage de l’albumine du sang avec le liquide salin qui va constituer l'urine, il est probable que l’albuminurie peut provenir de la non-intégrité physiologique de cet épithélium ; mais la pression normale du sang à l’intérieur du glomérule, ainsi que la composition de ce liquide physiologique, doivent entrer encore en ligne de compte, ainsi qu’on le verra. En effet, l'observation clinique montre que l’albumine passe dans l’urine dans les conditions diverses que nous allons étudier.
1° Lésion glomérulaire
Les cléments du glomérule rénal, épithélium ou peloton vasculaire, seuls ou en même temps que les parties les plus voisines des canaux urinifères, sont atteints d’une lésion du tissu interstitiel, c’est-à-dire des modifications de la néphrite aiguë ou chronique ou de la dégénérescence amyloïde qui constituent les plus fréquentes des affections réunies sous l'ancienne et insuffisante dénomination de « maladie de Bright » ; on se trouve, dès lors, en présence d’une albuminurie néi'Uhéïique à laquelle concourent primitivement la lésion glomérulaire et, en second lieu, les modifications consécutives dans la pression et la composition du sang du réseau capillaire intraglomérulaire.
Les caractères particuliers de cette forme sont : présence continue et constante dans l’urine, d’une forte proportion d’albumine, de cylindres épithéliaux et de débris épithéliaux plus ou moins dégénérés provenant des canalicules urinifères avec ou sans éléments du sang. Les modifications de pression et de composition du sang sont manifestées par l’hypertrophie du ventricule gauche du cœur et par de l’hydropisie.
La gravité de l’affection dépend d’un certain nombre de circonstances, parmi lesquelles on doit mentionner, surtout au point de vue physiologique, les conséquences pour l’organisme de pertes plus ou moins considérables d’albumine. En effet, le sang contenant environ moitié de son poids de sérum à 80 grammes d’albumine p. 1.000, sur 12 kilogrammes de sang, l’adulte possède environ 6 kilogrammes de sérum contenant 80 X 6 = 480 grammes d’albumine ; si l’on suppose l’existence d’une albuminurie d’intensité moyenne éliminant quotidiennement 10 grammes d’albumine par les urines, on voit qu’en dix jours la maladie occasionne une perle de 100 grammes et ramène le titre du sérum à — - 6 100 = 64 p. 1.000 d’albumine, ce qui correspond à un degré moyen d’bydrémie. Au bout de vingt-six jours, le titre du sérum serait abaissé à 37 p. 1.000, nombre minimum observé par Becquerel et Rodier dans l’hydrémie la plus forte. De là la gravité extrême de ces albuminuries aiguës, rares heureusement, avec fièvre, détérioration de l’appétit et des fonctions digestives qui ne permet plus de compenser les pertes de l’économie, tandis que, grâce à une ali mentation azotée suffisante, les malades apyrétiques, qui conservent leur appétit et digèrent bien, peuvent supporter pendant des mois et même des années une albuminurie assez forte sans symptômes apparents. Il suffit de remarquer, pOUl. avoir l’explicafion du fait, que comme 100 grammes de viande contiennent de 16 à 20 grammes d’albuminoïdes qui, bien digérés, passent à peu près intégra lement dans le sang sous forme d’albumine soluble, la perte quotidienne de
SÉRUM ALBUMINE, SÉRINE
10 grammes d’albumine peut être compensée par l’ingestion d’environ SO grammes de viande ou de tout autre aliment albumineux équivalent.
Tandis qu’à l’état aigu, sauf dans les cas très légers, l’albuminurie néphrétique donne lieu à une sécrétion continue de l’albumine, elle peut être intermittente dans les formes chroniques légères.
2° Modification de la pression sanguine dans le glomérule
L’albumine peut passer dans l’urine à la suite de modifications apportées à la circulation du sang dans les reins et de la transfusibilité plus grande qui en résulte pour les parois des vaisseaux qui participent à la dialyse urinaire. Ces modifications peuvent avoir une origine tantôt mécanique, tantôt chimique, d’autrefois aussi nerveuse, et tenir à la fois de plusieurs de ces origines. Il ne s’ensuit pas que, dans cette forme d’ albuminurie mécanique, les glomérules soient exempts de toute lésion histologique ; celle-ci est, au contraire, fréquente, mais très minime et insuffisante pour expliquer le passage de l’albumine ; elle n’est, d’ailleurs, que secondaire et consécutive à la modification de la circulation sanguine.
L’inactivité ou inertie dialytique de l’épithélium glomérulaire à l’égard de 1 albumine peut être modifiée par des variations de pression sanguine; mais alors que, pendant longtemps, on n’a admis comme cause de l’albuminurie mécanique que l’augmentation de pression artérielle dans les glomérules, on est conduit aujourd’hui à reconnaître également l’influence manifeste de la diminution de pression.
Runeberg (1) attribue la filtration de l’albumine à une plus grande perméabilité de l’épithélium qui recouvre les vaisseaux dans le glomérule, laquelle laisse passer des particules albumineuses en suspension dans le sérum sanguin et qui vont à l’urine; cette augmentation de perméabilité dans le rein primitivement sain est provoquée par une importante diminution dans la différence primitive entre la pression du sang dans le glomérule et la contrepression inverse dans le canalicule urinifère, de telle sorte que l’albuminurie peut être à la fois la conséquence d’une diminution de pression sanguine dans le glomérule et d’une augmentation de pression dans le tube urinifère.
Bamberger (2) invoque à la fois le ralentissement du courant sanguin dans les vaisseaux du rein et des perturbations vasomotrices qui peuvent aboutir à une augmentation de pression.
Grützner (3) fait observer avec raison que toute perturbation dans la circulation sanguine ne doit pas nécessairement retentir sur le rein, dont les vaisseaux possèdent une certaine indépendance et peuvent, quand la pression sanguine diminue, approvisionner cependant l’organe d’une quantité de sang suffisante pour assurer et maintenir l’intégrité de son fonctionnement. Ce n’est qu’à la suite de troubles de circulation d'intensité et de persistance suffisante que se manifeste l'albuminurie.
(1) Runeberg, D. Arch. f. klin. Meil., t. XXIII, p. 41 et 223, 1879.
(2) Bamberger, Vien. med. Wochensck., .1881, n° 7.
(3) Grützner, Pflüger's Archiv., t. XXIV, p- 462.
Voici, d'ailleurs, résumée très succinctement d'après Thomas, la liste des formes diverses d’albuminurie que l’on a rattachées à une modification des vaisseaux sanguins du rein :
Mb. par hyperémie artérielle du rein avec sang et cylindres, par action secondaire de matières toxiques telles que : cantharidine, essence de moutarde, huile de cade, essence de térébenthine, nitre (Bartels).
Alb. par substances toxiques agissant directement sur les parois des capillaires du rein : chloroforme et anesthésiques divers (Hegar et Kaltenbach), phénol acide salicylique, iode (Jacubasch), pétrole, styrax (Lassai- et Unna), acide oxalique (Frankel), phosphore, arsenic, antimoine, plomb, acides minéraux alcool, acides biliaires (ictère); affections bactériennes diverses: infection néphrétique de la rougeole, de la diphtérie (90 p. 100 des cas, Koloman Szegô) (1), de la variole, de la scarlatine, du typhus, des fièvres récurrentes.
Dans la narcose chloroformique, Stokvis (2) a constaté de l’albuminurie trentetrois fois sur cent, et quarante-huit fois sur cent après usage de l’éther • le plus souvent l’albumine passe déjà dans la première émission qui suit l’opération chirurgicale. Il s’agit là d’une véritable néphrite toxique, manifestée par la présence fréquente de cylindres urinaires (12,12 p. 100 après chloroformisation 27 p. 100 après emploi de l’éther), laquelle disparaît complètement en deux ou trois jours, et dont l’intensité paraît dépendre de la quantité de narcotique inhalé et de la durée de la narcose.
Alb. par hypérémie veineuse des reins, consécutive à une maladie du cœur ou des poumons, à des phénomènesde compression (grossesse, tumeurs), de thrombose, etc.
Alb. par ischémie rénale , dans le choléra asiatique, l’entérite suraiguë (Fischl Abeille), le choléra infantile (Kjellberg).
Alb. par occlusion prolongée des uretères, provoquée par des calculs (Bartels) et corroborant la théorie de Runeberg.
Alb. par bains froids (Johnson, 1873), — par compression artificielle du thorax (Schreiber, 1883),— «près accès épileptique (M. Huppert, 1874), —par influence nerveuse ancienne (Ultzmann, 1881 ; Fiirbringer, Schiff, Longet, Cl. Bernard, Liouville, etc,).
Alb. des nouveau-né s (Virchov, 1836; Dorn, Martin et Rudge, 1876; Ultzmann 1881, etc.).
Alb. des enfants et jeunes gem, transitoire; maximum d’albumine : 0,1 p. ioo (Gull et Dukes).
Alb. des femmes enceintes et des parturientes, 58 fois (dont 22 avec cylindres) sur 1127 femtoes enceintes (L. Meyer, 1889).
Alb. des adultes sains (Vogel, Fiirbringer, Ultzmann, Leube, Posner, Péterssen • 0,1 p. 100 d’albumine au maximum).
Alb. par violent travail musculaire et sueur (Leube; 0,1 p. 100 au maximum!
Alb. par situation mécanique du corps accidentelle (Bartels, Vogel).
Alb. par état fébrile, avec globuline et peptone (Gerhardt, 1871 ; Senator Leh
(1) Koloman Szego, Jahr. f. Th.,i. XXI, p. 411, 1891.
(2) Stokvis, Jahr. f. Thierch., t. XXIII, p. 576, 1893.
SÉRUMALBUMINE, SÉRINE 989
mann), à distinguer de l’albuminurie par infection néphrétique consécutive aux maladies exanthémiques.
Alb. concomitante de la lipurie ou chylurie.
Alb. avec hémoglobinurie.
Sauf dans les deux premières formes où la proportion d’albumine est plus ou moins considérable, le chiffre maximum 11e dépasse pas, dans toutes les autres, 0,1 p. 100 ; elle peut même être si faible, dans certains cas (adultes sains, bains froids, travail excessif), qu’il y a lieu alors d’en discuter la réalité (voir albumine physiologique, p. 985).
3° Albuminurie essentielle ou hématogène
Enfin, quand l’urine contient de I’albuminè, alors que l’on ne constate ni lésion glomérulaire, ni modification de la pression sanguine, et que l’on ne peut en expliquer le passage àtravers le rein que par quelque changement dans sa diffusibilité ou dans la composition du sang, on est en présence d’une albuminurie ESSENTIELLE OU HÉMATOGÈNE.
Se basant sur ce que le sang est plus aqueux dans une albuminurie déjà ancienne et dans d’autres troubles de nutrition, on a voulu rattacher l’albuminurie essentielle à la présence d’un sérum plus riche en eau, ce qui, d’ailleurs, n a jamais été observé au début de la maladie. Et si l’albuminurie n’est pas rare chez les animaux à la suite d’injection d’eau dans les vaisseaux, elle lient alors à des troubles de circulation provoqués par l’injection ou à la dissolution des globules rouges, auquel cas l’urine contient de l’hémoglobine.
Stokvis (1) a démontré expérimentalement que l’appauvrissement du sang en chlorure de sodium ne produit pas l’albuminurie, comme l’avaient dit Wundt et Rosentlial, et il conteste même qu’on puisse constater, chez l’homme, dans des conditions pathologiques, un degré de dilution du sang tel qu’il amène une dissolution partielle des globules rouges et l’hémoglobinurie.
On a obtenu l’albuminurie par injection dans le sang d’une albumine qui lui est étrangère ; et de nombreuses expériences montrent qu’une variété d’albumine qui ne se trouve pas dans le sang normal passe rapidement dans les urines après son injection (Berzelius, Cl. Bernard, Adams, Creite, Brown- Sequard, Sée, etc.).
Les travaux plus récents de Grützner (2) semblent indiquer que l’état de la circulation dans les reins joue le principal rôle dans ces expériences ; il compare l’albumine injectée à une solution gommeuse de même fluidité qui, après sa pénétration dans le sang, trouble la circulation dans le rein et modifie d'une manière pathologique l’activité de l’organe; d’ailleurs, Lehmann a démontré, dès 1864, que la quantité d’albumine urinaire dépasse celle qui a été injectée, ce qui est loin de prouver que celle-ci est rejetée en sa qualité de matière étrangère au sang.
De cette longue discussion il résulte, au point de vue de l’existence réelle d’une
(1) Stokvis, Journ. de Brux., 1867.
(2) Grützner, Pflüger's Archiv , t. XXIV, p. 463.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. - UARNIER
véritable albuminurie hématogène ou essentielle, chez l'homme, qu’aucun cas n'eu a encore été observé et qu’elle doit être considérée comme de la pseudoalbuminurie, dans les .conditions expérimentales où on l’a provoquée chez les animaux, ce qui nous conduit à la formule suivante énoncée par Thomas :
La sérumalbuminurie rénale véritable est due, soit à des altérations histologiques du tissu rénal, soit à des variations de la pression sanguine à l’intérieur du glomérule, quelquefois aux deux simultanément. L’albuminurie {légère) a pu être observée chez l'homme sain, mais il n’y a pas d'albuminurie physiologique réelle.
Thomas subdivise l’albuminurie, d’après les quantités d’albumine excrétées dans les vingt-quatre heures, en trois catégories : — La perte est peu importante (mais non insignifiante) et presque sans influence sur la composition du sang et la nutrition générale quand elle est inférieure à 2 grammes, — d'importance moyenne pour 6 à 8 grammes par jour, — considérable quand elle dépasse 10 à 12 grammes.
Des quantités de 20 grammes et plus sont énormes, exceptionnelles, et ne se maintiennent que rarement longtemps; 28<"-,3 est le maximum que Vogel ait observé parmi un grand nombre de recherches.
SÉRUMGLOBULINE
(p ARAGL0BUL1NE, SUBSTANCE FIBBINOPLASTIQUe)
Conditions d’apparition dans l’urine, signification pathologique. — On peut
dire aujourd’hui que toute urine albumineuse contient de la sérumglobuline à côté de la sérumalbumine. Le fait, découvert d’abord par Lehmann, contesté par Gerhardt, a été confirmé ensuite pleinement par Edlefsen (l) qui, dans trente et un cas d’albuminurie, a trouvé les deux corps constamment associés, puis par Senator (2) qui, à la différence du précédent observateur, n’a pas constaté une proportionnalité constante entre les deux variétés, mais un rapport essentiellement variable suivant la nature de l’affection rénale, la dégénérescence amyloïde donnant l’urine la plus riche en globuline. D’ailleurs, Edlefsen a fait observer que, du moment que l’albumine du sang peut passer dans l’urine, on ne voit pas pourquoi la sérine, seule entre les diverses matières albuminoïdes du sang, transfuserait ; et Lehmann a démontré que la réaction acide de l’urine n’apporte aucun obstacle au passage de la globuline.
Hammarsten, dans une longue série de recherches inédites, n’a constaté que dans des cas très rares la présence d’une trace seulement de sérumglobuline et une fois seulement, sur quarante cas, la globuline sans sérine. Il est donc extraordinaire que Pétri (3) n’ait trouvé que treize fois la globuline sur quarante et un cas d’albuminurie, et deux fois seulement sur quinze cas de dégénérescence amyloïde.
La sérumglobuline accompagnant toujours la sérine dans l’urine, il en résulte pour elle une valeur diagnostique nulle ; elle peut avoir une certaine impor-
(1) Edlefsen, D. Arch. f.klin. Méd., t. VH, p. 67.
(2) Senator, Virehov’s Archiv, t. LX, p. 476, 1874.
(3) Pétri, Dissert. Berlin, 1876.
FIBRINE
tance quand elle se combine au fibrinogène excrété en même temps qu’elle pour donner un coagulum de fibrine dans l’urine. Edlefsen croit que, outre quelques coagulums de fibrine pure visibles à l’œil nu qui se forment dans la vessie et se retrouvent dans les sédiments urinaires, les produits de la coagulation constituent les cylindres urinaires, de telle, sorte que la paraglobuline en solution dans l’urine représente l’excès de cette matière non utilisé dans la production de la fibrine.
FIBRINE
Conditions d’apparition dans l’urine, signification pathologique. — La présence de la fibrine dans l’urine résulte du mélange à celle-ci d’un liquide renfermant ses éléments générateurs. Ce liquide ne peut être que le plasma du sang, dont l’épanchement a lieu le plus souvent dans le rein, mais peut aussi se produire en un endroit quelconque des voies urinaires.
La fibrine résultant de l’union du fibrinogène dissout dans le plasma sanguin avec a sérumglobuhne ou fibrinoplastique des globules blancs sous l’influence du ferment de Schmidt, celui-ci s’extravasant avec la paraglobuline, hors des globules blancs, quand le sang est sorti de ses vaisseaux, il en résulte que l’urine qui contient de la fibrine doit renfermer de la sérumglobuline ou paraglobuhne en dissolution.
La matière fibrineuse peut se trouver dans l’urine soit coagulée, soit en dissolution. Coagulée, elle se présente sous forme de filaments ou de flocons incolores, compacts ou gélatineux, comme dans la chylurie ou à la période finale du croup et de la diphtérie. Quand elle est en solution, elle se coagule postérieurement à l’émission de l’urine, tantôt en flocons adhérents aux parois du vase, tantôt dans toute la masse du liquide qui prend une consistance gélatineuse ; l’urine spontanément coagulable est très rare et a été observée dans les pays exotiques, au Brésil et à l’Ile de France, où elle accompagne la chylurie endémique.
La flbrinurie a été également constatée dans un cas de maladie de Bright,par Vogel, puis par Muller, après application de vésicatoires et absorption de cantharidine, par Senator (1).
La fibrine est le plus souvent accompagnée de globules rouges qui indiquent son origine, au moins pour une partie, si elle est relativement très abondante comme dans la chylurie (voir p. 849).
ALBUMOSES OU PROPEPTONES
Sous le nom d’albumoses (1), on comprend aujourd’hui des produits intermédiaires entre l’albumine et la peptone formés pendant la digestion pepsique et
(1) Senator, Virchov's Archiv, t. LX, p. 490, 1874.
(2) C’est aux travaux de Kühne et de ses élèves que
doit les connaissances
992 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARKIER
pancréatique des matières albuminoïdes, ainsi que dans l’action, sur celles-ci, des acides, de l'eau surchauffée, de solutions salines, etc. C’est la propeptone de Sehmidt-Mülheim ; les a- et (3-peptone et la métapeplone de Meissner ne sont que des albumoses. Comme pour les peptones, on peut dire que chaque matière albuminoïde donne une albumose particulière, les diverses albumoses ne différant cependant que par certains points l’une de l’autre.
Propriétés des albumoses. — Les recherches de Kuhne et Chittenden ont établi que les produits de la digestion des matières albuminoïdes contiennent trois albumoses : V hétéro-, la proto- et la deutéro albumose. Sans étudier en détail toutes leurs propriétés communes et distinctives, disons seulement que les albumoses sont solubles dans l’eau, les acides et les alcalis dilués, que ces solutions sont lévogyres, non dialysables, précipitées par l’acide nitrique, picrique, métaphosphorique, ferrocyanhydrique (acide acétique plus cyanure jaune) ; ces précipités se dissolvent à chaud pour reparaître à froid. Les mêmes solutions sont précipitées encore par le sulfate d’ammonium ajouté jusqu’à saturation. L’alcool ne précipite que les solutions neutres.
Kuhne et Huppert ont reconnu que l’albumose qu'ils ont trouvée dans l’urine est identique à l’héléroalbumose.
L’urine étudiée par Kühne (1) était très acide, se troublait par la chaleur entre 43° et 30° ; le précipité dissous à l’ébullition se reformait par le refroidissementl’acide nitrique produisait un précipité soluble à chaud, insoluble à froid. Le liquide donnait les réactions de Millon et du biuret et précipitait à froid par le tanin, l’acide picrique, l’acide ferrocyanhydrique, le mélange de sel marin à saturation et d’acide acétique, etc. L’albumose précipitée complètement par l’alcool fort, lavée à l’alcool absolu, se redissolvait intégralement dans l’eau froide. Traitée par quelques gouttes de soude (le carbonate ne donne pas la réaction), puis filtrée, l'urine neutralisée ensuite par l’acide acétique donnait un précipité d’albuminate sodique soluble à chaud et reparaissant à froid, comme le fait l’hétéroalbumose dans les mêmes conditions.
Voici maintenant les caractères de l’urine observée par Huppert : liquide à réaction alcaline au moment de l’émission, se troublant par la chaleur (entre îi3° et 39°) après acidulation légère par l’acide acétique, devenant laiteuse par le refroidissement et s’éclaircissant presque complètement à l’ébullition ; après refroidissement, précipité floconneux, abondant, occupant environ un quart du volume total. L’urine diluée au cinquième donnait des réactions aussi intenses que le liquide non dilué. Quant aux divers réactifs de coagulation, ils se comportaient comme avec une solution alcaline d’albumose.
Neumeister (2) a indiqué un procédé qui permettrait la séparation des diverses albumoses de la digestion qui pourraient passer dans l’urine.
Conditions d’apparition dans l’urine, signification pathologique. — L’albumose n’existe jamais qu’en faible proportion dans 1 urine, et d une façon qui semble le
actuelles sur les albumoses; consulter à ce sujet, tout particulièrement: Kühne et Chittenden, Zeitsch f. Biol., t.XX.p. 11 ; t. XXII, p. 409; t. XXV, p. 358.
(1) Kühne, Zeitsch. f ■ Biol., t XIX, p. 211.
(2) Neumeister, Zeitsch f. Biol., t. XX, p. 282, et t. XIV, p. 267.
PEPTO.NES
plus souvent passagère; cependant, comme pour la glucose, on observe quelquefois une seconde forme continue d’albumosurie.
On ignore l’origine exacte de l’albumose urinaire ; elle apparaît sans doute dans les mêmes conditions que la peptone qu’elle accompagne souvent et avec laquelle elle peut alterner ; mais elle peut provenir, comme la peptone d’ailleurs, de l’action des bactéries sur l’albumine de l’urine abandonnée au repos.
On ne connaît encore qu’avec bien peu de certitude les rapports de l’albumosurie avec les diverses maladies.
L’albumosurie continue , toujours symptomatique, d'après Rallier ( 1 ) , des tumeurs myéliques multiples des os, n’a été observée que trois fois dans l'ostéomalacie, par Bence-Jones (1848), par Kühne (1883) (2), enfin par Huppert (1889) (3). Un quatrième cas, signalé par Stokvis (4), est relatif à une ostéoporose avec sarcomes multiples, enfin le dernier, de Ribbinck (b), est relatif à un ostéosarcome.
Les cas d’albuminosurie transitoire sont plus nombreux : l'albumose faisant partie du sperme a été trouvée naturellement dans l’urine mélangée de sperme (Noorden et Posner) ; absente constamment dans l’urine de l’ostéomalacie même la plus grave (Kahler, Langendorfî et Mommsen, Bence-Jones et von Jakscli), ainsi que dans le rachitisme (von Jaksch), on l’a trouvée dans la dermatite, la pneumonie croupale, l’abcès du foie, l’ulcère intestinal, la péritonite carcinomafeuse, la néphrite, la paramétrite, l’endocardite, la phtisie, la carie péripleurélique, la coxalgie réséquée, etc. (Senator et Ter-Gregoriantz), la scarlatine et la î ougeole (Lœb), 1 urticaire (Leube), l'atrophie jaune aiguë du foie (Rosenheim), une grossesse molaire (Kottnitz), les maladies cérébrales (Kôppen, Fürslner),
1 albuminurie intermittente (Senator).
Kôppen a observé souvent l’apparition de l'albumose avant l’albuminurie, dans les affections cérébrales dont elle paraît être le signe précurseur.
Elle a été trouvée dans l’urine de cobayes enduits de pétrole avant l'établissement de l’albuminurie franche (Lassar), et dans celle d’autres animaux de même espèce après injection sous-cutanée de glycérine (Jitta).
La proportion d’albumose que peut contenir l’urine varie beaucoup suivant les circonstances ; ainsi, tandis que Kühne a eu entre les mains une urine tellement riche qu’une partie de l’albumose ne pouvait pas se tenir en dissolution, Bence-Jones n’en trouvait que 6,7 p. 100 et Huppert descendait à 0,3 p. 100.
PEPTONES
On connaît aujourd’hui deux espèces de peplones: — 1° celles qui constituent la partie des produits de la digestion des albuminoïdes vrais dont la solution, en
(1) Kahler, Prag. med. Wochensch., t. V, 1889.
(2) Kühne, Zeitsch. f. Biol., t. XIX, p. 209, 1883, et t. XX, p. 40, 1884.
(3j Huppert, P rager med. Wochensch., 4, 1889.
(4) Stokvis, Juhr. f. Thierch., 1891, p. 413.
(5) Bibbmck, Diss. Amsterdam, 1892, et Jarh. f. Th., 1892, p. 491.
présence d'un sol neutre, n'est pas précipitée par l’acide ferrocyanhydrique : cesont les peptones de Brücke ; —2° celles qui forment la partie de ces produits non précipitable par saturation de leur solution au moyen du sulfate d’ammonium : ce sont les peptones de Kühne.
D’après ce que l’on sait des albumoses, il semble que les peptones de Brückedevraient représenter un mélange, en proportions variables, de peptones de Kühne et d’albumoses (deutéro- et protoalbumose), ce qui est complètement en désaccord avec les propriétés de la peptone de Kühne. D’ailleurs, on ne sait pas. si la peptone de Brücke contient réellement de l'albumose, et, d’autre part lesulfale ammonique ne permet pas de séparer de la peptone de Kühne la deutéro-albumose qui provient de la prolo-albumose.
Conditions d’apparition dans les urines, signification pathologique. — Le san» normal ne contenant pas trace de peptone, il est évident que l'urine normale doit en être également exempte, ainsi que l'ont démontré successivement Stokvis, Lehmann, Hofmeister (1), Leube, Plosz, Drosdorff et tant d’autres. Quand la peptone prend naissance en grande quantité en un point quelconque del’économie par la décomposition de tissus organisés physiologiques comme le foie, l’utérus, ou pathologiques comme les néoplasmes ou les exsudats riches en éléments cellulaires (pus), elle transfuse de son lieu de production dans le sang, et de là dans l’urine. Cette décomposition doit atteindre un degré tel que la peptone déversée dans le sang puisse, après s’être diffusée dans tout l’organisme arriver en quantité suffisante au filtre rénal ; il y a là une condition sine qua non de la peptonurie.
Ce n’est que sous des influences pathologiques assez rares que la peptonepasse dans l’urine, et les conditions de son apparition n’ont rien de commun avec celles de la sérine et de la globuline ; jamais elle n’est la conséquence d’une néphrite ou de troubles de la circulation rénale, du moins elle n’apparaît alors qu’à côté des albunlines citées ; il y a donc peptonurie avec ou sans albuminurie concomitante. Maixner, à qui l’on doit des recherches si nombreuses et si soignées sur la peptonurie, nie toute relation entre les deux corps ; au cas ou peptone et sérumalbumine transsudent ensemble, leur apparition est due à deux processus simultanés, mais absolument distincts et sans rien de commun. Rappelons cependant que Senator prétend que la-peptone se trouve dans toute urinealbumineuse, et que Pétri dit en avoir constaté la présence dans la majeurepartie des cas de maladies du rein.
Rien ne prouve l’identité de la peptone urinaire et des peptones de la digestion (Maixner) ; elle paraît identique avec celle des collections purulentes.
On a depuis longtemps tenté une classification de la peptonurie ; mais, outre que les divers groupes constitués ne sont pas toujours délimités par une ligne de démarcation suffisamment nette, ils ne permettent pas d’y faire rentrer tous les castrés divers de peptonurie qu’on a pu observer. Voici cette classification:
1° Peptonurie pyogène. — Se produit quand il y a, en un endroit quelconque de l’organisme, un foyer purulent, et que le pus, riche en peptone, stagne Ion»
(1) Hofmeister, Zeitsch. f. physiol. Chem ., t. IV, p. 253, 1880.
PEPTONES
temps ou s’épanche brusquement dans une cavité à vaste surface permettant la résorption ; les peptones résorbées par le sang vont ensuite aux urines.
Cette forme a été observée dans la pneumonie croupale, la pleurésie purulente, la bronchorrhée, la fonte purulente des poumons tuberculeux, les abcès profonds, la méningite suppurée (1), la méningite cérébro-spinale épidémique (Maixner) (2), le rhumatisme articulaire aigu (assez rarement), la septicémie avec foyers purulents, dans un cas de rupture de kyste ovarique purulent (von Jaksch) (3), ■dans l’ostéite purulente (Wassermann) (4), la pleurésie chronique, l’angine, le rhumatisme musculaire, la parotidite (Pacanowski) (3), la péritonite et la pleurésie purulentes (Brieger) (6).
La peptonurie puerpérale, qui apparaît dès la seconde moitié du jour de l’accouchement pour disparaître au plus tard au douzième jour suivant [Fischel (7), Biagio (8)], se rattache sans doute à la précédente.
Cependant Fischel a constaté la présence fréquente de la peptone en petite quantité dans l’urine des femmes enceintes à partir de la huitième semaine •avant 1 accouchement, sans en trouver la cause. La proportion de peptone était plus forte dans un cas d’utérus gravide avec fœtus mort observé par Kottnitz (9).
2° La peptonurie entérogène que Maixner attribue au passage direct de la peptone de 1 intestin dans le sang à travers la paroi privée par places de muqueuse, •a été constatée dans le typhus abdominal (Maixner), à la période de défervescence des maladies exautliémiques diverses: typhus abdominal, typhus exanthémique, variole, rougeole, érysipèle, etc... (Pacanowski), dans le typhus et la malaria (Grocco) (10).
3° La peptonurie hématogène, qùi est consécutive à l’extravasation du sang sous la peau et résulte soit de la résorption des globules du sang, soit de troubles de nutrition analogues à ceux de l’embolie, s’observe dans le scorbut (von Jaksch), le purpura hemorrhagica (Grocco), les ecchymoses trauiriatiques (Pacanowsky), après injection sous-cutanée de gaïacol ou ingestion d’antipyrine (Piccinini) (il).
4° La peptonurie hëpatogène est causée par la destruction des éléments cellulaires du foie dans la cirrhose (Brieger) et l’atrophie aiguë (Brieger, Schultzen ■et Riess) (12), l’hépatite interstitielle, le carcinome (Sladelmann) (13), latuméfac-
(1) Application au diagnostic différentiel d’une méningite suppurée et d’un cholestéatome voisin de l’oreille interne, pouvant également expliquer les accidents cérébraux •observés (Senator, D. med. Wochensch., 1895, p. 217).
(2) Maixner, Zeitsch. f. klin. Med., t. VIII, p. 234, 1884.
(3) Von Jaksch, Zeistch. f. klin. Med., t. VI, p. 413, 1882.
(4) Wassermann, De la peptonurie , thèse inaugur. Paris, 1885.
(5) Pacanowski, Zeitsch. f. klin. Med., t. IX, p. 429, 1883.
(6) Brieger, Ueber das Vorkommen von Pepton im Harn, Diss. Breslau, 1888.
(7) Fischel, Centralbl. f. Ggnœk., 1889, p. 27.
(8) Biagio, Centralbl. f. Gynœkol., 1887, p. 529.
(9) Kottnitz, Deutsch. med. Woch., 1888, p. 613.
(10) Grocco, Annali unie, di medic., août 1884.
fil) Piccinini, ^Inn. di chim. e di farm.. t. XV11I, p 330, 1893.
(12) Schultzen et lliess, Chem. Centralbl., 1869, p. ÜS1.
<13) Stadelmnnn, Arch. /'. klin. Med., t. XXX111, p. 520, 1883.
lion du foie dans des maladies apyrétiques (Bouchard) (1), l'empoisonnement aigu par le phosphore, accidentel (Schullzen et Hiess, Maixner, von Jaltsch Harnack, Robitschek (2) ou expérimental (Fischel) (3), l’injection de la lymphe de Koch (Stokvis).
!i° Enlin la peptonurie carcinomateuse, que Maixner a observée dans un cas de cancer intestinal, Pacanowski dans des cancers de l’œsophage, du rectum et de l’utérus, et Brieger dans des cancers de l’œsophage, du duodénum et de l’intestin mais non de l’utérus, du cerveau, du foie, de la glande mammaire, du péritoine, etc. Pacanowski rattache la peptonurie à la diathèse cancéreuse quel que soit son siège, tandis que Maixner prétend qu’elle est spéciale au cancer de certaines régions, particulièrement du tube digestif, ce qui est conforme aux résultats des observations de Brieger.
Le peptonurie accompagne souvent les troubles de la digestion et particulièrement la dilatation de l’estomac (Bouchard).
Malgré l’augmentation considérable du nombre des globules blancs, la leucémie ne provoque pas la peptonurie (von Jakscli, Senator) qui, par contre apparaît assez fréquemment chez les aliénés (Senator).
Dans la néphrite, la peptone n’accompagne jamais les diverses albumines du sérum (Hupperl); cependant elle passe dans l’urine des diverses complications de la scarlatine (Arslan-Ervant) (4).
Maixner a dosé la peptone à l'aide de la méthode colorimélrique de Hofmeisler, et trouvé que sa proportion varie dans de très grandes limites, même pour une seule maladie; ainsi l’empyème a donné de 0!r,66 (4", 96 pour 24 heures; à 0-r,065 p. 100, une pneumonie croupale de 0^,69 à 0,76 p. 100 ou 4 grammes au moins dans les vingt-quatre heures; il a trouvé de 0,33 à 0,74 p. 100 dans une péritonite suppurée.
La recherche et l’extraction des peptoues se font au moyen des procédés imaginés par Hofmeister (5) qui précipite la peptone de Brücke par l’acide phospho tungstique et celle de Kühne par le tanin. Arslan-Ervant opère beaucoup plUs simplement; il élimine l’albumine parla coctionoule ferrocyanure de potassium acétique, puis ajoute, à S centimètres cubes du flltralum, 10 gouttes d’acide acétique et autant du réactif suivant : HgCl2 1 gramme, 1K 3 grammes, pour eau 60 grammes ; il considère comme formé par de la peptone le précipité qui pren drait naissance dans ces conditions et serait insoluble dans de l’alcool absolu
Dans sa thèse inaugurale sur l’albumosurie et la- peptonurie, Sens (6) s’est attaché à rechercher si la peptonurie existe réellement; l’auteur considère comme seules vraies peptones, les peptones de Kühne non précipilables par saturation de leur solution au moyen du sulfate d’ammonium qui élimine au contraire, les albumoses. Ses recherches ont porté sur l’urine des suppurations
(t) Bouchard, Union médicale , 188G, p. 136-137.
(2) Robitschek, Jahr.f. Thierch., t. XXlll, p. 616, 1893.
(3) Fischel, Centralbl. f. Gynaekol., 1889, p. 420.
(4) Arslan-Ervant, C. R. Soc. de Biol , t. XLV, p. 133, 1893.
(5) Hofmeister, Zeiisch. f. physiol. Ch., t. IV, p. 233, 1880.
(fll Sens, L'eber Albuiïiosurie und Peptonurie, lng. Dissert., Berlin 189’ 1892, p. 491.
et Jahr. f . p/.
HÉMOGLOBINE ET MÉTHÉMOGLOBINE. - DIASTASES 907
dégénérescences et décompositions des tissus (pneumonie croupale, phtisie avec crachats abondants, pleurésie purulente et séreuse, pyopneumothorax, pérityphlite, néphrite hémorrhagique, etc.). Il élimine d’abord la majeure partie des albumoses par l’ébullition avec le mélange d’acétate de soude et de chlorure ferrique, précipite le filtratum par le tanin, dissout le précipité dans la baryte et le fait bouillir, filtre à nouveau, neutralise le liquide par l’acide sulfurique étendu, puis le sature par le sulfate ammonique pour éliminer toute trace d’albumose, filtre encore après vingt-quatre heures, et consacre enfin le produit final à la réaction du biuret. Dans tous les cas précédemment énumérés et considérés, d’après les anciens procédés d'analyse, comme accompagnés de peptonurie, il n’a jamais pu constater dans les urines la présence de la peptone de Kiihne. Les produits d’exsudations purulents et autres ne contiennent que des albumoses et non de véritables peptones que l’on devrait retrouver aussi dans l’urine à côté des albumoses; et, par suite, la peptonurie, qui n’existe pas, doit être remplacée par le terme d’ albumosuric qui est seul exact.
Enfin, dans une récente communication à la Société de médecine de Berlin, Senator (1) vient, après Stadelmann, Von Noorden et Sens, de soutenir que ce que 1 on a pris pour des peptones n'est, en réalité, que de la propeptone ou albumose ; car jamais il n a obtenu la réaction du biuret en traitant d’abord l’urine par le sulfate d ammonium à saturation qui précipite les albumoses. Cette propeptone lui paraît être la prolalbumose plutôt que la deutéroalbumose. Le procédé de recherche qu’il préconise, pour l’examen rapide et sûr des urines, est celui de Salkowski, modification simplifiée de celui de Hofmeister, et qui consiste à soumettre à la réaction du biuret la solution sodique, faite à chaud, du précipité phospliotungstique obtenu dans l’urine.
HÉMOGLOBINE ET MÉTHÉMOGLOBINE
Ces matières colorantes de nature protéique n’apparaissent dans les urines qu’à l’état pathologique, dans les cas d’hématurie et d’hémoglobinurie; nous avons vu, ailleurs (2), tout ce qui leur est relatif à ce point de vue spécial de leur histoire chimique. Ajoutons seulement que, dans l’hémoglobinurie paroxystique essentielle, l’urine contient non de l’hémoglobine, mais de la méthémoglobine dont Hayem (3) rattache la production à la présence, dans le sang, d’une substance toxique méth^moglobinisante encore inconnue-.
DIASTASES
Jusqu’à présent, l’on a démontré la présence certaine, dans l’urine, de deux diastases : la pepsine et une sucrase. Benderski(i) dit avoir trouvé, dans Turine
(1) Senator, D. med. Wochensch., 1893, n 14. p. 217.
(2) Voir Anal. chim. des liq. et des tissus de l'organisme , p. 108-111.
(3) Hayem, Soc. med. des. hâpit , 7 juin 1895.
(4) Benderski, Jahresb. f. Thierch., t. XX, P- 190, 1890.
normale et dans certaines urines pathologiques, à côté des deux diaslases précédentes qu’il nomme uropepsine et uroptyaline, un ferment soluble analogue, sinon identique à la trypsine, Yurotrypsine. Quant au ferment coagulant de la caséine ou lab, sa présence est douteuse.
Pepsine. — La pepsine existe non seulement dans l'urine normale de l’homme mais aussi dans celle des animaux (chien, cobaye), et apparaît surtout en dehors des heures de la digestion stomacale; ainsi, tandis que le minimum correspond toujours aux premières heures qui suivent le principal repas on observe des maxima, le matin à jeun, avant le repas de midi, puis avant le dernier repas de la journée.
On constate la présence de la pepsine dans l’urine par le procédé suivant • on immerge pendant deux heures, dans l’urine, quelques flocons de fibrine fraîche, les retire et les lave à l’eau ; puis, on les met digérer à 40° dans de l’eau contenant 2 p. 100 d’acide chlorhydrique. La fibrine se dissout, et l’on constate dans le liquide la présence des propeptones et surtout de la peptone (Sahli) (i)
Sucrase. — Béchamp a retiré depuis longtemps, de l’urine, une diastase qui saccharifle l’amidon et qu’il a nommée néphrozymase. Ce ferment saccharifiant existe encore aussi bien dans l’urine de l’homme que dans celle des animaux, chiens et cobayes, et sa sécrétion maximum a lieu après' le principal repas, tandis qu’on observe des minirna, la nuit, avant le repas et pendant l’inanition. Comme la néphrozymase de Béchamp, il est précipité do l’urine par l’alcool.
Pour caractériser cette diastase, on peut faire réagir sur de l’empois d’amidon frais, à 40°, soit l’urine naturelle, soit la solution aqueuse du précipité qu’elle donne avec l'alcool, soit enfin les flocons de fibrine qui, par macération dans l’urine, ont fixé toutes les diastases qu’elle contient, et constater la production de sucre par la liqueur cupro-potassique.
La présence du lab dans l’urine, indiquée par Grützner, Holovtschiner et Helwes, est contestée par Boas (2).
(1) Sahli, Pflüger's Archiv, t. XXXVI, 1885.
(2) Boas, Cenlr. f. d. med. Wissensch , 1887, p. 418, et Zeitsch. f. /clin. Med., t. XIV p. 264, 1888.
MATÉRIAUX INORGANIQUES DES URINES