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Variations pathologiques du soufre neutre
On doit à Lépine une étude toute spéciale des variations que montre le soufre nou.ie par î apport au soufre acide, dans les affections pathologiques qui modifient la sécrétion biliaire. Dans l’ictère de nature diverse, il a observé, chez l’homme, de 24 a 02 p. 100 de soufre neutre et une proportion de soufre difficilement oxydable de quatre à cinq fois plus considérable qu’à l’état normal, ce qui paraît en opposition avec le résultat de la fistule biliaire chez le chien, laquelle ne produit qu une diminution insignifiante du soufre difficilement oxydable. Lépine et (iuénn ont vu le soufre neutre monter jusqu’à 25 et 40 p. 100 du soufre total, consécutivement à des obstacles artificiellement opposés au cours normal de la bile; il en est de môme chez l’homme, en suite de l’obstruction du canal cholérique par le cancer ou par des calculs biliaires, dans la fièvre intermittente avec ictère, dans l’ictère chronique et, à un moindre degré, dans la cirrhose atrophique du foie (Lépine, Voirin).
On peut donc dire que tout obstacle naturel ou artificiel à l’écoulement normal de la bile vers l’intestin détermine l’augmentation du soufre neutre par rapport au soufre total, mais, en outre, d’après Zülzer, une augmentation relative de ce dernier. C est, d’ailleurs, ce que viennent confirmer les chiffres suivants, obtenus par Robin (2) dans l’urine des vingt-quatre heures d'un cas d’acholie sans ictère (3.000 centimètres cubes d’urine peu colorée) :
en S01HÜ cn S04H2
Acide sulfurique préexistant. 2^r 510 S ^es su^a^es . 2Kr,283
( des sulfoconjugués .... 0 227
Soufre neutre . 18r 944 j ^ac*^ement oxydable... 0 441
’ ( difficilement oxydable.. 1 503
(4 ) Voirin, Thèse inavq . . p. 32 et 33.
(2) Robin, Jahresb. f. Thierch., t. XIV, p. 471, 1884.
Robin rattache la forte proportion de soufre difficilement oxydable à la taurine, c’est-à-dire à la persistance du processus de formation des acides biliaires, les pigments normaux se trouvant remplacés par l’urohématine ; il s’agit donc là d’un cas A'acliolie pigmentaire.
Dans la cystinuric, Stadthagen a trouvé plus de soufre neutre (22,4 p. 100) que dans l’urine normale; presque la moitié de ce soufre (3/7) était constitué par du soufre facilement oxydable, ce qui s’explique tout naturellement ; d’ailleurs, l’ingestion de cystine est suivie d’une augmentation simultanée du soufre neutre et du soufre acide (Goldmann) (1).
Dans d’autres maladies, particulièrement dans la pneumonie sans ictère, le soufre neutre peut encore être augmenté, mais affecter, dans ce cas, tout spécialement le soufre facilement oxydable, tandis que, dans les affections hépatiques, c’est le soufre difficilement oxydable qui est accru.
Le soufre neutre augmente également dans la plupart des maladies aiguës d’origine microbienne, telles que tuberculose, fièvre typhoïde, pneumonie, probablement par suite de l'action irritante, sur les cellules du foie, de toxines et autres produits azotés de déchet qui provoquent une hypercholie avec exagération de la production d’acide taurocholique et, consécutivement, de la taurine qui est résorbée dans l’intestin ; mais, dans les affections chroniques, le rapport du soufre neutre au soufre total reste normal, pourvu que le foie garde son intégrité fonctionnelle (Voirin).
Dans les intoxications lentes par les poisons minéraux ou organiques qui exercent sur le foie une action élective, dans l’empoisonnement expérimental par l’arsenic, le phosphore, l’acide pyrogallique par exemple, on observe encore une augmentation relative du soufre difficilement oxydable, mais après une période préalable et plus ou moins longue de diminution, ce qui fait supposer' qu’il est nécessaire de laisser au toxique le temps de s’accumuler dans le foie. Si l’on agit mécaniquement sur la cellule hépatique, soit en détruisant le foie soit en le privant de sa circulation, on constate une augmentation analogue, mais qui se produit d’emblée (Voirin et Lambert) (2).
SOUFRE TOTAL
Nous avons dit que c’est au père Le Canu que l’on doit la première tentative de détermination du soufre total, que l’auteur avait trouvé compris entre 3*' 7 a et 0îr, 088 d’acide sulfurique SO!Ha, soit une moyenne de 2«r,t73. Mais la plupart des chimistes qui ont étudié l’excrétion du soufre urinaire ont donné le nom de soufre total à la somme des sulfates et des sulfoconjugués, c’.est-à-dire au soufre acide, et ont négligé le soufre neutre. Il faut arriver jusqu'à Beck et Benedickt (1893) pour voir une première détermination exacte de la totalité absolue du soufre urinaire ; voici les résultats obtenus par les auteurs précédents, puis par Thorion et par Voirin :
(1) Goldmann, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. IX, p. 260, 1885.
(2) Voirin et Lambert, Arch. de physiol. norm. et pathol., janvier 1895, p. 59.