‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 651 sur 722 · GLANDES MAMMAIRES PENDANT LA LACTATION · texte numérisé non relu

GLANDES MAMMAIRES PENDANT LA LACTATION

Les glandes mammaires sont des glandes en grappe, dont les culs-de-sac sont tapissés par des cellules polygonales qui subissent des modifications caractéristiques, dès que s’établit la période de lactation, un peu avant, puis quelques mois après la parturition.

Au début et pendant les premiers jours, quelques-unes des cellules polygonales à contenu granuleux et à noyau, qui sont mélangées à des globules blancs, augmentent de volume, s’arrondissent et perdent leur opacité, en même temps que le noyau s’excentre de plus en plus; elles donneraient naissance alors aux globules caractéristiques du colostrum, que d’autres font provenir de la dégénérescence graisseuse des leucocytes qui seraient arrivés par migration dans les alvéoles.

Plus lard, les cellules glandulaires devenues transparentes et cylindriques se remplissent de gouttelettes de graisse accumulées surtout vers le centre du culde-saç ; puis ces gouttelettes font irruption hors de la cellule en entraînant avec elles une partie du protoplasma qui se dissout dans le liquide sécrété et laisse les globules graisseux libres. Mais, en même temps que la partie libre et superficielle de la cellule subit cette modification sécrétoire, la partie profonde opposée se régénère, en sorte que les deux pôles de la cellule sont le siège de phénomènes inverses de fonte sécrétoire et de régénération, auxquels l’opération de la succion par le nouveau-né, ou de la traite, imprime une suractivité. Dès lors, la glande mammaire donne le lait normal, des éléments duquel il reste à déterminer l’origine.

Origine des principes constituants du lait

Le lait peut être considéré comme une solution aqueuse de lactose ou sucre de lait et de sels, tenant en émulsion des corps gras et de la caséine, une partie de celle-ci étant également dissoute.

1° Lactose. — Yu son absence dans le sang, la lactose doit se former dans les glandes mammaires aux dépens de la glucose d’origine alimentaire en circulation dans le sang; on observe, en effet, que l'injection de glucose dans le sang de chiennes et de lapines détermine le passage de cette substance dans toutes les sécrétions, excepté dans le lait, qui ne renferme que de la lactose (Cl. Bernard) et que, des lapines injectées, celles qui allaitent laissent passer la glucose en moindre quantité et moins longtemps que celles qui ne nourrissent pas (Becker) Il faut reconnaître que l’on n’a pu constater la présence, dans le sang, du second des termes générateurs de la lactose, la galactose.

P. Bert et Schutzenberger (1) ont constaté l’existence, dans le pis de la vache en lactation, d’une matière lactogène, bien différente du glycogène, aux dépens de laquelle se formerait la lactose. Puis, Thierfelder (2) a observé la formation d’un corps réducteur qu’il considère comme du sucre de lait, dans l’extrait aqueux de la glande mammaire fraîche abandonnée pendant quatre heures k l’étuve k 40°; cette lactose proviendrait d’une substance saccharigène soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et l’éther, non colorée par l’iode et bien distincte du glycogène, sous l’influence d’un ferment particulier.

Enfin, quelques auteurs ont admis que la lactose peut encore provenir de la régression des matières albuminoïdes; en effet, la femelle exclusivement nourrie de viande continue indéfiniment k produire du sucre de lait, en proportion sensiblement moindre cependant que si le régime est mixte et contient des hydro carbonés.

2» Corps gras. — L’observation histologique de la glande mammaire, dont nous avons précédemment donné les résultats succincts, semble donner la preuve que la graisse du lait se forme dans les cellules épithéliales des culs-de-sac glandulaires, aux dépens du protoplasma cellulaire avec les débris duquel les globules graisseux tombent dans la lumière libre de l’alvéole.

Il est démontré, d’ailleurs, qu’une alimentation azotée riche augmente nota blement la proportion de principes gras contenus dans le lait (Szubbotin) quj baisse, au contraire, avec un régime riche en graisses; et Kemmerich a observ ■ que le lait peut contenir beaucoup plus de graisses que l’alimentation n’en introduit dans l’organisme. Il résulte cependant, des recherches de Voit qUe toute la matière grasse du lait ne se forme pas dans la glande mammaire et qu’une partie au moins provient des graisses du sang dont le passage à travers la glande modifie les propriétés, de la même façon que l’émulsion des graisses

(1) Gazette médic. de Paris, 1879, n“ 2; consulter aussi P. Bert, sur de lait, C. R. Acad, des Sc., t. XCVI1I, 1884.

(2) Thierfelder, Pflüger's Archiv, t. XXXII, p. 619, 1883, et Jahr. f. p. 157.

l’origine du sucre

Thierch., t. XJ11

SÉCRÉTION LACTÉE, LE LAIT

animales, en présence soit de l’extrait aqueux de mamelle de vache, soit de la pulpe de mamelle fraîche broyée, communique à ces graisses la plupart des propriétés physiques et chimiques des corps gras du lait réunis dans le beurre.

3° Caséine. — L'absence de caséine dans le sang est la preuve qu’elle se forme dans la mamelle, aux dépens de l’albumine du sang; d’ailleurs, le colostrum des premiers jours de la sécrétion mammaire ne. contient presque que de l’albumine et très peu de caséine ; mais celle-ci augmente assez rapidement à mesure que s’établit la sécrétion, tandis que l’albumine diminue, si bien que le lait parfait ne renferme plus que des traces d’albumine. La transformation de l’albumine en caséine s’accompagne de la mise en liberté d’une partie de son soufre que l’on retrouve d’ailleurs dans le lait sous forme de sulfates, contrairement à l’opinion généralement admise que le lait est exempt de ce genre de sels ; il se produit ainsi une caséine soluble qui s’unit à une caséine insoluble contenant de la nucleine et dérivée, elle, du protoplasma cellulaire, pour constituer la caséine ou plutôt la matière caséinogène telle que la renferme le lait.

Kemmerich a montré que la transformation de l’albumine en caséine continue à s’effectuer dans le lait sorti de la mamelle et surtout dans le colostrum, sous l’influence d’un ferment que Doehnhardt aurait isolé; d’ailleurs, on obtient une substance albuminoïde analogue à la caséine quand on abandonne une solution aqueuse d’albumine, additionnée d’un peu de carbonate de soude, au contact de la pulpe de glande mammaire fraîche de cobaye.

4° Sels. — Les sels proviennent évidemment du sérum sanguin ; mais il se produit encore, à leur égard, une action élective spéciale de la glande, puisque les phosphates de potassium et de calcium y prédominent.

Influences diverses sur la sécrétion lactée

L’innervation exerce une action manifeste sur la sécrétion lactée, ainsi que le prouvent les rapports connus des glandes mammaires avec les organes génitaux, outre la compensation qui résulte de la suppression des époques menstruelles pendant la lactation; mais les résultats de l’expérimentation physiologique sont encore incertains.

La sécrétion lactée est augmentée, et peut même reparaître après sa suppression, par l'application des courants induits sur la glande (Becquerel, Auber). Le jaborandi agit sur elle comme sur les autres sécrétions, tandis que la pilocarpine etl’atropine la diminuent (llammerbacher;.

La quantité de lait sécrétée par un animal varie beaucoup suivant l’espèce et même chez un individu donné. Chez la femme de corpulence moyenne, elle est de 900 à 1.000 grammes, soit environ 16 grammes par kilogramme du poids du corps, pour les vingt-quatre heures. Lampérierre, cité par Beaunis (1), donne des chiffres plus élevés: 1.350 grammes en vingt-quatre heures, soit 22 grammes par kilogramme du poids du corps.

La vache donne de 6 à 10 litres de lait par jour. Nous aurons, d’ailleurs, à reve-

(1) Beaunis, Physiologie, 1888, t. II, p. 198.

nir sur les variations de la sécrétion sous des influences diverses, normales ou pathologiques.

CAHACTÈRES GÉNÉRAUX DU LAIT

Propriétés physiques

Le lait est un liquide opaque, blanc pur, jaunâtre ou bleuâtre, d’odeur particulière rappelant toujours un peu celle de l’animal, de saveur douce et sucrée Sa densité varie de 1028 à 1034 à 15°.

Le tableau suivant, emprunté à A. Gautier, contient les résultats de divers auteurs pour la densité du lait des espèces animales les plus connues :

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