CASÉINE DU LAIT DE FEMME
Tandis que la caséine du lait de vache est précipitée complètement par la saturation du liquide au moyen soit du chlorure de sodium, soit du sulfate de magnésium, celle du lait de femme n’est pas précipitée par le chlorure de sodium, mais en revanche le sulfate de magnésium la précipite plus facilement que celle des ruminants. On a cru longtemps que les acides coagulaient par la caséine du lait de femme; Pfeiffer et Schmidt ont montré qu’ils se comportent à son égard comme avec la caséine du lait de vache, mais que le coagulum, formé de flocons très Ans et très mous, se redissout, avec la plus grande facilité, dans le moindre excès d’acide ; le meilleur moyen de précipiter toute la caséine du lait de femme, il est vrai avec les autres matières albuminoïdes, consiste à additionner le lait préalablement neutralisé par l’acide chlorhydrique, de deux volumes d’alcool.
La caséine ainsi obtenue est blanche, volumineuse, légèrement acide ; au contact de l’eau, elle gonfle considérablement et semble se dissoudre ; elle se dissout très facilement dans les acides dilués.
La différence dans la facilité de coagulation et l’aspect des flocons de caséine des deux laits tient, comme l'a établi Dagiel, aune proportion différente des sels qu’ils renferment; nous verrons, en effet, que le lait de femme contient seulement
- de la quantité de chaux du lait de vache. Si l’on additionne le lait de femme de la quantité des sels calcaires qui lui manque pour le rendre semblable au lait de vache, la coagulation par l’acide acétique s'effectue plus facilement, les flocons de caséum sont aussi gros que ceux du lait de vache, quoique un peu moins compacts, pas plus sensibles à l’action d’un léger excès d’acide, et le petitlait est parfaitement limpide ; inversement, avec la caséine du lait de vache à laquelle on enlève une partie de ses sels au moyen des acides, on peut reconstituer un lait de même teneur saline que celui de la femme et coagulé, comme ce
' (l) Drechsel, Jahr. f. Thierch., t. XXII, p. 9, 1892.
dernier, par les acides, en petits flocons mous extrêmement sensibles au moindre excès d’acide.
Courant (1) explique tout autrement les différences dont il s’agit; ayant remarqué que la coagulabililé. d’une solution de caséine dicalcique décroit par l’addition d’eau de chaux, il admet que la façon dont s’effectue la coagulation du lait de femme est attribuable à ce que sa caséine est plus riche en chaux que celle du lait de vache. On peut donc rendre la coagulation du lait de vache semblable à celle du lait de femme par addition d’eau de chaux. L’auteur a constaté que celle addition d’eau calcique au lait de vache est suivie d’heureux effets dans le catarrhe gastro-intestinal des nourrissons, avec correction de la saveur par du sucre (80 centimètres cubes de lait pour 15 à 20 centimètres cubes d’eau de chaux).
Il semblerait donc que la différence entre les deux caséines de vache et de femme ne tienne qu’à des divergences dans la proportion des éléments salins du lait ; cependant, les peptones qui résultent de la digestion pepsinique du lait de femme et de celui de vache ont un pouvoir rotatoire bien différent :
Peptone du lait de femme : 2ct[D] = 790 g
Peptone du lait de vache : 2a[„] = — 530 3
aussi allons-nous démontrer maintenant que la constitution chimique des deux caséines n’est pas du tout la même, que celle du lait de vache renferme de la nucleine qui est absente de celle du lait de femme. Et, tout d’abord, voyons comment on peut préparer la caséine pure du lait de femme.
Préparation de la caséine du lait de femme
1» Procédé de Makris[ 2). — Le lait saturé de sulfate de magnésium solide est mélangé à 9 volumes de solution aqueuse saturée du même sel. La caséine se précipite en flocons qui entraînent les corps gras et qu’on recueille sur filtre. Le filtratum, additionné d’acide acétique, laisse précipiter l’albumine en présence du sel magnésien. Le précipité de caséine est lavé sur filtre avec la solution saturée de sulfate de magnésium, jusqu’à élimination du sucre, pUis dégraissée par l’éther additionné d'un peu d’acide acétique, lavé ensuite à l’alcool, puis à l’eau tiède.
La caséine fraîche est grise, insoluble dans l’eau froide ou chaude, un peu soluble dans l’alcool, très soluble dans les alcalis ; elle retient 2 p. 100 de matières minérales, phosphates, sulfates. L’analyse élémentaire donne :
C = 52,3b, — H = 7,21, — Az= 14,65 p. 100.
(1) Courant, Ceniralbl. f. Gynœkol., t. XVI, p. 210, 1892.
(2; Makris, Dissert, inaug., Strasbourg, 1876, d’après Schutzenberger, Chim t. IV, p. 285.
t/ênér.,