‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 677 sur 722 · CASÉINE DU LAIT DE FEMME · texte numérisé non relu

CASÉINE DU LAIT DE FEMME

2° Procédé de Wroblewski(l). — Le lait frais est additionné de sulfate d’ammonium dans la proportion de 600 grammes par litre ; le précipité caséeux, recueilli sur (litre, est lavé à deux reprises avec une solution du sel ammoniacal à 30 p. 100, puis soigneusement broyé et réduit en poussière en ajoutant de petites quantités d’eau, étendu à trois quarts de litre et centrifugé. Le liquide opalescent est filtré sur toile épaisse, additionné de 400 centimètres cubes d’éther exempt d’alcool, et agité doucement, mais longtemps. L’éther s’empare des graisses; la solution aqueuse de caséine est filtrée, puis précipitée par 100 centimètres cubes d’acide acétique déci-normal. Le précipité est traité par 750 centimètres cubes de sulfate d’ammonium saturé, agité, lavé avec la solution à 30 p. 100 jusqu’à disparition de toute réaction acide, puis dialysé vigoureusement jusqu’à presque complète élimination des sulfates. Le produit est traité par la soude normale à 1 p. 100 ajoutée goutte à goutte jusqu’à dissolution complète du précipité et faible réaction alcaline, puis reprécipité par l'acide acétique déci-normal en léger excès, dialysé, lavé à l’alcool et .à l’éther, et enfin séché.

Le produit analysé, contient :

C = 52,24, — H = 7,32, — Az = 14,97, — Pli = 0,68, — S =1,117, — O = 23,66

valeurs très rapprochées de celles qu’à obtenu Makris, mais assez différentes, surtout pour le soufre, des nombres de Hammarsten relatifs au lait de vache* Cette caséine ainsi préparée retient 1 p. 100 de cendres, phosphate de chaux, traces de magnésium et de fer que l’on ne peut enlever d’aucune façon et au sujet desquelles l’auteur conclut qu’elles sont unies chimiquement à la caséine.

Les eaux-mères de la précipitation dë la caséine par le sulfate d’ammonium, filtrées, puis saturées de chlorure sodique, donnent un nouveau précipité floconneux, blanc, qui, après purification, laisse une poudre blanche plus difficilement soluble dans les alcalis que la caséine de femme, en revanche plus facilement soluble dans l’acide chlorhydrique ; la digestion pepsinique la dissout intégralement sans laisser de résidu, et l’analyse élémentaire permettrait de leur assigner la formule Cl">0H2MAz«piiS6O'î8 (Wroblewski).

Propriétés de la caséine du lait de femme. — La caseine de femme est grise, amorphe, insoluble dans l’eau qui la gonfle, plus difficilement soluble dans l’acide chlorhydrique dilué que la caséine de vache, plus facilement dissoute dans un petit excès d’acide acétique que celle-ci, soluble avec une très faible opalescence dans la potasse et les alcalis ainsi que les terres alcalines, précipitée de ses solutions par saturation à l’aide du chlorure de sodium, en flocons légers, très gonflés, alors que celle du lait de vache donne, dans les mêmes conditions, des flocons lourds et gros, adhérents aux parois du vase et s’agglomérant entre eux jusqu’à prendre le volume de grains de riz.

La différenciation de la caséine du lait de femme de celle de la vache, au point de vue de la présence ou de l’absence d’une nucleine, a fait l’objet des

(1) Wroblewski, Jahr. f. Thierch., t. XXIV, p. 211, 1894.

recherches récentes de Szontagh et de Wroblewski dont les résultats sont en parfaite harmonie. Biedert avait déjà attribué les caractères dissemblables des deux caséines à une constitution chimique différente; c’était également l'opinion de Hammarslen (1). Szontagh (2) a montré, dès 1892, que, tandis que la caséine de vache est une nuciéo-albumine qui laisse, par une digestion gastrique comme le lait lui-même, un résidu insoluble de nucleine dans la proportion de 7,3 à 12,37 p. 1,80, la caséine du lait de femme, précipitée par l’alcool, ne donne aucun résidu nucleinique et n’est, par suite, pas une vraie caséine.

Dans un nouveau et très intéressant travail sur la teneur en nucleine des deux laits, et les transformations de leur matière albuminoïde sous l’influence du suc pancréatique, le même auteur(3) a obtenu, tout d’abord, des résultats confirmatifs de ce que nous avons dit précédepiment, puis des données nouvelles sur la digestion pancréatique des caséines. Les deux laits, traités par l’acide chlorhydrique, puis fortement étendus d’eau (iO à 20 volumes) et portés à 40°, donnent un coagulum sous l’influence d’un courant de gaz carbonique; dans le lait de' femme, le précipité est en flocons très fins et paraît moins abondant que celui que donne l’alcool, tandis que les flocons sont plus gros pour le lait de vache. Le coagulum du lait de femme, lavé à l’eau, puis traité par l’alcool et l’éther" forme une poudre grisâtre, farineuse, que la pepsine chlorhydrique dissout sans laisser le moindre résidu, alors que la caséine de vache donne une proportion notable de nucleine insoluble. Les deux sortes de nucleine mises en digestion dans le suc pancréatique se dissolvent tout d’abord complètement, puis il se sépare du liquide une partie solide qui constitue un résidu définitif de la digestion. Ce résidu, toujours exempt de nucleine pour la caséine de femme, peut n’en pas contenir du tout avec la caséine de vache ; car si la nucleine est réfractaire à l’action d’un suc pancréatique exactement neutralisé, elle est dissoute par l’alcali et d’autant plus que l’alcalinité du suc est plus forte ; aussi les résidus de digestion pancréatique de la caséine varient-ils de quantité, d’aspect et probablement aussi dénaturé, suivant l’alcalinité du milieu.

Wroblewski (4) a observé également que, tandis que le produit de la digestion gastrique de la caséine de femme reste limpide, la caséine de vache donne un précipité floconneux, blanc, de paranucleine qui, après une digesLion de six mois dans l’acide chlorhydrique, ne donne plus aucune réaction des matières albuminoïdes et s’est considérablement enrichie en phosphore. L’auteur en conclut, conformément aux théories de Liebermann, que la paranucleine du lait de vache est constituée par la combinaison d’une matière albuminoïde avec l’acide paranucleinique, lequel reste insoluble dans le liquide par une digestion prolongée de la paranucleine dans le milieu acide qui dissout la matière albumi-

Moraczewski (8) a constaté que, malgré l’absence de nucleine dans les produits de la digestion gastrique du lait de femme, la caséine spéciale renferme

(1) Hammarsten, Lehrb. d. physiol. Chem., Wiesbaden, 1891.

(2) Szontagh, Jalir. f. Thierch., t. XXII, p. 168, 1892.

(3) Szontagh, Ungar. Arc hiv f. Med. 1894, Jahrg. 111, et Jahr.f. Thierch 1894 n onn

(4) Wroblewski, loc. cil. ’ ’ P’ Jua-

(5) Moraczewski, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XX, p. 28, 1894.

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