ÉTUDE DES ÉLÉMENTS DU SUC GASTRIQUE
A. Acidité du suc gastrique.
A quel acide le suc gastrique doit-il son acidité? Le problème n’est pas encore résolu définitivement pour tous les physiologistes, malgré les nombreuses recherches expérimentales et les discussions relatives à ce sujet.
Les premiers travaux entrepris par Berzélius (1813), Chevreul (18161 Te„ ret et Lassaigne (1824), avaient fait conclure à la présence. de l’acide Le tiau'e dans 1 estomac ; mais Braconnot annonça d’abord, et Prout, après lui en is^a que l’acide qui existe en liberté, dans le suc gastrique, est l’acide chlorhydrique’ Prout étayait son opinion sur les expériences suivantes : divisant une certain* quantité de suc gastrique en trois portions égales, il évaporait la première calci naît le résidu et y dosait le chlore des chlorures. Il opérait de même sur I» seconde partie, neutralisée au préalable parla potasse, et obtenait constamment un résultat supérieur au premier ; il expliquait cette différence parla fixation dans le second cas, de l’acide chlorhydrique libre, volatilisé dans la première nné’ ration. Enfin un troisième dosage, conduit de la même manière sur la troisième portion de liquide, traitée cette fois par un excès de potasse, donnait encore une plus forte quantité de chlore que les deux opérations précédentes. Prout admet tait que la différence entre les résultats des deux derniers dosages correspondait au chlore du chlorure d’ammonium, volatilisé dans la deuxième opération transformé en chlorure de potassium fixe dans la troisième.
Dans son traité de la digestion (1843), Blondlot, attribuant’ l’acidité du suc nas trique a la présence du phosphate acide de chaux qui existe d’ailleurs en abon' dance dans 1 estomac des chiens, souleva, à l’encontre des résultats de Prout un certain nombre d objections que nous devons passer en revue pour les réfuter successivement. 1 ieiuier
. ** Le SU,C iq“e contenant des cb^ures, des phosphates et des sels ammn macaux, le phosphate ammonique avait pu, disait Blondlot, réagir sur TeTi marin dans la première opération de Prout, et donner du phosphate de soudô fixe et du chlorure d’ammonium volatil ; d’où, après calcination, la quantité f chlore plus petite trouvée dans la première portion du suc gastrique. Ma ^1 était produit réellement une perte dans cette opération, elle aurait dû sel fester auss, dans des proportions semblables et par conséquent sensiblement égalés, dans la seconde operation, faite sur un liquide neutralisé exa clemeTn la potasse ; et l’excès de chlore fourni par celte opération, sur la première tenait certainement pas à la perte invoquée par l’auteur. ’ ne
2“ Blondlot a opposé une autre remarque à Prout, à savoir que ies a premiers cinquièmes du liquide retiré par la distillation du suc gastrf ^
DIGESTION. - ACIDITÉ DU SUC GASTIIIQUE. 209
lit contiennent pas d acide chlorhydrique, bien que ce corps gazeux doive théoriquement se dégager avec les premières parties de la vapeur d’eau. Lehmann a montre que le lait se produisait avec de l’eau contenant la même proportion d acide chlorhydrique que le suc gastrique ; et l’on sait aujourd’hui qu’il existe, entre 1 acide chlorhydrique et l'eau, une attraction plus forte que celle qui existe'
ordinaire entre l’eau et les autres gaz ; ce qui fait que la solution très étendue de gaz chlorhydrique, distillée à !00 degrés, sous la pression 760, se concentre en perdant son excès d’eau, et donne finalement un liquide résiduaire d’une densité voisine de 1,10, contenant environ 20, 28 p. 100 de gaz chlorhydrique et correspondant peut-être à l’acide de Bineau (HCl, 8 aq.), qui ne se volatilise qu’à une température notablement supérieure à 100 degrés.
D’ailleurs, le même résultat se produit encore avec du suc gastrique neutralisé exactement, puis ramené à son acidité primitive par addition d’acide chlorhydrique; et I on a cru pouvoir invoquer l’action de présence des matières organiques constitutives de ce suc, pour expliquer cette rétention du gaz acide, qui formerait avec elles une véritable combinaison, comme, par exemple, une combinaison d acide et de pepsine, analogue à l’acide sulfovinique (Washmann).
3° S]UIVant Biondlot,, le carbonate de chaux pur et en excès n'arrive pas à saturer 1 acide du suc gastrique, et ne donne d’ailleurs naissance à aucun dégagement de bulles gazeuses d’acide carbonique. Ce fait qui a aussi été observé par Schmidt, explique, d’après Blondlot, la production du phosphate acide de chaux qui constituerait bien réellement l’élément acide du suc gastrique. Melsens a réfuté cette objection en montrant que des fragments de spath d’Islande ien lransparents, plongés dans du suc gastrique naturel et limpide, deviennent opaques en se couvrant d’une couche de petites bulles de gaz carbonique, qu’on peut d’ailleurs recueillir en opérant avec précaution, sous une cloche à mercure. Ils éprouvent une légère perte de poids qui s’explique très bien par la production de chlorure de calcium soluble, tandis que le phosphate acide de chaux se transformerait en phosphate neutre calcique, insoluble, qui formerait un dépôt sur le spath et en augmenterait le poids.
En 1832, Schmidt, reprenant et modifiant d’une façon très élégante la méthode analytique de Prout, semble avoir résolu la question dans le sens de la présence de 1 acide chlorhydrique libre contenu réellement dans le suc gastrique.
Il précipité, a l’etat de chlorure d’argent, lout le chlore de 100 centimètres cubes de sue gastrique d’animaux maintenus à la diète depuis dix-huit à vingt heures, en le traitant par un mélange d’azotate d’argent et d’acide nitrique. Il obtient ainsi un précipité exempt de matières étrangères, et qui contient tout le chlore des chlorures et de l’acide chlorhydrique. Le liquide séparé par la filtrat.on du précipite argentique, débarrassé de l’excès de nitrate d’argent par l'acide chlorhydrique, est évaporé à sec et le résidu calciné. On dose la proportion de bases contenue dans le produit de la calcination, et l’on trouve que la quantité d acide chlorhydrique du précipité de chlorure d’argent est constamment supérieure a celle qui serait nécessaire pour saturer toutes les bases. Il y a donc, dans e suc gastrique, un excès d’acide chlorhydrique qui doit être libre. D’autre part, si 1 on dose cette quantité d’acide libre dans le suc primitif, on voit encore qu’elle est sensiblement égale à l’excès d’acide, calculé d’après la première opération.
ENCYCLOP. CHJM. U
On aopposé aux conclusions de Schmidt, laperte, par volatilisation, d’une partie des azotates, produite pendant la calcination du résidu salin, ce qui expliquerait l'insuffisance des bases. Pour éviter cette cause d’erreur, Richet dose les bases à l’état de sulfates fixes, et arrive aux mômes résultats que Schmidt, c’est-à-dire à un excès de chlore non saturé.
Pour éviter l’action décomposante de la chaleur, Lehmann eut l’idée, dès 1858 de distillerie suc gastrique dans le vide, à froid; il obtint, dans la partie volatile une quantité d’acide chlorhydrique de 0,098 à 0,132 p. 100, tandis que le résidu fixe contenait 0,32 à 0,58 p. 100 d’acide lactique; ces expériences prouvent l’existence simultanée de l’acide chlorhydrique et de l’acide lactique libres dans le suc gastrique.
Nous devons donc admettre, comme démontrée, la présence de l’acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique. On a cependant apporté, depuis, de nouveaux arguments à l'appui de cette opinion, mais aussi, nous devons l’avouer immédiatement, d’autres objections.
Quand on distille le suc gastrique d'animaux empoisonnés par le cyanure de mercure, on obtient, dans le récipient, de l’acide cyanhydrique libre qui provient, suivant Bellini, de l’action de l’acide chlorhydrique sur la substance toxique.
Si l’on fait macérer de la quinine, fraîchement précipitée de son sulfate, avec du suc gastrique, à la température de 40 à 50 degrés, et qu’on évapore le mélange à siccité, on peut extraire du résidu, au moyen du chloroforme, de la benzine ou de l’alcool amylique, du chlorhydrate de quinine. Le sel de quinine décomposé par l’acide sulfurique et agité avec de l’éther, ne cède pas au véhicule la moindre trace d’acide lactique. De plus, il renferme une quantité d’acide chlorhydrique correspondante à 2,5 p. 1.000 de suc gastrique (Rabuteau, 1875).
Le fluorure de calcium est attaqué par le suc gastrique, et ne l’est pas par les acides organiques.
Le mélange de tartrate ferrico-potassique et de sulfocyanate de potassium, qui ne donne la coloration rouge sang du sulfocyanate ferrique qu’en présence des acides minéraux, et non pas des acides organiques, acquiert cette coloration quand on l’additionne de suc gastrique, ce qui ne peut tenir qu’à la présence de l’acide chlorhydrique libre (Reoch, 1877).
Le violet de méthylanilinc, recommandé par Laborde et Debove, vire au bleu sous l’influence du suc gastrique étendu d’eau, de façon que l’acidité ne soit que de 0,5 à 1 p. 100 au maximum, alors que les acides organiques ne produisent la co lo ratio n qu’à un titre minimum de 20 p. 100 (Reichmann, 1884).
Dans les mêmes conditions, la tropéoline OO prend une coloration rouge rubis o brun rouge; le violet de gentiane vire au bleu, et le mélange bleu d’acier ^ chlorure ferrique et de phénol (réactif d’Uffelmann) se décolore; ce dernier passe lentement au jaune, sous l’influence de l’acide lactique et des acides niques (Ewald, 1885). ga~
Lépine et Simonin recommandent le vert malachite, étendu d’eau de façon ' être coloré en bleu; la solution vire au vert avec 0,1875 p. 1000 d’acide chlo^ hydrique, puis au jaune avec 1,5 p. 1000, tandis que l’acide lactique ne donné pas de jaune, mais seulement du vert à la proportion de 3 p. îooo (1887) 6
DIGESTION. — ACIDITÉ DU SUC GASTRIQUE. 2,
La solution alcoolique de phloroglucine et de vanilline, chauffée avec le suc gastrique, prend une coloration rouge comme avec l’acide chlorhydrique- les acides organiques restent encore sans action (Gttnzburg, 1888).
Grund/.ach a étudié la valeur du réactif de Giinzburg, pour la démonstration de la presence de l'acide chlorhydrique libre, et trouvé, comme limite de sensibilité, ■0,007 p. 100; il a reconnu, en outre, que les acides lactique, acétique, formique butyrique, ne donnent pas de coloration, et n’empéchent pas celle de l’acide chlorhydrique de se produire. Les lactates, les chlorures, les matières colorantes de la bile, 1 albumine en quantité modérée, les peptones, la gélatine, ne modifient en rien la réaction de l’acide chlorhydrique.
Rtegel a proposé, en 1886, l’emploi du rouge de Congo, pour reconnaître la presence de 1 ac.de chlorhydrique dans le suc gastrique. Mais la coloration bleue que donne le réactif n’a rien de caractéristique, ainsique l’a démontré Boas (1887) , car elle se produit aussi avec l’acide lactique, l’acide butyrique et même les chlorures, les phosphates et les peptones.
Boas recommande la tropéoline OO, et opère comme suit: on étend trois ou quatre gouttes d une solution alcoolique de ce composé sur les bords d'une petite capsule de porcelaine, et on laisse tomber, goutte à goutte, le liquide stomacal, on mélangé et l’on chauffe modérément. En présence de l’acide minéral
h?’1. SG P™ ^es S^r'es violettes ou rose-lilas, très nettes encore avec 1 ou 1 Z0*?68 1 .aCÎ<ie c,lloihydrique, tandis que les acides organiques, même au titre de 1 centième, ne donnent rien de pareil.
En 1886 Cahn et de Mering ont contesté la valeur du réactif violet de méthyle, qui peut bleuir sous l’influence de sels neutres divers, en particulier des chloîures alcalins, et qui ne donne pas la réaction caractéristique de la présence de 1 acide chlorhydrique dans de nombreuses conditions, par exemple, avec le suc gastrique de carcinomateux, additionné d’acide chlorhydrique. Ils ont, dès lors propose une méthode analytique longue, basée sur le procédé de la distillation iac lonnee (1), qui leur a permis d’énoncer les conclusions suivantes :
1“ Le suc gastrique de l’homme contient une quantité d’acide minéral parfaitement dosable, d/2 heure après l’ingestion des aliments;
2- Oa n’y trouve que cet .eide, à I, suite d’une alimentetion purement azotée ;
chez twT! “”“e ‘“"n'1loui'“,r!’ à tô'« d« 'acid, chlorhydrique, aussi bien
de fe n,«Z΄r , 1” T "'a,aieS- de not*bl's portion, d’.oide lactique «e icrmentdtion et des acides volatils;
4“ Enfin, dans les cas de carcinome et de dégénérescence amyloïde on trouve toujours de l’acide chlorhydrique. ÿ ’ ,r0U'e
blancs et d’un et ^ d'eSSai’ COmPosé de deux petits pains
blancs et dune tasse de thé vert, ef employé déjà par Leube; ils extraient le suc
tr„u ira on™ ? l°rtimèt? CUbeS dU COnterU1 de ‘’<*tomàc jusqu'à réduction aux Sali!* da^ L “"“«‘êtres cubes, et ou distille de nouveau; on litre les aeides
volati.s dans le l.quide distillé. Le résidu de la cornue est épuisé au moins 6 fois par 500 ccnti-
!ü!,rerJUH Ktl’ét1hC1i qUi ei"èïe t0Ul ‘’aCide 'aCtiqUe; 0a le dose ““’age, et l’on fait de même P ie chlorhydrique qui reste dans le liquide aqueux épuisé par l’éther. Les mêmes auteurs ont proposé plus tard une autre méthode plus exacte, basée sur la combinaison des acides avec la cinchonine.
ENCYCLOPÉDIE CH1MIUUE. — CARNIEU ET SCHLAGDENHAUFFEN.
gastrique au bout d’une heure et n’y trouvent, à ce moment, par les réactifs de coloration, que de l’acide chlorhydrique; mais dans la première phase de la digestion, qui dure trente minutes environ, il n’y a que de l’acide lactique auquel vient peu à pense mélanger l’acide minéral, provenant des glandes de l’estomac ; puis l’acide organique disparaît à son tour, et il ne reste plus que de l'acide chlorhydrique. Les auteurs cités disent qu’au bout de 120 à 150 minutes, le repas d’épreuve, complètement digéré, doit avoir disparu de l’estomac.
Stôgvist (1888-1889) démontre l’existence de l’acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique, en évaporant ce liquide en contact d'un excès de carbonate de baryte. Par la calcination, les sels baryliques des acides organiques sc changent en carbonate, tandis que le chlorure de baryum, qui provient de l’acide libre, persiste, et peut être extrait du résidu par l’eau. L’auteur propose même un procédé de dosage volumétrique du chlorure de baryum produit, au moyen d’une solution de bichromate de potassium, additionnée d’acétate de soude et d’acide acétique pur. Il emploie comme réactif indicateur un papier imprégné de tétraméthylparaphénylènediamine qui bleuit au contact d’un excès de bichromate. Il démontre, en outre, qu’un mélange de chlorure de sodium et d’acide lactique ou de phosphates acides ne donne pas d’acide chlorhydrique libre à froid, mais seulement à chaud, comme l’avait dit Lelimann.
Enfin Boas a recommandé tout récemment (1889) le réactif suivant : 5 "rammes de résorcine, plus 3 grammes de saccharose, dissous dans 100 grammes d’alcool dilué. On chauffe dans une petite capsule, à une chaleur modérée, 3 gouttes de réactif avec 5 à 6 gouttes de suc gastrique ; après évaporation, l’acide chlorhydrique produit une coloration rose ou rouge vif encore sensible à la dose de 0 05 d’acide minéral pour 1000, tandis que les acides organiques ne donnent rien. L’auteur fait observer que, comme dans le procédé à la phloroglucine vanillinée de Günzburg, la présence de matières albuminoïdes qui peuvent dissimuler l’acide chlorhydrique nuit à la sensibilité de la réaction.
La plupart des réactions de coloration que nous avons énumérées en dernier lieu démontrent plutôt, il est vrai, la présence dans le suc gastrique d’un acide minéral libre, que celle de l’acide chlorhydrique en particulier.
On a encore opposé, à cette conclusion, les faits suivants :
Quand on ajoute au suc gastrique de l’hydrocarbonate de magnésie, mélange de carbonate et d’hydrate basique, on le neutralise complètement, ce à quoi l’on n’arrive pas, ainsi qu’on l’a vu, avec le carbonate de chaux qui, cependant, sature complètement l'acide chlorhydrique libre. Cette objection ne paraît pas avoir grande valeur ; car il serait assez facile de démontrer ce que l’on peut prévoir c’est-à-dire la présence du chlorure de magnésium dans le liquide, ce qui prouverait nettement l’existence de l’acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique.
On trouve presque constamment, dans le suc gastrique des chiens, du phosphate acide de chaux, auquel nous avons vu Blondlot attribuer l’acidité du contenu stomacal. Mais la présence de ce composé n’a rien qui doive nous étonner, puisque ces animaux dévorent tous les os qui leur tombent sous les dents. Le sel acide provient évidemment de la réaction de l’acide chlorhydrique sur le phosphate tricalcique qui entre en dissolution à l’état de phosphate acide de chaux, tandis qu’une quantité équivalente d’acide haloïde disparaît à l’état de chlorure de sodium
DIGESTION. — ACIDITÉ DU SUC GASTRIQUE
(Lelimann). Railleurs Schiff a démontré qu’il suffit de supprimer, pendant cinq jours, les os de la nourriture d'un chien, pour ne plus trouver trace de phosphate acide de chaux dans l’estomac de l’animal.
On a dit enfin que le suc gastrique, ajouté à une dissolution de chlorure de calcium, n empêche pas sa précipitation par l’oxalate d'ammonium, tandisqu’aucun précipité ne se forme plus si l’on remplace ce suc par deux millièmes d’acide chlorhydrique (Cl. Bernard et Bareswill). D’autre part, le suc gastrique ne détermine pas la saccharification partielle de l’empois d’amidon, même à 150 degrés ef sous pression, comme le fait l’acide chlorhydrique très étendu ((.aborde). Mais ces réactions ne réussissent pas davantage avec le suc gastrique neutralisé exactement, puis acidulé de nouveau par l’acide chlorhydrique.
Pour nous résumer, nous pouvons dire qu’il résulte des expériences de Prouf, Schmidt, Bellini, Tiedemann et Gmelin, Rabuteau, etc., que le suc gastrique frais et pur, obtenu après un jeûne de plusieurs heures et à la suite d’une excitation mécanique, renferme constamment de l’acide chlorhydrique libre. Mais il n’en est plus de même du suc gastrique ancien ou de ce suc mélangé d’aliments ; et si, au heu de prendre des animaux privés de nourriture depuis quelque temps, on opéré sur des animaux en pleine digestion, le suc gastrique renferme toujours (h; lac.de lactique et souvent de l’acide butyrique, comme l’avaient reconnu tout d abord Leuret et Laissaigne (18251. D’après les recherches ultérieures de Lehmann, Cl. Bernard, Bareswill, Heintz, Schmidt, Smith, etc., l’acide chlorhydrique peut même faire complètement défaut.
Lehman n a Irouvé (1847) l’acide lactique dans l’estomac de chiens nourris exclusivement avec des os. Laborde (1874) l’a même envisagé comme le seul acide constant et caractéristique du suc gastrique. De son côté Szabo a vérifié que, dans certains cas pathologiques, notamment dans la dyspepsie, l’acide lactique se trouvait seul dans l’estomac, à l’exclusion de l’acide chlorhydrique. On a encore extrait, du suc gastrique, des acides volatils, acide acétique et acide butyrique, dans des cas de mauvaise digestion ; ces derniers acides sont le résultat avéré de fermentations anormales qui ne s’établissent dans l’estomac que dans certaines circonstances pathologiques. Quant à l’acide lactique qui apparaît des que l’estomac se remplit d’aliments, il provient sans doute aussi de la transformation de certains principes de nos aliments, transformation que nous devons considérer comme normale, à cause de sa constance, mais cependant comme accessoire et secondaire, dans l’acte de la digestion stomacale.
Richet a d’ailleurs élucidé définitivement le problème en 1877, par une méthode
IWi Ïti”16 q“’ingén,’euse> dont le PrinciPe revient à Berthelot. Se basant sur 1 insolubilité ou la très faible solubilité des acides minéraux dans l’éther, et sur la so ubi , te beaucoup plus grande des acides organiques, l’auteur a étudié la maniéré dont se comportent des solutions aqueuses de ces deux variétés d’acide
=1°" Z8'16 aV6C ^ égal VüIUme d’éther PUr’ 11 a trouvé qne la solubilité
relative des deux groupes restait la même, que l’éther n’enlevait que des traces d acides minéraux, tandis que, avec les acides organiques, il s’établit un partage entre les deux dissolvants; et si l’on veut distribuer également entre eux un acide déterminé, si 1 on veut que chacun des dissolvants prenne exactement la moitié de 1 acide, on doit faire varier les volumes relatifs des deux véhicules. Richet donne
la dénomination de coefficient départagé, au rapport du volume del’éther, qui est toujours le plus grand, au volume de la solution aqueuse finale. Ainsi pour l’acide lactique de fermentation, le coefficient de partage est 10, c’est-à dire qu’une solution aqueuse de ce composé cédera exactement la moitié de son acide à 10 fois son volume d’éther; il est de 4 pour l’acide sarco- ou paralactique ; enfin il est supérieur à 500 pour les acides minéraux.
Comment se comporte, dans ces conditions, le suc gastrique? A l’état frais il donne un coefficient de partage de 217 ; au bout de vingt-quatre heures, ce chiffre est réduit de moitié (137), et du quart Hu bout de six jours (60,8); enfin, après trois mois, il n’est plus que de 16,9. Le premier chiffre trouvé, très élevé, montre nettement que l'acidité primitive du suc gastrique est due surtout à un acide minéral très peu soluble dans l’éther, comme l’est l’acide chlorhydrique, et qu’il ne contient qu’une quantité minime d’acide lactique; puis, pendant l’abandon à lui-même du suc gastrique, un autre acide se forme par fermentation, évidemment de nature organique, puisqu’il abaisse progressivement le coefficient de partage, et probablement constitué par l’acide lactique. Richet a d’ailleurs montré qu’en traitant le suc gastrique frais par du lactate de baryum, ce sel est décomposé, l’acide organique est mis en liberté et le coefficient de partage, qui était primitivement de 137, tombe immédiatement à 9,9, chiffre qui correspond exacte! ment à celui de l’acide lactique de fermentation.
L’acidité du suc gastrique s’accroît beaucoup pendant la digestion, par suite des fermentations accessoires qui donnent naissance à de l’acide lactique, aux dépens de nos aliments; cette acidité augmente, en quelques heures, dans la proportion de 100 à 170 pendant la digestion artificielle, à 40 degrés, d’œufs mélangés de suc gastrique. Cet acide a été étudié par Richet qui, en se basant sur la quantité d’eau de cristallisation et la solubilité de son sel de zinc, et sur son coefficient de partage, très voisin de 3, a démontré qu’il était constitué par l’acide paralactique; il a conclu, en outre, que le liquide acide que l’on retire de l’estomac paraît être formé d’un mélange de 1 d’acide lactique pour 2 à 3 parties d’un acide minéral, probablement d’acide chlorhydrique.
État de l’acide dans le suc gastrique. — Nous devons admettre, comme conséquence de la longue discussion relative aux théories proposées pour expliquer l’acidité du suc gastrique, que ce suc, tel qu’il est sécrété par les glandes pepsiques, doit son acidité exclusivement à de l’acide chlorhydrique libre.
On a dit cependant que cet acide s'y trouvait à l’état d’une combinaison spéciale, en se basant sur les faits suivants : 1» la dialyse agit différemment sur le suc gastrique naturel et sur une solution aqueuse d’acide chlorhydrique au même titre, ce dernier passant plus vite dans l’eau du vase extérieur que l’acide du suc gastrique (Richet) ; 2° au lieu de déplacer tout l’acide acétique des acétates comme le fait normalement l'acide chlorhydrique en excès (Berthelot), l’acide du suc gastrique n’en déplace que la moitié (Richet) ; 3“ le suc gastrique ne saccharifie pas l’amidon et n’intervertit pas la saccharose, comme le fait, au contraire la solution étendue d’acide chlorhydrique.
Cette combinaison de l’acide chlorhydrique avec un autre élément du suc gas trique, existe-t-elle? Est-il uni, par exemple, avec la pepsine, sous la forme d’acide chlorhydro-pepsique analogue à l’acide éthylsulfurique, comme l’a dit
DIGESTION.. — ACIDITÉ DU SUC GASTRIQUE
Washmann, et l’ont répété, après lui, Scliiff, Schmidt, Meissner, Wittich, ou à la leucine, comme le veut Richet? Rien n’aulorise à l'admettre sérieusement, d’au-r tant plus que la plupart des réactions invoquées à l’appui de cette hypothèse, seproduisent de la môme façon avec du suc gastrique naturel, exactement neutralisé par un alcali, puis ramené au degré d’acidité primitif par addition d’acide chlorhydrique.
B. Popeline.
Soupçonné par Spallanzani, Éberle, W. Beaumont et Muller, le principe actif de la digestion stomacale des matières albuminoïdes reçut de Schwann (1836) le nom de pepsine (de . èxrw, cuire, digérer). Ce n’est qu’en 1839 que Washmann l’obtint le premier, et encore très impure. D'autres procédés d’extraction, plus perfectionnés, furent indiqués par Frérichs, Schmidt, Brticke, Diakonow, Wittich; nous allons les passer successivement en revue.
a. Pepsine de Washmann. — La muqueuse gastrique, séparée de la tunique musculeuse de l’estomac du porc, est dilacérée, mise en digestion pendant plusieurs heures avec de l’eau à 30 et 35 degrés, et ensuite épuisée à l’eau froide, jusqu’à commencement de décomposition putride.
Les extraits aqueux sont filtrés et précipités par le sous-acétate de plomb ; le précipité plombique, lavé à l’eau, est mis en suspension dans de l’eau distillée, puis décomposé par un courant d’hydrogène sulfuré. On jette sur filtre, et l’on obtient une solution aqueuse incolore, dans laquelle la pepsine est rentrée en dissolution ; on évapore à 35 degrés jusqu’à consistance sirupeuse, et l’on précipite par l’alcool.
Le précipité floconneux se tasse peu à peu ; on le lave à l’alcool et on le sèche à l’air et à la température ordinaire.
La pepsine de Washmann se présente sous la forme d’une masse amorphe, jaunâtre, liygroscopique, soluble dans l’eau et dans l’acide chlorhydrique. Dans ce dernier véhicule, elle donne une coloration violette, ce qui dénote la présence de matières albuminoïdes; elle doit à l’acide acétique qu’elle retient, la propriété de rougir le tournesol. Par la calcination, elle laisse un résidu assez notable de cendres, for mées de carbonates et de phosphates de chaux et de soude, avec des traces d oxyde ferrique. Malgré son peu de pureté, cette pepsine possède un pouvoir digestif considérable. Washmann a montré que, délayée dans 6000 parties d’eau acidulée, elle digère rapidement les matières albuminoïdes.
b. Pepsine de Frérichs. — L’auteur ajoute au suc gastrique naturel un peu d alcool qui laisse en solution la majeure partie des peptones, et détermine la production d’un léger précipité de pepsine. Ce précipité contient de l’azote et du soufre ; il se dissout assez facilement dans l’eau. La solution qui précipite par le sublimé corrosif, l’acétate neutre de plomb, le tannin, le chlorure stanneux et, en partie seulement, par le sous-acétate de plomb, ne se trouble pas par l’ébullition et peptonifie énergiquement l’albumine, après addition d’acide chlorhydrique ou d’acide lactique. Cette solution de pepsine acidulée se conserve longtemps sans altération, tandis qu’elle se couvre de moisissures, en solution neutre, et se putréfie rapidement en solution alcaline.
c. Pepsine de Schmidt. — Schmidt part aussi du suc gastrique, qu’il neutralise par de l’eau de chaux et qu’il évapore à sirop, après filtration. Le résidu est précipité par l’alcool absolu qui maintient en solution le chlorure de calcium II redissout le précipité dans l’eau, ajoute à la liqueur du chlorure mercurique et décompose ensuite le précipité par un courant d’hydrogène sulfuré ; il sépare par filtration, le sulfure de mercure, concentre le liquide et obtient un résidu jaunepale, non hygroscopique, constitué par de la pepsine, et contenant, pour 100 parties • C = 53,0 II = 6,7 Ax.= 17,8 O = 22,5
La pepsine de Schmidt est impure ; elle est mélangée de peptones et fait cailler le lait, propriété absolument étrangère à la pepsine à peu près pure d Pepsine de Brücke. - Le procédé de préparation indiqué par Brücke pureté ‘ qU‘ Pem'et d °btenir lH PepSine danS 16 PlUS Srand état de
On sépare la muqueuse de la tunique musculeuse d’un estomac de „ lave a leau, réduit en pulpe, et met à digérer à l’étuve, à 35-38 degrés an •" addition d’un grand excès de solution aqueuse d’acide phosphoriquc' à 5p [oo 4 a 5 degres Baume). On peut aussi partir de la pulpe obtenue en raclai! la muqueuse de l’estomac de porc ou d’une caillette de veau. Les cellull ' pepsine des glandes gastriques se gonflent et se dissolvent par une véritable di^ Bon qu, met en liberté la pepsine, dissoute dans une solution aqueuse de peptones’ our jsoler la pepsine, on sature le liquide filtré par un lait de chaux ^eVéci pite de phosphate tnbasique entraîne avec lui la diastase qu’il retient avec Dl ns d énergie que la plyal.ne, de sorte qu’on peut le débarrasser de la majeure nartie des peptones qui l’imprègnent, par un lavage à l’eau. On arrose le filtre avec de
~ “^rr:2r:ph,,e de - -
traces de peptones, estagfté^vigoureusement^elllplus^eur^reprlses^avecml ^ j**
■on saturée de cholestérine dans quatre parties d’alcool et une ^’éthel LaZl terme se précipite et retient avec elle toute la pepsine et rien eue li n»
la recueille sur filtre, on lave à l’eau aio-uisép ^ d pepsine ; on
n T2 ïrerdisiiiiée
est «pu, sé par l'éther„«mpt d'.lcod, qui enlève I, thotelérincet 1,’i J
t,on aqueuse de peps, ne presque pure, eusses concentrée; celle-ci addiâon
difficilement soluble dan, Peau distillée, plu's
c. Pepsine de Diakonow. - Diakonow part du suc gastrique obtenu che chien à jeun et porteur d’une fistule gastrique, par des excitations mécani ^ électriques; le liquide filtré est soumis à. la dialyse, en renouvelant constaU^ **