‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 90 sur 722 · ACTION DU SUC GASTRIQUE ARTIFICIEL SUR LES ALIMENTS · texte numérisé non relu

ACTION DU SUC GASTRIQUE ARTIFICIEL SUR LES ALIMENTS

11 dissout simplement les hydrates de carbone solubles dans l’eau, les sucres, la dextrine, la gomme, les matières pectiques, les sels alcalins et les phosphates terreux, ces derniers, grâce à la présence de l’acide chlorhydrique qui les transforme en sels acides. Sous la même influence, les sels à acides volatils sont décomposés, avec élimination de l’acide. La saccharose se transformerait en sucre interverti (Harley, Leube, Seegen) et la maltose subirait un dédoublement analogue (Duclaux).

Le suc gastrique agit surtout sur les matières albuminoïdes et leurs dérivés, à la fois comme dissolvant et comme modificateur chimique. Les matières albuminoïdes coagulées sont d’abord dissoutes et transformées en syntonine, ou acide-albumine, puis, par hydratation, passent à l’état de peptones dialysables et assimilables. Les variétés d’albumines combinées aux alcalis, naturelles ou artificielles, telles que la caséine et l’albuminate alcalin, sont d’abord coagulées par l’acide chlorhydrique et se redissolvent ensuite (Schiff, Fede, Fick).

Les matières albuminoïdes végétales se comportent comme’ celles d’origine animale (de Bary).

Des dérivés des matières albuminoïdes, la gélatine se dissout rapidement et ne se prend plus en gelée. Les matières gélatinigènes, telles que tendons et os, se dissolvent d’abord et se transforment ensuite en gélatine. Quant aux cartilages cliondrogènes, ils se dédoublent en chondrine, analogue à la gélatine et en un sucre réducteur, mais non fermentescible, la chondroglucose (Meissner).

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GAKNIER ET SCHLAGDENHAUFEEN.

Les matières complètement réfractaires à l’action du suc gastrique artificiel sont : les tissus corné et élastique, le tissu jaune, certains cartilages, la nucléine la mucine, les parties ligneuses des végétaux, la cellulose, sauf chez les ruminants (Hofmeister), enfin les corps insolubles dans les acides, et les corps «ras

Cependant, tout récemment, Klempereret Scheurlen viennent de démontrer en opérant sur un chien, auquel ils avaient ligaturé le pylore, puis aussi le cardia après introduction préalable dans l’estomac d’un poids déterminé d’oléine là production de 1, 2, 3 p. 100 d’acide oléique libre aux dépens du corps gras neutre41 En faisant réagir les bactéries du contenu stomacal sur la graisse, ils n’obtiennent que 1/2 p. 100 au plus d’acide libre. Donc, dans les conditions normales de la digestion, la majeure partie des acides gras provenant du dédoublement des graisses serait à mettre sur le compte des produits de sécrétion de la muqueuse gastrique. H

Mais ni les graisses neutres ni les acides gras de dédoublement ne sont résorbés par l'estomac (Maly).

L’action du suc gastrique sur les matières amylacées mérite d’être étudiée attentivement; le suc gastrique pur, exempt de salive, ne parait avoir aucune act.on sur les féculents; il n’en est pas de même quand il est mélangé de salive Brown-Séquard, expérimentant sur lui-même (méricysme), et Itichet5 il l’aide d’ digestions artificielles, reconnurent que la salive, mélangée au suc gàstrique n» turel ou à une solution légèrement acidulée, continuait à agir sur les amvlaré*' son action est même plus énergique que dans un milieu neutre La salive L ? I doit donc poursuivre son action, malgré son mélange dans l’estomac à la sécrétion acide de cet organe; d’ailleurs l’observation directe, sur une femme atteinte d fistule gastrique, a montré que l’empois d’amidon, mais non la fécule crue, continue dans l’estomac à se transformer en glucose (Grünewald et Schrœder)!

Le suc gastrique laisse la cellulose, même jeune, inaltérée, sauf chez les r, minants (Hofmeister).

4. TRANSFORMATION DE L’ALBUMINE SOUS L’iNFLUENCE DU SUC GASTRIQUE

L’etude des transformations que subissent les matières albuminoïdes contact du suc gastrique, ne peut guère être séparée de celle de l’action de chL>„„ de ses éléments essentiels, acide chlorhydrique et pepsine.

Dès qu’on eut reconnu la présence d’acides libres dans le suc gastrique „

crut d’abord que les transformations des matières albuminoïdes, sous son influe' ”

étaient dues uniquement à l’action des acides; telle fut du moins l’opinion dà Walens, puis de Tiedemann et Gmelin (1824). Bouchardat (1842) observa ■ premier, l’action dissolvante de l’acide chlorhydrique sur les malières al h minoïdes coagulées, et modificatrice sur celles qui sont solubles; il admit nd r, ’ d’action de l'acide chlorhydrique dilué et du suc gastrique, et proposa le6"1'16 d’a Ibuminose, pour le résultat de cette action sur les diverses matières proté" Après la découverte de la pepsine par Washmann, Miahle (1847), reprenait*?' théorie de Dumas qui compare, avec raison, l’action de la pepsine sur la fib ' ^ à celle de la diastase sur l’amidon. Il annonce que le suc gastrique fait d’abbrd

passer les matières albuminoïdes par un état casêïforme intermédiaire, et donne, en fin de compte, un produit soluble qui diffère de celui qui est fourni par l'action de l’acide chlorhydrique dilué, en ce qu’il est assimilable et ne se retrouve pas dans les urines après injection dans les veines; ce produit est unique, quelles que soient les variétés d’albumine dont il provient; l’auteur le désigne également sous le nom d a Ibuminose et reconnaît, comme caractère spécial de cette albuminose, sa non précipitation par les alcalis, par l’acide chlorhydrique et par l’acide azotique

Lehman n admet complètement les idées de Miahle, mais propose le nom dé peptone, au lieu de celui d’albuminose, pour désigner leproduitfinaldeladigestion gastrique, et émet l’opinion, adoptée par Corvisart (1854), qu’aux diverses matières albuminoïdes correspondent autant de variétés de peptones; il a donc décrit la fibrine-peptone, l’albumine-peptone, la caséine-peptone, etc. Suivant Lehmann les diverses peptones ont sensiblement la même composition centésimale que leur substance mere. A l'analyse, elles donnent, en moyenne, 1,602 de soufre p 1000elles n’en diffèrent que par leurs réactions.

Pour nous résumer, nous pouvons dire que, dans l’état actuel de nos connaissances relatives à l’étude du suc gastrique, les auteurs divers admettent la production, aux dépens des substances protéiques, d'une substance intermédiaire qui semble être due à l’action initiale de l’acide : c’est la syntonine ou acide albumine; celle-ci se transforme plus ou moins complètement en un produit final, unique au point de vue physiologique, la peptone (Miahle, Lehmann, Brücke).

Plus tard, Meissner, sans nier l’action initiale de l’acide du suc gastrique, a repris la question sous une forme nouvelle, mais en la compliquant à plaisir. Nous venons de dire que, suivant Miahle, Lehmann et Brücke, le produit final de la digestion stomacale des matières albuminoïdes était la peptone, qui reste mélangée de quantités variables de syntonine. D’après Meisner, le suc gastrique dédouble l’albumine en deux parties: l’une, assimilable, constituant le mélange de peptones a, p et y, dont nous ne voulons pas rapporter les prétendus caractères distinctifs; l’autre, non assimilable, la parapeptone, qui peut donner la métapeploneet la dyspeptone; elle est insoluble.

La dyspeptone n’est pas homogène et ne constitue pas un véritable produit de la digestion gastrique; elle préexiste dans l’albumine mise en œuvre et, d’après Henmnger, une albumine en laisse d’autant moins qu’elle a été plus parfaitement purifiée. Elle est formée en parlie de nucléine phosphorée qui, on le sait est precisémeut réfractaire à la digestion.

Le mode d’action du suc gastrique sur l'albumine varie beaucoup suivant diverses circonstances. Elle est sous la dépendance : 1» de la nature de la ma- Uere albuminoïde; 2» de la nature de l’acide; 3“ du degré de la température- * e a ne esse en pepsine; 5° de la richesse en albumine et en peptones; 6° de la presence d’agents chimiques divers.

Page 1