IV. THÉORIE DE LA DIGESTION STOMACALE
Le rôle précis de la pepsine, dans la fermentation gastrique des matières albuminoïdes n’est pas encore connu avec certitude. Se basant sur la nécessité absolue de la présence de ce corps, pour obtenir la peptonification de l’albumine et sur celle d’un milieu acide, Schmidt a imaginé l’existence d’une combinaison entre 1 acide chlorhydrique et la pepsine, l’acide chlorhydro-pepsique, qui se porterait sur la substance protéique, laquelle, fixant l’acide, se transformerait en peptonc, de sorte que la pepsine, mise en liberté, se combinerait avec une nouvelle portion d acide et poursuivrait indéfiniment son action. En somme, la pepsine serait un intermédiaire entre l’acide et l’albumine qu’elle porterait incessamment de l’un à l’autre; et, comme le dit Kühne, elle jouerait le même rôle que l’oxyde d’azote dans la préparation de l’acide sulfurique. Cette théorie, qui n’est en réalité basée que sur des hypothèses, concorde cependant avec ce fait que la pepsine peut transformer des quantités considérables, sinon illimitées, de matières albuminoïdes, et que, quand son action est annihilée par la présence d’une proportion trop considérable de peptones, elle reprend généralement son énergie après l’addition d’une quantité suffisante d’eau acidulée par l’acide chlorhydrique.
Wiltich a admis aussi une combinaison instable d’acide chlorhydrique et de pepsine, et a attribué à la fibrine la propriété d’éliminer la pepsine de cette combinaison.
Wurtz a fait faire un pas important à la question. Ayant remarqué que la fibrine plongée dans une dissolution de papaïne s’emparait de celle-ci au point que des lavages à l’eau ne l’enlevaient plus, et que cetle fibrine papaïnée abandonnée à 40 degrés avec de l’eau pure se transformait rapidement en peptone, tandis que la papaïne mise en liberté pouvait agir sur une nouvelle quantité de matière albuminoïde, il reprit l’expérience, mais cette fois avec de la pepsine. La fibrine absorba encore la pepsine qu’elle ne céda pas à l’eau, pas plus d’ailleurs qu’à la glycérine. La production de cetle combinaison stable défibriné, pour ainsi dire teinte de ferment, comme elle pourrait l’être par du carmin ou de la fuchsine avait déjà été entrevue par Wittich ; mais c’est à Wurtz que revient le mérite d’en avoir montré l’importance, au point de vue de la théorie de l’action des ferments solubles.
Au contact de l’acide chlorhydrique à I ou 2 millièmes et à 40 degrés, la fibrine, împregnee de pepsine, se gonfle énormément, devient presque transparente et sè dissout beaucoup plus vite que dans l’acide dilué seul. En quelques minutes la solution se produit, avec une bonne pepsine; et l’on obtient tout d’abord, comme avec lac.de chlorhydrique, de la syntonine qui garde encore les réactions des matières albuminoïdes et en particulier la précipitation par l’acide nitrique, le cyanure jaune et le chlorure de sodium. Mais, si l’on prolonge l’action au bout de trois ou quatre heures, ces caractères disparaissent, et précisément, comme le fait remarquer Ilenninger, dans l’ordre de leur sensibilité. Il se forme des produits intermédiaires, dont l’existence est passagère ; ce sont les propeptones de Schmidt et Miilheim, l’hêmialbuminose de Kühne et Salkowski, qui donnent
encore des précipités par l’acide nitrique ou par l’acide acétique et le chlorure de sodium, mais précipités solubles à chaud, se reproduisant par le refroidissement. Enfin on obtient des peptones que ne précipitent plus les réactifs précités, peptones dialysables qui peuvent passer à travers les parois du tube digestif pour pénétrer dans le torrent circulatoire.
Que sont ces peptones par rapport aux matières albuminoïdes qui leur ont donné naissance? Par quel processus chimique intime dérivent-elles les unes des autres? Suivant Lehmann, les peptones sont des isomères des substances protéiques dont elles proviennent ; pour Herth, celles-ci sont les polymères des peptones, en lesquelles elles se résolvent, comme l’acide cyanurique se résout en trois molécules d’acide cyanique sous l’influence de la chaleur.
Comparons entre elles les analyses centésimales de peptones pures et des albumines correspondantes, consignées dans le tableau suivant :
ÉLÉMENTS