DOSAGE DE l’OXYGÈNE CONTENU DANS LE SANG
Quand on ne veut doser que l’oxygène contenu dans le sang ou le sérum, on peut recourir au procédé de Cl. Bernard, mais mieux encore à celui de MM. Schtitzenberger et Risler.
a. Procédé CL Bernard.
Ce procédé, basé sur le déplacement de l’oxygène combiné à l’hémoglobine par l’oxyde de carbone, a été mis en pratique par MM. Estor et Saint-Pierre. 11 consiste à introduire 13 ou 20" de sang sous une cloche pleine de mercure, puis un excès d’oxyde de carbone pur, à remuer le mélange et à l’abandonner pendant une heure au moins. On fait ensuite passer le gaz dans une éprouvette graduée, on absorbe l’oxyde de carbone par le chlorure cuivreux ammoniacal et l’acide carbonique par la potasse. On mesure le volume restant; on absorbe l’oxygène par le pyrogallate potassique, et la diminution do volume fournit le i-ésultat cherché.
Cette méthode est très défectueuse à cause de sa longue durée pendant laquelle les principes organiques du sang absorbent des quantités sensibles d’oxygène.
p. Procédé Schützenberger et Risler (1).
Principe. — Ce procédé est basé sur la facile réduction de l’indigo bleu par 1 hydrosulfitc de sodium qui se transforme on bisulfite, et sur la propriété que
(1) Qainquaud, Chimie pathologique, Paris, 1880.
ANALYSE DU SANG. — DOSAGE DE L’OXYGÈNE
jiossède l’oxygène de l’iiéinoglobinc de réoxyder l’indigo réduit, pour le transformer de nouveau en indigo bleu, ainsi qu'il résulte des formules suivantes :
SO^NalI + O = SO=XaIl
C'«H'U7,*02 + O = 2C*H®AzO + IPO
lîéaclifs. — Les réactifs sont au nombre de trois.
1° Hydrosulfite de sodium. — On remplit complètement de rognures de zinc ■un flacon d’environ 200", sans les tasser, et l’on ajoute jusqu’au bord environ 100 grammes de bisulfite de soude de densité 1,26. On bouche hermétiquement, puis, au bout d’une demi-heure, on verse le liquide dans 5 litres d’eau, et l’on ajoute aO à 100 grammes d’un lait de chaux contenant 200 grammes de chaux vive par litre. On agite et on laisse reposer; on décante ensuite le liquide clair dans des flacons bien remplis et bien bouchés pour le préserver du contact de l’air. La solution doit être titrée chaque fois.
2° Sulfate de cuivre ammoniacal. — On dissout 45',46 de sulfate de cuivre pur, cristallisé et non efîlcuri dans un peu d’eau, on ajoute de l’ammoniaque jusqu’à redissolutiou du précipité d’abord formé, puis on étend au litre à 16“. 1' du liquide cède à l’hydrosulfite, en se décolorant, 0",1 d’oxygène, mesuré à 0 et 760.
3“ Solution de carmin d'indigo. — On dissout au bain-marie 100 grammes ■de carmin d’indigo (sulfindigotate de sodium) en pâte dans 2 litres d’eau, on étend à 10 litres en mélangeant intimement; on distribue dans des flacons d’un litre, complètement remplis et bien bouchés, et l’on conscn c la solution à l’abri (le la lumière pour éviter toute altération.
Description de l'appareil. — Toutes les opérations doivent se faire dans une ^atmosphère exempte d’air, obtenue au moyen de l’appareil construit par Alvergniat(l) et qui se compose ; 1“ d’un système de flacons et de burettes-, 2* d’un grand générateur d’hydrogène, préparé par la réaction de l’acide chlorhydrique sur le zinc.
L’appareil proprement dit se compose d’un flacon à trois tubulures d’un litre ■environ de capacité. La tubulure du milieu est fermée par un bouchon à deux trous dans lequel s’engagent les extrémités de deux burettes de Mohr divisées •en 1/10 de centimètre cube et fixées à un support commun. Les tubulures latérales sont fermées par des bouchons à deux trous; l’un d’eux reçoit un entonnoir à boule avec robinet, de 100" environ, dont le tube d’écoulement plongeant au fond, constitue le tube adducteur du gaz hydrogène; l’autre porte le tube de ■ilépart du gaz dont l’extrémité dirigée dans un vase plein d’eau remplit l’office d’un siplion de vidange; son extrémité inférieure, terminée par un tube de caout- ■«■houe, peut être fermée en repliant le tube sur lui-même.
L’hydrosulfitc est contenu dans un flacon fermé par un bouchon de caoutchouc à doux trous par lesquels pénètrent deux tubes coudés à angle droit, main- Jimus au-dessus du liquide; l’un est fermé par un caoutchouc et une baguette de
(1) Laiiibling, loc. cil., p. 39.
ANALYSE Dü SANG. — DOSAGE DE L’OXYGÈNE.
La burette à hydrosulfite est fermée par un bouchon de caoutchouc à travers lequel un tube de verre amène et maintient une atmosphère d’hydrogène audessus du liquide.
La seconde l)urette contient l’indigo et n’offre rien de particulier.
Manuel opératoire. — Le manuel opératoire comprend une opération préliminaire, faite une fois pour toutes, c’est le titrage de l’indigo. L’hydrosulfite, au contraire, trop altérable, doit être titré fréquemment à l’aide de l’indigo.
1» Titrage de l'indigo. — On introduit avec une pipette 25" du sulfate de cuivre ammoniacal dans le flacon et l’on fait passer le courant d'hydrogène jusqu’à ce que tout l’air soit déplacé. On laisse couler l’hydrosulfite jusqu’à ce que la solution, vue sur fond blanc, soit décolorée; quelques gouttes en plus font apparaître une teinte jaune clair, due à la réduction de l’oxyde cuivreux. La moyenne.entre les deux limites, décoloration et coloration en jaune, sert de base aux calculs.
Supposons que, pour décolorer les 25" de sulfate cuivrique, il ait fallu 18",5 d’hydrosulfite.
On vide le flacon, on le lave à l’eau distillée et l’on titre avec les mêmes précautions la solution d’indigo en opérant sur 50", et en s’arrêtant au moment où toute teinte verdâtre a disparu et où le liquide est devenu jaune clair. Admettons que l’on ait employé 8",7 d’hydrosulfite pour obtenir ce résultat, on procédera au dosage de la manière suivante :
Calcul.
sulfate de cuivre ou 18",3 hydrosulfile. a",5 d'o.vygèii
La solution d’indigo ainsi titrée servira ultérieurement à doser l'hydrosulfite.
2” Dosage de l'oxygène contenu dans le sang. ■ — On introduit dans le flacon lavé 200" d’eau bouillie et refroidie à + 43° et 50", tenant en suspension 10 grammes p. 100 de kaolin, destiné à atténuer la coloration rouge du sang et à permettre de saisir nettement l’apparition et la disparition do la couleur bleue à la fin de la réaction, puis 50" d’indigo et l’on décolore par l’hydrosulfite apiè< avoir fait passer le courant d’hydrogène.
Le tube de l’entonnoir à boule est rempli exactement d’eau bouillie et purgée d’air.
Le liquide jaune ne doit pas bleuir à la surface si l'atmosphère du flacon ne renferme plus d’oxygène. On verse alors de l’indigo jusqu’à apparition d’une teinte bleue, puis quelques gouttes d’hydrosulfite jusqu’à décoloration, et l’on obtient ainsi un milieu qui renferme exclusivement de l'indigo blanc sans excès d'hydrosulfite.
Le sang, défibriné par le battage à l'aide d’une petite baguette, dans un vase presque rempli et fermé par une membrane de caoutchouc percée d’un petit trou pour laisser passer l’agitateur, est aspiré dans une pipette à un seul trait
de jauge de 2 ou S" (Ritter) et introduit dans l’entonnoir à boule, puis de là dans le flacon à indigo blanc; on lave la pipette avec do l’eau bouillie qu’on verse encore dans l'entonnoir et l’on fait passer tout le liquide sanguin dans le contenu du flacon à l’aide d’eau bouillie. On peut encore, comme le fait M. Qiiinquaud, aspirer directement le sang de la veine ou de l’artère à l’aide d’une petite seringue graduée dont les vides sont remplis d’eau purgée d’air, et l’introduire directement dans l’entonnoir. Le liquide trouble a pris une teinte bleue sous l’influence de l’oxygène de sang; on la détruit à l’aide de l’bydrosulfite en s’arrêtant à une teinte jaune rougeâtre franche sans mélange de vert.
5" de sang mis en œuvre ont exigé par exemple 8",5 d’hydrosulfite.
On titre alors seulement l’hydrosulfite en versant dans le mélange 50" d’indigo qui exigent pour leur décoloration 9",2 d’hydrosulfite.
Calcul.
30",0 d’indigo cèdent 30 x 0,0233 d'oxygène à.
'1",0 d’hydrosulfile absorbe.
et 8",5 d’bydrosulfite ou 3" de sang correspond a.
d’bydrosulfite
d’oxygène
100" de sang contiennent donc 1",097 x -^ = 21",94 d’oxygène.
Remarque. — Si l’on compare les quantités d’oxygène que fournit l’analyse d’un même sang par le procédé de la pompe à mercure et par l’hydrosulfite, on oitserve ordinairement un écart sensible qui a été indiqué déjà par M. Schützcniicrger. Le procédé à l’hydrosulfite donne toujours 4 à 5" d’oxygène p. 100 de sang en plus que celui de la pompe.
Cette divergence s’explique bien facilement « par la rapidité avec laquelle le « sang abandonné à lui-même consomme l’oxygène qu’il renferme. Une opéra- « tion d’extraction de gaz à la pompe exige au moins un quart d’heure à vingt « minutes, et il n’est nullement étonnant do voir disparaître 4 à 5“ d’oxygène « à la température do 40 ou 30°, tandis qu’avec notre procédé, le dosage est « instantané » (Schützcnbergor).
L’expérience ayant démontré que la réduction de l’oxyhémoglobine par l’hydrosulfite aboutit à la production de l’hémoglobine réduite seulement, sans aller jusqu’à l’hémochromogènc, ainsi que l’avait pensé lloppc-Seyler, il en résulte que le procédé de dosage de l’oxygène d’après Scliützcnberger est le seul exact pour le sang (Lambling, loc. cil., p. 31 et suivantes).
§ lY. — RECHERCHE MÉDICO-LÉGALE DES TACHES DE SANG.
Si la simple observation microscopique est suffisante pour déterminer la nature des taches de mucus, de pus ou de sperme sur les vêtements ou le linge, etc.; il n’en est plus de meme quand il s’agit de taches do sang. Celles-ci, indépendamment de leur examen au microscope, doivent être soumises à certaines opérations chimiques et physiques toutes spéciales.