‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 3)Chapitre 37 sur 206 · DOSAGE DU FER · texte numérisé non relu

DOSAGE DU FER

Le dosage du fer se fait le mieux par le procédé à l’hyposulfite décrit page 291 ; on opère sur 200“ d’urine, qu’on évapore à sec dans une capsule de platine et dont on incinère le résidu. Les cendres sont reprises par l’eau et la solution

ANALYSE DES URINES. — URÉE

réduite par la liqueur titrée d’hyposulfite dont il faut n' centimètres cubes. La quantité de fer contenue dans l’émission dos 24 heures (E) est donnée par la formule

§ III. - DOSAGE DES ÉLÉMENTS ORGANIQUES NORMALEMENT CONTENUS DANS L’URINE.

Les matières organiques contenues normalement dans les urines sont constituées principalement par de l’urée, de l’acide urique et de la créatinine, à côté desquels on trouve toujours, mais en quantité très minime, des composés que l’on réunit sous la rubrique générale de matières extractives.

A. DOSAGE DE l’URÉE,

De toutes les matières contenues dans les urines, la plus importante est sans contredit l’urée. Le nombre des procédés de dosage de ce corps indiqués jusqu’ici, la variété des méthodes, la difficulté d'arriver à un dosage à la fois exact et rapide, font de cette question l’une des plus intéressantes de la chimie analytique des urines. Nous passerons ces procédés en revue, en insistant sur les plus rapides, et nous ferons suivre leur description d’une appréciation de leur s'aleur relative, de façon à guider le chimiste dans le choix de la méthode à adopter suivant le but qu’il se propose.

Les divers procédés de dosage de l’urée se rattachent tous à l’une des réactions suivantes : t° décomposition de l’urée en Az et CO® par les hypochlorites et les hypobromites alcalins; 2“ précipitation par l’azotate mercurique; 3“ décomposition enAz et CO® par l’acide azoteux; 4° hydratation et transformation en carbonate par les bases ou les acides.

1" -MÉTHODE. — Dosüge de l’urée par les hypoelilorites et les hypobromites alcalius.

Principe. — L’urée est décomposée en Az et CO’ par les hypochlorites à chaud (Davy (1), Lecomte (2) et par les hypobromites à froid (Knop) (3|, d’après les formules :

ClDAz*0-l-3C10Na = 3NaCl-|-C0’-bAz*-|-2Il’0;

CID Az ’O -h 3 Br O Na=3 NaBr + CO’ -|- Az’ q- 2 II’ O.

11 suit de là que l’acide carbonique et l’azote devraient se dégager tous deux,

(1) Davy, J. f. praket. Chem., I. LXIII, p. 188.

(2) Lecomte, C. fi. Acad., t. XLVII, p. 237, 1838.

(3) Knop, Chemisch. Centratbl., 1860, p. 213; 1870, p. 132 cl 294.

64 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENH.AUFFEN.

mais comme le réactif contient un excès de base, l’azote seul est éliminé. Théoriquement t gramme d’urée donne 371",17 de gaz à 0“ et 760““. Dans le procédé de Lecomte, aujourd’hui abandonné, on n’obtient que 340", et Ilüfner lui-même (1), en employant l’hypobromile, n’a encore obtenu que 3o4",33 d’azote. Les différences constatées entre le volume théorique et celui qu’on obtient réellement seraient dues, suivant Feuton (2) à la production d’une certaine quantité d’acide cyanique :

■2 C H ‘ Az *0 -h 2 Cl O Na -t- 2 Na H O = 2 C Az O Na -t- Na Cl + Az* -h H *0 dont on éviterait la formation en ajoutant aux solutions d’urée une quantité dix fois égale de sucre de canne et de glucose (Méhu) (3), Fauconnier) (4), ce qui permettrait d’obtenir les 371" d’azote théorique. Ce dernier fait est contesté, du moins en partie, par A'von et Jay (o). On doit cependant en tenir compte pour les urines de diabétiques avec lesquelles on obtiendra plus d’azote qu’avec une urine non sucrée.

Les procédés dans lesquels on applique la réaction de Knop sont très nombreux; une foule d’appareils ont été imaginés, tous plus ou moins ingénieux, donnant de bons résultats quand on sait s’en servir. Nous citerons principalement ceux de Ilüfner, d'Yvon modifié par Méhu, Magnier de la Source et Dupré, de Régnard, de Thicry, de Greene, modifié par Doremus et Marshall (6), etc. Mais nous n’indiquerons avec quelques détails que le procédé d’Yvon applicable au laboratoire, et celui d'Esbach, que le clinicien peut utiliser lui-même au lit du malade.

a. Procédé Yvon (7).

Appareil. — Tube de 1 centimètre de diamètre intérieur, divisé au t/4 de sa longueur en deux parties par un robinet; la partie supérieure, plus petite, porte une graduation en dixièmes de centimètres cubes à partir du robinet et peut contenir 12 à la" de liquide; la partie inférieure, également graduée en dixièmes, jusqu’à 16", présente une capacité d’environ 36".

L’appareil plonge dans une cuve à mercure profonde.

Réactif. — Le réactif peut être préparé à divers degrés de concentration et doit être renouvelé assez fréquemment, à cause de sa décomposition. Le liquide se décolore et doit par conséquent être conservé en vase bien clos et à l’abri de la lumière.

Nous préférons la formule suivante, qui donne un hypobromile concentré :

Bi'ome 10 grammes

Soude de D=l,32 70 —

Eau 100 —

(1) HUfiur, Zeitschr. f. physiol. Chem., 1.1, p. 330.

(2) Feuton, J. of the Chem. Societ., t. XXXIII, p. 102.

(3) Mt’hu, Bull. Soc. chim., t. XXXIII, p. 410.

(4) Fauconnier, Bull. Soc. chim., t. XXXIII, p. 102.

(5) Bull. Soc. chim., t. XXXIII, p. 103; t. XXXIV, p. 80 et 632.

(6) Journ. de chim. et de pharm. 16 janvier 1887.

(7) '^^oa,C.r.delaSoc.debiolog.,mi,^.'îl-,ctBull.delaSoc.chim.de Paris t XIX p 3

ANALYSE DES URINES. — URÉE

Manuel opératoire. — La partie inférieure du tube d'Yvon étant remplie de mercure, on verse dans la plus petite branche 1“ d’urine qu’on fait passer ensuite sous le robinet; on lave avec l ou 2" de solution de potasse qu’on réunit à l’urine ; puis, le robinet fermé, on verse dans la petite branche 7 à 8" d’hypobromite dont on fait passer la majeure partie dans la grande branche en soulevant le tube pour empêcher le passage du gaz par le robinet. On ferme et on agite. Quand il n’y a plus de dégagement de bulles gazeuses, et que le liquide reste coloré en jaune, preuve de la présence d’un excès de réactif, on porte le tube fermé par le bas dans une longue éprouvette pleine d’eau, et l’on mesure le volume du gaz en établissant l’égalité de pression et observant la température de l’eau (t) et de la pression barométrique (Hj.

Calcul. — Le poids d’urée de l’émission totale des 24 heures (E) est calculé à l’aide de la formule suivante dans laquelle le volume d’azote (u) est ramené à 0 et 760, h étant la tension de la vapeur d’eau à la température t :

P — U Uizzlllx - X—X F

Si l'urine était sucrée, on devrait, suivant Méhu, employer la nouvelle formule

Le D' G. Frutiger (1) a porté à l’appareil Yvon une modification qui consiste à supprimer la cuve à mercure. 11 dispose à cet effet à la partie inférieure du tube, à des niveaux différents, deux tubulures latérales opposées. Celle du bas est reliée à l’aide d’un tube en caoutchouc à une éprouvette remplie de mercure susceptible de se mouvoir de bas en haut et de faire entrer le mercure dans l’appareil ; celle du haut communique par un autre tube en caoutchouc avec un tube ouvert fixé solidement contre la burette. Cette dernière porte enfin à son extrémité un bouchon à travers lequel passe un tube de verre qu’on peut ouvrir et fermer à volonté afin de régler l’écoulement de l’hypobromite et de l’eau de lavage.

p. Procédé Esbach (2).

Appareils. — 1) Une cloche à gaz graduée en dixièmes de centimètres cubes, de 1 centimètre de diamètre intérieur et d’une capacité totale de 30";

2) Une pipette de 1 à 2";

3) Un vase quelconque, un peu large, pouvant contenir 2 litres d’eau.

Réactif. — Le même que pour le procédé Yvon.

Manuel opératoire. — Dans la cloche tenue verticalement, l’orifice dirigé vers le haut, on verse successivement et sans mélanger les liquides, d’abord 6" d’hypobromite, puis 8“ environ d’eau; on lit le volume total occupé (V); on verse ensuite 1" d’urine, on ferme avec le pouce ou avec tout autre système ad hoc,

(1) Journ. de chim. et depharm. 18 mars 188".

(2) Esbach, C. r. de la Soc. de biolog., 1873, et brochure sur Ure'omètre simplifié et Baroseope à gaz, Paris, 1873, chez Brewer.

E.NCVCLOP. CHIM. 5

66 ENXYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — CARSIER ET SCHLAGDENHAUFFEN.

et l’on agile en inclinant alternativement le tube dans un sens et dans l’aulre, doucement, pour faire tomber la mousse. Dès qu’il ne se dégage plus de bulles gazeuses, le liquide devant toujours garder une teinte jaune, on le débouche sous l'eau du vase large, enfonçant le tube droit ou incliné, de façon à faire coïncider le niveau intérieur et extérieur; on bouche avec le doigt, on sort de la cuve, on retourne et l’on débouche de nouveau ; on lit le volume du liquide réuni et restant (’V'). Avant la réaction on avait un volume exprimé par V + 1, s’il ne reste dans le tube que V', la différence (V +1)—V' représente l’eau chassée hors du tube par un égal volume d’azote provenant de la décomposition de l’urée.

Calcul. — On applique la formule indiquée dans le procédé Yvon, modifiée ainsi qu’il suit :

Observation. — Un certain nombre des substances azotées qui se trouvent dans l’urine subissent egalement comme l’urée l’action de l’hypobromite, et dégagent une partie de leur azote; tels sont l’acide urique, la créatine, la créatinine, la guanine et même l'albumine. Les auteurs ne sont pas d’accord sur les quantités respectives de gaz provenant de ces divers composés, aussi doit-on chercher à les éliminer, si faire se peut, avant de doser l’urée. On se sert, dans ce but, de sous-acétate de plomb qui élimine l'acide urique, les matières colorantes, les matières extractives et l’albumine, si l’urine en contient.

La décomposition de la créatinine et de la guanine qui restent dans le liquide est assez lente pour ne pas influencer sensiblement les résultats.

Dans une éprouvette graduée, étroite, on verse 10" d’urine, puis du sous-acétate de plomb en léger excès (1 à 2") ; on complète exactement à 20", on agite et l’on filtre. En opérant dès lors sur 2" de filtratum qui représentent 1" d’urine, les formules précédemment indiquées restent applicables.

Baroscope d'Esbach ( 1 ). — Pour éviter les corrections de température et de pression que l’on doit toujours faire dans les mesures de gaz, Esbach a imaginé un petit appareil qu’il nomme baroscope à colonne mercurielle, et qui se compose d’un tube étroit recourbé en U, ouvert à l’une de ses extrémités, et terminé à l’autre par une ampoule volumineuse; dans la courbure du tube, se meut une colonne de mercure, surmontée du côté de l’ampoule pleine d’air, par une courte colonne d’eau ; la branche correspondant à l’ampoule porte, de haut en bas, une graduation allant de 70 à 62. L’appareil donne un chiffre qui est la résultante des trois influences modificatrices du volume d’un gaz mesuré sur l’eau, savoir : la pression atmosphérique, la température et la tension de la vapeur d’eau.

L’appareil est accompagné d’une table à double entrée dont l’une, verticale, correspond aux volumes d’azote dégagé par 1" d’urine et exprimés en dixièmes, et l’autre, horizontale, porte les chiffres du baroscope de 62 à 70.

Les chiffres de la table donnent immédiatement le poids de l’urée, par litre d’urine, correspondant au volume d’azote dégagé sous l’influence de l’hypobromite de soude.

I Esbach, loc. cil., cl baroscope à mercure, nouveau modelé, Paris, 1877 (construit chez Brewei-; .

ANALYSE DES URINES. — URÉE

2' MÉTHODE. — Dosage de l’urée par l’azotate mercurique.

Proeédé Liebig.

Ce procédé, imaginé par Liebig, en 1853, a subi depuis cette époque diverses modifications dont les principales sont dues à Pflüger (1). C’est donc le procédé de Liebig, modifié par Pflüger qui va être décrit.

Principe. — L’urée en solution traitée par le nitrate mercurique, donne naissance, suivant le degré de concentration, à des composés insolubles qui renferment tous 2CH*Az’0 (AzO’)*Hg uni à 1, 2 ou 3 molécules de HgO. En solution très étendue et à froid, on obtient toujours le composé à 3 molécules d’oxyde de mercure, sous forme d’un précipité blanc cristallin qui prend naissance en vertu de la réaction :

2 CH‘Az’O -I- 4 (Az O»)’ Ilg + 3 H ^ O = 2 CH‘Az*0 (Az O’)’ Ilg, 3 Hg O + 6 Az O’ H.

Ce précipité n’est pas coloré en jaune par les alcalis qui peuvent servir de réactif indicateur; ces derniers, au contraire, précipitent en jaune le nitrate mercurique.

De même que l’urée, les phosphates, sulfates et carbonates précipitent également le sel mercurique. L’albumine, l’ammoniaque et le carbonate d’ammonium qu’on peut rencontrer dans une urine, se trouvent dans le même cas. La présence des chlorures présente un inconvénient, car ces derniers transforment l’azotate mercurique en chlorure qui ne précipite pas l’urée ; de sorte que le réactif, versé dans une solution contenant à la fois de l’urée et du chlorure de sodium, ne précipitera l’urée que lorsqu’on en aura ajouté une quantité suffisante pour transformer tout le chlorure en sublimé corrosif. Enfin la combinaison insoluble d’urée et de mercure est soluble dans l’acide azotique; et comme sa réaction génératrice met en liberté de l’acide nitrique, on doit assurer la neutralité du liquide. Ici encore, comme dans le dosage des phosphates, il faut que la liqueur mercurielle contienne non seulement la quantité de sel suffisante pour précipiter un poids donné d’urée, mais encore l’excès nécessaire pour faire apparaître la coloration jaune finale.

Prépai’ation des solutions, — 1° Solution d'urée. — 2 grammes d’urée pure desséchée sur l’acide sulfurique, dissous dans 100“ d’eau; 1"=:0''',02 d’urée.

2° Liqueur mercurielle. — Elle doit précipiter 10 milligrammes d’urée par centimètre cube, et renfermer par litre, outre les 72 grammes d’oxyde mercurique nécessaires pour précipiter 10 grammes d’urée, un certain excès, soit 5s%2, suffisant pour l’apparition de la coloration jaune finale (Liebig et Pflüger). On dissout donc 77e',2 de HgO pur dans l’acide nitrique; on évapore en consistance sirupeuse, puis on étend d’eau pour compléter le litre, en redissolvant au besoin le sel basique qui peut se former dans la quantité exactement nécessaire d’acide azotique dont il faut éviter tout excès : on obtient ainsi une solution dont 1« correspond à 0s',l d’urée.

3° Liqueur barytique. — Mélange de solutions saturées de nitrate de baryum et de baryte caustique, exemples de chlorures, dans la proportion de 1 pour 2.

(t) Pflüger, Ses archives, t. XXI, p. 248, 1880, et Ztschr, f. anahjf. Chem., t. XIX, p. S”:;,

fis EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQUE. - GARKIER ET SCHLAGDENHAUFFEN.

4“ Liqueur sadique. — Solution de 53 grammes de carbonate de soude pur et calciné par litre.

Essai de la liqueur mercurielle. - A 10" de solution d’urée à 2 p. 100 qui doivent exiger pour leur précipitation complète ’ ^ —=20" de liqueur

mercurielle, on ajoute 19",7 de cette dernière; on neutralise exactement par du carbonate de soude, puis on ajoute, par dixièmes de centimètre cube, l’azotate mercurique, sans neutraliser davantage, et l’on porte chaque fois une goutte du mélange sur une goutte de carbonate de soude placé sur un verre noir, jusqu’à ce que l’on aperçoive nettement une coloration jaune produite au moment du contact. S’il faut moins de 20" de liqueur mercurielle, on étend d’eau; s’il en faut plus, on ajoute un peu de nitrate mercurique concentré.

Manuel opératoire : Préparatio7ï de Vwine. — Si l’urine est albumineuse, on en chauffe 100" au bain-marie, dans une fiole presque fermée, pour éviter l'évaporation, après avoir ajouté quelques gouttes d’acide acétique. On sépare par filtration l’albumine coagulée en flocons, et l’on continue comme avec l’urine ordinaire.

On mélange 50" d'urine et 50" de liqueur bary tique, et l'on filtre pour séparer les sulfates, phosphates et carbonates. On a déterminé sur 10" d’urine le volume V de liqueur titrée argentique nécessaire pour en précipiter tout le chlore. On prend 60" du mélange barytique filtré, représentant 30" d’urine et l’on y ajoute 3 o de liqueur argentique, on agite fortement et l’on filtre. Du liquide limpide obtenu on prélève (20" + v), soit 10" d’urine primitive et l’on neutralise par de l’acide nitrique sans s’occuper d’un trouble léger dû au chlorure d’argent dissout dans les sels ammoniacaux.

Dosage. — Dans les (20 + c") de mélange urinaire, neutralisé par l’acide azotique, on verse la liqueur mercurielle, et l’on distrait du liquide agité une goutte qu’on porte sur une autre goutte de bouillie étendue de bicarbonate de soude, bien exempt de chlorure, placée sur un verre noir; le mélange des deux gouttes redevient d’abord blanc, puis reste jaune quand on n’en est plus qu’à quelques dixièmes de centimètre cube du résultat final ou qu’on a légèrement dépassé cette limite. On neutralise le liquide total par la solution sodique (n"). S'il reste blanc ou ne prend qu’une teinte chair clair, on continue l’addition du sel de mercure (N") jusqu’à coloration jaune ; si le mélange neutralisé est jaune brun, on recommence l’opération sur un nouveau volume (20 -f- v) en versant du coup le nombre de centimètres cubes moins I, exigé par la première opération, et l'on achève avec le carbonate neutre de soude comme réactif indicateur.

Calcul des résultats. — Le titre de la liqueur mercurielle, 1" = 0,0t d’urée, n’est exact qu’autant qu’on se place dans les conditions de dilution qu’on a observées dans sa préparation, c’est-à-dire qu’on opère sur des solutions d’urée à 2 p. 100. Si le liquide analysé contient moins de 2 p. 100 d’urée, on emploie trop de sel de mercure pour obtenir la réaction finale ; s’il renferme plus de 2 p. 100, on en prend trop peu au contraire. Il faut donc faire subir au nombre de centimètres cubes de solution mercurielle employés une correction qu’on obtient très facilement par la règle empirique suivante due àPflüger; le nombre

ANALYSE DES DIIINES. — URÉE. 69

réel (X) de centimètres cubes de nitrate inercurique qui agit sur l’urée est donné par la formule ;

Cette correction n’est applicable qu’autant que la quantité d’urée trouvée est comprise entre 1/3 et 4 p. 100; si le résultat est inférieur à 1/3 p. 100, il faut ajouter à l’urine un volume mesuré de la solution titrée d’urée au deux centièmes et recommencer le dosage. On étendra au contraire l’urine d’eau, quand on obtient plus de 4 p. 100 d’urée.

La quantité d’urée contenue dans l’émission totale est donnée par la formule suivante, basée sur ce fait qu’on a opéré sur le volume (20 + o") de mélange barytique et argentique correspondant à 10" d’urine primitive.

p d’urée

XxE.

En résumé, l’urine contient par litre autant de grammes d’urée que l’on a employé de centimètres cubes de liqueur mercurielle.

Observations. — 1° On peut tenir exactement compte des chlorures et simplifier l’opération en se basant sur les considérations suivantes :

(Â7.0*)*Hg -1- 2NaCl = 2AzO=Na -|- HgCP.

llgCP contient pour 200 de mercure 71 de chlore; 1" de la liqueur argentique employée au dosage des chlorures correspond par centimètre cube à OslOOo de chlore ou k 0 «l 01405 de Ilg qui sont contenus dans 0",197 de liqueur mercurielle. Le dosage du chlore sur 10" d’urine exigeant u" de liqueur argentique, la correction des chlorures se fera en retranchant du nombre N de centimètres cubes de liqueur mercurielle employée -pour la précipitation des 10" d’urine, le produit 0,197 V, et l'on aura

N'vrai = N —(0,197X0).

En ce cas, l’on opérera directement sur 20 centimètres cubes du mélange barytique sans addition de solution argentique, et la formule de correction donnée par Pflüger sera modifiée comme suit :

2» Au lieu de neutraliser à peu près exactement le liquide urinaire par le carbonate de soude, on peut, comme l’indique M. Schutzenberger (1), ajouter au préalable un certain volume en excès (n) d’une bouillie de carbonate de chaux précipité qui transforme en nitrate de chaux l’acide azotique au fur et à mesure de sa production.

3» On a vu précédemment que l’azotate mercurique était précipité par l’ammoniaque. Pour tenir compte de cette réaction, on fait un dosage spécial de l’ammoniaque (p. 62), et pour chaque centigramme d’AzH® contenu dans 10"

(1) Schutzenberger, Chimie générale, t. Il, p. 557.

d’urine ou chaque gramme par litre, on retranche 2",6 du nombre corrigé X de liqueur mercurielle (Feder)(l).

4" Certaines urines (fièvre typhoïde, pneumonie, ictère) donnent avec le carbonate de soude un précipité jaune quand on a à peine versé 7 à 8 centimètres cubes de nitrate mercurique; cette coloration, probablement due à la précipitation d’un pigment (Ritter) (2), loin d’augmenter par l’addition de la liqueur titrée, va en diminuant et finit par faire place à un précipité blanc; dans ce cas, on continue le dosage jusqu’à coloration jaune persistante.

5° Une autre cause d’erreur, analogue à la précédente, peut se produire avec des urines renfermant de l’iodnre de potassium, par suite de la formation d’iodure mercurique rouge.

6° Les urines riches en acide hippurique donnent toujours des résultats trop élevés en urée (régime végétal) ; pour remédier à cet inconvénient, on élimine au préalable l’acide en question au moyen de l’azotate ferrique.

7° Indépendamment de l’urée, la créatinine, la créatine, l’allantoïne et l’acide ui’ique sont aussi précipités par la liqueur de Liebig. Il en est de môme d’un grand nombre d’amides et d’acides amidés.

3* MÉTHODE. — Dosage rte l’iirée par l’acîrte azoteux.

Principe. — Sous l’influence de l’acide azoteux, l’urée est décomposée en Az et CO*; Millon a proposé, pour expliquer la réaction, la formule suivante :

CH‘Az*0 + 2AzO*ri = 2Az* + CO» + 3II»0,

d’après laquelle il se dégagerait deux fois plus d’azote que n’en contient l’urée. Les expériences de Gréhant, Wœhler, Liebig, Ludwig, etc., prouvent que l’on n’obtient que la quantité d’azote provenant de l’urée et que le liquide contient, après la réaction, de l’ammoniaque, ce qui s’explique d’après la formule nouvelle :

CH*Az»0 + .AzO»H + AzO^H = Az» + CO» -|- AzO»,AzlU -t- H»0,

que nous admettrons comme la seule exacte.

Réactif. — Solution faite à froid avec 125 grammes de mercure et 168 grammes d’acide azotique de D = l,42, étendue de façon à marquer 1,60 environ. Ce liquide, connu sous le nom de réactif de MiUon, renferme de l’azotate de mercure mélangé à de l'acide azoteux et à de l’acide azotique.

Procédés divers. — Les procédés de dosage de l’urée basés sur l’emploi du réactif de Millon sont très nombreux et tous, sauf celui de Bouchard, exigent l’intervention de la chaleur.

MiUon dose l’acide carbonique par la pesée ; Gréhant extrait les gaz par la pompe à mercure et mesure les volumes d’azote et d'acide carbonique ; Boymond évalue l’azote et l’acide carbonique par la pesée.

(1) Fedcr, Ztsehr. f. Biolog., t. XIII, p. 272, 1877; t. XIV, p. 178, 1878.

(2) Ritter, Man. de ckim. prat., p. 397.

ANALYSE DES URINES. — URÉE. Tl

Procédé Bouchard (1).

Dans un tube gradué, fermé par un bout et vertical, on verse 6" de réactif de Millon, du chloroforme en quantité suffisante pour le remplir jusqu’à 10 centimètres de l’ouverture, puis 2" d’urine et enfin de l’eau. Les liquides restent ainsi séparés en raison de leur différence de densité. On ferme le tube avec le doigt, on le retourne et on le débouche dans un verre plein de chloroforme. Quand le dégagement gazeux a cessé complètement, ce qui exige, quoiqu’on dise Bouchard, de 12 à 24 heures, on porte l’appareil sur une éprouvette pleine d’eau, et l’on agite pour remplacer par de l’eau le contenu primitif du tube. On absorbe l’acide carbonique par un fragment de potasse et l’on mesure le volume d’azote restant. Un gramme d’urée, traitée de cette façon, fournit 371",2 de gaz.

Le tube de Bouchard porte une graduation spéciale qui indique immédiatement en grammes la quantité d’urée par litre d’urine, d’après la lecture du volume d’azote. Cette graduation ne mérite aucune confiance, puisqu’elle ne permet pas les corrections de température et de pression indispensables dans une expérience de celte nature. Une simple cloche, graduée en centimètres cubes et dixièmes, est préférable. Le poids d’urée sera donné par la formule déjà indiquée :

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