Cas. L’urine renferme de l'albumine et de la mucine
Pour trouver l’hémialbuminose dans ce cas, il importe d’éliminer au préalable les matières albuminoïdes qii l’accompagnent.
On sature l’urine de sel marin, on l’additionne de beaucoup d’acide acétique, onia porte à l’ébullition et l’on filtre. L’albumine, la globuline et la mucine restent sur le filtre, tandis que le liquide clair abandonne l’hémialbuminose pendant le refroidissement. On peut recueillir celle-ci sur un petit filtre, l’exprimer, la redissoudre dans un peu d’eau et caractériser la solution par une des réactions de l’hémialbuminose indiquées plus haut.
E. Peptonos
a. Conditions d'apparition dans l’urine.
La peptone que l’on décèle dans l’urine est identique, au moins pour la plus grande partie, à celle des collections purulentes (Meissner, Ilofmeister). Elle passe dans les urines, soit à la suite d’un mélange direct de celles-ci avec du pus, soit dans les cas où, en quelque endroit de l’économie, il y a production abondante et surtout stagnation de pus en grande quantité (abcès profonds, exsudats pleurétiques et péritonéaux purulents, cavernes, pneumonie croupale, méningite, etc.', et dans ceux où ces collections purulentes se font jour brusquement (Ilofmeister). Le sang se charge alors de peptones qui diffusent facilement dans l’nrine et produisent ainsi la peptonurie pyooène de Jackscli. La présence de la peptone dans l’urine, à la suite d’un empoisonnement aigu par le phosphore, de carcinome stomacal, d’anémie pernicieuse, de scorbut, etc., paraît être en relation avec la maladie {peptonurie hématogène de Jackscli). On l’a encore trouvée dans la pneumonie, le carcinome stomacal, la fièvre typhoïde (peptonurie entérogène de Meissner), dans l’état puerpéral et à la suite d’une rupture de kyste de l’ovaire (t). Les urines peuvent renfermer de la peptone à côté d’autres matière.s albuminoïdes; mais l’urine albumineuse ne contient pas nécessairement cette peptone qu’on n’y rencontre au contraire que tout à fait exceptionnellement. Cette peptone de pus se rapproche surtout de la caséine-peptone de Ilenninger, sans lui être cependant identique.
b. Procédés de recherche.
Les meilleures méthodes de recherche de la peptone dans l’urine sont dues à Ilofmeister; mais l’urine doit être au préalable privée de toute trace d’albumine qui donne ies réactions positives de la peptone, et de mucine qui est précipitée par l’acide acétique. En outre, la peptone doit être extraite et isolée de l’urine dont certains éléments subissent l’action des réactifs qui devront servir à caractériser la peptone.
On précipite complètement 1/2 litre au moins d’urine par l’acétate de plomb sans excès et l’on filtre; le liquide est ainsi débarrassé de mucine et de matières colorantes.
Une partie du filtratum est traitée par l’acide acétique, puis par quelques gouttes de cyanure jaune.
Deux cas peuvent se présenter :
1” Il ne se forme pas de précipité : l’urine est exempte d’albumine. On iné-
(1) Laacho, toc. cil., p. 82.
ANALYSE DES URINES. — PEPTONES. - JIDCINE.
lange une faible partie du liquide filtré avec t/b de son volume d’acide acétique, et l’on y verse une solution acétique d’acide phosphotungstique. Si, après un repos suffisamment prolongé, le liquide reste clair, il ne renferme pas de peptone; s’il se trouble, l'urine peut contenir de la peptonc. On traite alors tout le liquide filtré, séparé du précipité plombique, par t/2 ou t/10 d’acide chlorhydrique, puis par une solution d’acide phosphotungstique (phosphotungstatc de soude dissout dans l’eau, traité à froid par de l’acide chlorhydrique ou azotique jusqu’à forte réaction acide, puis filtré après un jour de repos) tout le temps qu’il se produit un précipité qu’on doit recueillir immédiatement sur un filtre, pour éviter son mélange avec un second précipité rougeâtre qui se forme par le repos, et qui entrave la réaction des peptones. Le précipité est lavé avec <le l’acide sulfurique à 3-5 p. tOO, jusqu’à ce que le liquide passe incolore, puis broyé avec de l’hydrate de baryte solide, additionné d’eau et chauffé légèrement pour éviter toute coloration ; on filtre.
Le liquide renferme, outre la peptone, de la créatinine et de la xanthine (t) qui n'entravent pas les réactions caractéristiques. Ces dernières sont ; la coloration par le réactif de Millon (rouge); la réaction du biuvet (coloration rose ou rouge par addition de potasse, puis d’une goutte de sulfate de cuivre) qui réussit encore avec t p. de peptone dans 12.000 parties d’eau, enfin la précipitation en solution azotique par l’acide phosphotung.stique.
Par ce procédé, on réussit à caractériser la présence dans l’urine de 0'%1 de peptone par litre.
2“ Il se forme un précipité: l’urine est albumineuse. — On élimine l’albumine en traitant t/2 litre d’urine par 10" d’acétate de soude concentré, puis par une solution concentrée de chlorure ferrique, ajoutée goutte à goutte, tant qu’il se forme un précipité et jusqu’à coloration rouge persistante. Le liquide filtré ■est neutralisé par une solution alcaline jusqu’à très faible réaction acide persistante, porté à l’ébullition, puis filtré de nouveau après refroidissement. La précipitation de l’albumine est complète lorsque le liquide ne donne plus rien par l’acide acétique et le cyanure jaune, môme après une heure de repos (Hofmeister); on le soumet alors, comme précédemment, à l’action de l’acide phosphotungstiquo.
F. Mucine.
a. Conditions d’apparition dans l’urine.
La mucine se trouve constamment, mais en très faible proportion, dans les «rines normales. Par suite de la réaction acide du milieu, elle se dépose assez rapidemént par le repos, sous forme de légers flocons qui tombent au fond ■du vase en entraînant des cellules épithéliales et des corpuscules de mucus visibles au microscope.
Dans les diverses affections aiguës accompagnées de fièvre, la proportion de mucine augmente, consécutivement à un surcroît de sécrétion de la mu-
(1) La créatinine et la xanthine ne sont précipitées par l’acide phosphotungstique qu’en présence <Ie l’acide chlorhydrique et non de l’acide acétique.
9i ESCYCLOl'ÉDIE CHIMIQUE. — GAHNIER ET SCHLAGDENHAUFFEX.
qiieuse des voies urinaires; il en est de môme dans les affections catarrhales de ces mêmes voies. Le nuage muqueux, décrit précédemment, devient souvent extrêmement volumineux et très riche eu éléments microscopiques.
La présence d’une grande quantité de mucus prédispose l’urine à la fermentation acide ou ammoniacale.
h. Procédés de recherche.
L’acide acétique donne à froid avec la mucine, un précipité insoluble dans un excès : il se produit un trouble uniforme qui se résout très rarement en flocons tombant au fond du liquide,à moins que ce dernier n’ait été étendu de plusieurs volumes d’eau.
Les acides minéraux très étendus précipitent aussi la mucine, mais le précipité se redissout facilement dans le moindre excès de réactif. L’addition d’eau à l’urine, avant celle de l’acide, empêche l’action dissolvante des sels neutres sur la mucine coagulée, et, en outre, la précipitation de l’acide urique qui pourrait produire un trouble analogue à celui de la mucine.
La mucine est précipitée comme l’albumine, par le tannin, l’acide picrique et le phénol.
c. Séi:)arâtion.
On élimine faiblement la mucine de l’urine, non par l'addition d’acide acétique, puisque le liquide filtré reste toujours trouble, mais par l’action de l’acétate de plomb sans excès. La mucine forme avec ce sel une combinaison insoluble ou est entraînée mécaniquement par les précipités de phosphate et de chlorure de plomb.
DOSAGE DES MATIÈRES ALBUMINO’lDES.
A. l>osiagc total des matières a1J>umiiiuïdes.
Ce dosage peut être effectué par trois méthodes différentes : f” par la pesée du précipité d’albumine, obtenu en traitant l’urine soit par l’acide acétique étendu à chaud, soit par l’alcool (Liborius) (1), le tannin (Girgcnsohn)t2), l’acide phénique (Méhu) (3), l’acide picrique (Galippe, Esbach) (o), l’acide acétique et le cyanure jaune (Bœdekcr) (4), etc... ; 2“ par la méthode polarimétrique (Vogel) (6) ; 3” enfin par l’appréciation du degré d’opacité et de la rapidité de formation du trouble dans la méthode de lleller (Roberts, Brandberg), ou du degré d'opacité, ou de la hauteur du dépôt après repos dans un tube gradué (Esbach (7). Tanret(8) a proposé une méthode volumétrique basée sur l’emploi d’une liqueur
(1) Liborius, Arch. f. Klin. Medic., t. X, p. 319.
(2) Girgensohn, Arch. f. Klin. Medic., t. XI, p. 613.
(3) Mùhu, Journ. de pharm. et de chim., 1869, t. IX, p. 93.
(4) Bœdekcr, Ann. d. Ch. tend Pharm., I. CXI, p. 195.
(3) Esbach, Centralblalt f. d. Med. Wissemeh., 1880, p. i3ü.
(6) Vogel, Zeitschr. f. Anal. Chem., t. Vil, p. 152.
(7) Esbach, BuU. gén. de Ihérapeut., 1874, t. XLIII, p. 68.
(8) Tanret, Centr. Bl. f. d. Med. Wissensch., 1877, p. 493.