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MATIÈRES COLORANTES

Les matières colorantes anormales que l’on peut rencontrer dans les urines sont assez nombreuses : ce sont celles de la bile, du sang, la mélanine, et celles qui résultent de l’absorption do certains médicaments tels que le phénol, le campèche, la rhubarbe, le séné et la santonine.

Nous y joindrons encore celles qui, contenues en faible proportion dans l’urine normale pour lui donner sa coloration, peuvent augmenter notablement sous certaines influences pathologiques, c’est-à-dire l’urobiline, l’uroxanthine, etc....

Les matières colorantes de la bile comprennent ; la bilirubine et ses trois dérivés par oxydation, la biliverdine, la bilifuscine et la biliprasine; à ces composés s’ajoutent, comme produits d’une oxydation encore plus avancée, la cholécyanine (bilicyanine) et la cholétéline.

rOi ENXYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAUFFEN.

A. Matières colorantes de la bile, a. Bilirubine.

a. Conditions d'apparition dans l'urine.

La présence de bilirubine a été constatée avec le plus de certitude dans rurine ictérique fraîche. Celle des trois autres dérivés n est pas aussi constante, car ces derniers se produisent avec la plus grande rapidité, aux dépens de la bilirubine, dans l’urine abandonnée au contact de l'air. Ces matières colorantes peuvent se trouver dans les sédiments d'urates qui les entraînent parfois avec eux en totalité.

Heynsius a constaté une fois l’apparition du spectre de la cholécj’anine dans une urine ictérique ; le même auteur et Campbell croient que la cholétéline se trouve fréquemment dans l’urine ictérique, tandis que d’autres prétendent avoir décelé dans ces urines, soit à côté des matières colorantes biliaires, soit ii leur place, la présence de l’urobiline (voir Urines hémaphéiques, p.iVà).

L’intensité de teinte de l’urine ictérique n’a aucun rapport avec la quantité de bilirubine qu’elle peut renfermer. Riche en bilirubine, elle peut avoir une coloration faible; pauvre, au contraire, elle peut être foncée.

L’urine ictérique des 2i heures renferme de 2 à ta milligrammes de bilirubine, au maximum i miiligramme pour 100 centimètres cubes (Schwanda). L’injection d’une dissolution aqueuse de sang dans les veines produit de l’ictère avec apparition de bilirubine dans les urines (Tarchanars, Kühnc).

Il résulte de là que toutes les circonstances dans lesquelles les globules sanguins sont détruits dans le système circulatoire et où l’hémoglobine passe en dissolution dans le plasma (empoisonnement par le phosphore, l’bj’drogène arsénié ou les sels biliaires, etc.), provoqueront l’apparition de la bilirubine dans les urines.

La matière colorante de la bile qui passe dans l’urine peut donc avoir deux origines; ou bien elle provient du foie, à la suite d'un trouble dans la sécrétion biliaire et constitue l’iclére hépatogène, ou bien elle résulte de la transformation directe de l’hémoglobine dans le sang lui-môme, d’où ictère hémalogène.

La présence ou l'absence des acides biliaires dans l’urine à côté de la bilirubine, présence constatée dans la plupart des cas d’ictère, a été invoquée pour établir la distinction entre les deux variétés d'ictère, dont la dernière, l'ictère d'origine hématique donnerait des urines sans acides biliaires. On peut encore se baser sur la présence ou l’absence de la méthémoglobine, puisque Iloppe- Scyler a rencontré la bilirubine dans presque toutes les urines qui contiennent delà méthémoglobine en dissolution.

b. Procédés de recherche.

Les urines bilieuses sont jaunes, brunes ou vertes; elles moussent fortement, et leur mousse est jaunâtre avec reflet nacré, tandis que celle d'une urine foncée non ictérique est blanche. Un papier à filtre blanc qu’on y plonge se colore en jaune plus ou moins verdâtre. La présence du pigment biliaire est caractérisée par l’un des procédés suivants :

ANALYSE DES URINES. — BILIRUBINE. lOS

1» Emploi de l’acide nitrique (réaction de Tiedmann et Gmelin) (1). — Celte réaction, caractéristique à la fois de la bilirubine, de la biliverdine et de la biliprasine, est encore celle qui, dans la plupart des cas, donne les résultats les plus certains. On verse 10 ou 15 centimètres cubes d’urine dans un verre à pied puis en inclinant le verre et sans agiter, une quantité égale d’acide azotique rendu légèrement rutilant par son exposition à la lumière. A la surface de séparation des deux liquides, le pigment biliaire oxydé donne un anneau d’abord vert qui s’élève peu à peu dans l’urine et se colore à sa partie inférieure successivement en bleu, violet, rouge et enfin en jaune.

La coloration verte seule est caractéristique des matières colorantes de la bile, car des anneaux bleus et violets peuvent se produire avec des éléments normaux de l’urine, tels que l'indican. 11 est important que l’acide, azotique ne renferme que des traces d’acide azoteux, sans quoi la réaction devient irrégulière, elles colorations disparaissent très vite par suite d’une formation trop rapide de cholétéline.

La réaction de Gmelin a été modifiée par divers auteurs ; Rosenbach (2) jette l’urine bilieuse sur du papier blanc et laisse tomber sur le filtre humide une goutte d’acide azotique qui produit des zones concentriques colorées de dedans en dehors en jaune orange, violet, bleu et vert.

Méhu (3) précipite les pigments par saturation de l’urine, légèrement acidulée par l’acide sulfurique au moyen du sulfate ammoniaque, filtre, et traite le papier desséché par 1 acide azotique.

Fleischl (4) traite l’urine mélangée d’azotate de potassium en solution concentrée par de l’acide sulfurique, toujours sans mélanger les liquides.

Vitali (5) ajoute à l’urine une goutte de solution d’azotite de potassium et un peu d’acide sulfurique étendu, et prétend caractériser ainsi la présence de traces de pigment biliaire.

Masset (6) additionne d’abord l'urine d’acide sulfurique et y lais.se ensuite tomber un fragment d'azotite de soude; sous l’influence du réactif, la coloration verte passe directement au jaune, sans devenir d’abord rouge ou bleu, ce qui évite toute confusion avec l’indican.

Ultzmann (7) mélange 10 centimètres cubes d’urine avec 3 à 4 centimètres cubes de solution d’hydrate de potassium exactement au 1/4 et agite au contact de l’air pour transformer la bilirubine en biliverdine, puis sature d’acide chlorhydrique; l’urine bilieuse prend une magnifique coloration vert émeraude.

On peut encore déceler des traces de bilirubine dans l’urine en épuisant un volume assez considérable de celle-ci par le chloroforme (10 pour 1) dans un entonnoir à boule. Quelques centimètres cubes de la solution chloroformique décantée, traités par l’acide nitrique légèrement nitreux, donnent naissance aux zones colorées de Gmelin, mais cette fois de haut en bas (Ultzmann).

(1) Tiedmann et Gmelin, Die Verdauung ruich Versuchen, 1826, (. I, p. 80.

(2) Rosenbach, Revue des Sciences médicales, 1876, t. Vil, p. 196.

(3) Méhu, Traité d’analyse des urines.

(4) Fleischl, Zeilschr. f. Anal. Chem , t. XV, p. 502.

^5) Vilali, Jahrebesricht ü. d. Forlschrifte der Thierchemie, 1873, p. 149.

(,6) Massel, Zeilschr. f. Anal. Chem., t. XIX, p. 253.

(7) Ultzmann, Wiener medic. Presse, 1877, n” 32.

106 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHL.AGDENHADFFEN.

Swanda évapore l’urine au bain-marie, jusqu’à siccité, épuise le résidu pap l'eau, dessèche de nouveau la partie insoluble et l’épuise ensuite par le chloroforme; la solution chloformique est traitée par l’acide nitrique.

On ne pourrait essayer avec l’acide azotique un extrait alcoolique, pour y rechercher les pigments biliaires, car l’alcool seul donne avec cet acide une série de couleurs analogues, par suite de la formation de dérivés moins oxygénésde l’azote.

On a proposé comme agent d’oxydation indirect, pour remplacer l’acide azotique, la teinture d’iode et l’eau de brome.

a» Emploi du sulfodia.zobenzol (Ehrlich). — L’urine additionnée de son volume d’acide acétique dilué est traitée par le réactif suivant ajouté goutte à goutte : acide sulfanilique 1 gramme, acide chlorhydrique 15 centimètres cubes, nitrite de sodium 0,1 p. 1000 d’eau distillée. Si le liquide prend une teinte foncée, l’addition d’une nouvelle quantité d’acide acétique fait apparaître une coloration violette caractéristique de la bilirubine.

Celte réaction ne réussit qu’avec la bilirubine et non avec ses dérivés et ne peut donc remplacer celle de Gmelin qui décèle la plupart des matières colorantes de la bile.

Remarques. — 1) La présence de l'albumine ne gêne en rien la réaction de Gmelin dans les urines riches en matières colorantes biliaires; au contraire, le coagulum blanc d’albumine fait mieux ressortir la zone verte due à la biliverdinc. Il n’en est plus de môme si l’urine ne renferme que peu de pigment, car l’albumine détermine la formation, au-dessus de l’anneau rouge, d’un anneau gris à la place où devait se trouver le vert dont la teinte se trouve considérablement atténuée. On devra donc, dans ce cas, éliminer d’abord l’albumine par la coction; et comme le coagulum d’albumine peut entraîner de petites quantités do bilirubine, on devra encore, après dessiccation, l’épuiser par le chloroforme.

’z) De faibles quantités de pigment biliaire ne sont que très difficilement reconnues par l’acide azotique, dans les urines foncées ou riches en indican ; ces derniers, en particulier, donnent naissance, sous l’influence du réactif, à du bleu d’indigo qui, mélangé au jaune de l’urine, peut paraître vert. En pareil cas, Vitali recommande son procédé pour éviter cette cause d’erreur. Mais il sera toujours préférable d’extraire la bilirubine de l’urine par la méthode de Svvanda (1), par exemple, ou de la caractériseï- par le procédé suivant :

On alcalinise l’urine par le carbonate de soude, puis on l’additionne de chlorure de calcium ou de baryum, tant qu’il se forme un précipité coloré ou tout simplement, on la précipite directement par de l’eau de baryte (Hilger) (2). ou, par un lait de chaux (Ruppert) (3) en excès. La couleur du précipité est jaune dans le cas d’une urine ictérique, blanc quand il s’agit d’une urine normale. On chauffe le précipité recueilli sur filtre, après addition de quelques gouttes d’acide sulfurique étendu, et l’on obtient une coloration verte, soit de la partie insoluble, soit du liquide surnageant. On pourrait encore épuiser, par le chloi’oforme, le préci-

(1) Swanda, Zeitschr. f. Anal. Chem., t. VI, p. 501.

(2) Hilgir, Arch. der Pharm., sér. 3, t. VI, p. 385.

(3) Ruppert, Arch. d. Heilk, t. VUI, p. 331 et 476.

ANALYSE DES URINES. — BILIPRASINE. — MÉLANINE.

dOT

pité terreux acidulé par l’acide chlorhydrique et soumettre la solution chloroformique à la réaction de Gmelin.

3) On reconnaît facilement la présence de matières colorantes biliaires dans les sédiments uriques, en traitant par l’acide azotique leur solution dans le carbonate de soude sans excès.

p. Biliprasine.

L’urine qui renferme de la biliprasine donne directement une coloration verte, par addition d’acide chlorhydrique.

y. Cholécyanine.

La cholécyanine ou hilicyanine est caractérisée par son spectre d’absorption, lequel présente trois bandes noires qui varient d’épaisseur suivant que la solution est neutre, acide ou alca.line (1).

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