‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 3)Chapitre 6 sur 206 · SPECTROSCOPE · texte numérisé non relu

SPECTROSCOPE

1“ Étincelle de la bobine ou de la bouteille de Leyde éclatant dans l’air entre des pôles de platine, des pôles de zinc, des pôles de zinc amalgamé, des pôles d’étain, de cuivre ;

2" Flamme colorée par les sels de soude, de thallium de potassium, de lithium (1).

Indiquons encore les limites des diverses couleurs du spectre en longueurs d'onde :

Rouge.

Orangé.

Jaune. • Vert. .

Bleu. , Indigo.

Violet.

Spectroscope à vision directe. — On remplace souvent l’instrument que nous venons de décrire par le spectroscope à vision directe, dans lequel la lunette et le collimateur sont sur le prolongement l’un de l’autre, ce qui rend l’appareil d’un emploi plus commode. Le système de prismes est disposé de manière à disperser la lumière sans déviation sensible du rayon moyen. Ce résultat est obtenu en annulant la déviation d’un prisme en flint F par l’accolement de deux prismes en Crown C dont la dispersion est beaucoup moins considérable (prisme d’Amici) (fig. 2).

11 suffit de (suivre la marche des rayons à travers le système de ces prismes (fig. 2) “

pour voir le parallélisme des rayons émergents. On obtient encore de meilleurs résultats en portant à cinq le nombre des prismes ( Hoffmann )

(fig. 3). Pour que les rayons incidents et émergents soient parallèles, après avoir passé par l’ensemble de ces prismes, représentés par la figure 3, il faut que tout soit symétrique par rapport au rayon du troisième prisme; par conséquent, en désignant les angles d’incidence et de réfraction par les lettres i, r, r', ?•", r"’ ,i', puis les indices de réfraction des prismes par n et m, on devra avoir :

Kg. i

sin i = n sin r.

n sin r' = m sin r".

m sin r"’ = n sin i'.

(1) Voyez aussi : Lecocq de Boisbaudran, Spectres lumineux, Paris, 1876, p. 28.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — C.-iDNIER ET SCHL.4GDENHAUFFEN.

Jansson emploie le môme dispositif des trois prismes de crown séparés par les deux de flint. Les angles des crowns sont, comme l’indique la fig. 3, respectivement de 81°, 54° et 43°.

Le parallélisme des rayons émergents et dispersés s’obtient enfin par un seul prisme (Herschell, Browning), en le taillant sous des angles de 90°, 69°5, 20“ 5 et en disposant le rayon incident de manière à produire deux réflexions des rayons dispersés sur les deux faces du prisme, l’une en I, l’autre on 1',

^comme le montre la figure 4.

Par suppression de la lunette, l’instrument devient beaucoup plus court, plus maniable. Les premiers L' appareils de ce genre ont été construits par Browning et sont généralement connus sous le nom de speclroscopes de pocha. Leur longueur peut être réduite jusqu’à 10 centimètres; ils se composent alors simplement de la fente, de la lentille du collimateur et des prismes. L’observateur regarde directement dans le prisme et voit un spectre virtuel. Il suffit pour régler l’appareil de viser la lumière des nuées et d’agir sur le tirage du tube oculaire jusqu’à ce que les lignes E et b du vert (qui occupe le centre du champ visuel) apparaissent nettement. Ces spectroscopes à main sont fréquemment employés dans les recherches biologiques, surtout en Allemagne. Leur mobilité permet de viser dans toutes les directions, ce qui rend leur usage bien plus commode, lorsqu’il s’agit, i)ar exemple, d’examiner successivement les diverses parties d’un appareil un peu complexe, dans lequel on soumet des matières colorantes à l’action d'agents quelconques (t). — Le spectroscope à vision directe a été adopté aussi par M. Hénocque dans la construction de' son hêmatospectroscope. La description de cet intéressant appareil peut difficilement être séparée de l’étude de ses applications, et est reportée pour cette raison au chapitre spécial relatif à l’analyse du sang.

Microspeclroscope. — Lorsqu’il s’agit d’étudier les spectres d’absorption de corps microscopiques, par exemple de liquides colorés imbibant des préparations histologiques, d’organes colorés chez des êtres inférieurs, on combine le spectroscope avec un microscope et de telle manière que la fente du spectroscope coïncide exactement* avec l’image réelle que l’oculaire doit grossir. Cet instrument, appelé microupectroscope, imaginé et employé d’abord par Sorby, a été perfectionné depuis, notamment par Zeiss. La pièce qui constitue en réalité le microspeclroscope est adaptée simplement sur

(1) de la page 13.

SPECTRES D’ÉMISSIOX.

le tube d’un microscope ordinaire, à la place de l’oculaire (fig. b). On trouve successivement dans cette pièce, en allant de haut en bas, le prisme d’Amici ou de Hoffmann H, la première lentille de l’oculaire O, la fente spectrale F, et la deuxième lentille de l’oculaire O'. La fente qu’on peut élargir à volonté, est munie, comme celle du spectroscope ordinaire, d’un petit prisme à réflexion totale P, pouvant fournir, grâce à un orifice latéral F' un spectre de comparaison. Un deuxième orifice latéral situé un peu plus haut, à la hauteur du prisme, sert a projeter dans l’appareil l’image d’un micromètre M. Ordinairement, l’extrémité supérieure de l’appareil dans laquelle est logé le prisme, peut être soit déplacée autour d’un axe excentrique, soit complètement enlevée. L’oculaire se trouve ainsi découvert, et il suffit alors d’élargir convenablement la fente pour pouvoir se servir de l’instrument comme d’un microscope ordinaire.

Lorsque la préparation à examiner au microspectroscope présente une étendue considérable, on peut se passer complètement de l’objectif. .Sinon, on se servira d’un objectif aussi faible que possible et à grande ouverture.

§ II. — LES SPECTRES D’ÉMISSION ET LES SPECTRES D'ABSORPTION AU POINT DE VUE QUALITATIF.

A. SPECTRES d’émission.

Lorsqu’on chauffe progressivement un corps, par exemple un fil de platine, on constate qu’il émet d’abord des radiations de chaleur obscure ; puis vers b2b“, il commence à devenir lumineux. Ces radiations lumineuses ne sont jamais simples. Elles constituent un mélange dont la réfrangibilité varie en meme temps que la température s’élève. De telles radiations analysées au spectroscope fournissent un spectre dit spectre d’émission.

L’étude des spectres d’émission conduit tout d’abord à cette remarque importante: c’est que tous ces spectres sont continus si les substances rayonnantes sont solides ou liquides. Ainsi, lorsqu’on chauffe progressivement un fil de platine, il émet d’abord de la lumière rouge, puis le spectre s'étend peu à peu et sans discontinuité jusqu’au violet. Nulle part on. ne constate de raies sombres analogues à celles qui sillonnent le spectre solaire. Ces spectres continus s’observent par exemple avec la chaux incandescente de la lumière de Drummond ou avec les charbons de l’arc voltaïque, ou plus simplement avec la flamme, éclairante d’un bec Bunsen ou d’une lampe à huile, car ces flammes tiennent en suspension des particules de charbon incandescentes.

Au contraire, le rayonnement d’un gaz ou d’une vapeur incandescente, décomposé par un prisme, fournit un spectre discontinu, formé d’un petit nombre de lignes lumineuses, étroites et irrégulièrement distribuées, mais dont la position est absolument invariable pour un même gaz (1). Ces spectres de lignes

(1) Lorsqu’on élève progressivement la température d’un gaz ou d'une vapeur, on obtient d’abord un spectre de ianrfes brillantes. Ce n’est qu’à une temperalure suffisamment élevée que se produit le spectre de lignes qui seul est constant et caractéristique pour chaque substance.

10 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — C.YPxNIER ET SCHLAGDENHAÜFFEN.

avaient été étudiés bien avant Kirchhoff et Bunsen, par un grand nombre d'observateurs, notamment en France par Masson et Foucault (1). Mais ces résultats étaient épars, et la liaison qui existait entre eux, quoique soupçonnée, avait échappé à tout le monde, quand Bunsen et Kircliholf (2) publièrent, en 18oo, leur travail célèbre sur la recherche des métaux alcalins, à l’aide des spectres de lignes de leur vapeur. La technique de cette méthode va être exposée dans un instant.

De ces quelques notions générales que nous avons cru utile de rappeler rapidement, se déduisent aisément les applications à la chimie biologique, de l'étude des spectres d’émission. On voit inimédiatement que ces applications se restreignent nécessairement à l’étude des cendres. En effet, tous les éléments organiques de l'économie végétale ou animale, fournissent, lorsqu’on les introduit dans la flamme incolore d'un brûleur de Bunsen, un spectre absolument continu qui est celui du carbone incandescent. Seules les parties minérales de nos tissus, lorsqu'on les a soigneusement débarrassées de charbon, se comportent d'une façon particulière.

Examen des cendres. — L’extrémité d'un fil de platine assez fin est recourbée en anse, puis chauffée au rouge blanc dans la flamme incolore d'un bec Bunsen jusqu'à ce que cette flamme cesse de se colorer. En mouillant alors légèrement l'extrémité du fil refroidi, on ramasse dans la petite anse une portion des cendres à examiner et on la fait fondre en une perle. D’autre part, on installe devant la fente du spectroscope, et à une distance d’environ o à 10 centimètres, une lampe à gaz de Bun.sen, munie d’une petite cheminée et disposée de telle façon que l’extrémité supérieure de la cheminée soit située 3 à 4 centimètres plus bas que l'extrémité inférieure de la fente du spectroscope. Les deux tiers supérieurs de la flamme se trouvent ainsi en face de la fente et dans le prolongement de l’axe du collimateur. On s’assure qu’il en est réellement ainsi, en faisant brûler la lampe avec sa flamme éclairante et en constatant que l’image spectrale que l'on voit dans la lunette est aussi intense que possible. Cela fait, on reproduit la flamme obscure, on éclaire d'autre part l’échelle micrométrique et on introduit dans la flamme l'extrémité du fil de platine portant la perle. L'autre extrémité est fixée par l'intermédiaire d’un petit tube de verre dans la pince d'un support. On observe alors un spectre discontinu dans lequel on aperçoit toujours la raie jaune caractéristique du sodium et, le plus souvent, à côté, la raie rouge du potassium. On repère, à l’aide du micromètre, la situation de toutes les raies visibles et, en se reportant à la table ou à la courbe que l'on a dressée, on détermine la nature des métaux correspondant au spectre observé.

B. SPECTRES d’absorption.

L’étude des spectres d’absorption présente pour le chimiste biologiste un intérêt plus considérable. Elle peut servir au point de vue qualitatif, non seule-

(1) Voyez Jamiu et Bouly, Cours de physique de l’École polytechnique. 3' éil. l. III, 3' f;,sc.,

(2) Bunsen etKirchhoff, Ann. de Pogg., t. CX, p. 161, et I. CXIII, p. 337.

■SPECTRES D’ABSORPTION

meut à reconnaître des matières eolorantes déterminées, mais encore à compléter et à rendre plus caractéristiques un grand nombre de réactions chimiques.

Lorsque sur le trajet d’une source lumineuse fournissant un spectre continu, on place un vase à faces parallèles contenant une solution colorée, et qu’on examine au spectroscope la lumière ainsi modifiée, on constate, si la solution est suffisamment concentrée, que des parties plus ou moins étendues du spectre ont été absorbées par le liquide ou en général, par le milieu coloré. Si on dilue la solution, ou si ou l’examine sous une épaisseur de plus en plus faible, on voit réapparaître peu à peu les régions .spectrales obscurcies jusqu’à ce qii’enfin la totalité du spectre soit redevenue visible.

Les apparences varient beaucoup avec les matières colorantes, et les spectres observés rentrent ordinairement dans l’une des trois ou quatre catégories suivantes. Certaines substances n’absorbent qu’une extrémité du spectre, le plus souvent l’extrémité violette, l'absorption décroissant progressivement du violet au rouge. Le perchlorurc de fer, l'acide picrique, la bilirubine, la biliverdine en solution alcaline, etc., se comportent de cette façon. D’autres fois l’absorption est maxima aux deux extrémités et décroît régulièrement vers le milieu du spectre. Dans ces deux cas, la dilution progressive fait réapparaître peu à peu et sans discontinuité les parties obscurcies. Au contraire, d'autres matières colorantes, et le plus souvent celles qui présentent les couleurs les plus vives, fournissent des spectres discontinus, lorsqu’on dilue convenablement leurs solutions. Il arrive en effet que l’action absorbante exercée par certaines matières colorantes varie brusquement d’une région spectrale à la suivante, ce qui se traduit par l’apparition de bandes d'absorption. Ces bandes sont tantôt à bords assez nets, tantôt au contraire à bords dégradés. Un grand nombre de matières colorantes d’origine animale ou végétale (hémoglobine, oxyhémoglobine,liématine, urobiline, chlorophj'lle, etc.), se comportent de cette façon. Il est à remarquer que la plupart des bandes d’absorption des substanees solides ou liquides sont situées dans la partie la moins réfrangible du spectre, entre B et F. (Les gaz et les vapeurs, au contraire, ont un spectre d’absorption présentant des lignes obscures qui se répartissent dans toute l’étendue du spectre.)

La position des bandes d’absorption n’est pas absolument constante. Elle varie, d’après Vogel, avec l’indice de réfraction du dissolvant. Des dissolvants non neutres exercent une action modificatrice encore plus marquée. De semblables déplacements des bandes d’absorption sous l’influence de causes diverses ont été observés par Kühno (t), Krukenberg (2) et notamment avec des matières colorantes d’origine animale et végétale. (Lipochrome, hématinc, hématoporphyrine, turacine, etc.) D’après quelques observateurs, le mélange de deux matières colorantes pourrait amener également un déplacement ou une modification souvent assez sensible des bandes d’absorption, surtout quand les deux sub-

(1) Kühno, Unters. a. d. physiol. Inst. d. L'niv. Heidelberg, t. I, 1878, p. 341-369, et t. IV, 1882, p. 169-248.

(2) Krukenberg, Gnmdriss der med. chem. Analyse. Heidelberg, 1884. — Le même. Die. Farbstoffe der Vogeleierschalen. Würzburg, 1883, p. 113. — Consulter aussi : .4. Kundl, Annal, d. Chem. u. Physik, 1874. Jubelband, p. 615-624.

EiN’CYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAUiFEN.

stances présentent des bandes dans des régions spectrales très voisines (1). Il est probable que dans ces cas il se produit des actions chimiques entre les diverses matières colorantes et le dissolvant, avec production de corps nouveaux. 11 suffit de rappeler, à cet égard, qu'une trace de chaux fait disparaître aussitôt les bandes qui caractérisent les solutions aqueuses alcalines de purpurine (2). — Il importe, du reste, si l’on veut se rendre un compte exact de ces phénomènes, de ne pas se contenter d’une simple inspection des spectres. On montrera plus loin, à propos de l’analyse spectrale quantitative (voy. p. 23| combien une observation purement qualitative peut être parfois insuffisante et fautive. Ajoutons que les recherches de Vierordt sur le dosage simultané, par voie spectrophotométrique, de deux matières colorantes mélangées dans un môme véhicule, semblent établir nettement que, s’il n’y a pas réaction chimique entre les deux substances, il y a indépendance absolue dans l’effet absorbant que chacune d’elles exerce sur la lumière (voy. p. 2o).

Telles sont les conditions générales de l’étude des spectres d’absorption. 11 nous reste à exposer maintenant le mode opératoire et la façon de traduire les phénomènes observés.

Examen des spectres d’absorption. — La source lumineuse employée doit fournir un spectre continu et d’une assez grande intensité. Une bonne lampe à pétrole avec une mèche ronde de IS à 20 millimètres de diamètre est d'un emploi très commode. On la dispose à 13 centimètres environ de la fente et de telle façon que le bord supérieur de la mèche soit un peu au-dessous du prolongement de l’axe du collimateur. On peut aussi se servir de la lumière solaire directe ou de la lumière diffuse réfléchie par un miroir. Lorsque l’appareil dont on dispose ne fournit pas un spectre assez lumineux, on peut, comme le recommande Vogel, enlever complètement la lunette et observer le spectre eu regardant directement dans le prisme. Beaucoup d’observateurs se servent du spectroscope de poche, à vision directe, qui a .été décrit à la page 8.

Les solutions colorées sont introduites dans de petits vases en verre blanc, à faces planes parallèles, appelés cuves d’absorption, que l’on dispose sur un support à plate-forme mobile et que l’on applique directement contre la fente de l’appareil. Elles doivent être aussi limpides que possible, car un simple louche occasionne des pertes de lumière considérables. Il faut en outre qu’elles soient d’abord aussi concentrées que possible, afin qu'on puisse les diluer progressivement, et observer ainsi les modifications souvent très caractéristiques que subit le spectre. Cette dilution progressive de la liqueur est une opération assez incommode. En outre, pour recommencer l’observation, on est obligé de diluer une nouvelle quantité de la solution primitive, ce qui constitue un inconvénient assez grave dans les recherches biologiques, où l’on ne dispose souvent que d’une quantité très limitée de liquide. Il est plus commode de faire varier l’épai.sseur de la couche absorbante. Pour des recherches d’une moindre exactitude, on se sert avec avantage de ces petits flacons à tranche rectangulaire, à faces paral-

(1) Kundt, ibid. — KrUss, Ber. d. d. Chem. Gesellseh., t. XV, 1882, p. 1243-1249. — Krüss et Occonomides, ibid., t. XVl, 1883, p. 2051-2036. — Hansen, Die Farbstoffe der BlïUhen u. Früchle, in : Verhandl. d. pkys. med. Gesellseh, zii Würzburg. N. F., t. XVIIl, n" 7, 1884.

(2) H.-W. Vogel, Pract. Spectralanalyse irdischer Stoffe. Nôrdlingen, 1877, p. 212 et 263.

SPECTRES D’ABSORPTION

lèles (flacons de parfumeurs) que l’on trouve facilement dans le commerce. Ces flacons, qui sont beaucoup moins coûteux que les cuves d’absorption des constructeurs et plus faciles à nettoyer, ont en général une largeur intérieure de 4 centimètres sur une épaisseur de t centimètre. Ils permettent d’observer successivement sous deux épaisseurs qui sont quadruples l’une de l’autre. On peut aussi se servir comme cuve d'absorption d’un prisme creux, dans lequel on introduit la solution colorée et que l’on déplace devant la fente du spectroscope au besoin sur une échelle graduée, de façon à observer des épaisseurs variables, et à chaque instant connues, du milieu coloré. Il est plus commode encore de faire usage d’un lactoscope de Donné agrandi. L’écartement des deux glaces peut être apprécié au moyen d’une graduation munie d’un vernier donnant le I/IO de millimètre.

Cet appareil permet d’étudier de.s couches colorées de 4 à o centimètres d’épaisseur. Il est quelquefois nécessaire d’observer sous des épaisseurs plus considérables encore des liquides très peu colorés, tels que le sérum sanguin, et qu'on ne pourrait sans inconvénient concentrer par évaporation. On emploie dans ce cas des tubes analogues à ceux qui servent aux examens polarimétriques. M. de Thierry (1) a construit récemment, pour l’examen du sang et des liquides colorés de l’organisme, un spectroscope très bien conçu, muni de dispositifs particuliers et permettant d’observer des épaisseurs de liquide qui peuvent atteindre plusieurs mètres.

Représentation des spectres d'absorption. — On indique généralement la situation des bandes d’absorptions que présente un spectre en notant à l’aide du micromètre la position de ces bandes par rapport aux raies de Fraunhofer du spectre solaire. On dira par exemple qu'une bande d’absorption est située entre D et E plus près de E que de D. On peut aussi en prenant au micromètre les limites de la bande et en se reportant à la courbe construite pour l'appareil, trouver les longueurs d’onde des rayons qui limitent la bande d’absorption. Stokes indique la position des bandes d'une manière particulière que Vierordt et Hüfner ont adoptée pour leurs études spectrophotométriques. 11 suppose divisé en 100 parties égales l'espace qui sépare deux lignes de Fraunhofer. La notation G 50 D— C 80 D par exemple, indique alors la position d’une bande spectrale qui irait de la division 50 à la division 80, l’espace total G — D étant supposé partagé de G à D en 100 divisions égales. Ainsi la seconde bande de l'oxyhémoglobine va de D 63 E à D 84 E. G’est là une manière assez commode de transformer les indications d’une échelle micrométrique arbitraire en une notation directement applicable à n'importe quel instrument. Ainsi je suppose qu'une bande aille de la division micrométrique 123 à la division 140, la raie D étant à 100,0 et la raie E à 152,5. Si maintenant on suppose que l’espace D — E est divisé non pas en 52,3, mais en 100 divisions égales, on calculera aisément que sur cette échelle fictive la bande irait de la division 47 à la division 76 et sa position sera définie par la notation : D47E—D70E, absolument indépendante de l’échelle et de l’instrument employés (2).

(1) .VI. de Thierry, Sur un nouvel appareil appelé héma-speclroscope, voir Comptes rendus. t. C, p. 1214-1246, et t. Cl, p. 811-814.

(2) Voy. dans l'ouvrage déjà cité de Vogel, p. 220, l’échelle particulière [échelle d’interférence) et la notation dont se sert Sorby.

Mais la position des bandes ne constitue pas un renseignement suffisant. 11 faut indiquer en outre si la bande est plus ou moins obscure, à bords lavés ou non. La représentation des spectres d’absorption à l’aide de planches est dispendieuse et de plus fréquemment fautive. Aussi a-t-on cherché des modes de représentation graphique plus simples. Sur une ligne horizontale servant d’abscisse, on trace des lignes verticales représentant les raies de Fraunhofer ; l’absorption exercée par une substance est alors représentée par une courbe dont les ordonnées sont en chaque point proportionnelles à l’intensité de l’absorption. La figure 6 représente le spectre d’absorption du sang artériel dilué (n» 1), avec la représentation 'graphique de ce spectre d’après la méthode qu’on vient d’indiquer (n“ 2).

Fig. 0.

11 est bon de faire remarquer que les ordonnées de ces courbes ne sont en aucune façon proportionnelles aux quantités de lumière absorbées en chaque point du spectre. Ces courbes représentent quelque chose de tout à fait subjectif. Car, si l’on fait par voie spectrophotométrique la mensuration exacte des quantités relatives de lumière absorbées en chaque point du spectre, on arrive à des courbes qui souvent diffèrent notablement des précédentes. Ainsi l’étude photométrique du spectre de l’oxyhémoglobine montre que dans la région de la scc.onde bande, l’absorption est plus forte que dans la première, bien que cette dernière paraisse sensiblement plus sombre. Cela tient à ce fait que la première bande se trouvant près du rouge qui est une région très lumineuse, ressort plus nettement que la seconde. Vierordt (I), qui le premier a attiré l’attention sur des faits de ce genre, a propose un mode de représentation graphique des spectres d’absorption fondé sur l’étude photométrique des spectres (2). Mais la lecture des graphiques de Vierordt, et surtout leur établissement, ont l’inconvénient d’être un peu délicats et conviennent plutôt à des recherches de physique pure. Dans la pratique de l’étude qualitative des spectres d’absorption, l’emploi des graphiques ordinaires, dont il vient d’être question, est commode et suffisant.

Telles sont les conditions générales de l’application du spectroscope à l’étude

(1) Vierordt, Die Ânwendung der Spectralapparates zur Pliotometrie, etc., Tübingen, IS'î.T,

p. HO.

(2) Le même. Die gmphische Darstellung der Absorptionsspectren, in Poggendorff’s Annal..

t. CLI, 1871.

SPECTRES D’ABSORPTION

qualitative des spectres d’absorption. Il est à peine nécessaire d’insister en terminant sur l'importance que présente en biologie ce chapitre de l’analyse chimique. L’étude si fructueuse des matières colorantes du sang et de leurs dérivés (hémoglobine , oxyhémoglobine , hémoglobine oxycarbonique, méthémoglobine, etc.), des matières colorantes végétales (chlorophylle, xanthophylle, etc.) en témoigne suffisamment. Ce sont là des applications du spectroscope à la chimie physiologique qui sont devenues presque banales. 11 en est d’autres, moins connues qui seront indiquées à leur place dans la partie théorique de cet ouvrage, mais sur lesquelles il peut être bon d’attirer l’attention dès maintenant. L’ctiuh'. des spectres d’absorption complète, en les rendant plus précises, un grand nombre de réactions de coloration utilisées en chimie biologique. Ainsi, on sait que la réaction de Pettenkoffer pour les acides biliaires n’est caractéristique qu’en l’absence d’un certain nombre de substances ( albumine, etc. ). Ces corps donnent également avec le sucre et l’acide sulfurique des colorations rouges qui peuvent induire eu erreur. Mais on ne sera jamais embarrassé, si on examine au spectroscope le produit obtenu, ce qui se fait très rapidement en appliquant contre la fente de l’instrument le tube dans lequel on a fait la réaction (1). On observera, dans ce cas, pour la réaction des acides biliaires un spectre tout à fait caractéristique (2). Krukenberg (3) a étudié de cette façon un grand nombi’e, d’autres réactions colorées et a donné le graphique des spectres d’absorption caractéristiques. Ces recherches ont eu pour objet notamment : la réaction d’Adamkiewicz pour les matières albuminoïdes, celle de Weylpourlacréatinino, les réactions colorées de l’indol, la réaction de l’indican dans les urines normales et pathologiques, les colorations que donne le perchlorure de fer avec certaines urines (urines diabétiques, etc.). L’emploi du spectroscope donne égalemeiK plus de sûreté aux réactions si curieuses que fournissent parfois les urines avec le réactif d’Ehrlich, et dont cet auteur a pu tirer des conclusions cliniques si intéressantes. Citons encore la réaction de Penzoldt pour la recherche du glucose, celle de Schiff pour la recherche de l’urée. — Enfin le spectroscope pmii servir à étudier directement sur l’économie animale un certain nombre de phénomènes. Dans cet ordre de recherches rentrent, par exemple, le travail d’ilénocque (4) sur les réactions spectroscopiques du sang à la surface sous-unguéale du pouce, ou encore celui de Quincke (5), qui, en examinant au spectroscope la lumière réfléchie par la peau des ictériques, a rendu probable l’existence d’une, forme particulière d’ictère, admise par plusieurs cliniciens et qui serait due à

(1) On comprend aisément, sans qu’il soit nécessaire d’insister davantage, combien les petils spectroscopes de poche, à vision directe (voy. p. 8), sont d’un emploi commode pour ce genre de recherches, où il s’agit simplement de reconnaître un spectre connu, décrit à l’avance. Le plus souvent, il suffit de braquer l'instrument vers les nuées qui fournissent d’ordinaire un spectre suffisamment lumineux. Aussitôt l’observation faite, l’instrument peut être remis dans son étui, ii l’abri des vapeurs corrosives.

(2) Maly, Die Verdauungss'àfte und die Verdauung in Hermann’s Handbuch d. Physiol.

(3) Krukenberg, Zur Charakterislik einiger physiol. u. klin. wichtigeren Farbenreactionen. in Verhandl. d. phys. med. Gesellsch. zu Wurzburg, t. XVTII, n° 9, 188*.

(4) Hénocque, Comptes rendus de la Soc. de biol., 8' série, t. I, n"* 41, 12, 44, 1884, et t. II, n" 1 et 4, 1883. — Voy. aussi le chapitre relatif a Yanalyse du sang.

(3) Quincke, Arck. f. path. Anal., t. XCV, p. 123-139.

l'hydrobilirubine. Les colorations particulières de la peau dans un certain nombre d’affections (maladie bronzée d’Addison, par exemple) pourraient également être étudiées avec fruit à l’aide de ce procédé.

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