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LA RESPIRATION

GÉNÉRALITÉS

Toute cellule vivante respire, c’est-à-dire qu’elle emprunte de l’oxygène au milieu extérieur et rejette au dehors de l’acide carbonique (et de l’eau). C’est là un phénomène constant, et l’on peut dire identique à la vie, quelle que soit l’infinie variété des formes que celle-ci revêt dans le monde animal ou végétal.

C’est qu’entre ces échanges gazeux respiratoires et l’ensemble des échanges nutritifs — c’est-à-dire toute l’activité vitale d’un organisme — le lien est intime et profond. Toute manifestation de la vie, à la considérer au point de vue physico- chimique, présente ce double aspect. Elle est d’une part une dépense d’énergie. Elle s’accompagne d’autre part d’une désagrégation plus ou moins profonde des matériaux organiques dont dispose l’être vivant, et c’est l’énergie fournie par celte transformation chimique qui se dépense au dehors dans l’accomplissement de Pacte vital considéré. Or, si nous ne concevons plus aujourd’hui ces transformations chimiques comme identiques à des phénomènes d’oxydation, du moins sommes-nous certains que parmi les phénomènes chimiques qui, dans la cellule, s’intercalent entre l’absorption d’oxygène et l’élimination d’acide carbonique, les combustions respiratoires tiennent une grande place.

On a déjà donné précédemment (1) quelques notions générales sur les relations qui existent entre les échanges gazeux respiratoires et l’ensemble des mutations de matières, et l’on reviendra plus longuement sur ces relations dans la dernière partie de cet ouvrage, à propos de l’étude de la production de la chaleur et de l’énergie chez les êtres vivants. La présente étude de la respiration ne

(1) Voy. au début de cet ouvrage, t. I, p. 2 et suiv. et p. 13 et suiv.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

s’applique qu’au côté extérieur du phénomène, à l’élude des échanges gazeux respiratoires, et de leurs variations physiologiques et pathologiques.

Les échanges respiratoires d’un organisme complexe sont la somme dos échanges qui se passent dans chacun des éléments cellulaires dont l’association constitue cet organisme. Mais on conçoit que le mécanisme par lequel s'opèrent ces échanges varie avec le degré de complexité de l’organisme considéré.

Pour les êtres vivants monocellulaires, ou constitués par la réunion d’un nombre relativement petit d’éléments cellulaires, de simples phénomènes de diffusion entre l’organisme et le milieu ambiant (air ou eau aérée) suffisent pour assurer un apport convenable d’oxygène et une élimination suffisamment rapide d’acide carbonique (et d’eau). Mais si l’on passe à des organismes plus complexes, à tissus fortement différenciés, on voit apparaître des appareils spéciaux destinés à assurer aux diverses parties de l’organisme des échanges respiratoires en rapport avec leur activité vitale.

Deux grands mécanismes apparaissent alors. Tantôt c’est le milieu oxygéné extérieur, air ou eau, qui pénètre lui-même au sein des tissus, va en quelque sorte au-devant des cellules, leur apporte l’oxygène dont elles ont besoin, et emporte l’acide carbonique, qu’elles exhalent. C’est le cas des tubes trachéaux des insectes ou des systèmes aquifères des cœlentérées. Tantôt au contraire, et c’est le cas le plus complexe — celui des organismes supérieurs — les tissus viennent en quelque sorte au-devant du milieu extérieur, grâce à f interposition d’un liquide spécial, le sang, qu’une circulatioti appropriée vient mettre en contact incessant d’une part avec les tissus, et d’autre part, grâce à des organes spéciaux (poumons ou branchies), avec le milieu extérieur. Grâce à ce liquide, la respiration s’accomplit en deux phases : dans l’une, le sang emprunte au milieu extérieur l’oxygène nécessaire à la vie et exhale l’acide carbonique (et l’eau) : c’est la respiration externe ou pulmonaire; dans l’autre, les tissus empruntent au sang l’oxygène qu’il apporte et lui restituent l’acide carbonique : c’est la respiration proprement dite, la respiration interne ou dos tissus.

Les anciens paraissent n’avoir eu que des notions très vagues et très confuses sur les effets de la respiration (1). Hippocrate attribuait confusément à l’air la propriété de transmettre au corps par l’acte de la respiration, un » esprit », tandis que pour Aristote le but de la respiration était simplement le rafraîchissement du sang. Il admettait en outre, comme du reste Galien et la plupart des anciens anatomistes, que l’air passe immédiatement du poumon dans le cœur et de là dans les artères. Cette idée touchant le rôle des artères se maintint pendant tout le moyen âge jusqu’au XV' siècle, et même au delà, puisqu’on la retrouve encore dans Descartes, et ne disparut complètement qu’avec le triomphe de la doctrine de Ilarwey.

Léonard de Vinci paraît avoir vu le premier que le feu consomme une partie

(4) Pour la bibliographie rciative à cet historique, voyez : Fcrd. Hœfer, Histoire de la

chimie, Paris, 1843. — H. Milnc Edwards, Leçons sur la physiol., etc., t. I, p. 373, 1837.

B. Bcrt, Physiol. comp. de la respiration, Paris, 1870. — Zuntz, Blutgase und respiratorischer Gaswechsel in Hermann’s Handb. d. Physiol., t. IV, 2' partie, p. 3. — Mac Kcndrick, Biol. Centralblatt, t. Vlll, p. 531 et .551, 1888-1889, etc.

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