RÉPARTITION ET ÉTAT DES GAZ DANS LE SANG
GÉNÉRALITÉS
La seule inspection des chiffres cités dans le précédent chapitre montre aussitôt, du moins en ce qui concerne l’oxygène et l’acide carbonique, que ces gaz ne sauraient être simplement dissous dans le sang. Leurs coefficients d’absorption (1) sont en effet pour l’eau distillée à 37° :
Oxygène. Acide carbonique. Azote.
Hüfner (2) . 0,02506 » 0,01239
Ch. Bohr et J. Bock (3) . . 0,02419 0,5629 0,01233
Siitschenow (4) . » 0,569 »
(1) Le coefficient de solubilité ou d’absorption d’un gaz vis-à-vis d’un liquide, à une température donnée, représente le volume de ce gaz (ramené à 0° et à la pression de 760“” de mercure) qu’alisorbe à cette température l’unité de volume du liquide, lorsqu’il est mis en contact avec une atmosphère de ce gaz ayant une pression do 760"“. Ainsi à 37°, 1.000'° d’eau distillée, agitée avec de Toxygène pur sous une pression de 760"“, absorbent, d’après Bohr et Bock, 24", 19 d’oxygène (mesurés à 0° et à 760““). Le même volume d’eau agité avec l’air, à 37° n’en absorbe que :
(2) Hüfner, Du Bois Reymond’s Arch., 1890, p. 26.
(3) Ch. Bohr et J. Bock, Bulletin de VAcad. roy. danoise, séance du 9 mai 1890.
(4) Sctschenow, Mém. de VAcad. imp. des sciences de Saint-Pétersbourg, t. XXVT, p.
258 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — L.YMBLING.
En ce qui concerne le sang, on ne possède que des données approximatives. Comme la présence des sels abaisse en général la solubilité des gaz, ainsi que Fernet (I) l’a démontré d’abord pour l’eau salée, on peut considérer les chiffres précités comme un maximum qui n’est sûrement pas dépassé dans le sang. On peut néanmoins tirer quelques indications intéressantes des expériences bien connues de Bert (2), et dont il sera question plus loin, touchant l’action de pressions d’air croissantes sur le sang défibriné à 37“. De ces expériences on peut déduire pour l’azote il 37“ un coefficient de solubilité de 0,013. D’autre part, Bunsen a démontré que les coefficients d’absorption de l’oxygène et de l’azote varient parallèlement, et que le premier peut s’obtenir en multipliant le second par le facteur 2,0225. Si l’on veut admettre que cette règle s’applique au liquide sanguin et qu’elle est encore vraie pour la température de 37“ (3), on peut calculer pour l’oxygène un coefficient égal à 0,026. Ce que l’on dira plus loin au sujet de l’absorption de l’azote par le sang montrera que ce calcul doit donner un chiffre qui est probablement trop fort. Il est probable que le coefficient d’absorption du sang à 37“ pour l’oxygène ne dépasse guère 0,02.
De ce qui précède découle directement celte conclusion, à savoir que des affinités chimiques interviennent nécessairement dans la fixation de l’oxygène et de l’acide carbonique par le sang. Pour l’oxygène, la chose est dès l’abord évidente. En posant égal à 0,026 le coefficient de solubilité de l’oxygène dans le sangà37“, on peut calculer que 100" de cette humeur ne peuvent dissoudre physiquement que 0",50 d’oxygène, et ce chiffre est certainement trop élevé, puisque Pfliiger (4) n’a pu extraire du sérum (de sang de chien) que 0",2 de ce gaz. En ce qui concerne l’acide carbonique, 100" de sang peuvent à la vérité en dissoudre physiquement SO" à la température du corps, c’est-à-dire à peu près autant qu’on en trouve dans le sang. Mais une telle quantité impliquerait que la tension de ce gaz dans le sang est égale à une atmosphère, ce qui est impossible a priori, puisque la tension totale de tous les gaz du sang ne peut atteindre au maximum qu’une atmosphère.
L’oxygène et l’acide carbonique sont donc nécessairement retenus dans le sang par des affinités chimiques, tandis que pour l’azote on se trouve, comme on achèvera de le démontrer plus loin, en présence d’un phénomène purement physique. Étudions maintenant de plus près la répartition de ces trois gaz dans le sang et la forme sous laquelle ils sont fixés par cette humeur.
§ I. Oxygène.