EXHALATION D AZOTE
on peut dire finalement que les faits que nous possédons aujourd'hui peuvent oncore être conciliés avec la théorie purement physique de la respiration, mais il ne faut pas se dissimuler que cette théorie repose sur un petit nombre d’expériences, et en particulier sur un ensemble de mesures de tension où les incertitudes et les contradictions abondent.
S III. Exhalation d’azote.
D’après Régnault et Reiset, l’air expiré contient toujours un peu plus d’azote que l’air inspiré. La proportion serait la suivante :
11 y aurait donc exhalation d’une certaine quantité d’azote qu’on peut évaluer à 7 ou 8^' (600“) par jour. Mais ce phénomène est encore très contesté. Voici quelles sont les diverses opinions émises à ce sujet :
1“ L’azote éliminé par la respiration proviendrait, d’après Dulong, Desprctz, Boussingault, de la désassimilation des matières albuminoïdes, qui aboutirait, pour une petite fraction, jusqu’à l’azote libre. Si on soumet, en effet, un animal à la ration d’entretien, et qu’on lui donne une nourriture azotée, tout l’azote ingéré ne se retrouve pas dans les urines et les excréments. Ce déficit d’azote serait dû précisément à ce fait qu’une partie de l’azote des albuminoïdes se sépare à l’état d’azote libre et s’élimine par le poumon. Régnault et Reiset (1), Il.Schulz, et plus récemment Seegen et Nowak (2) ont constaté cette élimination d’azote, qui est affirmée également par Boussingault (3) et que J. Reiset (4) maintient malgré les résultats négatifs de Pettenkofer. Enfin, Tacke et Zuntz (b) signalent aussi une légère élimination d’azote par le poumon chez le lapin.
2° De leur côté, Pettenkofer et Voit contestent cette élimination d’azote. Ils attribuent en particulier les résultats de Seegen et Nowak à des erreurs d’expériences (6). Sur un chien maintenu dans l’état d’entretien en ce qui concerne les gains et les pertes d’azote, M. Gruber ne (7) put observer aucune exhalation d’azote et H. Léo (8) est arrivé au même résultat pour le lapin.
(1) Régnault et Reiset, Recherches chimiques sur la respiration, iu Ann. de chim. et de phys. (3), t. XXVI, 1849; t. LXIX, 1863, et Compt. rend., t. LXVl, p. 172.
(2) Seegen et Nowak, Pflüger's Ârch. f. d. ges. Physiol.,i. XIX, p. 347; Maly’s Jahresb., t. IX, p. 282, 1879. — Pflüger's Arch., t, XXV, p. 383; ilaly’s Jahresb., t. XI, p. 381.
(3) Boussingault, Journ. d'agricul. pratique, t. I, p. 118, 1876.
(4) Reiset, Compt. rend., t. XCVI, p. 549, 1883.
(5) Zuntz, Du Bois Reymond’s Arch. f. Physiol., 1886, p. 360.
(6) Voy. les critiques de Voit et Pettenkofer dans Zeitsch. f. Biol., t. XVI; ilaly's Jahresb., t. XI, p. 381, 1881, et la réplique de Seegen et Nowak dans Pflüger's Arch., t. XXV, p. 383 ; ilaly's Jahresb., t. XI, p. 381, 1881.
(7) 31. Gruber, Zeitsch. f. Biol., t. XIX, p. 363, 1881 ; voy. aussi : le même, ibid., t. XVI, p. 367, 1880.
^8) 11. Léo, Pflüger's Arch., t. XXVI, p. 218, 1881.
Il convient d'ajouter que chez l’animal à jeun, Régnault et Reiset ont observé une absoption d’azote dans la respiration, et enfin que Jolyet, Bergonié et Sigalas (1), dans leurs expériences récentes sur l'homme, faites à l’aide d’une méthode très précise, ont constaté, à la fois à l’état de jeûne et de digestion, une absorption d’azote qui n’a jamais été inférieure aux 8/1.000” et s'est élevée, le plus souvent, jusqu’aux 2/100' de l’oxygène consommé. Les chiffres moyens ont été de 4,3 - S,0" d’azote absorbé par kilogramme et par heure. Un résultat analogue a été observé chez le chien. Ces auteurs voient une confirmation de leurs résultats dans ce fait que le sang du cœur gauche est toujours plus riche en azote que celui du cœur droit, ainsi que le montrent les résultats moyens que voici ;
Cœur
droit. gauche.
Azote (à 0» et 760””) . 1,66 1,83
La question de l’absorption ou de l’exhalation de l’azote par le poumon n’est donc pas encore résolue.
§ l\. Exh.vlation de v.apeur d’eau.
La quantité de vapeur d’eau exhalée par la surface pulmonaire est d’environ BBO»' dans les 24 heures. Comme l’air expiré est à peu près saturé de vapeur d'eau, la quantité de vapeur d'eau emportée par chaque expiration dépend en première ligne de l’état hygrométrique de l’air inspiré.
La quantité absolue de vapeur d’eau exhalée augmente avec la profondeur et la durée des respirations. Elle varie sous l’action du froid, de la pression barométrique, etc... (2).
il) Jolyet, Bergonié et Sigalas, Compt. rend., août et octobre 1887.
(2) Voy. Beaunis, Physiol humaine, t. II, p. 782. — Voy. aussi 11'. Ulrich., Maly's Jahresb,, t. XVI, p. 386.