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ENTRE LE SANG ET LES TISSUS

L’étude des échanges gazeux respiratoires qui s’opèrent entre le sang et les tissus, soulève dès l’abord une question préjudicielle, avec laquelle elle est intimement liée. Lorsqu’on compare, d’une part, les gaz du sang veineux à ceux du sang artériel, et d’autre part l’air inspiré avecl’aîr expiré, la nature des échanges gazeux qui s’opèrent dans le poumon apparaîtimmédiatement. 11 n’en va pas de même en ce qui concerne la transformation du sang artériel en sang veineux pendant son passage à travers les capillaires. L’acide carbonique dont se charge le sang noir provient évidemment de la combustion de matériaux organiques, brûlés par l’oxygène que le sang artériel a apporté. Mais deux hypothèses se présentent ici. On peut admettre que les matériaux combustibles fournis par les tissus ont passé par diffusion dans le sang, et qu’au contact de l’oxygène fourni par l’oxyhémoglobine, leur carbone a produit l’acide carbonique dont se charge le sang veineux. Il se peut aussi qu’au contact des tissus, le sang cède son oxygène qui, pénétrant dans les cellules, y oxydent les produits combustibles, tandis que l’acide carbonique formé, marchant en sens inverse, passe des tissus vers le sang qui l’emporte.

La question se pose donc d’abord de déterminer ie siège des combustions organiques. On a déjà vu qu’à la suite des expériences de Spallanzani et de William Edwards (1), les physiologistes avaient cessé de faire du poumon le lieu de formation de l’acide carbonique éliminé par la respiration. Mais le débat s’est poursuivi jusqu’à une époque très rapprochée de nous en ce qui concerne les éléments cellulaires et le sang qui les baigne.

C’est dans le sang que la majorité des physiologistes paraît avoir placé d’abord

(l) Voy. p. 250.

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les combustions organiques. C. W. Heaton (1), Frankland (2), Estor et Saint- Pierre (3), Ludwig (4) et Alexandre Schmidt (3) se sont successivement efforcés de démontrer que le sang est le siège d’oxydations énergiques. C’est ainsi qu’Estor et Saint-Pierre ont soutenu que le sang artériel contient de moins en moins d’oxygène a mesure que l’on s’éloigne du cœur, mais Pflüger et Hirschmann ont établi nettement l’inexactitude de cette observation (voy. p. 234). Abordant la question par un autre côté, Alexandre Schmidt s’est efforcé de démontrer que le sang contient des produits de réduction qui sont la cause d’une consommation constante d'oxygène dans le sein de ce liquide, phénomène qui doit évidemment se produire avec son maximum d’intensité dans le sang asphyxique.

En mettant des quantités connues d’oxygène en contact avec du sang asphyxique, qu’il soumettait à l’action de la pompe à mercure après une digestion d’une durée variable. Al. Schmidt a constaté que de notables quantités d’oxygène disparaissent, en même temps que croît la quantité d’acide carbonique. La grandeur de ces oxydations était variable selon l’organe d’où provenait le sang. Celui qui était emprunté à des muscles excités fixait 3 - 4 p. 100 d’oxygène ; le sang du cœur, environ 2 p. 100; celui des veines sus-hépatiques, 0,8 p. 100.

Des oxydations de ce genre s’accomplissent aussi in vitro dans le sang défibriné normal, avec une intensité qui croît avec la température (6).

Mais la signification d’abord attribuée à ces expériences dut être modifiée en présence de ce fait remarquable signalé par Afonassiew (7), à savoir que le sérum du sang asphyxique est exempt de produits réducteurs, et que ce sont les globules seuls qui consomment l’oxygène. On peut répondre, à la vérité, que si ces produits font défaut dans le sérum, c’est qu’ils ont été aussitôt fixés par les globules; mais, comme d’autre part, Tschiriew (8) a démontré l’absence de ces corps réducteurs dans la lymphe des animaux asphyxiés — où l’on devait s’attendre à les trouver, si réellement ces corps passent des tissus dans le sang — on est conduit finalement à cette conclusion que c’est dans les éléments figurés du sang que ces corps ont pris naissance.

En réalité, comme on le montrera plus loin, les globules sanguins présentent, comme tous les éléments figurés, comme tous les tissus, une respiration élémentaire. Iis consomment de l’oxygène et éliminent de l’acide carbonique. Dans le sang asphyxique mis subitement en contact avec de l’oxygène, ce phénomène est plus marqué, parce que les globules blancs et rouges ont été pendant plus longtemps privés de l’oxygène dont ils ont besoin.

Un autre argument que l’on a mis en avant pendant longtemps en faveur de la théorie de la combustion intra-vasculaire est la production, dans le sang, d’ozone ou « d’oxygène actif» que l’on considérait comme l’agent des oxydations

(t) C. W. Heaton, Philos. Mag., 1867, .341.

(2) Frankland, Proc, of tke roy. Inst., juin 1866.

(3) Estor et Saint-Pierre, Journ. de l'Anat. et de la Physiol., t. II, p. 302, 1865.

(4) Ludwig, cité par Zuntz, in Hermann’s Handb. d. Physiol., t. IV, 2' partie, p. 91.

(3) AL Schmidt, Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1867, p. 336.

(6) Rcgnard, Variations path. des combustions respiratoires, Paris, 1879, p. 2-4, et Lambling. Thèse, Nancy, 1882, p. 54.

(7) Afonassiew, Ber. d. sdchs. Ges. d. Wissensch., t. XXIV, p. 253, 1872.

(8) Tschiriew, ibid., t. XXVI, p. 116, 1874.

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