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ÉCHANGES GAZEUX RESPIRATOIRES ENTRE LE SANG ET LES TISSUS

intra-vasculaires, et dont les propriétés particulières expliquaient du meme coup l’énergie de certains phénomènes d’oxydation chez les êtres vivants. Mais depuis les recherches de Prokrowsky et surtout celles de Pflüger (1), la présence de l’ozone dans le sang n’est plus soutenable (2). De nombreuses expériences ont démontré d’ailleurs que le sang, du moins en dehors de l’organisme, ne possède que des propriétés oxydantes médiocres. Le glucose, l’acide urique mis en digestion avec le sang restent inaltérés (3). Ce n’est qu’en augmentant considérablement la surface de contact du sang avec l’air, au moyen d’un pulvérisateur, que Salkowski (4) pùt observer, à la température de 40°, des phénomènes d’oxydation (oxydation de l’acide hydrocinnamique, de la benzine à l’état de phénol, de l’aldéhyde salicylique à l’état d’acide salicylique).

Enfin Ludwig a fait valoir aussi cette raison, que la différence de tension de l’oxygène dans le sang et les tissus est trop médiocre pour que l’on puisse admettre l’existence d’un courant de ce gaz allant du sang vers les tissus. Mais cet argument tombe depuis que l’on sait par les expériences de Hüfner, de P. Sert, de Bohr, de Frédéricq, que l’oxygène peut atteindre des tensions très élevées dans le sang, bien plus considérables notamment que celles qu’on admettait à cette époque, à la suite du travail de Worm-Mtiller sur la dissociation de l’oxyhémoglobine (v. p. 268 et suiv.). D’ailleurs la considération des tensions de l’acide carbonique dans le sang veineux et les tissus fournit contre la manière de voir de Ludwig un argument du même ordre, mais fondé ici sur des mesures plus précises. Strassburg a trouvé, en effet, la tension du gaz carbonique dans les parois de l’intestin supérieure à celle du même gaz dans le sang veineux (S).

On est donc ramené, par les raisons que l’on vient d’exposer, à placer les phénomènes de combustion dans l’intimité même des tissus, et cette conception, aujourd’hui classique en physiologie, est appuyée sur des faits nombreux.

Déjà les expériences de Spallanzani (6) avaient nettement établi que des organes ou fragments de tissus séparés d’un animal, mais doués encore d’une vie locale, absorbent de l’oxygène et émettent de l’acide carbonique, indépendamment de toute circulation sanguine. Au surplus, Spallanzani a montré nettement que cette respiration élémentaire est bien plus active dans presque tous les tissus que dans le sang. Plus tard Liebig, Valentin, Matteuci, Cl. Bernard, P. Bert, Regnard ont repris l’étude de ces phénomènes, dont la signification est considérable, encore que L. Hermann (7) n’ait voulu y voir que des phénomènes de puiréfaction (8).

(1) Voy. Seliœnbein, Journ. f. pract. Chem., t. LXXXIX, p. 23. — AL Schmidt, Arch. f. path. Anat., t. XLII, p. 249. — Kuhne et Scholz, ibid., t. XXXIII, p. 96, 1865. — Lewisson, ibkl., t. XXXVI, p. 15, 1866. — Prokrowski, ibid-, t. XXXVI, p. 482, 1866. — Pflüger, Arch. f. d. ges. PhysioL, t. X, p. 232.

(2) Voy. aussi le présent ouvrage, t. I, p. 40.

(3) Hoppe-Seyler, Med. chem. Unters., Berlin, 1866-1870, p. 136.

(4) Salkowski, Zeitsch. f.physiol. Chem., t. VII, p. 115, 1883.

(5) Voy. le chapitre relatif à la tension des gaz dans les tissus.

(6) Spallanzani, Mémoire sur la respiration, trad. par Sennebier, Genève, 1803, p. 86.

(7) L. Hermann, Untersuchungen ueber den Sto/fwechsel der Muskeln, Berlin, 1867, p. 37.

(8) Voy. la réfutation des objections de Hermann, par P. Bert, tn Regnard, Variations path. des combustions respiratoires, Paris, 1879, p. 37. — Le lecteur trouvera là la bibliographie de cette question de la respiration des tissus.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIÜUE. — LAMBLING,

Voici quelques-uns des résultats de P. Bert (1). La température de l’expérience était de 10“; les volumes de gaz absorbés ou dégagés pendant des temps égaux sont rapportés il 100^' de tissus.

Rate. . .

Testicule.

Os. . . .

OXYGÈ.XE ABSOHDÉ

ACIDE CARBONIQUE

Pour l’intensité des combustions respiratoires, le muscle vient donc en première ligne. 11 l’emporte considérablement sur le sang. Ainsi Regnard a montré que par heure et par kilogramme le muscle dégage, à 30°, 204°° d’acide carbonique, tandis que le sang absorbe, dans les mêmes conditions, seulement 24'° d’oxygène.

Cette activité re.spirafoire des tissus peut être mise en évidence par les procédés les plus variés. Ainsi Iloppe-Seyler (2) a montré que des fragments de muscle frais, introduits dans du sang défibriné consomment rapidement l’oxygène de ce sang. La classique expérience des grenouilles salées faite par CErtraann (3) sous l’inspiration de Pflüger peut être invoquée aussi, bien qu’elle ne soit pas absolument démonstrative. On injecte dans le bout central de la veine abdominale d’une grenouille une solution de sel marin à 0,7o p. 100 jusqu’à ce que le liquide sorte incolore par le bout périphérique (4). Les grenouilles ainsi traitées vivent encore 1 à 2 jours en général. Or, en les plaçant dans une atmosphère d’oxygène pur, on constate que pendant les 10 à 20 premières heures, elles consomment autant d’oxygène et dégagent autant d’acide carbonique qu'une grenouille normale. Œrtmann conclut de cette expérience que les oxydations ont pour siège les tissus, puisque ceux-ci produisent autant d’acide carbonique que les tissus et le sang réunis (3).

Rappelons encore une élégante expérience de Schützenberger, et qui montre bien celte affinité des éléments anatomiques pour l’oxygène. On fait circuler lentement du sang rouge défibriné dans des tubes de baudruche mince immergés dans une bouillie de levure et l’on voit le sang sortir noir. La levure joue là le rôle des éléments histologiques des tissus.

Enfin, si les oxydations se passaient dans le sang, on verrait les échanges

(t) Cité d’après Regnard, loc. cit., p. 12.

(2) Hoppe-Seyler, Med. chem. Untersuch., Berlin, 1866-1870.

(3) CErtmann, Arch. f. d. ges. Physiol., t. XLV, p. 381, 1877.

(4) Ce procédé a été indiqué pour la première fois par Cohnheim. (Vircliotc’s Arch./t. XLV, p. 333, 1869.)

(5) On pourrait objecter avec Bunge, que dans les tissus il ne s’est fait que des dédoublements et que les produits formés ont passé par diffusion dans les capillaires, où ils ont été oxydés, la pression cinq fois plus forte de l’oxygène suppléant au manque d’oxyhcmoglobine. iBunge, Lehrb. d.pkysiol. Chem., 2» édit., p. 238.)

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