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LA RESPIRATION CUTANÉE ET INTESTINALE

Le sujet était enfermé dans une caisse en fer-blanc hermétiquement close. Les premiers malaises apparurent pour une teneur en acide carbonique dépassant 3 p. tOO ; ce n’est qu’avec 5,3 p. 100 de ce gaz que la dyspnée se fit sentir. Elle disparaissait complètement, ainsi que toute sensation pénible, lorsqu’on avait soin d’absorber l’acide carbonique produit à l’aide d’un alcali, alors même que la proportion d’oxygène était descendue à 10 p. 100. L’air de la caisse, en passant sur de l’oxyde de cuivre chauffé au rouge, ne donnait aucune trace sensible d’acide carbonique ou d’eau. Le titre d’une solution bouillante de permanganate (acide ou alcaline) ne variait pas, même après passage d’un volume d’air considérable pris dans la caisse à la fin de l’expérience. 11 ne variait pas davantage au contact de l’eau de condensation obtenue en refroidissant avec de la glace l’air extrait de la caisse, ou encore au contact de l’eau de condensation produite pendant l’essai sur les parois intérieures de la caisse.

Ce n’est donc pas la rétention de produits volatils nuisibles {perspirabile relentum) qui occasionne les accidents dus à l’air confiné. Ajoutons que les accidents produits par l’application d’enduits imperméables sur la peau ou par les brûlures étendues, invoqués souvent en faveur de la théorie du perspirabile retentum, sont dus à un mécanisme tout différent (1).

La respiration cutanée, d’importance très secondaire chez l’homme et les animaux supérieurs, joue un rôle considérable chez les animaux inférieurs. Elle peut suffire chez eux pour entretenir la vie à la condition que la température reste suffisamment basse (Spallanzani, W.-F. Edwards). Régnault et Reiset ont trouvé que chez la grenouille l’exhalation d’acide carbonique n’est pas modifiée après extirpation du poumon (2).

Chez quelques poissons, comme le cobitis fossilis ou loche des étangs, la respiration intestinale présente une intensité considérable. Cet animal vient fréquemment à la surface de l’eau pour avaler de l’air que l’on voit ressortir quelque temps après par l’anus. Cet air contient, d’après Baumert:

Oxygène . 12,03 p. 100

Azote . 87,18 —

Acide carbonique . 0,79 —

Si, au contraire, on empêche l’animal pendant plusieurs heures de venir à la

(1) La mort par application d’enduits imperméables est en réalité une mort par le froid. Les animaux ainsi traités font des pertes de chaleur énormes, surtout ceux qui ont une grande surface par rapport à leur poids (c’est-à-dire les petits animaux, tels que le lapin). Do grands animaux à peau dure, tels que les chiens, résistent parfaitement. 11 suffit d’ailleurs d’envelopper l’animal enduit dans du coton pour le préserver de tout accident. Chez deux rhumatisants, Senator a pu, sans provoquer aucun accident, envelopper les extrémités d’emplàtre et badigeonner tout le tronc de collodion riciné, en ne laissant libre que la tête, le cou, le siège et la région des organes génitaux. Les deux patients restèrent ainsi, l’un 48 heures et l'autre 8 jours. Une troisième malade, atteinte de pemphigus chronique, resta pendant 10 jours badigeonnée, des pieds à la tête, de goudron ordinaire. (Senator, Virchow’s Arch., t. LXX, p. 1882, 1877.)

Quant aux brûlures étendues, elles produisent des désordres graves du côté du sang qui expliquent suffisamment les accidents observés.

(2) Sur la respiration des amphibies, voy. la dissertation de Berg, Ueber die Hautathmung d. Frosches, Dorpat, 1868, et P. Bert, Physiol. comp. de la respiration, Paris, 1870, p. 267.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

surface de l’eau, on constate que, lors de la reprise de la respiration, l’air éliminé par l’anus ne contient plus que 7,94 p.lOO d’oxygène. En mettant à nu l’intestin, Erman a pu constater directement que le sang des veines intestinales et du foie devient rouge vif, lorsque l’animal déglutit de l’oxygène, noir au contraire lorsqu’on lui fournit de l’hydrogène ou de l’azote (1).

Chez l’homme, il se produit une sorte de respiration intestinale lorsque de l’air est dégluti avec les aliments. L’oxygène de cet air disparaît déjà dans l’estomac; dans les parties supérieures de l’intestin, on en retrouve à peine des traces. Lorsqu’on injecte de l’air dans une anse intestinale, l’oxygêne injecté va en diminuant et est remplacé par de l’acide carbonique.

(1) Baumert, Chemische Vnters. ueb. d. Resp. des Schlammpeitzgers, Breslau, 1855, et Erman, Gilbert's Ann. d. Physik, t. XXX, p. 113, 1808; cités d’après Zuntz, in Jlermann’s Ilanbd. d. PhysioL, t. IV, 2» partie, p. 117.

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