APPAREIL DE REGNACLT ET REISET
mètre à mercure, muni à sa partie inférieure d’un robinet, et qui -permet d’extraire pendant l’expérience une partie de l’air de la cloche.
L’appareil qui fournit l’oxygène se compose de trois ballons remplis de ce gaz, et qu’on peut mettre successivement en communication à l’aide d’une tubulure inférieure avec un réservoir à niveau constant, placé plus haut que les ballons, et contenant une solution saturée de chlorure de calcium. Cette solution pénètre sous une pression constante par la tubulure inférieure des ballons et chasse par la tubulure supérieure un courant continu d’oxygène que l’on conduit dans un flacon laveur et de là dans la cloche. L’expérience était prolongée chaque fois jusqu’à épuisement complet de la provision d’oxygène contenu dans les ballons, dont le volume était exactement connu.
L’appareil destiné à absorber l’acide carbonique est formé par deux grandes pipettes, réunies par leurs extrémités inférieures à l’aide d’un gros tuyau en caoutchouc, et dont les extrémités supérieures communiquent chacune par un tube avec la cloche. Les pipettes sont remplies d’une solution de potasse, et un mécanisme permet de leur imprimer un mouvement de va-et-vient, de telle sorte que lorsque l’une s’élève, l’autre s’abaisse. 11 suit de là que, dans l’une des pipettes, la solution alcaline s’abaisse et aspire un certain volume d’air de la cloche, pendant que l’autre s’élève et refoule dans la cloche un égal volume d’air débarrassé de l’acide carbonique par son contact avec la lessive.
Plus tard Reiset (1) construisit un appareil légèrement modifié, et permettant par ses dimensions l’étude de la respiration chez des animaux plus grands (mouton, veau, porc, etc.).
Cet appareil a permis à Régnault et Reiset de suivre les échanges gazeux respiratoires, à la fois en ce qui concerne l’oxygène, l’acide carbonique et l’azote, avec une précision qui n’a été surpassée — et l’on peut dire : qui n’a été atteinte — par aucune autre méthode. Deux critiques seulement peuvent lui être adressées. La première, c'est qu’il ne permet pas la détermination de l’eau exhalée. La seconde, développée surtout par Pettenkofer (2), c’est qu’après un séjour prolongé de l’animal dans l’appareil, l’air prend une odeur désagréable. Régnault et Reiset, à qui cet inconvénient n’avait pas échappé, font remarquer dans leur travail que jamais les animaux observés par eux n’ont présenté aucun signe indiquant un état de malaise, et que quelques-uns d’entre eux vivaient encore plusieurs années après les expériences. Au surplus, on sait que la théorie du respirabile retentum, qui est la base de la critique de Pettenkofer, manque de toute démonstration expérimentale. Seegen et Nowak (3), qui se sont servis d’un appareil de Régnault et Reiset modifié, ont cependant remarqué que leurs animaux tombaient malades après un séjour de plusieurs jours dans l’appareil, et, pour cette raison, avant do ramener dans le récipient où se trouve l’animal, l’air qui sort de l’appareil a potasse, ils le faisaient passer à travers un appareil
(1) Reiset, Ann. de chim. et de physique (3), t. LXIX, p. 129, 1863.
(2) Pettenkofer, Annal, d. Chem. u. Pharm., suppl. II. — Voyez à la page 323 ce qui a été dit k propos de la perspiration cutanée et de la théorie du perspirabUe retentum.
(3) Seegen et Nowak, loc. cit. — Ces auteurs avaient principalement en vue d’étudier les échanges gazeux relatifs k l’azote. Leur appareil se distingue surtout par le soin scrupuleux avec lequel on a veillé à la fermeture de tous les joints, au moyen de manchons remplis de mercure.
à combustion. Mais Pettenkofer et Voit (t) estiment qne les accidents observés par Seegen et Nowak doivent être attribués plutôt au chlore mélangé à l’oxygène employé.
11 arrive parfois, dans l’appareil de Régnault et Reiset, que l’absorption de l’acide carbonique par l’appareil a potasse ne se fait pas assez rapidement et que quelques centièmes d’acide carbonique s’accumulent dans l’air de la cloche. Pour remédier à cet inconvénient, dont l’importance est d’ailleurs médiocre, Pflüger, Iloppe-Seyler, Jolyet et Regnard (2), ont imaginé des dispositifs variés, qui rendent plus facile l’absorption de l’acide carbonique. A. d’Arsonval (3) a construit un appareil du type de celui de Régnault et Reiset, mais exempt des défauts de ce dernier, et enregistrant graphiquement les phases de l’absorption de l’oxygène et du dégagement de l’acide carbonique. L’absorption de l’acide carbonique s’opère à l’aide d’un pulvérisateur à potasse actionné par la vapeur. Laulanié (4) a également construit un appareil sur le type de celui de Régnault et Reiset, avec un oxygénographe (voy. aussi l’oxygénographe de Frédéricq (5) et celui de Sigalas (6), et enfin l’appareil de L.-G. de Saint-Martin (7).
Appareil de Pettenkofer et Voit. — Le but principal poursuivi par Pettenkofer, et plus tard par Pettenkofer et Voit, dans la construction de leur appareil, a été de faire respirer le sujet en expérience dans des conditions qui fussent, aussi semblables que possible, aux conditions de la respiration ordinaire, de manière à éviter, autant que possible, toute accumulation des produits nuisibles de la respiration, à l’action desquels Pettenkofer attachait une importance considérable (8).
Le récipient dans lequel se trouve le sujet est une chambre de 12 à 13”' de capacité, et dont la ventilation est assurée par deux pompes aspirantes puissantes, capables de faire passer dans le récipient de db à 35”' d'air par heure. La mensuration du volume d’air aspiré est assurée par l’interposition d’un compteur très précis, et l’air ainsi soustrait est remplacé constamment par celui qui pénètre, comme dans une chambre ordinaire, par les joints et les fentes du récipient.
Comme il est impossible de doser par absorption tout l’acide carbonique et toute l’eau contenus dans une masse d’air aussi considérable, on a annexé à l’appareil un système de pompes qui détournent du courant principal une partie aliquote, aussi constante que possible, et ce courant dérivé est dirigé à travers des ballons tarés remplis de ponce sulfurique, pour l’absorption de la vapeur d'eau, puis à travers dos tubes de Pettenkofer (9) remplis d’eau de baryte titrée,
(Il Pettenkofer et Voit, Zeilschr. f. Biol., t. XVI, p. 308, 1880.
(2) Voy. Uegnard, VaHations pathologiques des combustions respiratoires, Paris, 1879,
(3) D’Arsonval, Société de biologie, 1886 et 1887.
(4) Laulanié, Arch. de physiol. norm. et path., t. XXII, p. 571, 1890.
(5) Frédéricq et Nuel, Traité de physiol., t. I, p. 150.
(6) Siga'as, Recherches exp. de calorimétrie animale, Paris, 1890.
(7) L.-G. de Saint-Martin, Recherches exp. sur la respiration, Paris, 1893, p. 22.
(81 Voy. p. 323.
(9) Pettenkofer, Zeitschr. f. analyl. Chem., t, I, 1886.