PRÉPARATION DE L’HÉMOGLOBINE
semblent .se transformer les unes dans les autres sous des influences très légères, et l’on peut se demander, si leur mélange préexiste dans le sang ou si elles dérivent par des artifices de préparation d’une seule oxyhémoglobine. Les observations d’ailleurs si intéressantes de Chr. Bohr appellent donc de nouvelles recherches.
HÉMOGLOBLNE.
L’hémoglobine (t) existe dans le globule rouge à coté de l’oxyhémoglobine, en grande quantité dans le sang veineux et dans le sang asphyxique, en moindre proportion dans le sang artériel. Comme l’oxyhémoglobine, elle est fixée dansle globule à l’état de combinaison instable avec d’autres substances, probablement avec la lécithine.
On peut admettre qu’à chaque oxyhémoglobine correspond une hémoglobine, mais on ne sait encore que peu de choses sur les caractères distinctifs des hémoglobines de diverses provenances, par la raison que l’obtention de ces substances à l’état cristallisé, longtemps contestée, n’est devenue une opération facile que depuis un petit nombre d’années.
Préparation de l’hémoglobine.
On obtient facilement des dissolutions d’hémoglobine pure en soumettant à l’action du vide ou d’un courant prolongé d’hydrogène pur des dissolutions d’oxyhémoglobine cristallisée, ou encore en abandonnant de telles dissolutions en tube scellé avec une petite quantité d’air, après addition d’une trace de sangeu putréfaction. Dans ces conditions, l’oxygène faiblement combiné à l’hémoglobine est rapidement consommé par les microorganismes qui végètent dans le liquide.
Les premières indications précises sur l’obtention des hémoglobines à l’état cristallisé sont de Hüfner(2). En abandonnant du sang humain à la putréfaction en tube scellé, à la température de l’été, ce savant a constaté qu’il s’amasse peu à peu dans les parties du tube non couvertes par le liquide, des amas de cristaux pouvant atteindre 1 millimètre de longueur, et apparaissant sous la forme de petits rectangles allongés. Plus tard, Nencki et Sieber (3) réussirent à préparer l’hémoglobine en grand par le procédé que voici :
Des cristaux d’oxyhémoglobine de sang de cheval sont dissous dans une quantité suffisante d’eau tiède, et le liquide, additionné de quelques grammes de sang
(1) C'est Stokes qui a observé le premier l’action des réducteurs sur les dissolutions d'oxyhémoglobinc et par conséquent la production de l’hémoglobine. 11 appelait la première scarlet cniorine, la seconde pourple cruorine (Stokes, Phil. Mag., 4' série, t. XXVlll, p. 391).
(21 Hüfner, ZeitSchr. f. physiol. Chem., t. IV, p. 382, 1880.
(3) Nencki et Sieber, Ber. d. d. chem. Gesellsch., t. XIX, p. 128 et 410, 1883. — Maly’s- Jakresb., t. XVI, p. 110, 1886.
46 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
pourri, est introduit dans un flacon bouché au caoutchouc et disposé de telle manière qu’on puisse faire passer un courant d’hydrogène pur à travers la dissolution. Au bout de quelques heures, et tout en maintenant le courant de gaz, on ferme à la lampe l’orifice des tubes adducteur et abducteur, et on abandonne le tout à une température de 20 à 25“ pendant huit à quinze jours. Les phénomènes de putréfaction qui s’emparent de la masse achèvent de consommer les dernières traces d’oxygène. A ce moment, le liquide présente une belle couleur rouge violet et ne contient plus que de l’hémoglobine. On fixe alors sur l’extrémité du tube abducteur un tuyau de caoutchouc dont l’autre extrémité plonge dans de l’alcool refroidi et après avoir cassé la pointe du tube, on fait pénétrer dans le flacon, qui est alternativement réchauffé dans de l’eau tiède, puis refroidi, une quantité d’alcool représentant environ 25 volumes pour 100. On bouche ensuite l’extrémité du caoutchonc, et on abandonne le mélange à 5 — 10°. Au bout de 12 à 24 heures, l’hémoglobine s’est déposée en petits cristaux brillants.
On peut aussi partir directement du sang de cheval, que l’on abandonne à la putréfaction en tube scellé ou dans un flacon bien bouché pendant quelques .semaines.
En ajoutant au liquide le quart de son volume d’alcool et l’abandonnant dans un mélange réfrigérant, on provoque le dépôt d’une purée cristalline d’hémoglobine.
Ce procédé est sans aucun doute applicable à d’autres espèces sanguines.
Propriétés physiques et chimiques de l’hémoglobine.
Formes cristallines et solubilité. — L’hémoglobine de cheval cristallise en prismes ou en tablettes hexagonales, pouvant atteindre 2 à 3 millimètres, tandis que l’oxyhémoglobine correspondante est le plus souvent en prismes quadrangulaires allongés.
Examinés au microspectroscope, ces cristaux ne donnent que la bande d’absorption unique de l’hémoglobine (Voy. plus loin). Les gros cristaux sont d’un beau rouge violet; les petits sont, au contraire, verdâtres à la lumière réfléchie.
Le sang humain donne des cristaux rectangulaires allongés. Les autres hémoglobines sont encore peu étudiées (1).
Les hémoglobines sont bien plus solubles que les oxyhémoglobines correspondantes. Ainsi les cristaux décrits plus haut tombent rapidement en déliquescence, lorsqu’ils sont abandonnés à l’air, en môme temps qu’il y a absorption d’oxygène et transformation partielle en oxyhémoglobine.
D’autre part, on remarque que des dissolutions concentrées d'hémoglobine de cochon d’Inde, de chien, etc., cristallisent abondamment lorsqu’on les agite au contact de l’air à basse température.
Spectre d’absorption et co.nstantes spectrophotométriques. — Les dissolu-
(I) Rollet, Wiener Akad. Sitzungsber., math.-naturwiss. Classe, t. LU, 2» partie p 246 1863. — Kuhne, Arch. f. path. Anat., t. XXXIV, p. 423, 1863. " > • >