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INFLUENCE DE QUELQUES GAZ ÉTRANGERS A L’ATMOSPHÈRE

intoxications nocturnes — aujourd’hui si fréquentes — imputables aux poêles mobiles. La dose du gaz toxique répandue dans l’atmosphère est souvent très faible, mais elle peut néanmoins produire la mort à cause de la longue durée de l’action. C’est là une forme d’empoisonnement subaigu, que L. de Saint- Martin distingue avec raison de l’empoisonnement aigu tel qu’il est produit par le réchaud de charbon, par exemple, et de l’empoisonnement chronique des blanchisseuses et des cuisinières.

En ce qui concerne le mécanisme de la mort, L. de Saint-Martin fait remarquer très justement que celle-ci n’est point due à la présence dans le sang d’une quantité déterminée d’oxyde de carbone. On peut faire absorber à des lapins des quantités considérables d’oxyde de carbone et transformer jusqu’aux 3/5‘ de leur oxyhémoglobine en hémoglobine oxycarbonée sans produire la mort. Soumis à temps à une ventilation pulmonaire énergique, ces animaux se rétablissent entièrement.

On ne saurait donc expliquer l’action toxique de l’oxyde de carbone en disant que ce gaz immobilise une partie du pigment sanguin en le transformant en hémoglobine oxycarbonée très stable. D’ailleurs on sait l’abais-sement considérable que peut subir le taux de l’hémoglobine dans le sang des anémiques (800.000 et môme 360.000 globules par millimètre cube au lieu de b millions), sans que la mort s’ensuive. Dans deux expériences de L. de Saint-Martin, sur des lapins, où la mort fut produite en quelques heures avec 3 et 7" d’oxyde de carbone par litre d’air, le sang ne contenait, au moment de la mort, que le tiers ou le quart de sa matière colorante à l’état d’hémoglobine oxycarbonée.

La cause de la mort a donc été ici l’action suffisamment prolongée sur les centres nerveux d’un sang vicié (1). ,11 semble, en outre, que la présence de l’oxyde de carbone dans le sang empêche ou rende plus difficile l’absorption de l’oxygène par le reste de l’hémoglobine demeurée disponible (2).

Du sang qui fixe, par exemple, 20" d’oxygène p. 100", n’absorbe, lorsqu’on l’agite avec de l’air contenant un centième d’oxyde de carbone, que 1 ou 2" d’oxygène et 14"-15" d’oxyde de carbone (L. de Saint-Martin) (3). Peut-être aussi l’oxyde de carbone diminue-t-il les oxydations intra-sanguines. L. de Saint- Martin (4) a constaté, en effet, que le sang même faiblement oxycarboné ne consomme par heure que 0",32 à 0",b7 de son oxygène (pour 100" de sang) lorsqu’on le maintient à l’étuve à 37», tandis que le sang normal en perd 3 à 4“ dans

longées d’air chai’gé do vapeurs de chloroforme, les chiens meurent tous au bout d’un certain temps, variable avec la dose de chloroforme vaporisée dans l’air. Le mélange h 4 p. 100 (4" de chloroforme pour 100“‘ d’air) les tue en 9 heures sans produire l’insensibilité ; le mélange à 6 p. 100 amène la mort on 6 ou 7 heures avec diminution de la sensibilité; celui à 8 p. 100 produit lentement l’insensibilité et tue en 4 heures. Enfin, avec 10 p. 100 ou pondant l’anesthésie en quelques minutes et la mort en 2 ou 3 heures. (L. de Saint-Martin, loc. cit., p. 209.)

(1) Voy. aussi les recherches de Linossier sur le mécanisme de l’intoxication oxycarbonée (Soc. de bioL, 1889).

(2) L. de Saint-Martin, loc. cit., p. 288.

t3) C’est pour eotte raison qu’on ne saurait, comme l’a proposé Gréhant, de doser l’oxyde de carbone contenu dans un sang, en déterminant la capacité respiratoire de ce sang avant et après l’intoxication oxycarbonée et en admettant que la différence des deux résultats représente l’oxyde de carbone.

(4i L. de Saint-Martin, loc. cit., p. 283.

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les mêmes conditions. Cette inaltérabilité du sang oxycarboné avait déjà été signalée par Cl. Bernard (1).

Lorsque la dose d’oxyde de carbone est assez faible pour permettre aux animaux de vivre un certain temps dans l’atmosphère viciée, il s’établit évidemment entre le sang et le mélange gazeux que respire l’animal, un équilibre chimique correspondant à un mélange fixe d’oxyhémoglobine et d’hémoglobine oxycarbonée. Il est évident que le partage de la matière colorante du sang entre les deux gaz .se trouve réglé par le rapport de leurs tensions respectives dans le milieu extérieur. Hüfner et Kiilz (2) ont étudié ce partage sur des dissolutions d’hémoglobine à l’aide du spectro photomètre, mais les résultats auxquels ils sont arrivés sont contestés par L. de Saint-Martin (3), qui a montré que la quantité d’oxyde de carbone fixée in vitro par le sang de chien défibriné croît très rapidement avec la teneur de l'air en gaz toxique, mais sans suivre aucune loi régulière.

Chez l’animal vivant, Grébant (4) est arrivé à des résultats plus réguliers. En faisant respirer à des chiens des mélanges titrés d’air et d’oxyde de carbone pendant une demi-heure, ce physiologiste a constaté que 100“ de sang contiennent au bout de ce temps ;

Pour un mélange à 10 p. 10.000

5“,3 de CO.

En portant en abscisses les volumes d’oxyde de carbone contenus dans 10.000 parties d’air, et en ordonnées les quantités d’oxyde de carbone trouvées dans 100“ de sang, on obtient une. courbe qui est une ligne droite. On peut de la sorte, d’après Gréhant, doser l’oxyde de carbone dans une atmosphère, par voie physiologique, en faisant respirer pendant une demi-heure un chien dans le milieu suspect, puis dosant l’oxyde de carbone fixé par 100“ de sang. En portant en abscisse le nombre de centimètres cubes de gaz toxique extraits, on trouve par l’ordonnée correspondante la quantité d’oxyde de carbone contenue dans 10.000 parties de l’atmosphère étudiée.

Les destinées de l’oxyde de carbone dans l’organisme, et en particulier son élimination, ont vivement préoccupé Cl. Bernard (5). Après lui, Gréhant (6) est arrivé à celte conclusion, conforme aux expériences antérieures de son maître, que l’oxyde de carbone s’élimine très rapidement et en nature, chez le chien et le lapin. Au contraire, G. Pouchet (7) et Ogier(8) soutiennent que l’intoxication

(1) CI. Bernard, Leçons sur les anesthésies et l’asphyxie, p. 423.

(2) Hüfner et Külz, Joum. f. prakt. Chem., t. XXVIII, p. 258, 1883. — Hüfner, ibid., t. XXX, p. 68, 1884.

(3) L. de Saint-Martin, loc. cit., p. 288.

(4) Gréhant, Les gaz du sang (Eneyclopédic Léauté), Paris (san.s date), p. 107.

(5) Cl. Bernard, Leçons sur les anesthésiques, p. 451, et Leçons de physiol. opérât., p. 443.

(6) Gréhant, Société de biol., 1872 et 1873. — Comptes rendus, 1886.

(7) G. Pouchet, Ann. d’hygiène et de médecine légale {3), t. XXII, p. 276.

(8) Ogier, ibid. (3), t. XX, p. 361. ' .

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