THÉORIE DE LA SÉCRÉTION DE LA LYMPHE
rénale rend les cellules du rein incapables de fonctionner; de même si, par ligature de l’aorte, on anémie pendant 70 minutes les capillaires sanguins, l’extrait d’écrevisse ne produit plus d’effets, bien que les voies sanguines soient restées perméables, comme on peut le démontrer ultérieurement par une injection de sulfindigotate de sodium.
Les lymphagogues de la seconde catégorie sont des substances chimiques définies, telles que le glucose, les sels (chlorure de sodium, le sulfate de sodium, l’azotate de sodium, etc.), l’urée. Leur action s’explique surtout par dns phénomènes purement physiques. Ces corps provoquent un afflux considérable d’eau, des tissus vers les espaces lymphatiques et le sang. Une partie de cette eau pénètre dans le sang, qu’elle dilue considérablement (voy. L. von Brasol, Klikowicz)(l), en même temps qu’il se produit une diurèse active (2); le reste est repris par les espaces lymphatiques et emporté par le courant de lymphe. On voit en effet ce dernier s’accroître dans des proportions considérables, en même temps que s’abaisse la richesse en matériaux fixes. Notons encore que l’action de ces lymphagogues n’est pas liée à l’intégrité des cellules des capillaires. Elle persiste même, lorsque par ligature prolongée de l’aorte, on a annihilé l’action des substances de la première catégorie.
Il ne faudrait pas croire pourtant que les parois des capillaires n’interviennent pas dans le phénomène, et que celui-ci reste purement physique. Après une injection de glucose, on voit la proportion de ce corps diminuer dans le sang et augmenter dans la lymphe. Mais le phénomène ne cesse pas, lorsqu’il y a égalité de concentration : la lymphe continue à s’enrichir en sucre. La paroi capillaire porte donc le sucre, du sang qui en est pauvre, vers la lymphe qui en est riche, c’est-à-dire qu’elle sécrète du sucre.
A la vérité, cette théorie ingénieuse présente encore bien des lacunes, que Heidenhain a fait ressortir lui-même avec beaucoup de justesse. Mais elle explique un plus grand nombre de faits que la théorie physique de la filtration soulève nombre de problèmes intéressants (3). En ce qui concerne la nutrition générale, on voit que, d’après cette théorie, ce n’est point une aclion mécanique, une filtration partout uniforme qui assure aux éléments cellulaires l’apport des matériaux dont ils ont besoin. Dans chaque territoire cellulaire, la paroi capillaire aurait son activité propre, son autonomie, et ainsi la physiologie, dans cette question si importante de la formation de la lymphe, se trouve une fois de plus amenée à substituer à une explication purement physique, la notion — assurément moins simple et moins claire, mais qui s’impose — de l'activité propre des cellules. Mais n’est-ce point là une tendance générale de la physiologie actuelle? Les théories physiques que l’on voyait, il y a 20 ou 30 ans, acceptées et en voie de progrès visible dans toutes les parties de la physiologie, reculent et passent presque partout au second plan. Il n’est point jusqu'aux
(1) L. von Brasol. Du Bois-Reymond's. Arch. f. Physiol., 1884, p. 211. — Klikowicz, ibid., 1886, p. S18.
(2) Grâce A laquelle le sang se débarrasse rapidement du sel injecté. Cette action diurétique fait défaut aux lymphagogues de la première catégorie.
(3) Voy. notamment le travail de Rôhmann et Bial, touchant Tinfluence des lymphagogues sur l’action diastatique de la lymphe. (Arch. de P/lüger, t. LV, p. 469, 1893).
ENXYCLOPÉDIE CHIMIQDE. — LAMRLING.
phénomènes de la respiration, pour lesquels l’explication purement physique des échanges gazeux paraissait si solidement assise, où l’on n’ait fait récemment appel à des théories de sécrétion glandulaire, c’est-à-dire à la notion de Vactivité spéciale des cellules. C’est dans la détermination des conditions physicochimiques de cette activité propre à chaque élément cellulaire que réside le problème fondamental de la physiologie.
COMPOSITION CHIMIQUE DES SÉROSITÉS, DES TRANSSUDATS ET DES EXSUDATS. 395-