PERTE D’AZOTE
Avant le jeûne .
Pendant les 4 premiers jours
(moyenne) .
Pendant les 3 jours suivants
(moyenne) .
Pendant les 3 derniers jours
(moyenne) .
Dans le cas de l’ouvrier Breithaupt (21 ans), on a trouvé, pour 6 jours de jeûne, une moyenne de Ils'', 25 d’azote dans l’urine et les fèces. Enfin, chez le jeûneur Succi observé par Lucciani f2), l’urine des 10 premiers jours de jeûne contenait, en moyenne, 10,678 d’azote; si on ajoute 0s‘’,2 pour l’excrétion d’azote par l’intestin, il vient une moyenne de 10,878. On peut donc, avec G. von Noorden, adopter, comme valeur moyenne chez l’homme, du premier au dixième jour de jeûne, une élimination quotidienne de 10 à 1 1 grammes d’azote, ou 0S'’,lb à 0«'',23 par kilogramme. Ghez la femme il ne vient guère que 5 à 6 grammes d’azote en 24 heures (3).
Ges chiffres se rapportent à des organismes qui passent brusquement d’une alimentation normale au jeûne complet. Lorsqu’au contraire l’inanition est précédée d’une période d’alimentation insuffisante, la dépense d’azote pendant le jeûne est beaucoup plus faible (voy. plus loin).
La quantité de graisse consommée en 24 heures pendant le jeûne est beaucoup plus variable. Elle dépend évidemment de la demande totale de calories adressée par l’organisme à ses tissus, l’économie restreignant ses dépenses d’albumine à un minimum et complétant la somme totale de calories dont elle a besoin par
(t) Senator, loc. cit.
(2) Lucciani, Fisiologia del digiuno, 1889. Le tableau complet de fexpérience se trouve dans H. Vierordt, Anatomische, physiologisc/ie iind physikalische Dalen und Tabellen, 1" éd., léna, 1893, p. 286. La durée totale du jeûne fut de 30 jours.
(3) Voy. la réunion de toutes les valeurs observées jusqu’ici (avec les indications bibliographiques dans G. von Noorden, Path. des Stoffioechsels, p. 132 et suivantes.
ENCYCLOP. CHt.M. 32
la destruction d’une quantité convenable de graisse. On donnera plus loin quelques exemples indiquant la grandeur absolue de cette consommation degraisse.
Si l’on calcule maintenant, comme le fait Rubner, la part relative de l’albumine et de la graisse dans l’apport total de calories, voici les résultats que l’on obtient en utilisant les rares expériences qui ont été faites sur l’homme.
Le sujet à réserves graisseuses abondantes qui a servi à l’expérience de- Ranke citée à la page 439 dépensait au deuxième jour de jeûne :
Albumine. 50k‘-,15 donnant (d) : 240,7 calories ou H,1 p. 100.
Graisse... 206*'', 00 — d.91b,8 — 88,9 —
Au contraire, un ouvrier robuste, mais maigre, étudié par Voit et Pettenkofer détruisait au premier jour de jeûne:
Albumine.. 78 grammes donnant : 372,4 cal. ou 15,6 p. 100
Graisse . 216 — 2.008,8 — 84,4 —
Bien que les deux expériences ne soient pas tout à fait comparables, puisqu’au premier jour de jeûne la dépense d’azote est toujours plus foi-te qu’au deuxième (voy. p. 485), il n’en ressort pas moins de ces expériences que la présence de réserves graisseuses a permis à l’organisme de diminuer l'apport thermique relatif des albumines. Ajoutons immédiatement que les expériences avec alimentation insuffisante, beaucoup plus faciles à instituer que celles qui ont trait au jeûne complet, démontrent encore beaucoup plus nettement cetteépargne de l’albumine par les graisses (voy. p. 491).
Voici enfin quels ont été les résultats des observations faites sur Getti, à Berlin (voy. p. 482).
Au premier jour de jeûne :
Albumine. . 88 grammes donnant : 422,8 cal. ou 22,1 p. lOO-
Graisse 160 — 1.488,0 — 77,9 —
Au cinquième jour:
Albumine . 69,4 donnant : 333,1 cal. ou 20,2 p. 100
Graisse . 141,0 — 1311,3 — 79,8
(1) En employant ici pour l’albumine la valeur thermique 4,8 (voy. p. 421).
l’inanition totale
Au dixième jour :
Albumine . 61,4 donnant: 294,7 calories ou 20,2p. 100
Graisse . 12S — 1.162,5 — 79,8
En résumé, on voit que pendant le jeûne, ce sont les réserves de graisses qui couvrent les quatre cinquièmes environ de la dépense totale de calories, le reste étant fourni par l’albumine. On remarquei’a que chez Cetti la dépense d’albumine a été considérable, puisqu’elle s’élève à près de la moitié du poids de graisse détruite dans le même temps, tandis que d’ordinaire la quantité de graisse consommée est 3 ou 4 fois plus forte que celle d’albumine. Gela tient à ce fait que Cetti était maigre (voy. aussi p. 487).
Une dernière remarque se présente ici. Le taux constant auquel s’installel’excrétion azotée après quelques jours de jeûne est un phénomène important au point de vue de l’expérimentation physiologique. Il permet, en effet, d’étudier d’une manière très précise, et en dehors des complications provenant de la digestion, de la résorption des aliments, etc., l’action des diverses substances, des médicaments, etc., sur la nutrition. Ou a déjà montré plus haut comment Rubner a mis à profit cette observation pour mesurer chez le chien, préalablement mis en état d’inanition, la valeur isodyname des graisses et des sucres vis-à-vis de l’albumine. De la même manière on peut étudier les effets des substances toxiques sur la désassimilation, car toute variation brusque de l'excrétion azotée peut, dans ces conditions, être mise avec sécurité sur le compte du toxique administré. C’est ainsi que chez le chien à l’état d’inanition et arrivé au régime de l’excrétion azotée constante, on observe, sous l’influence du phosphore, une hausse subite et considérable de l’azote urinaire, signe extérieur de la fonte cellulaire rapide provoquée par ce i^oison du protoplasme.
C’est là une méthode d’observation précieuse et sûre, à la condition toutefois de suivre le conseil de Voit(l), qui recommande de choisir des animaux relativement gras, la longue durée du régime constant de l’excrétion azotée chez, ces animaux offrant à l’expérience une sécurité beaucoup plus grande.
(1) Voit, P/iysiol. d. allg. Stoffwechsels (Hermann’s llandb. d. PhysioL), p. 66.