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CHAPITRE IV

L’ÀLIMENTÀTION INSUFFISANTE

Deux cas sont à considérer, celui d’une inanition partielle brusquement réalisée dans une expérience de laboratoire, et celui d’une inanition partielle chronique, telle qu’on l’observe dans divers états pathologiques ou chez les classes pauvres.

Cette double étude est particulièrement intéressante au point de vue pathologique. L’alimentation insuffisante est le plus souvent imposée par la force des choses dans un grand nombre de maladies, et il serait de la plus haute importance de bien connaître les effets et les signes extérieurs d’une telle alimentation, afin de ne point les confondre avec les modifications apportées aux échanges nutritifs par l’agent pathogène lui-même et secondairement par les lésions qu’a provoquées cet agent. L’alimentation insuffisante est encore — malheureusement — le lot de groupes considérables dans les classes les moins favorisées de la société, soit parce que ces populations ne conquièrent qu’avec peine ce qui est nécessaire à leur subsistance, soit parce qu’elles utilisent mal les ressources dont elles disposent pour leur entretien. Il y aurait beaucoup à dire sur ce dernier point; rien n’est plus rare dans les classes pauvres qu’une alimentation rationnelle et réellement économique.

Ici encore nous avons à considérer ; 1° la dépense totale de calories; 2° le mode de répartition de la dépense entre les trois catégories d’aliments.

§ I. — La dépe.vse totale de calories

On a vu plus haut que l’organisme, mis brusquement à l’état d’inanition, continue à vivre sur le même pied qu’à l’état d’alimentation et à maintenir, toutes choses égales d’ailleurs, sa dépense totale de calories au même niveau.

Le même phénomène s’observe lorsque, dans une ration qui suffit à l’état d’équilibre, on supprime une certaine fraction des calories fournies. L’organisme emprunte simplement à ses propres tissus de quoi couvrir le déficit.

En va-t-il de même, loi’squ’on passe lentement à l’état d’alimentation insuffi-

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santé ? Les observations que nous possédons sous ce rapport tendraient à faire admettre que, dans ce cas, il s’établit un régime plus économique, résultat d’une sorte d’adaptation de l’organisme aux conditions défectueuses de l’alimentation. Ainsi Pettenkofer et Voit ont mesuré chez un tailleur âgé de 36 ans, mal nourri et de constitution affaiblie, une dépense totale de 1.568 calories seulement, soit 29,8 calories par kilogramme. Von Rechemberg a constaté une diminution analogue chez les tisserands saxons du baillage de Zittau, populations pauvres, confinées dans des habitations basses et mal ventilées, et qui présentent un exemple remarquable des conditions d’extraordinaire bon marché, auxquelles on peut arriver dans l’entretien de la vie, sous l’empire de nécessités extrêmes (1). Chez ces ouvriers, von Rechemberg a trouvé parfois la dépense totale de calories abaissée jusqu’à 29 calories par kilogramme et par jour, alors que le travail mécanique, peu fatigant, il est vrai, du tisserand, faisait prévoir une dépense d’au moins 35 à 40 calories (voy. p.457).

De telles observations demanderaient à être multipliées, car il serait d’un haut intérêt de savoir si réellement, sous l'influence de l’alimentation insuffisante, il peut ainsi se créer un régime de nutrition ralentie, différent par son bilan total du régime de l'homme alimenté normalement, ou soumis à l’inanition aigue.

§ II. — Mode de rép.vhtition delà dépe.nse

Dans l'inanition partielle expérimentale, c’est-à-dire brusquement installée, les choses se passent comme le font prévoir les observations relatées plus haut sur l’inanition absolue. L’organisme complète la ration insuffisante qui lui est fournie en s’adressant d’abord à ses réserves de graisses, et secondairement à ses réserves d’albumine, la quantité d’albumine sacrifiée étant, là encore, d’autant plus faible que l’organisme est plus riche en réserves graisseuses. Ainsi, dans une expérience de Miura (faite sous la direction de C. von Noorden) sur un sujet maigre, en état d’équilibre azoté et vivant avec une ration de 1.955 calories, soit 41,6 calories par kilogramme, on provoque pondant 3 jours, par la suppression d’une certaine quantité d’hydrocarbonés, un déficit quotidien de 462 calories, soit 29 p. 100 de l’apport total. L’observation montre que l’organisme a couvert ce déficit dans la proportion de 17 p. 100 par l’albumine et de 83 p. 100 par la graisse empruntée à ses tissus. Au contraire, chez une jeune fille de 25 ans, à réserves graisseuses abondantes, mais non exagérées, un déficit presque égal

(1) Ainsi von Rechemberg a vu, dans des conditions d’existence qui sont intermédiaires entre celles de la grande ville et ceUes de la campagne, une famille de tisserands avec 3 enfants, d’un âge total de 22 ans, vivre avec une alimentation fournissant, en 24 heures, 8.000 calories nettes, et coûtant annuellement 473 francs. Les dépenses totales de la famille ne s’élevaient qu’à 703 francs et permettaient une existence assurément très étroite, mais pourtant supérieure à l’état de misère, à cette condition toutefois, que la femme ne fût pas distraite de ses devoirs de ménagère par une occupation extérieure continue. Bien entendu, cette alimentation ne suffisait qu à un travail mécanique exigeant peu d’efforts, et à l’entretien d’organismes affaiblis et d’aspect peu vigoureux (von Rechenberg, Maly’s Jahresb., t. XX, p, 380).

(30 p. 100) dans l’apport total de calories, provoqué également par la suppression d’une partie des hydrocarbonés, fut couvert pour 8,9 p. 100 du déficit, par l’albumine et pour 91,1 p. 100 par la graisse sacrifiée par l’organisme (C. von Noorden).

Nous donnons, dans le tableau ci-après, en même temps que les caractéristiques des 2 expériences que l’on vient de citer, les résultats d un autre essai de Miura et de 2 essais de Lusk (1).

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