LES MATIÈRES MINÉRALES
dans l’étude de quelques microorgani'smes. lesquels se prêtent admirablement par toutes leurs conditions d'existence à l'étude précise du problème que l’on vient de poser. Mais pour les organismes supérieurs, on est encore dans l’impossibilité de constituer de toutes pièces, par l’association de principes immédiats isolés à l’état de pureté, une ration perineltant l’entretien de la vie au-delà d’un certain laps de temps. On ne reviendra pas ici sur la raison de ces insuccès (1). Remarquons seulement qu’aucune partie de l’étude des échanges nutritifs ne souffre plus de cette lacune dans nos moyens de recherches, que celle ■qui a trait au mouvement des matières minérales. Sans doute, l’histoire des aliments organiques conserve bien des côtés mal déterminés (2), mais les trois grands facteurs de l'alimentation organique, c’est-à-dire les albumines, les graisses et les hydrates de carbone, sont assez bien connus, et surtout ce qui a trait à ces trois facteurs est directement accessible à l’expérimentation physiologique. Nous savons, par l’association des divers aliments composés, constituer des rations contenant des quantités connues de ces trois aliments simples et mettre ainsi en saillie le rôle de chacun d’eux.
Pour les matières minérales, au contraire, on peut dire que l'e.xpérimentation physiologique eu est restée à l'expérience c< globale » de Forster, rappelée plus haut. En effet, comme on ne peut pas constituer de toutes pièces une nourriture complète, il faut, de toute nécessité, s’adresser aux associations d’aliments complexes, tels que la nature les fournit, et qui contiennent en proportions mal connues, et probablement en quantités surabondantes, les divers sels alimentaires, c’est-à-dire que l’on se sert d’une alimentation minérale sur les divers facteurs de laquelle il est à peu près impossible d’agir avec quelque précision Ce n’est donc que d'une manière approximative que l'on a pu dresser la liste des sels nécessaires à l’entretien de la vie, et non point par ce procédé méthodique que nous indiquions plus haut, dont les expériences de Raulin sur l'Aspei-gillus niger représentent l’application toujours citée (3). Assurément, pour la plupart des matières minérales, la simple observation donne des renseignements suffisants. Nous sommes certains que la chaux, la soude, la potasse, l’acide phosphorique, sont des matériaux indispensables à la vi(,‘. La seule analyse du lait, l’examen des cendres des tissus suffiraient à le démontrer. Mais le fait n'est plus aussi évident pour la magnésie ou le fluor, par exemple (4).
Le groupe des aliments minéraux présente donc, pour ces raisons, dos contours indistincts. L’obscurité augmente encore lorsqu’on se demande en troisième lieu quel est pour chacun de ces éléments la l'ation nécessaire et suffisante. Pour établir avec précision l’importance de l’élément albuminoïde, par exemple, que fait-on '? On administre à un animal une ration exempte d'azote, et l’on constate que les pertes d’azote constantes qui s’établissent dans ces conditions conduisent l’animil à la inDi't. Si, au contraire, ou introduit dans la ration un certain minimum d'albumine, les pertes d'azote cessent et la vie
(1) \oy. Les Aliments, p. 143 et 1137.
(2) Voy. Les Aliments, p. 122.
(3) Voyez, dans la première partie du présent ouvrage, Notions préliminaires, p. 30.
(4) Voy. Notions préliminaires, p. 31.
EXCYCLOP.
devient possible. Il est clair que, pour établir le rôle de la magnésie, il faudrait, pouvoir instituer la môme série d’expériences, mais cela est impossible pour les raisons rappelées plus haut. Il suit de là que pour aucun aliment minéral nous ne connaissons la ration nécessaire et suffisante, par la raison que l’expérimentation ne peut agir, avec une précision satisfaisante, sur aucun d’entre eux.
Nous ne connaissons donc, et combien incomplètement, que le mouvement des matériaux salins dans le cas des rations naturelles, nous voulons dire des rations obtenues par l’association des aliments composés, tels que la nature lesfournit. Pour le nouveau-né des mammifères, l’étude des cendres du lait peut fournir à la vérité des indications importantes. Sans exagérer la valeur de ce raisonnement téléologique, on peut admettre que la composition des matières minérales du lait est adaptée aux besoins du nouveau-né qui doit se nourrir dece lait. Il faut ajouter que ce n’est là pourtant qu’une indication approximative, car la résorption des divers sels du lait dans le tube digestif n’est pas nécessairement la même. On a indiqué ailleurs le peu que l’on sait à ce sujet, et l’on ne reviendra pas plus longuement ici sur cette question (1).
Pour les adultes, on peut calculer, d'après les tableaux d’analyse des cendres de nos différents aliments, quelle est la quantité des divers matériaux salins quenos rations habituelles introduisent quotidiennement dans l'organisme. Le lecteur trouvera dans l’article Aliments- An Dictionnaire de physiologie de Ch. Richet (t. I, p. 301) un grand nombre de tableaux indiquant les apports quotidiens de matières minérales, dans l’alimentation de l'homme et d'un certain nombre de mammifères. Mais, comme nos rations habituelles contiennent le plus souvent des quantités surabondantes de sels — du moins la chose est certaine pour quelques-unes des matières minérales, — il suit de là que ces chiffres ne nous renseignent en rien sur le côté proprement physiologique de la question, c’està-dire’sur la grandeur du besoin de l'organisme en ce qui concerne chacun de ces sels. Les renseignements fournis par l’étude des excrétions minérales ne sont pas plus précis, car aux matières minérales qui proviennent de l’usure des tissus s’ajoutent celles que la ration a apportées en quantité surabondantes et qui ne font que traverser l’organisme (2).
Enfin, l’étude de l’excrétion minérale pendant l’inanition qui a son intérêt propre considérable (voy. plus loin) n’apprend rien non plus sur les véritables besoins de l’organisme. Pendant le jeûne, en effet, l'organisme prélève simplement sur ses tissus de quoi faire face à ses dépenses d'énergie, et les matières minérales qui sont éliminées dans ces conditions et qui sont celles des tissus; sacrifiés ne représentent en aucune façon les pertes de matériaux salins à l'état normal.
Des difficultés techniques, dont quelques-unes paraissent pour l'instant insurmontables, ont donc maintenu dans un état rudimentaire nos connaissancesrelatives aux échanges nutritifs portant sur les matières minérales. Ce n’est pas à dire que cette étude des sels ne présente pas bien des côtés immédiatement abordables à l’étude. N’en retenons ici que quelques exemples.
(1) 'Voy. Les Aliments, p. 149 et 1.52.
(2) Voy. les tableaux des excrétions minérales de l’homme et de quelques mammifères dans l'article Aliments du Dictionnaire de physiologie de Ch. Richet.